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29.10.2010

Une gifle

Dans la controverse à propos de ces éventuels «policiers casseurs» qui auraient sévi dans les manifs dernièrement, à Paris notamment, il en est un qui, à la radio cette semaine, s'est pris une fameuse gifle (verbale) en pleine face: le leader du syndicat CGT Bernard Thibault. Il avait tiré au bazooka contre les policiers. En retour, il s'est pris carrément un missile de la part du syndicat policier Synergie. En substance, cela donnait ceci: «Les leçons de déontologie de M. Thibault aux policiers nous font bien rigoler, quand on voit les méthodes du propre service d'ordre de la CGT, qui fait le coup de poing pour trois fois rien».

 

Une gifle? Car le coup est asséné là où cela fait mal. Le syndicat communiste, en effet, comme tant d'organisations ou partis de gauche, n'est pas le dernier à recourir à des gros bras rarement habitués à faire dans la dentelle. Bernard Thibault est bien placé pour le savoir. L'an dernier, il a eu une grosse polémique à gérer, à propos d'un événement s'étant déroulé dans notre quartier de Paris.

 

C'était en juin 2009 à la rue Charlot, dans le Haut Marais. Dans l'immeuble de la Bourse du travail. A cette époque – on en avait parlé dans ce blog (notamment ici) – , les locaux normalement dévolus à l'activité syndicale étaient, depuis quatorze mois, occupés par des familles de sans-papiers réclamant leur régularisation et s'estimant insuffisamment soutenues par les syndicats. Ce jour-là, la CGT avait envoyé ses gros bras faire le ménage. Une cinquantaine de membres de son service d'ordre avait donné l'assaut au bâtiment et en avait expulsé manu militari – coups de matraque, lacrymo, etc. – les sans-papiers. Cette opération de commando avait suscité un tollé dans les milieux de gauche. Y compris dans d'autres syndicats (ici, par exemple), nombre de voix s'étaient élevées contre une opération «contraire aux principes fondamentaux de ce qui doit fonder un véritable syndicalisme», un «grave dérapage», «une stratégie de la brutalité, de l’intimidation et de l’humiliation», voire «un acte anti-travailleur raciste». Très embarrassée, la CGT avait fini par devoir limoger son responsable de la sécurité à l'origine de l'opération.

 

Dernière anecdote, d'ordre vestimentaire. Les opposants à ce raid syndical avaient notamment fustigé l'apparence qui, ce jour-là, était celle des gros bras de la CGT: de véritables «nervis en cagoule». Des nervis encagoulés, donc. Point de vue look, on n'est pas si loin du fameux «policier ninja». Ce présumé «policier casseur»  –  un militant anarcho-autonome finalement, selon les policiers l'ayant arrêté hier à Paris  – dont les agissements, l'autre jour à Bastille, avaient été à l'origine des accusations lancées par les syndicats contre les policiers. On ne dirait pas «Tel (syndicaliste) est pris qui croyait prendre», mais, enfin, on n'en est tout de même pas loin.

28.10.2010

Une thèse (toujours)

casseurs.jpgUne semaine. Il a donc fallu, en gros, une semaine à la classe politique et aux médias traditionnels pour relayer la thèse qui, sur internet, passionne les foules depuis plus de dix jours, et qu'on évoquait dans ce blog mercredi dernier. La fameuse thèse des «policiers casseurs», qui infiltreraient les manifs pour y faire de la casse afin de discréditer le mouvement social. On souligne ce retard à l'allumage non pas spécialement pour le brocarder: cela ne fait sans doute jamais de mal de prendre un peu de recul par rapport à l'immédiateté du net. Mais pour souligner combien parfois est caricaturale cette antienne qui présente la classe politico-médiatique française comme étant en permanence les yeux rivés sur internet, obsédée en temps réel par le moindre buzz qui s'y déroule.

