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30/09/2010

Une affirmation

affichebessonquartierchinois.jpgBESSON STOP. C’est l’affiche qu’on a vue hier dans le quartier chinois de notre onzième arrondissement, placardée à la devanture d’un grossiste en textile, un Chinois lui aussi. BESSON STOP, en référence au ministre (musclé) de l’Immigration Eric Besson, dont le dernier projet de loi (musclé) sur les étrangers est débattu en ce moment à l’Assemblée. En apercevant cette affichette, on s’est demandé si elle n’illustrait pas un phénomène: l’affirmation politique grandissante de la diaspora chinoise de Paris.

 

Cette communauté a longtemps été décrite par ses détracteurs comme peu intégrée au reste de la société parisienne: exagérément repliée sur elle-même. Ces dernières années, cependant, les Chinois de Paris semblent à la fois davantage s’exprimer politiquement et être visible médiatiquement.

 

Cela a commencé à la campagne des élections présidentielles de 2007, en plein débat (déjà) sur l’immigration. Quand, pour la première fois, on a vu des Chinois dans les manifestations en faveur de la régularisation des sans-papiers. Puis quand ils ont médiatisé une de leurs façons de réagir aux descentes de police dans leurs quartiers, destinées à y débusquer des clandestins. Dans ces rues, retentissaient alors de brefs mais stridents coups de sifflet, non dus à des policiers mais à des riverains qui alertaient ainsi les clandestins de leur voisinage. Affirmation des Chinois de Paris encore, au printemps 2008. Quand, déjà par des affichettes placardées à leurs vitrines (relire ici), ils se sont mobilisés en faveur des JO de Pékin. Visibilité médiatique toujours, quand, à partir de 2009, les télés françaises ont commencé à s’intéresser aux marchands de sommeil qui, à Belleville, louent aux clandestins chinois des logements misérables à prix d’or. S’intéresser aussi aux «marcheuses»: ces mères de familles chinoises réduites, pour une bouchée de pain, à la prostitution amateure et occasionnelle – on les voit si souvent, par exemple, arpenter les rues du quartier Porte Dorée, en contrebas du périphérique, ou certains sentiers discrets en bordure du bois de Vincennes. Affirmation enfin, en juin dernier. Quand près de 10.000 Chinois de Belleville ont manifesté pour dénoncer un climat selon eux d’insécurité préjudiciable à leurs commerces. A l’époque, la mairie d’arrondissement avait vu dans ce cortège un signe "très positif d'intégration, la manifestation faisant partie des codes culturels français". 

 

Une communauté a l’air de sortir petit à petit de l’invisibilité, à Paris. Mais sans doute ce sujet mérite-t-il moins une note rapide de blog qu’une thèse fouillée en sciences politiques.

29/09/2010

Une lourdeur

Cocorico. La France est championne du monde. La Polynésie, en effet, vient de battre le record du monde... du plus long collier de fleurs, trophée qui était jusqu'alors détenu par les îles Hawaï. C'est un collier de 160.000 fleurs de tiaré, long de 2.695 mètres, qui a permis à la Polynésie de l'emporter. Ce matin, en entendant cette nouvelle à la radio, on s'est dit que son infinie légèreté contrastait très agréablement avec la lourdeur du climat actuel.

Lourdeur de la litanie des infos pénibles. Hier encore, l'Insee a chiffré (ici) à 13 % la part de la population française vivant sous le seuil de pauvreté – ce qui fait au bas mot 7,8 millions de personnes. Parmi elles, nombre de familles monoparentales, 30 % des familles de ce type étant considérées comme pauvres. Rien de grave ni d'intéressant puisque, d'année en année, le nombre de pauvres reste globalement stable en France. C'est ce qu'assuraient hier soir, sur France 3, quelques beaux esprits très satisfaits, discourant dans le talk-show de Frédéric Taddéi – qui, décidément, certains soirs, devrait soigner davantage la composition de ses plateaux.

Lourdeur aussi de la manière dont certains à Paris tournent en dérision le climat d'alerte antiterroriste actuel. On se l'est dit hier soir encore, en prenant le métro à l'heure de sortie des bureaux. Une fois de plus, que ce soit sur la ligne 5, la 10 ou la 13, les rames étaient pareillement et insupportablement bondées. Sur le quai d'une station, énervés de ne pouvoir entrer dans le wagon vu la foule qui s'y trouvait déjà, deux jeunes passablement alcoolisés – molosses au pied et canettes de bière en main – tentent de faire sortir des gens en hurlant: «Alerte à la bombe, messieurs-dames! Tout le monde descend!» Silence de mort dans la rame. Personne ne bouge: annoncée par de tels olibrius, la dite alerte n'est évidemment pas crédible. La blague n'a fait rire personne. A la même heure à l'autre bout de Paris, des gens à l'humour aussi lourd faisaient une fois de plus évacuer pour rien la tour Eiffel de ses milliers de touristes, en annonçant faussement aux autorités la présence d'un colis piégé.

28/09/2010

Une agitation (encore)

cabinetéléphoniqueàParis.jpgVent de panique hier après-midi à la gare Saint-Lazare. Pendant une heure, elle a dû être évacuée et le trafic ferroviaire être interrompu, alors que les métros n’ont pas marqué l’arrêt à la station du même nom. En cause, une (fausse) alerte à la bombe. Ces derniers jours, d’identiques alertes avaient déjà frappé la tour Eiffel, le Champ de Mars voisin, la gare RER Saint-Michel ainsi qu’une voie de TGV en banlieue parisienne, où un simulacre de bombe artisanale avait été découvert sur les voies.

