30.09.2010
Une affirmation
BESSON STOP. C’est l’affiche qu’on a vue hier dans le quartier chinois de notre onzième arrondissement, placardée à la devanture d’un grossiste en textile, un Chinois lui aussi. BESSON STOP, en référence au ministre (musclé) de l’Immigration Eric Besson, dont le dernier projet de loi (musclé) sur les étrangers est débattu en ce moment à l’Assemblée. En apercevant cette affichette, on s’est demandé si elle n’illustrait pas un phénomène: l’affirmation politique grandissante de la diaspora chinoise de Paris.
Cette communauté a longtemps été décrite par ses détracteurs comme peu intégrée au reste de la société parisienne: exagérément repliée sur elle-même. Ces dernières années, cependant, les Chinois de Paris semblent à la fois davantage s’exprimer politiquement et être visible médiatiquement.
Cela a commencé à la campagne des élections présidentielles de 2007, en plein débat (déjà) sur l’immigration. Quand, pour la première fois, on a vu des Chinois dans les manifestations en faveur de la régularisation des sans-papiers. Puis quand ils ont médiatisé une de leurs façons de réagir aux descentes de police dans leurs quartiers, destinées à y débusquer des clandestins. Dans ces rues, retentissaient alors de brefs mais stridents coups de sifflet, non dus à des policiers mais à des riverains qui alertaient ainsi les clandestins de leur voisinage. Affirmation des Chinois de Paris encore, au printemps 2008. Quand, déjà par des affichettes placardées à leurs vitrines (relire ici), ils se sont mobilisés en faveur des JO de Pékin. Visibilité médiatique toujours, quand, à partir de 2009, les télés françaises ont commencé à s’intéresser aux marchands de sommeil qui, à Belleville, louent aux clandestins chinois des logements misérables à prix d’or. S’intéresser aussi aux «marcheuses»: ces mères de familles chinoises réduites, pour une bouchée de pain, à la prostitution amateure et occasionnelle – on les voit si souvent, par exemple, arpenter les rues du quartier Porte Dorée, en contrebas du périphérique, ou certains sentiers discrets en bordure du bois de Vincennes. Affirmation enfin, en juin dernier. Quand près de 10.000 Chinois de Belleville ont manifesté pour dénoncer un climat selon eux d’insécurité préjudiciable à leurs commerces. A l’époque, la mairie d’arrondissement avait vu dans ce cortège un signe "très positif d'intégration, la manifestation faisant partie des codes culturels français".
Une communauté a l’air de sortir petit à petit de l’invisibilité, à Paris. Mais sans doute ce sujet mérite-t-il moins une note rapide de blog qu’une thèse fouillée en sciences politiques.
09:17 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : etrangers, immigration, paris, gouvernement, médias, femmes
29.09.2010
Une lourdeur
Cocorico. La France est championne du monde. La Polynésie, en effet, vient de battre le record du monde... du plus long collier de fleurs, trophée qui était jusqu'alors détenu par les îles Hawaï. C'est un collier de 160.000 fleurs de tiaré, long de 2.695 mètres, qui a permis à la Polynésie de l'emporter. Ce matin, en entendant cette nouvelle à la radio, on s'est dit que son infinie légèreté contrastait très agréablement avec la lourdeur du climat actuel.
Lourdeur de la litanie des infos pénibles. Hier encore, l'Insee a chiffré (ici) à 13 % la part de la population française vivant sous le seuil de pauvreté – ce qui fait au bas mot 7,8 millions de personnes. Parmi elles, nombre de familles monoparentales, 30 % des familles de ce type étant considérées comme pauvres. Rien de grave ni d'intéressant puisque, d'année en année, le nombre de pauvres reste globalement stable en France. C'est ce qu'assuraient hier soir, sur France 3, quelques beaux esprits très satisfaits, discourant dans le talk-show de Frédéric Taddéi – qui, décidément, certains soirs, devrait soigner davantage la composition de ses plateaux.