 

Le buzz autour de ces éventuels «policiers casseurs», en tout cas, il est désormais indéniable dans tous les médias. Prenons l'exemple de la radio, ce matin. Car, dans les tranches matinales d'info, il n'y en avait que pour cela. Ainsi, sur une station, on a entendu le syndicaliste Bernard Thibault prêter à certains policiers «des attitudes qui n'ont rien à voir» avec leur mission. Puis avertir les agents en civil qui, cet après-midi dans les cortèges, seront déguisés en manifestants qu'ils y «seront particulièrement surveillés» par les syndicalistes. On zappait et, sur une autre station, on entendait un autre leader syndical, Jean-Claude Mailly, être lui beaucoup plus prudent sur ces éventuels «dérapages» policiers. On zappait encore et, sur une troisième station, on tombait illico sur le porte-parole du PS qui, sur ce même sujet, était tout autant soumis à la question. «Il est très difficile de porter de telles accusations», disait-il. Rappelant tout de même qu'en matière de comportements policiers très limites, la France avait déjà donné – voir la mort du jeune manifestant Malik Oussekine à Paris en 1986, bastonné par les «policiers voltigeurs» à moto du duo ministériel Pasqua-Pandraud. Enfin, et on s'arrêtera là, dans la foulée et sur une autre station encore, on entendait ce matin un député écologiste faire carrément le lien entre ces éventuels «policiers casseurs» et les vols d'ordinateurs dont ont été victimes plusieurs journalistes d'investigation, ces derniers jours. Et oser en déduire: «Là, ca va beaucoup beaucoup trop loin, la dérive de la part du pouvoir sarkozyste!»

 

Cette rapide revue de presse radiophonique matinale française pour dire qu'autant ce sujet brûlant des «policiers casseurs» a tardé à émerger dans la classe politico-médiatique, autant là, maintenant, c'est bon: il bat son plein et sans doute n'est-ce pas fini. Reste à voir si ce tumulte incitera le pouvoir à agréer à la requête de l'opposition de mettre sur pied une commission parlementaire d'enquête sur la question. A priori aucune chance/aucun risque/, évidemment.

27.10.2010

Une misère

Pas (pas encore?) de milliers de tonnes de détritus dans les rues de Paris, comme à Marseille ces derniers jours. La grève partielle que mène une partie des éboueurs de la capitale perturbe bien, ce mercredi encore, la collecte des immondices dans certains arrondissements, mais la mairie affirme que la situation est globalement sous contrôle. En revanche, elle s'enlise aux portes de Paris, à la hauteur de la porte de Bercy: au centre de traitements des immondices d'Ivry, qui accueille une bonne part des déchets parisiens. Les grévistes continuent de bloquer l'accès à l'usine. «On a de quoi tenir un siège! On a même planté un sapin de Noël!», racontait hier un leader syndical. A côté d'une pancarte reprenant une phrase de Jacques Prévert: «Quand les éboueurs font grève, les orduriers sont indignés».

 

Indigné, il l'était ce gréviste d'Ivry qui témoignait hier à la radio. «Cela fait trente ans que je ramasse les poubelles et, au final, je ne toucherai qu'une retraite mensuelle de 800 euros!» 800 euros. Une misère. Comment donc peut-on vivre en région parisienne avec cela? Etant entendu que le salaire de l'éboueur moyen ne lui permet sans doute pas, pendant sa vie active, de cotiser pour une retraite complémentaire voire simplement d'acquérir son logement.

 

A propos, et on se l'est dit si souvent ces dernières années en les voyant à l'oeuvre dans les rues de Paris, s'il y a une profession dont il faudrait reconnaître la pénibilité (notion tant évoquée dans ce débat sur les retraites), c'est bien celle d'éboueur. On ne parle même pas des odeurs, du bruit, des horaires de travail ou du climat (voir les corps en sueur des éboueurs les jours de canicule). Mais du rythme de travail dingue de ces travailleurs. Il faut voir la cadence du ramassage des immondices à Paris pour le croire: ces éboueurs – bien sûr à 99% des gens de couleur... – galopent à longueur de tournées.