C’est sans doute inévitable dans ce genre de période: de sombres crétins en profitent pour faire des canulars téléphoniques. Ce faisant, non seulement ils causent d’inutiles frayeurs aux gens et distraient pour rien les forces de l’ordre, mais en plus ils encourent de lourdes sanctions. En France, le code pénal punit de deux ans de prison le fait de communiquer ou de divulguer une fausse information dans le but de faire croire à un attentat ou à un sinistre de nature à provoquer l'intervention inutile des secours. Cette peine d’emprisonnement se double d’une amende de 30.000 euros. Montant qui n’inclut évidemment pas les dommages et intérêts faramineux que sont en droit de réclamer tant la police et les secours (pour les frais inutilement occasionnés) que les sociétés de transport visées (pour la perte d’exploitation due à l’interruption du trafic causée par le canular).

En région parisienne, les fausses alertes au colis suspect ou consécutives à des appels téléphoniques malveillants sont fréquentes, y compris en dehors des périodes d’alerte antiterroriste. Ainsi, a précisé l’autre jour la préfecture de police de Paris, rien qu’en 2009, son laboratoire central a dû intervenir à… 1467 reprises dans la capitale pour des colis suspects. Et, ce week-end, les autorités ont révélé que, rien que depuis la mi-septembre à Paris, «90 colis suspects ont été identifiés et traités, soit deux fois plus qu’en période normale». Au total, précisait hier le grand patron de la SNCF, Guillaume Pépy, 2500 cheminots affectés à la sécurité ferroviaire sont actuellement sur les dents dans l’ensemble du pays: traquant sans relâche valises non-étiquetées, bagages abandonnés ou autres objets potentiellement piégés.

27/09/2010

Une absence

Paris en état d'alerte antiterroriste et donc quadrillé en permanence par les militaires, nous dit-on depuis une semaine. Le chiffre a été dévoilé ce week-end: dans la zone de défense de la capitale, l'armée à déployé au total 600 hommes. Ces militaires sont supposés avoir été affectés dans tous les lieux sensibles: outre les gares, le réseau du métro et les aéroports, Notre-Dame, le Sacré-Coeur, la tour Eiffel, etc. Théoriquement, du moins. Mais dans les faits? On a pu le constater de visu ce week-end: à certains endroits et à certains moments, en tout cas, l'absence des forces de l'ordre est manifeste.

Ainsi, c'était frappant dimanche, aux pieds de cette tour Eiffel qui, à tort ou à raison, est considérée comme une des possibles cibles de choix des poseurs de bombes. Sur le coup de 9 heures du matin, son esplanade et ses alentours étaient noirs de monde. En effet, quelque 25.000 adeptes de la course à pied y étaient, comme nous, massés dans l'attente du départ de la grande course «Paris-Versailles»: le rendez-vous incontournable de la rentrée de l'athlé à Paris. Et, à la même heure, des files déjà très longues de touristes s'étiraient devant les piliers de l'édifice. Une foule immense, donc... mais, à première vue – on ne les a pas cherchés pendant des heures –, pas le moindre militaire. Samedi après-midi, déjà, on s'était étonné de la légèreté (apparente, en tout cas) de ce dispositif antiterroriste censé en alerte maximale. C'était à Bastille. Où on passait par hasard, au moment où la Techno Parade s'achevait sur la grande place. Vu la foule, on se serait attendu à trouver un peu partout des pandores sur le qui-vive. Mais non: le dispositif de sécurité (cars de CRS, etc.) ne nous a pas paru exceptionnel.

Dès lors, si 600 militaires sont effectivement déployés en ce moment dans Paris, soit ils le sont de manière extrêmement discrète et on ne les voit pas toujours – ce qui n'est pas plus mal. Soit leur quadrillage de la capitale a des failles. Failles qui, si par malheur un jour les choses tournent mal, apparaîtront a posteriori comme de coupables dysfonctionnements. Soit leur absence à des événements rassemblant pourtant la toute grande foule est délibérée, l'ampleur exceptionnelle de la mobilisation sécuritaire actuelle ne leur permettant tout de même pas d'être présents partout et à chaque instant, et imposant donc aux autorités de faire des choix.

Selon sa propension plus ou moins forte à l'anxiété, chaque Parisien jugera.

24/09/2010

Un soulagement

UnCri.jpgD’innombrables cris de colère dans Paris, hier. Innombrables, c’est le mot. Puisque, entre l’estimation des syndicats (300.000) et celle de la préfecture de police (65.000), l’écart est si énorme, si caricatural, qu’on se gardera bien de chiffrer le nombre de manifestants ayant, une fois de plus, défilé contre le projet gouvernemental de réforme des retraites. Jeudi, finalement, à l’issue d’une semaine très tendue par l’alerte antiterroriste, l’événement aura peut-être été… un non-événement. Car, si on entendit hier d’innombrables cris de colère dans la Ville lumière, il n’y eut aucun hurlement de terreur, aucune effusion de sang. Vu que, comme l’avait bien prédit le grand patron de la police mercredi, les terroristes n’ont pas profité de ces immenses rassemblements de foule pour faire exploser des bombes. Au-delà de la tournure que prendra ce conflit social dans les prochaines semaines, c’est déjà, dans l’immédiat, assurément un soulagement.

