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29/10/2010

Une gifle

Dans la controverse à propos de ces éventuels «policiers casseurs» qui auraient sévi dans les manifs dernièrement, à Paris notamment, il en est un qui, à la radio cette semaine, s'est pris une fameuse gifle (verbale) en pleine face: le leader du syndicat CGT Bernard Thibault. Il avait tiré au bazooka contre les policiers. En retour, il s'est pris carrément un missile de la part du syndicat policier Synergie. En substance, cela donnait ceci: «Les leçons de déontologie de M. Thibault aux policiers nous font bien rigoler, quand on voit les méthodes du propre service d'ordre de la CGT, qui fait le coup de poing pour trois fois rien».

 

Une gifle? Car le coup est asséné là où cela fait mal. Le syndicat communiste, en effet, comme tant d'organisations ou partis de gauche, n'est pas le dernier à recourir à des gros bras rarement habitués à faire dans la dentelle. Bernard Thibault est bien placé pour le savoir. L'an dernier, il a eu une grosse polémique à gérer, à propos d'un événement s'étant déroulé dans notre quartier de Paris.

 

C'était en juin 2009 à la rue Charlot, dans le Haut Marais. Dans l'immeuble de la Bourse du travail. A cette époque – on en avait parlé dans ce blog (notamment ici) – , les locaux normalement dévolus à l'activité syndicale étaient, depuis quatorze mois, occupés par des familles de sans-papiers réclamant leur régularisation et s'estimant insuffisamment soutenues par les syndicats. Ce jour-là, la CGT avait envoyé ses gros bras faire le ménage. Une cinquantaine de membres de son service d'ordre avait donné l'assaut au bâtiment et en avait expulsé manu militari – coups de matraque, lacrymo, etc. – les sans-papiers. Cette opération de commando avait suscité un tollé dans les milieux de gauche. Y compris dans d'autres syndicats (ici, par exemple), nombre de voix s'étaient élevées contre une opération «contraire aux principes fondamentaux de ce qui doit fonder un véritable syndicalisme», un «grave dérapage», «une stratégie de la brutalité, de l’intimidation et de l’humiliation», voire «un acte anti-travailleur raciste». Très embarrassée, la CGT avait fini par devoir limoger son responsable de la sécurité à l'origine de l'opération.

 

Dernière anecdote, d'ordre vestimentaire. Les opposants à ce raid syndical avaient notamment fustigé l'apparence qui, ce jour-là, était celle des gros bras de la CGT: de véritables «nervis en cagoule». Des nervis encagoulés, donc. Point de vue look, on n'est pas si loin du fameux «policier ninja». Ce présumé «policier casseur»  –  un militant anarcho-autonome finalement, selon les policiers l'ayant arrêté hier à Paris  – dont les agissements, l'autre jour à Bastille, avaient été à l'origine des accusations lancées par les syndicats contre les policiers. On ne dirait pas «Tel (syndicaliste) est pris qui croyait prendre», mais, enfin, on n'en est tout de même pas loin.

28/10/2010

Une thèse (toujours)

casseurs.jpgUne semaine. Il a donc fallu, en gros, une semaine à la classe politique et aux médias traditionnels pour relayer la thèse qui, sur internet, passionne les foules depuis plus de dix jours, et qu'on évoquait dans ce blog mercredi dernier. La fameuse thèse des «policiers casseurs», qui infiltreraient les manifs pour y faire de la casse afin de discréditer le mouvement social. On souligne ce retard à l'allumage non pas spécialement pour le brocarder: cela ne fait sans doute jamais de mal de prendre un peu de recul par rapport à l'immédiateté du net. Mais pour souligner combien parfois est caricaturale cette antienne qui présente la classe politico-médiatique française comme étant en permanence les yeux rivés sur internet, obsédée en temps réel par le moindre buzz qui s'y déroule.