 

Le pire est sans doute qu'en plus, ils doivent souvent endurer le concert de coups de klaxon des automobilistes parisiens pressés/stressés (pléonasme), qui considèrent évidemment toujours que le camion-poubelle bloquant leur bagnole n'avance jamais assez vite. Ce tintamarre misérable donne envie de cogner même aux plus pacifiques, mêmes aux gens les plus fondamentalement non-violents.

26.10.2010

Un «contexte anxiogène»

lepochoirleprésentfaitdéfaut.jpgUN PRÉSENT FAIT DÉFAUT. C'est ce qu'affirme un pochoir qu'on a aperçu par-ci par-là ces derniers temps, sur les murs de notre onzième arrondissement. Il représente, en noir et blanc très contrasté, une foule de manifestants. La seule touche de couleur qui émerge de ce groupe sont des drapeaux d'un rouge saturé flottant dans le vent. Hier, on a repensé à ce pochoir si d'actualité en France en ce moment – ce mardi, ce sont cette fois les étudiants qui ont appelé à manifester. On y a repensé en parcourant la dernière édition du «Baromètre des priorités sociales des Français» de l'institut TNS-Sofres. Etude qui semble illustrer à merveille, si l'on ose dire, cette maxime d'un présent qui ferait défaut.

Pour preuve, on y lit qu'«un Français sur cinq se vit dans une position de fragilité sociale: (est) insatisfait de sa situation sociale personnelle, au global comme dans le détail». Ce sentiment de fragilité sociale concerne la non-satisfaction aussi bien de «besoins fondamentaux» (logement, accès aux soins de santé, etc.) que de «besoins économiques» (pouvoir d’achat considéré comme suffisant, etc.) et de «besoins personnels» (vie sociale et loisirs jugés satisfaisants, etc.). Si six Français sur dix voient leur situation personnelle comme étant à peu près stable, 71% estiment que la situation des Français en général a, elle, plutôt tendance à se détériorer. «Ce constat est partagé par l’ensemble des catégories de la population», précise TNS: «La perception d’une dégradation de la situation sociale des Français est homogène, quels que soient les catégories socioprofessionnelles, l’âge ou le niveau de revenu». Donc, en ce qui concerne «la perception de la situation sociale du pays», le «contexte (est) particulièrement anxiogène» en France en ce moment.

Les 22% de Français qui s'estiment en situation de fragilité ont, en plus, le sentiment de ne pas contrôler la manière dont leur vie se déroule. En d'autres mots, ils trouvent qu'ils vivent «une vie subie»: qu'ils n'ont plus aucune prise sur leur propre existence. Cette sensation d'impuissance se retrouve, bien plus largement, dans une majorité de l'opinion. L'illustre la réponse donnée par les sondés à cette question posée par l'institut de sondages: «A titre personnel, avez-vous le sentiment de pouvoir, à votre niveau, faire bouger les choses dans la société?» A cette interrogation, 19% des sondés ont répondu par l'affirmative, 80% par la négative.

Résumons. Une minorité non négligeable de Français ne va pas bien. Une majorité des concitoyens de ce pays trouve que la France ne va pas bien. Et une majorité de Français se juge totalement impuissante pour améliorer l'état global de ce pays et de ses habitants. Mais cela n'a pas empêché des millions de Français de descendre dans la rue à peu près chaque semaine depuis des semaines.

25.10.2010

Une thèse (encore)

Les casseurs ayant sévi dernièrement, à Paris notamment, seraient, pour partie, des policiers qui, dans les manifestations, agiraient ainsi en service commandé. Pour discréditer le mouvement social, ils n'hésiteraient pas à eux-mêmes faire du grabuge. C'est la thèse, énorme,  – on l'évoquait dans ce blog l'autre jour – qui circule depuis un petit temps dans certains milieux de l'ultra-gauche. Jusqu'à présent, elle n'avait pas été relayée par la classe politique. Depuis hier soir, c'est chose faite. Grâce à/A cause de/ Jean-Luc Mélenchon. A la radio, le leader du Front de gauche, si populiste qu'il est accusé par ses adversaires de n'être qu'«un Le Pen de gauche», a explicitement dénoncé la «présence dans les cortèges de manifestants de personnes infiltrées qui jettent des pierres, brisent des vitrines et ensuite sortent des brassards de police». Et il a nommément accusé leur hiérarchie: «La question est de savoir qui donne de tels ordres. Personne ne peut croire que des policiers de leur propre initiative décident de se déguiser en manifestants et de jeter des pierres pour ensuite interpeller. Je pense que le ministre de l'Intérieur est au courant».