 

Les autorités en étaient tellement satisfaites qu’elles ont été jusqu’à se féliciter qu’«aucun incident notable» n’ait émaillé cette grande manifestation parisienne. Il y en a que ce constat à coup sûr irritera. A savoir les dirigeants du Medef : la plus grande organisation patronale hexagonale, qui soutient à fond le projet gouvernemental. Hier, en effet, l’immeuble de cette organisation, situé dans le septième arrondissement, a été assiégé par quelques dizaines de militants anarchistes. Drapeaux noirs brandis rageusement, insultes, jets de bouteilles, de pierres ou de canettes de bière, échauffourées, tirs de gaz lacrymogènes: cela a chauffé hier, dans les beaux quartiers. Mais donc, si l’on en croit les autorités, rien de tout cela n’a été très «notable». Les auteurs et les cibles de ce grabuge en prendront sans doute bonne note.

23/09/2010

Un incident

«Un bagage abandonné! Il faut prévenir la sécurité!» Cela s'est passé hier soir dans notre métro. On se gardera bien de déduire de ce (petit) incident que les 10 millions d'usagers quotidiens des transports en commun à Paris sont stressés par le climat d'alerte antiterroriste ambiant. Mais, visiblement, certains tout de même sont un peu sur les nerfs.

Hier soir donc, on rêvassait dans notre métro, notre gros sac de sport entre les pieds. La rame se remplissant de plus en plus, pour ne pas que ce sac gêne les entrées et sorties des voyageurs, on l'avait, d'un coup de talon machinal, repoussé un peu plus loin sous notre strapontin. A un moment, on sent un vague frôlement sur les mollets. On voit disparaître le bout du sac qui apparaissait encore sous notre strapontin. Et on entend donc ce cri apeuré, alertant les gens de la présence du fameux «bagage abandonné» potentiellement piégé. C'était le voyageur qui était assis dans notre dos. Qui venait manifestement de découvrir, entre ses pieds, l'autre extrémité de notre sac. Avait fait glisser celui-ci vers lui et l'avait rapidement examiné. Puis s'était dit qu'il avait été mis là par un poseur de bombes.

On a rassuré notre homme calmement, et le voyage s'est poursuivi normalement. Le plus intéressant, dans cet incident, c'était d'observer la réaction des gens. En gros, ils se départageaient en deux camps d'importance égale. Le premier regardait, entre mépris et compassion, le voyageur qui s'était affolé pour rien au sujet de notre bagage. Leur regard semblait dire quelque chose du genre: «Hé, mec, faut se calmer un peu: on est à Paris ici, pas à Bagdad». Le second groupe, c'est vers nous qu'il regardait. Avec une question dans les yeux: «Est-ce qu'il a une tête de terroriste?»

Comme si les poseurs de bombe avaient une tête particulière. C'est d'ailleurs bien là le problème. Et c'est sans doute ce qui contribue à stresser certaines personnes en ce moment, à Paris comme ailleurs.

22/09/2010

Une «posture»

Le Français moyen se posant des questions sur le climat d'alerte antiterroriste ambiant – des questions de base, du genre: «Mais dois-je vraiment stresser?», etc – n'y verra pas forcément plus clair. Si, ce matin à la radio, il a entendu le grand patron de la police nationale, Frédéric Péchenard, faire le point sur le sujet.

Côté pile, il avait des phrases plutôt dédramatisantes. L'information relative à cette fameuse «femme kamikaze» qui aurait voulu se faire exploser jeudi dernier «paraît peu crédible». A Paris, «il n'y a pas eu de vraie menace sur la gare du Nord». Et il ne faudrait «pas donner l'impression que la France est à feu et à sang et que c'est un pays à risque». Côté face, quelques propos tout de même pas trop rassurants. «Des indications sérieuses émanant de renseignements fiables» disent bel et bien «qu'il y a un risque d'attentat important». Et si des attentats devaient être perpétrés en France ces prochains jours, ils viseraient bien sûr «vraisemblablement» des endroits comme les transports publics, les magasins et/ou d'autres lieux bondés – pour autant, avis aux manifestants, Frédéric Péchenard «ne pense pas qu'il y a un risque demain» à participer aux cortèges qui, dans la plupart des villes de France, défileront contre le projet gouvernemental de réforme des retraites...

Voilà. Le Français angoissé est prié de se faire un jugement avec cela. Mais on se gardera de jeter la pierre au grand patron des policiers: il est clair que, rien qu'en termes de communication, ce genre de situation est extrêmement complexe et délicat à gérer.

 

PS: Dans son interview ce matin, Frédéric Péchenard a utilisé à plusieurs reprises le terme «posture»: «La posture qui est la nôtre nous paraît la bonne: ne pas affoler la population», L'état actuel des renseignements dont disposent les autorités «nous suffit largement pour augmenter un petit peu notre posture», etc. On n'est pas sûr que le choix de ce terme était très judicieux. Certes, à l'origine de ce mot, il n'est pas incorrect d'utiliser «posture» comme synonyme d'«attitude», de «position», etc. Mais, si on a bien compris et qu'on résume bien le Littré, le Larousse et le Robert, qu'on a consultés ce matin, «posture», au fil de son usage, a pris une connotation particulière. Une connotation plutôt d'office négative: «en fâcheuse posture», par exemple. Ou même une connotation péjorative. Une «attitude peu naturelle ou peu convenable», précise le Robert. Une position affectée, en somme: pas très spontanée, adoptée dans un souci de dissimulation ou de tromperie. Mais il est clair que ce détail lexical est purement secondaire, vu la gravité du contexte ambiant.