 

Le buzz autour de ces éventuels «policiers casseurs», en tout cas, il est désormais indéniable dans tous les médias. Prenons l'exemple de la radio, ce matin. Car, dans les tranches matinales d'info, il n'y en avait que pour cela. Ainsi, sur une station, on a entendu le syndicaliste Bernard Thibault prêter à certains policiers «des attitudes qui n'ont rien à voir» avec leur mission. Puis avertir les agents en civil qui, cet après-midi dans les cortèges, seront déguisés en manifestants qu'ils y «seront particulièrement surveillés» par les syndicalistes. On zappait et, sur une autre station, on entendait un autre leader syndical, Jean-Claude Mailly, être lui beaucoup plus prudent sur ces éventuels «dérapages» policiers. On zappait encore et, sur une troisième station, on tombait illico sur le porte-parole du PS qui, sur ce même sujet, était tout autant soumis à la question. «Il est très difficile de porter de telles accusations», disait-il. Rappelant tout de même qu'en matière de comportements policiers très limites, la France avait déjà donné – voir la mort du jeune manifestant Malik Oussekine à Paris en 1986, bastonné par les «policiers voltigeurs» à moto du duo ministériel Pasqua-Pandraud. Enfin, et on s'arrêtera là, dans la foulée et sur une autre station encore, on entendait ce matin un député écologiste faire carrément le lien entre ces éventuels «policiers casseurs» et les vols d'ordinateurs dont ont été victimes plusieurs journalistes d'investigation, ces derniers jours. Et oser en déduire: «Là, ca va beaucoup beaucoup trop loin, la dérive de la part du pouvoir sarkozyste!»

 

Cette rapide revue de presse radiophonique matinale française pour dire qu'autant ce sujet brûlant des «policiers casseurs» a tardé à émerger dans la classe politico-médiatique, autant là, maintenant, c'est bon: il bat son plein et sans doute n'est-ce pas fini. Reste à voir si ce tumulte incitera le pouvoir à agréer à la requête de l'opposition de mettre sur pied une commission parlementaire d'enquête sur la question. A priori aucune chance/aucun risque/, évidemment.

27/10/2010

Une misère

Pas (pas encore?) de milliers de tonnes de détritus dans les rues de Paris, comme à Marseille ces derniers jours. La grève partielle que mène une partie des éboueurs de la capitale perturbe bien, ce mercredi encore, la collecte des immondices dans certains arrondissements, mais la mairie affirme que la situation est globalement sous contrôle. En revanche, elle s'enlise aux portes de Paris, à la hauteur de la porte de Bercy: au centre de traitements des immondices d'Ivry, qui accueille une bonne part des déchets parisiens. Les grévistes continuent de bloquer l'accès à l'usine. «On a de quoi tenir un siège! On a même planté un sapin de Noël!», racontait hier un leader syndical. A côté d'une pancarte reprenant une phrase de Jacques Prévert: «Quand les éboueurs font grève, les orduriers sont indignés».

 

Indigné, il l'était ce gréviste d'Ivry qui témoignait hier à la radio. «Cela fait trente ans que je ramasse les poubelles et, au final, je ne toucherai qu'une retraite mensuelle de 800 euros!» 800 euros. Une misère. Comment donc peut-on vivre en région parisienne avec cela? Etant entendu que le salaire de l'éboueur moyen ne lui permet sans doute pas, pendant sa vie active, de cotiser pour une retraite complémentaire voire simplement d'acquérir son logement.

 

A propos, et on se l'est dit si souvent ces dernières années en les voyant à l'oeuvre dans les rues de Paris, s'il y a une profession dont il faudrait reconnaître la pénibilité (notion tant évoquée dans ce débat sur les retraites), c'est bien celle d'éboueur. On ne parle même pas des odeurs, du bruit, des horaires de travail ou du climat (voir les corps en sueur des éboueurs les jours de canicule). Mais du rythme de travail dingue de ces travailleurs. Il faut voir la cadence du ramassage des immondices à Paris pour le croire: ces éboueurs – bien sûr à 99% des gens de couleur... – galopent à longueur de tournées.