Lourdeur aussi de la manière dont certains à Paris tournent en dérision le climat d'alerte antiterroriste actuel. On se l'est dit hier soir encore, en prenant le métro à l'heure de sortie des bureaux. Une fois de plus, que ce soit sur la ligne 5, la 10 ou la 13, les rames étaient pareillement et insupportablement bondées. Sur le quai d'une station, énervés de ne pouvoir entrer dans le wagon vu la foule qui s'y trouvait déjà, deux jeunes passablement alcoolisés – molosses au pied et canettes de bière en main – tentent de faire sortir des gens en hurlant: «Alerte à la bombe, messieurs-dames! Tout le monde descend!» Silence de mort dans la rame. Personne ne bouge: annoncée par de tels olibrius, la dite alerte n'est évidemment pas crédible. La blague n'a fait rire personne. A la même heure à l'autre bout de Paris, des gens à l'humour aussi lourd faisaient une fois de plus évacuer pour rien la tour Eiffel de ses milliers de touristes, en annonçant faussement aux autorités la présence d'un colis piégé.
11:39 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, transports, paris, social, pauvreté, folklore, télévision
28.09.2010
Une agitation (encore)
Vent de panique hier après-midi à la gare Saint-Lazare. Pendant une heure, elle a dû être évacuée et le trafic ferroviaire être interrompu, alors que les métros n’ont pas marqué l’arrêt à la station du même nom. En cause, une (fausse) alerte à la bombe. Ces derniers jours, d’identiques alertes avaient déjà frappé la tour Eiffel, le Champ de Mars voisin, la gare RER Saint-Michel ainsi qu’une voie de TGV en banlieue parisienne, où un simulacre de bombe artisanale avait été découvert sur les voies.
C’est sans doute inévitable dans ce genre de période: de sombres crétins en profitent pour faire des canulars téléphoniques. Ce faisant, non seulement ils causent d’inutiles frayeurs aux gens et distraient pour rien les forces de l’ordre, mais en plus ils encourent de lourdes sanctions. En France, le code pénal punit de deux ans de prison le fait de communiquer ou de divulguer une fausse information dans le but de faire croire à un attentat ou à un sinistre de nature à provoquer l'intervention inutile des secours. Cette peine d’emprisonnement se double d’une amende de 30.000 euros. Montant qui n’inclut évidemment pas les dommages et intérêts faramineux que sont en droit de réclamer tant la police et les secours (pour les frais inutilement occasionnés) que les sociétés de transport visées (pour la perte d’exploitation due à l’interruption du trafic causée par le canular).
En région parisienne, les fausses alertes au colis suspect ou consécutives à des appels téléphoniques malveillants sont fréquentes, y compris en dehors des périodes d’alerte antiterroriste. Ainsi, a précisé l’autre jour la préfecture de police de Paris, rien qu’en 2009, son laboratoire central a dû intervenir à… 1467 reprises dans la capitale pour des colis suspects. Et, ce week-end, les autorités ont révélé que, rien que depuis la mi-septembre à Paris, «90 colis suspects ont été identifiés et traités, soit deux fois plus qu’en période normale». Au total, précisait hier le grand patron de la SNCF, Guillaume Pépy, 2500 cheminots affectés à la sécurité ferroviaire sont actuellement sur les dents dans l’ensemble du pays: traquant sans relâche valises non-étiquetées, bagages abandonnés ou autres objets potentiellement piégés.
09:29 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : police, sécurité, transports, justice
27.09.2010
Une absence
Paris en état d'alerte antiterroriste et donc quadrillé en permanence par les militaires, nous dit-on depuis une semaine. Le chiffre a été dévoilé ce week-end: dans la zone de défense de la capitale, l'armée à déployé au total 600 hommes. Ces militaires sont supposés avoir été affectés dans tous les lieux sensibles: outre les gares, le réseau du métro et les aéroports, Notre-Dame, le Sacré-Coeur, la tour Eiffel, etc. Théoriquement, du moins. Mais dans les faits? On a pu le constater de visu ce week-end: à certains endroits et à certains moments, en tout cas, l'absence des forces de l'ordre est manifeste.