21/09/2010

Une cible?

lagaredunord.jpgComme ça au moins, c'est clair. Notamment pour les Belges qui arrivent à Paris par cette gare. «La kamikaze avait pour cible la gare du Nord». On a vu cela ce matin au kiosque, à la Une de «France Soir». Se targuant d'«informations exclusives», ce quotidien l'avance: la gare du Nord – une des gares les plus fréquentées d'Europe – était la cible de la «femme kamikaze» qui, selon des informations recueillies par les services antiterroristes français, devait se faire exploser à Paris jeudi dernier.

 

En découvrant cela au kiosque, on avait encore en tête deux déclarations publiques pas trop rassurantes. Le Premier ministre François Fillon hier, qui, à l'Ecole militaire, discourait devant le gratin de la corporation du Renseignement: «Les services (antiterroristes) ne sont pas infaillibles: personne de l’est». Et l'ex-juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière ce matin à la radio, qui a comparé le climat actuel à celui ayant précédé la vague d'attentats islamistes de 1995 dans les transports publics parisiens (pour rappel: une dizaine de morts et quelque 200 blessés): «Sur les sites web (islamistes), on a la même logorrhée, les mêmes éléments. Ca dure depuis à peu près huit, neuf mois. Si vous voulez, c'est comme un tremblement de terre: on voit bien que ça s'accélère. On est dans une potentialité. Je ne dis pas que ça va se passer demain, puisque la maison est bien tenue et qu'on a des bons services. Mais il est un fait que la potentialité (d'attentats) est importante».

Cet alarmisme dont font preuve les autorités depuis quelques jours commence, cela dit, à être critiqué. Hier, lors de son point de presse hebdomadaire, le porte-parole du PS s'est demandé si, à droite, on n'avait pas mis en place une «stratégie de la peur». Et ce matin à la radio, Dominique de Villepin a exprimé ses réserves plus clairement encore: «Cela ne sert à rien de créer la panique un peu partout dans le pays. Il ne faut pas verser dans l'excès». L'ex-Premier ministre a reproché aux autorités «une politique de communication maladroite, voire cynique» en matière d'alerte antiterroriste. «L'Amérique, sous l'administration Bush, a payé très cher de vivre pendant huit ans sous (le régime de) la peur».

Sarkozy-Bush. Que voilà un parallèle explosif. Espérons qu'il le restera exclusivement au sens figuré, et non au sens propre, de ce terme.

20/09/2010

Une insistance

Les autorités commencent à vraiment lourdement insister sur les risques d'attentats terroristes que connaîtrait la France en ce moment. Pour preuve, ce week-end, Bernard Squarcini, le grand patron de la Direction centrale du renseignement intérieur, en a remis une couche. «La menace (terroriste) n'a jamais été aussi grande en France», avait-il déjà déclaré dimanche dernier. «Tous les clignotants sont au rouge. La France est sous le coup d'une menace terroriste majeure», a-t-il répété dans «Le Monde» de samedi soir. Selon lui, «tous les services sont maintenus en alerte maximale: on s'attend à devoir faire face à une action terroriste». Le journal «Le Parisien», pour sa part, a publié hier le fac-similé de la mise en garde adressée récemment à tous les services par le directeur général de la police nationale. Les autorités avaient reçu, de l'étranger notamment, des infos sur une possible action terroriste, le 16 septembre, sur le territoire national. Du coup, tous les agents ont reçu ordre «de porter une plus grande attention à toute manifestation inhabituelle dans les lieux publics, gares et transports en commun».

 

Voilà donc le grand public prévenu: le pire est à venir – ou, en tout cas, est redouté – en France, voire à Paris. On ne comprend toujours pas l'intérêt d'une telle insistance. Rappeler aux gens les règles élémentaires de sécurité (être attentif aux bagages abandonnés dans les gares, etc.), oui pourquoi pas: cela ne peut sans doute jamais faire de mal. Mais à ce point (risquer d')affoler l'opinion par une telle succession de déclarations si alarmistes, on n'en voit vraiment pas l'utilité.

17/09/2010

Un silence

unecartedepresse.jpgParfois, en France comme ailleurs, il y a des sujets dont les médias ne parlent pas. Parce qu'ils embarrassent les journalistes? On s'est encore posé la question cette semaine. Lors de laquelle les politiques ont beaucoup évoqué les fameuses niches fiscales: ces exonérations fiscales accordées à toute une série de professions. Additionnés, ces avantages coûtent cher à un Etat lourdement déficitaire et endetté, raison pour laquelle il est question à présent de les raboter. Or, dans ce débat autour des niches fiscales, il est un silence médiatique que l'on trouve assez assourdissant.

 

En effet, ces dernières semaines, les journalistes ont visiblement adoré brocarder les avantages fiscaux dont jouissent les cultivateurs de truffes, lauréats de prix littéraires, fabricants de pipes ou autres possesseurs de chevaux de course. De même, ils ont rappelé combien certaines de ces niches avaient un coût exorbitant. Pour ne prendre que cet exemple: 3 milliards d'euros chaque année pour la TVA à 5,5% dans le secteur de la restauration. En revanche – mais cela nous a peut-être échappé –, nulle part dans les médias a-t-il été évoqué, ces derniers jours, la niche fiscale bénéficiant ... aux journalistes. Cette niche n'est ni énorme, ni négligeable: 7650€. C'est le montant que, chaque année, le journaliste qui paie ses impôts en France peut déduire de ses revenus imposables, au titre d'«allocation pour frais d'emploi».