 

Le pire est sans doute qu'en plus, ils doivent souvent endurer le concert de coups de klaxon des automobilistes parisiens pressés/stressés (pléonasme), qui considèrent évidemment toujours que le camion-poubelle bloquant leur bagnole n'avance jamais assez vite. Ce tintamarre misérable donne envie de cogner même aux plus pacifiques, mêmes aux gens les plus fondamentalement non-violents.

26/10/2010

Un «contexte anxiogène»

lepochoirleprésentfaitdéfaut.jpgUN PRÉSENT FAIT DÉFAUT. C'est ce qu'affirme un pochoir qu'on a aperçu par-ci par-là ces derniers temps, sur les murs de notre onzième arrondissement. Il représente, en noir et blanc très contrasté, une foule de manifestants. La seule touche de couleur qui émerge de ce groupe sont des drapeaux d'un rouge saturé flottant dans le vent. Hier, on a repensé à ce pochoir si d'actualité en France en ce moment – ce mardi, ce sont cette fois les étudiants qui ont appelé à manifester. On y a repensé en parcourant la dernière édition du «Baromètre des priorités sociales des Français» de l'institut TNS-Sofres. Etude qui semble illustrer à merveille, si l'on ose dire, cette maxime d'un présent qui ferait défaut.

Pour preuve, on y lit qu'«un Français sur cinq se vit dans une position de fragilité sociale: (est) insatisfait de sa situation sociale personnelle, au global comme dans le détail». Ce sentiment de fragilité sociale concerne la non-satisfaction aussi bien de «besoins fondamentaux» (logement, accès aux soins de santé, etc.) que de «besoins économiques» (pouvoir d’achat considéré comme suffisant, etc.) et de «besoins personnels» (vie sociale et loisirs jugés satisfaisants, etc.). Si six Français sur dix voient leur situation personnelle comme étant à peu près stable, 71% estiment que la situation des Français en général a, elle, plutôt tendance à se détériorer. «Ce constat est partagé par l’ensemble des catégories de la population», précise TNS: «La perception d’une dégradation de la situation sociale des Français est homogène, quels que soient les catégories socioprofessionnelles, l’âge ou le niveau de revenu». Donc, en ce qui concerne «la perception de la situation sociale du pays», le «contexte (est) particulièrement anxiogène» en France en ce moment.

Les 22% de Français qui s'estiment en situation de fragilité ont, en plus, le sentiment de ne pas contrôler la manière dont leur vie se déroule. En d'autres mots, ils trouvent qu'ils vivent «une vie subie»: qu'ils n'ont plus aucune prise sur leur propre existence. Cette sensation d'impuissance se retrouve, bien plus largement, dans une majorité de l'opinion. L'illustre la réponse donnée par les sondés à cette question posée par l'institut de sondages: «A titre personnel, avez-vous le sentiment de pouvoir, à votre niveau, faire bouger les choses dans la société?» A cette interrogation, 19% des sondés ont répondu par l'affirmative, 80% par la négative.

Résumons. Une minorité non négligeable de Français ne va pas bien. Une majorité des concitoyens de ce pays trouve que la France ne va pas bien. Et une majorité de Français se juge totalement impuissante pour améliorer l'état global de ce pays et de ses habitants. Mais cela n'a pas empêché des millions de Français de descendre dans la rue à peu près chaque semaine depuis des semaines.