Ainsi, c'était frappant dimanche, aux pieds de cette tour Eiffel qui, à tort ou à raison, est considérée comme une des possibles cibles de choix des poseurs de bombes. Sur le coup de 9 heures du matin, son esplanade et ses alentours étaient noirs de monde. En effet, quelque 25.000 adeptes de la course à pied y étaient, comme nous, massés dans l'attente du départ de la grande course «Paris-Versailles»: le rendez-vous incontournable de la rentrée de l'athlé à Paris. Et, à la même heure, des files déjà très longues de touristes s'étiraient devant les piliers de l'édifice. Une foule immense, donc... mais, à première vue – on ne les a pas cherchés pendant des heures –, pas le moindre militaire. Samedi après-midi, déjà, on s'était étonné de la légèreté (apparente, en tout cas) de ce dispositif antiterroriste censé en alerte maximale. C'était à Bastille. Où on passait par hasard, au moment où la Techno Parade s'achevait sur la grande place. Vu la foule, on se serait attendu à trouver un peu partout des pandores sur le qui-vive. Mais non: le dispositif de sécurité (cars de CRS, etc.) ne nous a pas paru exceptionnel.
Dès lors, si 600 militaires sont effectivement déployés en ce moment dans Paris, soit ils le sont de manière extrêmement discrète et on ne les voit pas toujours – ce qui n'est pas plus mal. Soit leur quadrillage de la capitale a des failles. Failles qui, si par malheur un jour les choses tournent mal, apparaîtront a posteriori comme de coupables dysfonctionnements. Soit leur absence à des événements rassemblant pourtant la toute grande foule est délibérée, l'ampleur exceptionnelle de la mobilisation sécuritaire actuelle ne leur permettant tout de même pas d'être présents partout et à chaque instant, et imposant donc aux autorités de faire des choix.
Selon sa propension plus ou moins forte à l'anxiété, chaque Parisien jugera.
11:25 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, sécurité, police
24.09.2010
Un soulagement
D’innombrables cris de colère dans Paris, hier. Innombrables, c’est le mot. Puisque, entre l’estimation des syndicats (300.000) et celle de la préfecture de police (65.000), l’écart est si énorme, si caricatural, qu’on se gardera bien de chiffrer le nombre de manifestants ayant, une fois de plus, défilé contre le projet gouvernemental de réforme des retraites. Jeudi, finalement, à l’issue d’une semaine très tendue par l’alerte antiterroriste, l’événement aura peut-être été… un non-événement. Car, si on entendit hier d’innombrables cris de colère dans la Ville lumière, il n’y eut aucun hurlement de terreur, aucune effusion de sang. Vu que, comme l’avait bien prédit le grand patron de la police mercredi, les terroristes n’ont pas profité de ces immenses rassemblements de foule pour faire exploser des bombes. Au-delà de la tournure que prendra ce conflit social dans les prochaines semaines, c’est déjà, dans l’immédiat, assurément un soulagement.
Les autorités en étaient tellement satisfaites qu’elles ont été jusqu’à se féliciter qu’«aucun incident notable» n’ait émaillé cette grande manifestation parisienne. Il y en a que ce constat à coup sûr irritera. A savoir les dirigeants du Medef : la plus grande organisation patronale hexagonale, qui soutient à fond le projet gouvernemental. Hier, en effet, l’immeuble de cette organisation, situé dans le septième arrondissement, a été assiégé par quelques dizaines de militants anarchistes. Drapeaux noirs brandis rageusement, insultes, jets de bouteilles, de pierres ou de canettes de bière, échauffourées, tirs de gaz lacrymogènes: cela a chauffé hier, dans les beaux quartiers. Mais donc, si l’on en croit les autorités, rien de tout cela n’a été très «notable». Les auteurs et les cibles de ce grabuge en prendront sans doute bonne note.