 

C'est dommage, ce silence médiatique sur ce sujet. On trouverait intéressant que, dans les journaux, à la radio ou à la télé, les grands noms du journalisme français expliquent au public en quoi le maintien de ce privilège se justifie ou non. Rappellent que jamais un gouvernement n'a osé le remettre en cause, de peur de se mettre illico toute la presse à dos. Nous, en tout cas, au risque d'être considéré comme un traître par la corporation, on ne voit pas pourquoi les journalistes devraient être la seule profession d'office présumée exemptée de devoir participer à l'effort collectif d'austérité. On n'est pas maso: on ne tient pas spécialement à payer plus d'impôts. Mais on ne trouverait pas non plus complètement scandaleux que, par exemple, le montant de cet avantage fiscal varie de manière inversement proportionnelle au revenu déclaré. Autant les petits pigistes qui galèrent – et Dieu sait s'il y en a – ne peuvent ni ne doivent être saignés encore davantage financièrement, autant on ne voit pas pourquoi les grandes fortunes du paysage médiatique français – et Dieu sait s'il y en a – devraient conserver tel quel ce privilège.

16/09/2010

Un collectiviste

Ils ont vraiment tout faux, ceux qui accusent Nicolas Sarkozy de privatiser les moyens de l'Etat à son bénéfice personnel. Ceux qui, dans l'affaire Bettencourt, le soupçonnent d'avoir fait mettre sur écoute le confrère du journal «Le Monde» qui, grâce une fuite, a publié un PV d'audition mettant en cause le ministre Woerth. Ceux qui rappellent qu'il y a peu, le chef de l'Etat avait chargé les services du contre-espionnage de retrouver les médisants à l'origine des ragots sur son couple. Ceux qui se souviennent que, quand il était ministre de l'Intérieur déjà, Nicolas Sarkozy avait mobilisé toutes les polices de France pour, en un temps record, mettre la main sur les voleurs du scooter de son fils Jean. Il privatise à son profit les moyens de l'Etat, l'hôte de l'Elysée? Allons donc. En fait, c'est un grand... collectiviste. On en a eu la démonstration hier à Paris.

En effet, des manifestants s'en sont pris (légèrement) au siège de l'UMP (des photos ici), en projetant de la cendre sur la façade de l'immeuble parisien occupé par le grand parti présidentiel. Sitôt leur raid terminé, ces activistes ont été cueillis dans le métro par une escouade de pandores lourdement armés. Ils ont été interpellés, menottés, fouillés, photographiés, puis conduits sous bonne escorte au commissariat, où ils ont été (brièvement) retenus. A les en croire (), la «notification d'interpellation» qui leur a été signifiée était motivée de la sorte: «dégradation de bien public».

Un bien public, l'UMP? Certes, ce parti, comme tous les autres, est financé partiellement par des fonds publics. Mais, jusqu'à nouvel ordre, il reste tout de même une association privée. Un bien public, le siège du parti sarkozyste? On croyait qu'il s'agissait d'un immeuble privé, détenu par un propriétaire privé. Le grand parti au pouvoir qui, sur un coup de baguette magique procédurale, devient carrément un service public: un tel collectivisme ferait rougir d'envie les dirigeants cubains ou nord-coréens.

15/09/2010

Une agitation

Grosse agitation hier soir à Paris. A cette heure-là, on ne suivait pas du tout les infos à la radio, et on était même assez loin de l'endroit où cela se passait. Mais on a été très rapidement mis au courant. Quand, dans le métro, on est tombé par hasard sur un groupes de touristes espagnols désorientés et désappointés, qui commentait avec animation la mésaventure qui venait de leur arriver. Ils venaient de se faire refouler de la tour Eiffel, le célèbre monument ayant (tout comme le Champ de Mars voisin) fait l'objet d'alertes à la bombe – qui se sont heureusement révélées fausses. Des milliers de visiteurs ont donc dû être évacués en urgence. Peu après, c'est la station «Saint-Michel» du RER qui a connu le même sort, le trafic des trains ayant même dû être temporairement interrompu. Une alerte terroriste à «Saint-Michel», cela a de quoi réveiller de très douloureux souvenirs dans la capitale française. Pour mémoire, à cette station le 25 juillet 1995, le GIA algérien avait fait exploser une bombe dans une rame de la ligne B du RER. Cet attentat avait fait 8 morts et 84 blessés.

 

Coïncidence ou pas? Ces fausses alertes à la bombe ont été perpétrées le jour même où le Parlement approuvait définitivement la fameuse loi prohibant le port du voile intégral musulman sur la voie publique – une loi qui, on le sait, a valu à la France des menaces de représailles de la part de groupes terroristes islamistes. Cette soirée agitée est aussi survenue deux jours après la mise en garde tapageuse lancée par Bernard Squarcini, le grand patron de l'anti-terrorisme français. «La menace (terroriste) n'a jamais été aussi grande en France», avait-il déclaré dans une interview dimanche.

 

Pas sûr, du reste, qu'affoler ainsi la population – et donner des idées aux mauvais plaisantins? – était bien utile. En effet, avant même ces fausses alertes d'hier soir, les Français étaient déjà bien conscients du risque terroriste pesant sur leur pays, comme sur tous les autres. Ainsi, selon un sondage paru dimanche, pour 52% des Français, la menace terroriste dans l'Hexagone est assez élevée voire très élevée, 48% des sondés la jugeant au contraire très faible ou plutôt faible.