25/10/2010

Une thèse (encore)

Les casseurs ayant sévi dernièrement, à Paris notamment, seraient, pour partie, des policiers qui, dans les manifestations, agiraient ainsi en service commandé. Pour discréditer le mouvement social, ils n'hésiteraient pas à eux-mêmes faire du grabuge. C'est la thèse, énorme,  – on l'évoquait dans ce blog l'autre jour – qui circule depuis un petit temps dans certains milieux de l'ultra-gauche. Jusqu'à présent, elle n'avait pas été relayée par la classe politique. Depuis hier soir, c'est chose faite. Grâce à/A cause de/ Jean-Luc Mélenchon. A la radio, le leader du Front de gauche, si populiste qu'il est accusé par ses adversaires de n'être qu'«un Le Pen de gauche», a explicitement dénoncé la «présence dans les cortèges de manifestants de personnes infiltrées qui jettent des pierres, brisent des vitrines et ensuite sortent des brassards de police». Et il a nommément accusé leur hiérarchie: «La question est de savoir qui donne de tels ordres. Personne ne peut croire que des policiers de leur propre initiative décident de se déguiser en manifestants et de jeter des pierres pour ensuite interpeller. Je pense que le ministre de l'Intérieur est au courant».

Cette accusation est énorme. Même Olivier Besancenot ne va pas aussi loin dans sa mise en cause des forces de l'ordre. Tout au plus, les trotskistes considèrent-ils que «les dégradations et casses constatées» sont «favorisées par le dispositif inadapté mis en place par les forces de l'ordre et par leurs attitudes provocatrices». Idem ce matin à la radio, le leader du syndicat étudiant UNEF ne s'est pas davantage hasardé à accuser les policiers d'être des casseurs. Il s'est juste interrogé: «Est-ce que les préfets n'ont pas eu pour consignes de faire monter la tension avec les jeunes, de manière à montrer quelques images spectaculaires en fin de JT, pour marquer des points dans l'opinion?»

Les policiers à qui on demande en haut lieu de jouer les casseurs? L'accusation est énorme, mais, assez curieusement, elle ne suscite guère de réactions. L'autre jour, l'UMP n'a diffusé qu'un communiqué laconique, comme un peu las, contre les «propos injurieux» du même homme politique, qui venait de qualifier de «sarkozystes militants» les casseurs sévissant en marge des manifestations. Et l'on attend toujours la réaction du ministère de l'Intérieur. Qui jadis était si prompt à traîner en justice le moindre groupe de rap dénigrant la police. Mais qui, là, est silencieux alors qu'il est accusé rien moins que d'avoir comploté pour détourner les forces de l'ordre de leur mission républicaine et salir un mouvement social. Curieux.

22/10/2010

Une pénurie, ou pas

nicolasKARACHI.jpgPénurie de carburants en France en ce moment, mais pas de pénurie d’imagination dans les slogans des manifestants. Ce n’est évidemment pas la seule réforme des retraites qui est dénoncée dans les cortèges. Outre ses écarts de language («Casse toi, pov’con», voit-on forcément dans toutes les manifestations), y compris le style du Président est brocardé par les manifestants: «Regarde bien ta Rolex, c’est l’heure de la révolte». Ainsi que – attention, danger: c'est vraiment le degré zéro, nul donc, de l'argumentation – son physique («Les talonnettes ne font pas les grands hommes»), voire ses origines («60 ans, faut te le dire en quelle langue??? Hongrois rêver»).

 

Pénurie de carburants, mais pas de pénurie de combustible sulfureux pour alimenter la défiance envers le chef de l’Etat et donc envers sa réforme. Dans les manifs, les visuels les plus ostensibles, imaginés par le parti NPA d’Olivier Besancenot, sont indéniablement les «DEHORS Parce qu’ils ne valent rien». Ils représentent des faux billets de 500 euros à l’effigie de l’hôte de l’Elysée et du ministre Woerth. Et détournent bien sûr le «Parce que vous le valez bien» de Loréal: le slogan emblématique de l’empire cosmétique propriété de Liliane Bettencourt, protagoniste comme Eric Woerth de l’affaire qui défraie la chronique depuis l’été. Autre scandale alimentant le soupçon et donc la contestation: le «Karachigate» – pour les lecteurs qui n’auraient pas trop suivi ce scandale politico-financier, lire par exemple ici. En témoignent ces stickers qu’on a vus, collés sur les murs de notre onzième arrondissement: «NICOLAS KARACHI».