09:35 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, syndicats, activisme, sécurité, paris
23.09.2010
Un incident
«Un bagage abandonné! Il faut prévenir la sécurité!» Cela s'est passé hier soir dans notre métro. On se gardera bien de déduire de ce (petit) incident que les 10 millions d'usagers quotidiens des transports en commun à Paris sont stressés par le climat d'alerte antiterroriste ambiant. Mais, visiblement, certains tout de même sont un peu sur les nerfs.
Hier soir donc, on rêvassait dans notre métro, notre gros sac de sport entre les pieds. La rame se remplissant de plus en plus, pour ne pas que ce sac gêne les entrées et sorties des voyageurs, on l'avait, d'un coup de talon machinal, repoussé un peu plus loin sous notre strapontin. A un moment, on sent un vague frôlement sur les mollets. On voit disparaître le bout du sac qui apparaissait encore sous notre strapontin. Et on entend donc ce cri apeuré, alertant les gens de la présence du fameux «bagage abandonné» potentiellement piégé. C'était le voyageur qui était assis dans notre dos. Qui venait manifestement de découvrir, entre ses pieds, l'autre extrémité de notre sac. Avait fait glisser celui-ci vers lui et l'avait rapidement examiné. Puis s'était dit qu'il avait été mis là par un poseur de bombes.
On a rassuré notre homme calmement, et le voyage s'est poursuivi normalement. Le plus intéressant, dans cet incident, c'était d'observer la réaction des gens. En gros, ils se départageaient en deux camps d'importance égale. Le premier regardait, entre mépris et compassion, le voyageur qui s'était affolé pour rien au sujet de notre bagage. Leur regard semblait dire quelque chose du genre: «Hé, mec, faut se calmer un peu: on est à Paris ici, pas à Bagdad». Le second groupe, c'est vers nous qu'il regardait. Avec une question dans les yeux: «Est-ce qu'il a une tête de terroriste?»
Comme si les poseurs de bombe avaient une tête particulière. C'est d'ailleurs bien là le problème. Et c'est sans doute ce qui contribue à stresser certaines personnes en ce moment, à Paris comme ailleurs.
11:23 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : métro, sécurité, paris
22.09.2010
Une «posture»
Le Français moyen se posant des questions sur le climat d'alerte antiterroriste ambiant – des questions de base, du genre: «Mais dois-je vraiment stresser?», etc – n'y verra pas forcément plus clair. Si, ce matin à la radio, il a entendu le grand patron de la police nationale, Frédéric Péchenard, faire le point sur le sujet.
Côté pile, il avait des phrases plutôt dédramatisantes. L'information relative à cette fameuse «femme kamikaze» qui aurait voulu se faire exploser jeudi dernier «paraît peu crédible». A Paris, «il n'y a pas eu de vraie menace sur la gare du Nord». Et il ne faudrait «pas donner l'impression que la France est à feu et à sang et que c'est un pays à risque». Côté face, quelques propos tout de même pas trop rassurants. «Des indications sérieuses émanant de renseignements fiables» disent bel et bien «qu'il y a un risque d'attentat important». Et si des attentats devaient être perpétrés en France ces prochains jours, ils viseraient bien sûr «vraisemblablement» des endroits comme les transports publics, les magasins et/ou d'autres lieux bondés – pour autant, avis aux manifestants, Frédéric Péchenard «ne pense pas qu'il y a un risque demain» à participer aux cortèges qui, dans la plupart des villes de France, défileront contre le projet gouvernemental de réforme des retraites...
Voilà. Le Français angoissé est prié de se faire un jugement avec cela. Mais on se gardera de jeter la pierre au grand patron des policiers: il est clair que, rien qu'en termes de communication, ce genre de situation est extrêmement complexe et délicat à gérer.