14/09/2010

Une inaccessibilité

tourEiffel.jpgNicolas Sarkozy a reçu hier à l’Elysée les associations représentant un public dont on parle finalement assez peu en France: les personnes handicapées. A en croire ses hôtes, en ce qui concerne l'accessibilité des lieux publics aux moins valides, le chef de l’Etat aurait «reconnu les choses telles qu'elles sont en France: c'est-à-dire catastrophiques». La loi de 2005 sur le handicap impose pourtant des obligations d’accessibilité aux espaces publics. Mais le progrès à accomplir sur ce terrain reste «titanesque», selon l’Elysée. Le chef de l’Etat a donc prié ses ministres de se «mobiliser», afin «de rendre la France totalement accessible à toutes les formes de handicap».

 

On en est encore très loin. Pour preuve, à Paris, restent interdits d’accès aux moins valides y compris les lieux les plus emblématiques, visités chaque année par une demi-douzaine de millions de touristes venus du monde entier.

 

Cet été, a encore rappelé cette inégalité l’assignation en justice dont a fait l’objet la tour Eiffel. C’est la mère d’une jeune fille lourdement handicapée, Anne-Shirley, âgée de dix ans, qui est à l’origine de cette assignation. En août, elle a décidé de saisir la justice, après que sa fille et elle eurent été refoulées alors qu’elles voulaient visiter les étages de la célèbre tour. Elle reproche à la société d’exploitation du monument de ne pas avoir, comme l’impose la loi, installé des équipements spéciaux pour fauteuils roulants. La justice tranchera début octobre. La tour, elle, soutient qu’elle a jusqu’en 2015 pour mettre ses installations aux normes. D’ici là donc, sans doute sont priés de ronger leur frein tous les moins valides qui désireraient jouir eux aussi de l’incroyable panorama sur Paris qu’offrent les étages du fameux monument.

13/09/2010

Une lassitude

Le débat artistique n’évolue décidément pas beaucoup, à Paris. On en aura encore l’illustration demain, avec l’inauguration de la grande expo Murakami au château de Versailles. Il y a deux ans déjà (relire ici ou ), ce château avait fait scandale en rendant hommage à l’Américain Jeff Koons, une initiative qui avait même fait l’objet de recours en justice. A présent, suscite une identique controverse l’arrivée sous ses ors de la star japonaise de l’école «kawaï» (mignon, en japonais) – sorte de croisement coloré entre l’esthétique pop art et la culture manga. Ainsi, s’insurgeait ce week-end le prince Sixte-Henri de Bourbon, descendant paraît-il de Louis XIV, «ce nouvel art du scandale perdra le prestige de Versailles comme vitrine culturelle de la France».

On avoue qu’on a entendu avec lassitude, ces derniers jours, les discours des tenants de cette vision passéiste et poussiéreuse du patrimoine historique. Non pas qu’on soit particulièrement passionné par les créations du pape du «nouveau japonisme»: la dernière grande rétrospective parisienne en date qui avait été consacrée à ce plasticien (à la Fondation Cartier, il y a quelques années) nous avait même laissé assez froid. Mais là, au vu des premières images de son expo à Versailles vues à la télé ces derniers jours, on a vraiment envie de se laisser tenter: le contraste avec le décor royal a l’air épatant.

De même n’a-t-on pas gardé un souvenir impérissable du président de l’établissement gérant le château de Versailles, Jean-Jacques Aillagon, lorsqu’il était ministre de la Culture, sous Jacques Chirac. Mais là, on trouve qu’une fois de plus, il se défend plutôt bien. Hier dans les journaux et ce matin encore à la radio, il l’a rappelé: «On voudrait imposer à ce château une pudibonderie qui n’a jamais eu cours. Il ne faut pas oublier que Versailles a été conçu et voulu pour la fête, le bonheur, la profusion. Critiquer le fait de présenter de l’art contemporain dans un musée national est une façon de contester ce qu’ont préconisé 50 ans de politique culturelle dans notre pays. Malraux a invité Chagall à réaliser un plafond à l’opéra de Paris. Chagall a créé les vitraux de la cathédrale de Reims. Jack Lang a demandé à Daniel Buren d’intervenir dans les jardins du Palais-Royal. Notre but est de faire comprendre au public l’universalité de l’art. Des œuvres du passé peuvent dialoguer avec celles d’aujourd’hui et vice versa ».

Et, ajoutera-t-on à l’attention de ceux qui veulent faire du château versaillais «le temple de leur nostalgie politique», même le très vénérable musée du Louvre, il y a peu, s’ouvrit à l’art contemporain: il fit repeindre le plafond d’une de ses salles par le grand artiste américain Cy Twombly. Et le résultat était très bien.

En art comme en tout, rien décidément n’est plus lassant que le manque d’audace.

10/09/2010

Une flambée

Décidément, elle n'aura pas duré bien longtemps, la période où, à Paris, l'immobilier s'était un peu assagi. La Chambre des notaires de la région parisienne a divulgué hier les données de sa dernière étude sur le coût de la pierre dans la Ville lumière. Ce baromètre, s'il redonnera le sourire aux chanceux ayant investi dans la brique, désespérera la plupart des candidats acquéreurs. En effet, il indique qu'au deuxième trimestre 2010, les prix sont repartis à la hausse dans la capitale française, connaissant même «une flambée historique». Cette fois, on y a carrément battu le précédent record, qui datait d'avant la grande crise économique et financière mondiale.