 

Pénurie de carburants, et énorme pénurie de clairvoyance dans le chef de ces militants sarkozystes qui, comme on l’a vu l’autre jour sur le boulevard Voltaire, ont cru bon de tagguer un «VIVE SARKO» sur un distributeur de billets. Vraiment pas malin, le choix de ce support, Nicolas Sarkoy étant notamment critiqué pour ses rapports supposés incestueux avec le monde de l’argent…

 

DABvivesarko.jpgPénurie de carburants, et, puisqu’on parle d’argent, bientôt «pénurie de liquide», comme le menaçait cette semaine un syndicat ? Les quatre fédérations syndicales des transports ont appelé (ici, par exemple) les convoyeurs de fonds à se lancer eux aussi dans les grèves et les débrayages. Pourraient particulièrement entrer dans la danse (revendicative) les «dabistes» – pour les lecteurs non-français de ce blog, c’est le nom donné au personnel qui alimente les distributeurs automatiques de billets de banque (DAB). Dernièrement, d’ailleurs, nombre d’agences de la société Brink's, comme d'autres sociétés de transports de fonds, ont été touchées par la grève dans plusieurs villes de province.

 

Une pénurie d’argent (liquide) à venir pour les Parisiens, eux si dépensiers? On aurait vraiment tout vu, dans la Ville lumière.

21/10/2010

Un gros changement

Ca roule. Ca roule même les jours de grève, dans le métro de Paris. Ca roule y compris sur les lignes qu'on a l'habitude d'utiliser (la 8 et la 5, par exemple) alors qu'elles sont fortement syndiquées. C'est un changement tellement énorme que même l'usager parisien le moins observateur ne peut pas ne pas l'avoir remarqué. Auparavant, prendre le métro à Paris les jours de grève, c'était tout simplement invivable. Aujourd'hui, ce n'est toujours pas agréable, cela reste même souvent pénible, mais, globalement, c'est vivable (*).

 

Explique cette amélioration la réforme sarkozyste du «service garanti» les jours de grève. Elle impose notamment aux employés de se déclarer en grève plusieurs jours à l'avance. Cela permet aux sociétés de transports à la fois de mieux informer les voyageurs des perturbations à venir et de mieux organiser la répartition du personnel non-gréviste sur l'ensemble du réseau. A la RATP, par exemple, ce «délai de prévenance», comme on l'appelle dans cette société, est de cinq jours francs.

 

Toutefois, il serait un peu court de présenter ce «service garanti» comme étant l'unique facteur à l'origine de cette amélioration quotidienne du sort des usagers du métro de Paris les jours de grève. Le taux de grévistes lui-même a régressé. Des syndicats, d'ailleurs, reconnaissent ouvertement (ici, par exemple) que «le niveau de mobilisation souhaité n’est pas au rendez-vous», et trouvent «pas encourageante» cette «baisse du niveau de grévistes à la RATP». Cette moindre mobilisation que par le passé est l'impact sonnant et trébuchant, sur la feuille de paie donc, de l'accumulation du nombre de jours de grève. Y compris s'il est affilé aux syndicats CGT ou Sud et donc qu'il est remonté contre le gouvernement, un cheminot doit tout de même payer son loyer et nourrir sa famille. Ces contingences matérielles poussent d'ailleurs nombre de syndicalistes, de la RATP comme ailleurs, à opter pour des formes d'action moins pénalisées financièrement et moins perturbatrices: les arrêts de travail d'une heure ou deux, par exemple, plutôt que la grève toute la journée. Un autre facteur n'a pas peu contribué au moindre impact, ces jours-ci, de la grève sur le fonctionnement du réseau de la RATP. Dès le 12 octobre, le front commun a éclaté dans cette société, le syndicat Unsa ayant appelé ses affiliés à ne pas se croiser les bras. Ceci (ces deux facteurs) explique donc aussi en partie cela (la moindre galère que d'habitude).