PS: Dans son interview ce matin, Frédéric Péchenard a utilisé à plusieurs reprises le terme «posture»: «La posture qui est la nôtre nous paraît la bonne: ne pas affoler la population», L'état actuel des renseignements dont disposent les autorités «nous suffit largement pour augmenter un petit peu notre posture», etc. On n'est pas sûr que le choix de ce terme était très judicieux. Certes, à l'origine de ce mot, il n'est pas incorrect d'utiliser «posture» comme synonyme d'«attitude», de «position», etc. Mais, si on a bien compris et qu'on résume bien le Littré, le Larousse et le Robert, qu'on a consultés ce matin, «posture», au fil de son usage, a pris une connotation particulière. Une connotation plutôt d'office négative: «en fâcheuse posture», par exemple. Ou même une connotation péjorative. Une «attitude peu naturelle ou peu convenable», précise le Robert. Une position affectée, en somme: pas très spontanée, adoptée dans un souci de dissimulation ou de tromperie. Mais il est clair que ce détail lexical est purement secondaire, vu la gravité du contexte ambiant.
11:54 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, police, langue française
21.09.2010
Une cible?
Comme ça au moins, c'est clair. Notamment pour les Belges qui arrivent à Paris par cette gare. «La kamikaze avait pour cible la gare du Nord». On a vu cela ce matin au kiosque, à la Une de «France Soir». Se targuant d'«informations exclusives», ce quotidien l'avance: la gare du Nord – une des gares les plus fréquentées d'Europe – était la cible de la «femme kamikaze» qui, selon des informations recueillies par les services antiterroristes français, devait se faire exploser à Paris jeudi dernier.
En découvrant cela au kiosque, on avait encore en tête deux déclarations publiques pas trop rassurantes. Le Premier ministre François Fillon hier, qui, à l'Ecole militaire, discourait devant le gratin de la corporation du Renseignement: «Les services (antiterroristes) ne sont pas infaillibles: personne de l’est». Et l'ex-juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière ce matin à la radio, qui a comparé le climat actuel à celui ayant précédé la vague d'attentats islamistes de 1995 dans les transports publics parisiens (pour rappel: une dizaine de morts et quelque 200 blessés): «Sur les sites web (islamistes), on a la même logorrhée, les mêmes éléments. Ca dure depuis à peu près huit, neuf mois. Si vous voulez, c'est comme un tremblement de terre: on voit bien que ça s'accélère. On est dans une potentialité. Je ne dis pas que ça va se passer demain, puisque la maison est bien tenue et qu'on a des bons services. Mais il est un fait que la potentialité (d'attentats) est importante».
Cet alarmisme dont font preuve les autorités depuis quelques jours commence, cela dit, à être critiqué. Hier, lors de son point de presse hebdomadaire, le porte-parole du PS s'est demandé si, à droite, on n'avait pas mis en place une «stratégie de la peur». Et ce matin à la radio, Dominique de Villepin a exprimé ses réserves plus clairement encore: «Cela ne sert à rien de créer la panique un peu partout dans le pays. Il ne faut pas verser dans l'excès». L'ex-Premier ministre a reproché aux autorités «une politique de communication maladroite, voire cynique» en matière d'alerte antiterroriste. «L'Amérique, sous l'administration Bush, a payé très cher de vivre pendant huit ans sous (le régime de) la peur».
Sarkozy-Bush. Que voilà un parallèle explosif. Espérons qu'il le restera exclusivement au sens figuré, et non au sens propre, de ce terme.