Cette accusation est énorme. Même Olivier Besancenot ne va pas aussi loin dans sa mise en cause des forces de l'ordre. Tout au plus, les trotskistes considèrent-ils que «les dégradations et casses constatées» sont «favorisées par le dispositif inadapté mis en place par les forces de l'ordre et par leurs attitudes provocatrices». Idem ce matin à la radio, le leader du syndicat étudiant UNEF ne s'est pas davantage hasardé à accuser les policiers d'être des casseurs. Il s'est juste interrogé: «Est-ce que les préfets n'ont pas eu pour consignes de faire monter la tension avec les jeunes, de manière à montrer quelques images spectaculaires en fin de JT, pour marquer des points dans l'opinion?»

Les policiers à qui on demande en haut lieu de jouer les casseurs? L'accusation est énorme, mais, assez curieusement, elle ne suscite guère de réactions. L'autre jour, l'UMP n'a diffusé qu'un communiqué laconique, comme un peu las, contre les «propos injurieux» du même homme politique, qui venait de qualifier de «sarkozystes militants» les casseurs sévissant en marge des manifestations. Et l'on attend toujours la réaction du ministère de l'Intérieur. Qui jadis était si prompt à traîner en justice le moindre groupe de rap dénigrant la police. Mais qui, là, est silencieux alors qu'il est accusé rien moins que d'avoir comploté pour détourner les forces de l'ordre de leur mission républicaine et salir un mouvement social. Curieux.

22.10.2010

Une pénurie, ou pas

nicolasKARACHI.jpgPénurie de carburants en France en ce moment, mais pas de pénurie d’imagination dans les slogans des manifestants. Ce n’est évidemment pas la seule réforme des retraites qui est dénoncée dans les cortèges. Outre ses écarts de language («Casse toi, pov’con», voit-on forcément dans toutes les manifestations), y compris le style du Président est brocardé par les manifestants: «Regarde bien ta Rolex, c’est l’heure de la révolte». Ainsi que – attention, danger: c'est vraiment le degré zéro, nul donc, de l'argumentation – son physique («Les talonnettes ne font pas les grands hommes»), voire ses origines («60 ans, faut te le dire en quelle langue??? Hongrois rêver»).

 

Pénurie de carburants, mais pas de pénurie de combustible sulfureux pour alimenter la défiance envers le chef de l’Etat et donc envers sa réforme. Dans les manifs, les visuels les plus ostensibles, imaginés par le parti NPA d’Olivier Besancenot, sont indéniablement les «DEHORS Parce qu’ils ne valent rien». Ils représentent des faux billets de 500 euros à l’effigie de l’hôte de l’Elysée et du ministre Woerth. Et détournent bien sûr le «Parce que vous le valez bien» de Loréal: le slogan emblématique de l’empire cosmétique propriété de Liliane Bettencourt, protagoniste comme Eric Woerth de l’affaire qui défraie la chronique depuis l’été. Autre scandale alimentant le soupçon et donc la contestation: le «Karachigate» – pour les lecteurs qui n’auraient pas trop suivi ce scandale politico-financier, lire par exemple ici. En témoignent ces stickers qu’on a vus, collés sur les murs de notre onzième arrondissement: «NICOLAS KARACHI».