(*) Ca roule dans les transports publics, oui, mais à deux nuances près. Ca roule dans le métro mais moins dans le RER: les usagers du RER B en savent quelque chose. Et, ça roule dans le métro malgré la grève, mais du moins quand les «incidents techniques» à répétition affectant le réseau le veulent bien – on en a déjà parlé ces derniers jours, donc on n'y revient pas longuement.

20/10/2010

Une thèse

casseur.jpgCe matin, le Conseil des ministres a longuement évoqué la question du maintien de l'ordre public. C'est bien sûr à relier à la multiplication, ces derniers jours, de la casse déplorée en marge des manifs contre la réforme des retraites. C'est peu dire que les autorités peinent à contenir les casseurs – on l'a encore vu samedi aux alentours de Bastille. «Le problème, c'est qu'ils se fondent dans les groupes de jeunes manifestants. Ayant le même âge qu'eux et étant souvent habillés comme eux, on a beaucoup de mal à les identifier avant qu'ils passent à l'acte. Et comme on peut difficilement embarquer d'office tous les jeunes à capuche qui sont dans la rue...» Ainsi s'exprimait hier un dirigeant d'un syndicat policier, expliquant les difficultés rencontrées sur le terrain par ses collèges pour mettre les casseurs hors d'état de nuire.

C'est bien connu, ce discours sur les voyous qui, jusque dans leur apparence vestimentaire, se fondent sciemment dans la foule des jeunes manifestants pacifiques qu'ils utilisent comme bouclier. Moins connue de l'opinion, en revanche, est une autre thèse relative à un autre mélange des genres qui, à l'en croire, serait à l'oeuvre dans les manifestations. Cette thèse est régulièrement avancée dans les milieux de la gauche radicale et/ou anarchiste (ici, par exemple). Et, depuis samedi, on en a beaucoup entendu parler dans notre quartier Bastille. Parlant de mimétisme vestimentaire, d'infiltration et de manipulation, cette thèse, elle, met directement en cause... les policiers. Les policiers en civil qui sont déployés dans les manifestations. Et qui, à en croire les tenants de ce discours, se déguiseraient comme des casseurs puis en viendraient eux-mêmes à casser dans le but de discréditer l'image (médiatique, singulièrement) des manifestants et, à terme, de casser leur mobilisation.

Dans les syndicats policiers, cette thèse suscite évidemment des haussements d'épaules et des levers d'yeux au ciel. Mais aussi de la colère, dans la mesure où on la juge «indigne et insultante» à l'égard des forces de l'ordre. «Que ce genre de thèse circule dans ces milieux de la gauche radicale illustre une fois de plus combien cette mouvance aime les théories du complot», nous confiait un policier, hier soir. «Ce n'est pas pour rien si, dans ces milieux, ont beaucoup circulé, à l'époque, les thèses révisionnistes sur l'attentat du 11 septembre contre les tours jumelles de New York».

Peut-être. Il n'empêche, force est de constater que les interrogations sur le comportement des forces de l'ordre pendant les manifestations ne sont pas l'apanage des milieux de l'ultra-gauche et/ou anarchistes. On en a encore eu l'illustration pas plus tard hier. Quand François Chérèque, le si modéré leader du si réformiste syndicat CFDT, a appelé ses troupes «à ne pas céder aux provocations», que celles-ci viennent «de groupes de provocateurs ou de la police».

