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20/10/2010

Une thèse

casseur.jpgCe matin, le Conseil des ministres a longuement évoqué la question du maintien de l'ordre public. C'est bien sûr à relier à la multiplication, ces derniers jours, de la casse déplorée en marge des manifs contre la réforme des retraites. C'est peu dire que les autorités peinent à contenir les casseurs – on l'a encore vu samedi aux alentours de Bastille. «Le problème, c'est qu'ils se fondent dans les groupes de jeunes manifestants. Ayant le même âge qu'eux et étant souvent habillés comme eux, on a beaucoup de mal à les identifier avant qu'ils passent à l'acte. Et comme on peut difficilement embarquer d'office tous les jeunes à capuche qui sont dans la rue...» Ainsi s'exprimait hier un dirigeant d'un syndicat policier, expliquant les difficultés rencontrées sur le terrain par ses collèges pour mettre les casseurs hors d'état de nuire.

C'est bien connu, ce discours sur les voyous qui, jusque dans leur apparence vestimentaire, se fondent sciemment dans la foule des jeunes manifestants pacifiques qu'ils utilisent comme bouclier. Moins connue de l'opinion, en revanche, est une autre thèse relative à un autre mélange des genres qui, à l'en croire, serait à l'oeuvre dans les manifestations. Cette thèse est régulièrement avancée dans les milieux de la gauche radicale et/ou anarchiste (ici, par exemple). Et, depuis samedi, on en a beaucoup entendu parler dans notre quartier Bastille. Parlant de mimétisme vestimentaire, d'infiltration et de manipulation, cette thèse, elle, met directement en cause... les policiers. Les policiers en civil qui sont déployés dans les manifestations. Et qui, à en croire les tenants de ce discours, se déguiseraient comme des casseurs puis en viendraient eux-mêmes à casser dans le but de discréditer l'image (médiatique, singulièrement) des manifestants et, à terme, de casser leur mobilisation.

Dans les syndicats policiers, cette thèse suscite évidemment des haussements d'épaules et des levers d'yeux au ciel. Mais aussi de la colère, dans la mesure où on la juge «indigne et insultante» à l'égard des forces de l'ordre. «Que ce genre de thèse circule dans ces milieux de la gauche radicale illustre une fois de plus combien cette mouvance aime les théories du complot», nous confiait un policier, hier soir. «Ce n'est pas pour rien si, dans ces milieux, ont beaucoup circulé, à l'époque, les thèses révisionnistes sur l'attentat du 11 septembre contre les tours jumelles de New York».

Peut-être. Il n'empêche, force est de constater que les interrogations sur le comportement des forces de l'ordre pendant les manifestations ne sont pas l'apanage des milieux de l'ultra-gauche et/ou anarchistes. On en a encore eu l'illustration pas plus tard hier. Quand François Chérèque, le si modéré leader du si réformiste syndicat CFDT, a appelé ses troupes «à ne pas céder aux provocations», que celles-ci viennent «de groupes de provocateurs ou de la police».

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