 

Pénurie de carburants, et énorme pénurie de clairvoyance dans le chef de ces militants sarkozystes qui, comme on l’a vu l’autre jour sur le boulevard Voltaire, ont cru bon de tagguer un «VIVE SARKO» sur un distributeur de billets. Vraiment pas malin, le choix de ce support, Nicolas Sarkoy étant notamment critiqué pour ses rapports supposés incestueux avec le monde de l’argent…

 

DABvivesarko.jpgPénurie de carburants, et, puisqu’on parle d’argent, bientôt «pénurie de liquide», comme le menaçait cette semaine un syndicat ? Les quatre fédérations syndicales des transports ont appelé (ici, par exemple) les convoyeurs de fonds à se lancer eux aussi dans les grèves et les débrayages. Pourraient particulièrement entrer dans la danse (revendicative) les «dabistes» – pour les lecteurs non-français de ce blog, c’est le nom donné au personnel qui alimente les distributeurs automatiques de billets de banque (DAB). Dernièrement, d’ailleurs, nombre d’agences de la société Brink's, comme d'autres sociétés de transports de fonds, ont été touchées par la grève dans plusieurs villes de province.

 

Une pénurie d’argent (liquide) à venir pour les Parisiens, eux si dépensiers? On aurait vraiment tout vu, dans la Ville lumière.

21.10.2010

Un gros changement

Ca roule. Ca roule même les jours de grève, dans le métro de Paris. Ca roule y compris sur les lignes qu'on a l'habitude d'utiliser (la 8 et la 5, par exemple) alors qu'elles sont fortement syndiquées. C'est un changement tellement énorme que même l'usager parisien le moins observateur ne peut pas ne pas l'avoir remarqué. Auparavant, prendre le métro à Paris les jours de grève, c'était tout simplement invivable. Aujourd'hui, ce n'est toujours pas agréable, cela reste même souvent pénible, mais, globalement, c'est vivable (*).

 

Explique cette amélioration la réforme sarkozyste du «service garanti» les jours de grève. Elle impose notamment aux employés de se déclarer en grève plusieurs jours à l'avance. Cela permet aux sociétés de transports à la fois de mieux informer les voyageurs des perturbations à venir et de mieux organiser la répartition du personnel non-gréviste sur l'ensemble du réseau. A la RATP, par exemple, ce «délai de prévenance», comme on l'appelle dans cette société, est de cinq jours francs.

 

Toutefois, il serait un peu court de présenter ce «service garanti» comme étant l'unique facteur à l'origine de cette amélioration quotidienne du sort des usagers du métro de Paris les jours de grève. Le taux de grévistes lui-même a régressé. Des syndicats, d'ailleurs, reconnaissent ouvertement (ici, par exemple) que «le niveau de mobilisation souhaité n’est pas au rendez-vous», et trouvent «pas encourageante» cette «baisse du niveau de grévistes à la RATP». Cette moindre mobilisation que par le passé est l'impact sonnant et trébuchant, sur la feuille de paie donc, de l'accumulation du nombre de jours de grève. Y compris s'il est affilé aux syndicats CGT ou Sud et donc qu'il est remonté contre le gouvernement, un cheminot doit tout de même payer son loyer et nourrir sa famille. Ces contingences matérielles poussent d'ailleurs nombre de syndicalistes, de la RATP comme ailleurs, à opter pour des formes d'action moins pénalisées financièrement et moins perturbatrices: les arrêts de travail d'une heure ou deux, par exemple, plutôt que la grève toute la journée. Un autre facteur n'a pas peu contribué au moindre impact, ces jours-ci, de la grève sur le fonctionnement du réseau de la RATP. Dès le 12 octobre, le front commun a éclaté dans cette société, le syndicat Unsa ayant appelé ses affiliés à ne pas se croiser les bras. Ceci (ces deux facteurs) explique donc aussi en partie cela (la moindre galère que d'habitude).

(*) Ca roule dans les transports publics, oui, mais à deux nuances près. Ca roule dans le métro mais moins dans le RER: les usagers du RER B en savent quelque chose. Et, ça roule dans le métro malgré la grève, mais du moins quand les «incidents techniques» à répétition affectant le réseau le veulent bien – on en a déjà parlé ces derniers jours, donc on n'y revient pas longuement.