6.680€. C'est le chiffre à retenir. C'est le prix moyen du m2 à Paris, en hausse de près de 10% (9,8%) par rapport à l'an dernier. Cela a même flambé dans notre bon vieux quartier Bastille-République: une hausse de 12,7% a été enregistrée ces douze derniers mois dans le onzième arrondissement. Le sixième reste le quartier le plus cher de la capitale. Ainsi, le moindre m2 vaut 12.440€ à Saint-Germain des Prés, soit une flambée de plus de 51% ces cinq dernières années.

12.440€. A ce tarif-là, imaginez ce que coûte le moindre 2 pièces de 40 m2 sous les toits et à rafraîchir. Combien donc faut-il gagner par mois pour pouvoir se permettre de vivre dans de tels quartiers? On ne va même pas se donner la peine de calculer: c'est vraiment un autre monde.

09/09/2010

Une pléthore

pile-de-livres.jpgFrédéric Mitterrand est content. Hier, en Conseil des ministres, il s'est réjoui de l'abondance et de la qualité des livres constituant la rentrée littéraire 2010 en France. Rentrée qui, avec 701 ouvrages, bat tous les records en termes de nombre de titres publiés. Cette pléthore ne gêne pas le ministre de la Culture. Pour qui cette «production éditoriale riche et diversifiée» témoigne «du dynamisme et de la diversité de l'édition française». Ce qui permet au marché du livre de faire figure de «pôle de stabilité au sein des industries culturelles, avec en 2009 une progression de l'ordre de 2%».

 

Soit. On trouve tout de même un peu courte cette communication ministérielle extatique. Ainsi, pas un mot sur le conservatisme croissant des éditeurs, qui, d'année en année, misent de plus en plus sur les auteurs confirmés, au détriment des écrivains qui essaient de percer. Pour preuve: lors de cette rentrée 2010, seuls 85 premiers romans sont publiés, un nombre historiquement bas – à titre de comparaison, 120 nouveaux romans étaient sortis à la rentrée 2004. Pas davantage d'allusion ministérielle au déséquilibre flagrant et persistant dans la mise en place de tous ces livres en librairies; déséquilibre qui, à chaque rentrée, pénalise les nouveaux auteurs au profit des gros vendeurs. Enfin, n'aurait pas fait de mal, dans cette communication au Conseil des ministres, un rappel par Frédéric Mitterrand du fait que, depuis plus de vingt ans, se maintient à un niveau élevé le nombre de Français qui ne lisent jamais. Ainsi, l'an dernier, un sondage avait confirmé que près d'un Français sur trois (30%) ne lisait pas même un livre par an.

 

Au passage, selon la même enquête, les Français en majorité (34%) ne lisent qu'entre un et cinq livres par an. Faites le calcul: cela veut dire que le lecteur français moyen aurait besoin ...de plus d’un siècle pour avoir lu tous les ouvrages publiés en cette rentrée littéraire 2010...

08/09/2010

Un panache?

Hier après-midi, place de la République à Paris, au départ de la grande manifestation syndicale contre le projet gouvernemental de réforme des retraites, une personnalité a bien failli passer un mauvais quart d'heure. C'est Benjamin Lancar: l'impayable président des «Jeunes Pops'», comme se surnomme la section jeunes de l'UMP. Impayable? C'est ce jeune homme de 25 ans qui, l'été dernier, avait été à l'origine de ce clip de promo assez ridicule, dans lequel des pontes de l'UMP se dandinaient en poussant la chansonnette en play-back, promettant de «changer le monde». Impayable? Ce matin encore il l'était, à la radio. Où, avec tant de nuances, il réduisait l'ensemble des nouveaux médias internet (Facebook, Twitter, etc.) à une vile et méprisable «gauchosphère».

Hier après-midi donc, ce très sarkophile jeune homme avait cru bon de s'afficher place de la République à l'instant même où y étaient réunis quelques dizaines de milliers de manifestants très sarkophobes. Insulté, sifflé, hué, il n'eut d'autre choix que de prendre ses jambes à son cou. Revenant ce matin sur cet incident, Benjamin Lancar a reproché à ses opposants d'hier d'avoir «une drôle de manière de faire de la démocratie». Et a assuré que sa présence à cet endroit-là à ce moment-là avait été purement fortuite: n'avait pas le moins du monde relevé de la provocation. Mais de quoi relevait-elle, alors? Les partisans de Nicolas Sarkozy y verront du panache. Les autres la mettront sur le compte d'une étourderie juvénile assez effarante.

07/09/2010

Un envahissement

stationmétroOpéra.jpgCe mardi, à l’instar de la plupart des Parisiens sans doute, on va bien se garder de prendre le métro. En effet, comme l’ensemble des services publics à l’échelle du pays, les transports parisiens verront aujourd’hui leur fonctionnement très perturbé par la journée nationale de grève contre le projet gouvernemental de réforme des retraites.