11:30 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, gouvernement, transports, paris
20.09.2010
Une insistance
Les autorités commencent à vraiment lourdement insister sur les risques d'attentats terroristes que connaîtrait la France en ce moment. Pour preuve, ce week-end, Bernard Squarcini, le grand patron de la Direction centrale du renseignement intérieur, en a remis une couche. «La menace (terroriste) n'a jamais été aussi grande en France», avait-il déjà déclaré dimanche dernier. «Tous les clignotants sont au rouge. La France est sous le coup d'une menace terroriste majeure», a-t-il répété dans «Le Monde» de samedi soir. Selon lui, «tous les services sont maintenus en alerte maximale: on s'attend à devoir faire face à une action terroriste». Le journal «Le Parisien», pour sa part, a publié hier le fac-similé de la mise en garde adressée récemment à tous les services par le directeur général de la police nationale. Les autorités avaient reçu, de l'étranger notamment, des infos sur une possible action terroriste, le 16 septembre, sur le territoire national. Du coup, tous les agents ont reçu ordre «de porter une plus grande attention à toute manifestation inhabituelle dans les lieux publics, gares et transports en commun».
Voilà donc le grand public prévenu: le pire est à venir – ou, en tout cas, est redouté – en France, voire à Paris. On ne comprend toujours pas l'intérêt d'une telle insistance. Rappeler aux gens les règles élémentaires de sécurité (être attentif aux bagages abandonnés dans les gares, etc.), oui pourquoi pas: cela ne peut sans doute jamais faire de mal. Mais à ce point (risquer d')affoler l'opinion par une telle succession de déclarations si alarmistes, on n'en voit vraiment pas l'utilité.
11:28 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : police, sécurité, gouvernement
17.09.2010
Un silence
Parfois, en France comme ailleurs, il y a des sujets dont les médias ne parlent pas. Parce qu'ils embarrassent les journalistes? On s'est encore posé la question cette semaine. Lors de laquelle les politiques ont beaucoup évoqué les fameuses niches fiscales: ces exonérations fiscales accordées à toute une série de professions. Additionnés, ces avantages coûtent cher à un Etat lourdement déficitaire et endetté, raison pour laquelle il est question à présent de les raboter. Or, dans ce débat autour des niches fiscales, il est un silence médiatique que l'on trouve assez assourdissant.
En effet, ces dernières semaines, les journalistes ont visiblement adoré brocarder les avantages fiscaux dont jouissent les cultivateurs de truffes, lauréats de prix littéraires, fabricants de pipes ou autres possesseurs de chevaux de course. De même, ils ont rappelé combien certaines de ces niches avaient un coût exorbitant. Pour ne prendre que cet exemple: 3 milliards d'euros chaque année pour la TVA à 5,5% dans le secteur de la restauration. En revanche – mais cela nous a peut-être échappé –, nulle part dans les médias a-t-il été évoqué, ces derniers jours, la niche fiscale bénéficiant ... aux journalistes. Cette niche n'est ni énorme, ni négligeable: 7650€. C'est le montant que, chaque année, le journaliste qui paie ses impôts en France peut déduire de ses revenus imposables, au titre d'«allocation pour frais d'emploi».
C'est dommage, ce silence médiatique sur ce sujet. On trouverait intéressant que, dans les journaux, à la radio ou à la télé, les grands noms du journalisme français expliquent au public en quoi le maintien de ce privilège se justifie ou non. Rappellent que jamais un gouvernement n'a osé le remettre en cause, de peur de se mettre illico toute la presse à dos. Nous, en tout cas, au risque d'être considéré comme un traître par la corporation, on ne voit pas pourquoi les journalistes devraient être la seule profession d'office présumée exemptée de devoir participer à l'effort collectif d'austérité. On n'est pas maso: on ne tient pas spécialement à payer plus d'impôts. Mais on ne trouverait pas non plus complètement scandaleux que, par exemple, le montant de cet avantage fiscal varie de manière inversement proportionnelle au revenu déclaré. Autant les petits pigistes qui galèrent – et Dieu sait s'il y en a – ne peuvent ni ne doivent être saignés encore davantage financièrement, autant on ne voit pas pourquoi les grandes fortunes du paysage médiatique français – et Dieu sait s'il y en a – devraient conserver tel quel ce privilège.
12:11 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, médias, economie, gouvernement