20.10.2010

Une thèse

casseur.jpgCe matin, le Conseil des ministres a longuement évoqué la question du maintien de l'ordre public. C'est bien sûr à relier à la multiplication, ces derniers jours, de la casse déplorée en marge des manifs contre la réforme des retraites. C'est peu dire que les autorités peinent à contenir les casseurs – on l'a encore vu samedi aux alentours de Bastille. «Le problème, c'est qu'ils se fondent dans les groupes de jeunes manifestants. Ayant le même âge qu'eux et étant souvent habillés comme eux, on a beaucoup de mal à les identifier avant qu'ils passent à l'acte. Et comme on peut difficilement embarquer d'office tous les jeunes à capuche qui sont dans la rue...» Ainsi s'exprimait hier un dirigeant d'un syndicat policier, expliquant les difficultés rencontrées sur le terrain par ses collèges pour mettre les casseurs hors d'état de nuire.

C'est bien connu, ce discours sur les voyous qui, jusque dans leur apparence vestimentaire, se fondent sciemment dans la foule des jeunes manifestants pacifiques qu'ils utilisent comme bouclier. Moins connue de l'opinion, en revanche, est une autre thèse relative à un autre mélange des genres qui, à l'en croire, serait à l'oeuvre dans les manifestations. Cette thèse est régulièrement avancée dans les milieux de la gauche radicale et/ou anarchiste (ici, par exemple). Et, depuis samedi, on en a beaucoup entendu parler dans notre quartier Bastille. Parlant de mimétisme vestimentaire, d'infiltration et de manipulation, cette thèse, elle, met directement en cause... les policiers. Les policiers en civil qui sont déployés dans les manifestations. Et qui, à en croire les tenants de ce discours, se déguiseraient comme des casseurs puis en viendraient eux-mêmes à casser dans le but de discréditer l'image (médiatique, singulièrement) des manifestants et, à terme, de casser leur mobilisation.

Dans les syndicats policiers, cette thèse suscite évidemment des haussements d'épaules et des levers d'yeux au ciel. Mais aussi de la colère, dans la mesure où on la juge «indigne et insultante» à l'égard des forces de l'ordre. «Que ce genre de thèse circule dans ces milieux de la gauche radicale illustre une fois de plus combien cette mouvance aime les théories du complot», nous confiait un policier, hier soir. «Ce n'est pas pour rien si, dans ces milieux, ont beaucoup circulé, à l'époque, les thèses révisionnistes sur l'attentat du 11 septembre contre les tours jumelles de New York».

Peut-être. Il n'empêche, force est de constater que les interrogations sur le comportement des forces de l'ordre pendant les manifestations ne sont pas l'apanage des milieux de l'ultra-gauche et/ou anarchistes. On en a encore eu l'illustration pas plus tard hier. Quand François Chérèque, le si modéré leader du si réformiste syndicat CFDT, a appelé ses troupes «à ne pas céder aux provocations», que celles-ci viennent «de groupes de provocateurs ou de la police».

19.10.2010

Un préjugé

Nouvelle journée d'action syndicale en France ce mardi – la dixième, si l'on compte bien, depuis le début, il y a cinq mois, du conflit social au sujet de la réforme des retraites. A propos du climat social, les manifestants, grévistes et autres protestataires doivent-ils donc tous être d'office rangés dans la catégorie des dangereux casseurs en puissance? C'est, en tout cas, ce que semblent penser de plus en plus de commerçants de notre onzième arrondissement. Dont les boulevards, entre Bastille, République et Nation, ont toujours été un itinéraire parisien de manifestation privilégié.