Plus prosaïquement, dans le métro parisien, puisqu’on parle de lui, la publicité, elle, ne bat pas en retraite. Au contraire, elle envahit décidément de plus en plus l’espace public. On se l’est encore dit hier. En passant à la station «Opéra», dont toute l’aile dévolue à la ligne 3 est, depuis la fin août, squattée par la pub. Du sol au plafond en passant par tous les murs et l’ensemble des voûtes de la station, un immense habillage publicitaire vante les mérites du dernier modèle de smartphone d’une grande marque coréenne. Jamais une opération publicitaire d’une telle ampleur n’avait eu lieu dans le métro de Paris. Tout cela dans l’indifférence des activistes anti-pub: qui dénoncent à longueur d’années le «matracage publicitaire» imposé aux 10,5 millions de clients quotidiens de la RATP, mais qui, là, pour le coup, semblent encore à la plage.

Ce grand show publicitaire est-il «simplement éblouissant», pour reprendre le slogan dudit smartphone? Ce qui est sûr, c’est qu’il est très tape à l’œil. Sans doute gonflera-t-il de quelques dizaines de milliers d’euros le chiffre d’affaires annuel de la régie publicitaire de la RATP. Les usagers s’en réjouiraient, si ce jack-pot mercantile incitait la société de transports à réduire ses tarifs – ou au minimum à les augmenter moins rapidement. Mais, évidemment, ne rêvons pas, ce n’est absolument pas à l’ordre du jour.

06/09/2010

Un programme

C'est certainement un sujet très accessoire, en ces temps de tension sociale à Paris et en France plus généralement. N'empêche, ce sujet nettement plus anecdotique pose questions. Il concerne le vaste programme de mécénat que vient de relancer le Muséum national d'histoire naturelle de Paris, relatif aux infrastructures du Jardin des Plantes.

Cet espace vert magnifique est fréquenté chaque année par plus de 5 millions de visiteurs. Ses allées sont parsemées de 255 bancs, qui doivent être rénovés. Le programme "Parrainez un banc du Jardin des Plantes" ambitionne donc «d'impliquer les amoureux du Jardin, de leur permettre de contribuer à la valorisation de ce lieu, et de témoigner ainsi de leur engagement en faveur d'une institution dédiée à la protection de la biodiversité et de l'environnement». En échange d'un chèque de 1800 euros (pour un banc simple) ou de 3600 euros (pour un banc double), les généreux parrains pourront donc, aux pieds du banc que leur mécénat aura permis de rénover, apposer une plaque avec leurs noms ainsi qu'une petite dédicace.

De cette initiative, on ne sait pas trop que penser. Côté pile, en effet, pourquoi pas associer les amoureux de cet espace vert à sa valorisation, a fortiori si cela peut permettre le maintien en bon état de ce fleuron du patrimoine végétal parisien. Mais, côté face, en tout cas dans un monde idéal (à savoir sans austérité budgétaire, sans déficits publics colossaux, sans crise économique, etc.), l'entretien des espaces verts et de leurs infrastructures, qui plus est si ces espaces verts sont classés, devrait tout de même incomber avant tout aux pouvoirs publics. Vu toutes les autres priorités (sociales, etc.) sans doute plus importantes de l'Etat, cette privatisation de facto de l'entretien du patrimoine est-elle, à terme, inévitable? Aujourd'hui, il ne s'agit que de privatiser l'entretien de choses aussi basiques que des bancs publics. Mais demain à Paris – comme déjà à Tokyo, par exemple –, ne pourra-t-on plus admirer une statue dans un parc ou un tableau dans un musée sans qu'à côté, figure la sempiternelle plaquette en l'honneur du mécène ayant financé sa restauration? Et, si oui, faut-il s'y résoudre, s'en réjouir ou s'en désoler?

03/09/2010

Une sélection

Sourions un peu, pour bien terminer la semaine. Car hier, le Press Club de France a dévoilé sa sélection des nominés à son Prix annuel récompensant la personnalité politique qui, dans l'année écoulée, s'est distinguée par une tirade (volontairement ou non) magistralement comique – Prix qu'on a déjà évoqué à plusieurs reprises dans ce blog, ces dernières années (relire ici, ou ).

Le millésime 2010 n'est pas mal. Pour notre part, si on était membre du jury, notre palmarès serait le suivant. Sur la troisième marche du podium, l'eurodéputée écologiste et ex-juge de choc Eva Joly, pour cette répartie qui fit hurler (hurler de rage, pas de rire) ses alliés socialistes: «Je connais bien Dominique Strauss-Kahn : je l'ai mis en examen». La médaille d'argent, on l'octroierait bien volontiers au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand: ex-star de la télé, dont le débauchage par Nicolas Sarkozy fit jadis grand bruit, mais qui, depuis, se révèle être un ministre un peu pâlichon. Sa petite phrase nominée pourrait d'ailleurs être prise comme un aveu implicite: «Quand on m'appelle Monsieur le ministre, j'ai toujours l'impression que Jack Lang va surgir derrière moi!» Notre Grand Prix de l'humour politique, on le décernerait sans une seconde d'hésitation à la si bling bling ex-ministre de la Justice Rachida Dati, désormais exilée à Strasbourg mais dont on continue à voir la bobine à peu près chaque semaine dans les kiosques de Paris, au rayon des magazines de papier glacé. Rachida Dati donc, selon nous Médaille d'or pour cette impayable déclaration: «Je n'ai jamais cherché à attirer l'attention des médias».

Espérons en tout cas que la petite phrase cocasse qui l'emportera cette année sera aussi mémorable que celle qui, l'an dernier, avait été couronnée: la réflexion si désabusée mais si réaliste du maire de Paris, Bertrand Delanoë: «Le vrai changement au PS, ce serait de gagner».