 

Il y a quelques samedis déjà, lorsque le cortège du jour avait défilé sur le boulevard Beaumarchais, on y avait trouvé fermés, «pour raison exceptionnelle», quasiment tous les commerces où l'on voulait aller. Quelques jours plus tard, même expérience boulevard Voltaire: l'autre grande artère du onzième, qui, ce jour-là, était l'itinéraire de manifestation et où nombre de commerces avaient tout autant baissé leur rideau métallique. Et rebelote ce samedi, le long à nouveau du boulevard Beaumarchais où défilaient une fois de plus les manifestants. Alors que la plupart des cafés, eux, étaient ouverts et faisaient même, grâce à la foule, de très bonnes affaires, nombre de petits commerces avaient fermé boutique pour toute l'après-midi et bien avant l'heure programmée de passage du cortège. On a même vu le vendeur de journaux et de tabac du coin passer son après-midi à faire le pied de grue sur son bout de trottoir, pour surveiller que ses présentoirs à journaux ne soient pas dévalisés par les manifestants passant devant son établissement.

 

Les jours de manif, visiblement, les commerçants de Paris (ceux de notre quartier, en tout cas) sont sur les dents et tendent à se barricader pour éviter les pillages. Cela peut évidemment être vu comme un préjugé (manifestant=casseur) caricatural et dénigrant envers cette écrasante majorité de manifestants qui ne sont jamais que des braves gens. Mais, pour ces commerçants, ce n'est qu'une mesure de précaution relevant du pur bon sens, vu notamment les débordements si souvent commis par des casseurs dans les fins de manifestations.

 

A cet égard, cela chauffe souvent dans notre quartier, ces jours-ci. Au moment même d'écrire ces lignes, des centaines de lycéens sont en train de bloquer la circulation sur la place de la République. Et, samedi en fin d'après-midi (lire par exemple ici), des incidents ont été déplorés dans le quartier Bastille. Plus que jamais, donc, le onzième arrondissement – qui, avant de devenir bobo, a eu une si longue tradition ouvrière – est de ces lieux de Paris où, jour après jour, s'écrit la petite histoire sociale de ce pays.

18.10.2010

Une (autre) «censure»

KABOOMaffiche.jpgUn peu de légèreté, pour bien commencer la semaine et parce que cela faisait longtemps dans ce blog – vu l'actualité si pesante en France, en ce moment. L'autre jour, on parlait de la «censure» frappant un théâtre parisien, qui a vu une de ses pièces interdite d'affichage sur les panneaux publicitaires de la RATP. Car cette affiche a été jugée politiquement incorrecte: elle amalgamait le Président Sarkozy et le ministre Woerth avec les protagonistes de l'affaire Woerth-Bettencourt. Depuis, on a remarqué que, dans le métro, une autre «censure» a été imposée par la régie publicitaire de la RATP. Elle frappe cette fois l'affiche non d'une pièce de théâtre, mais d'un film de cinéma: la dernière comédie du réalisateur américain Gregg Araki, "Kaboom".

 

Certes, depuis qu'il est sorti en salle, ce film est affiché un peu partout sur les panneaux publicitaires de la RATP. Mais le visuel de l’affiche a été retouché: caviardé, édulcoré. Sur l'affiche originelle, parmi les différents protagonistes du film qui y étaient représentés, on voyait un jeune homme endormi sur le dos. Et il était visiblement en plein rêve érotique puisque, au niveau de son bas-ventre, une... – hum, comment dire, dans un blog lié à un journal réputé de bonne famille? ;-) – une, une… turgescence libidinale, on va dire, surélevait de manière impressionnante son drap de lit (*). Or, dans la version de l’affiche retenue par la régie publicitaire du métro parisien, cette surélévation du drap a été dissimulée par un aplat de couleur reprenant un extrait de critique de ce film. Sans doute les dirigeants de la RATP ont-ils estimé que la suggestion aussi visible de ce détal physique si viril n’était pas très convenable, voire carrément inconvenante, dans un lieu public fréquenté chaque jour par des millions de familles et donc d’enfants.

 

«Censure» parfaitement raisonnable? Le cinéaste Gregg Araki, qui adore la provoc’, doit certainement la trouver d’une pudibonderie d’un autre temps.

 

(*) Si d’aventure des lecteurs ne voyaient pas trop ce dont il s'agit, ils compareront la vignette en illu de cette note, qui représente le détail du fameux visuel tel qu’il est affiché dans le métro, et l'affiche originelle du film, visible ici par exemple.

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