19/10/2010

Un préjugé

Nouvelle journée d'action syndicale en France ce mardi – la dixième, si l'on compte bien, depuis le début, il y a cinq mois, du conflit social au sujet de la réforme des retraites. A propos du climat social, les manifestants, grévistes et autres protestataires doivent-ils donc tous être d'office rangés dans la catégorie des dangereux casseurs en puissance? C'est, en tout cas, ce que semblent penser de plus en plus de commerçants de notre onzième arrondissement. Dont les boulevards, entre Bastille, République et Nation, ont toujours été un itinéraire parisien de manifestation privilégié.

 

Il y a quelques samedis déjà, lorsque le cortège du jour avait défilé sur le boulevard Beaumarchais, on y avait trouvé fermés, «pour raison exceptionnelle», quasiment tous les commerces où l'on voulait aller. Quelques jours plus tard, même expérience boulevard Voltaire: l'autre grande artère du onzième, qui, ce jour-là, était l'itinéraire de manifestation et où nombre de commerces avaient tout autant baissé leur rideau métallique. Et rebelote ce samedi, le long à nouveau du boulevard Beaumarchais où défilaient une fois de plus les manifestants. Alors que la plupart des cafés, eux, étaient ouverts et faisaient même, grâce à la foule, de très bonnes affaires, nombre de petits commerces avaient fermé boutique pour toute l'après-midi et bien avant l'heure programmée de passage du cortège. On a même vu le vendeur de journaux et de tabac du coin passer son après-midi à faire le pied de grue sur son bout de trottoir, pour surveiller que ses présentoirs à journaux ne soient pas dévalisés par les manifestants passant devant son établissement.

 

Les jours de manif, visiblement, les commerçants de Paris (ceux de notre quartier, en tout cas) sont sur les dents et tendent à se barricader pour éviter les pillages. Cela peut évidemment être vu comme un préjugé (manifestant=casseur) caricatural et dénigrant envers cette écrasante majorité de manifestants qui ne sont jamais que des braves gens. Mais, pour ces commerçants, ce n'est qu'une mesure de précaution relevant du pur bon sens, vu notamment les débordements si souvent commis par des casseurs dans les fins de manifestations.

 

A cet égard, cela chauffe souvent dans notre quartier, ces jours-ci. Au moment même d'écrire ces lignes, des centaines de lycéens sont en train de bloquer la circulation sur la place de la République. Et, samedi en fin d'après-midi (lire par exemple ici), des incidents ont été déplorés dans le quartier Bastille. Plus que jamais, donc, le onzième arrondissement – qui, avant de devenir bobo, a eu une si longue tradition ouvrière – est de ces lieux de Paris où, jour après jour, s'écrit la petite histoire sociale de ce pays.

18/10/2010

Une (autre) «censure»

KABOOMaffiche.jpgUn peu de légèreté, pour bien commencer la semaine et parce que cela faisait longtemps dans ce blog – vu l'actualité si pesante en France, en ce moment. L'autre jour, on parlait de la «censure» frappant un théâtre parisien, qui a vu une de ses pièces interdite d'affichage sur les panneaux publicitaires de la RATP. Car cette affiche a été jugée politiquement incorrecte: elle amalgamait le Président Sarkozy et le ministre Woerth avec les protagonistes de l'affaire Woerth-Bettencourt. Depuis, on a remarqué que, dans le métro, une autre «censure» a été imposée par la régie publicitaire de la RATP. Elle frappe cette fois l'affiche non d'une pièce de théâtre, mais d'un film de cinéma: la dernière comédie du réalisateur américain Gregg Araki, "Kaboom".

 

Certes, depuis qu'il est sorti en salle, ce film est affiché un peu partout sur les panneaux publicitaires de la RATP. Mais le visuel de l’affiche a été retouché: caviardé, édulcoré. Sur l'affiche originelle, parmi les différents protagonistes du film qui y étaient représentés, on voyait un jeune homme endormi sur le dos. Et il était visiblement en plein rêve érotique puisque, au niveau de son bas-ventre, une... – hum, comment dire, dans un blog lié à un journal réputé de bonne famille? ;-) – une, une… turgescence libidinale, on va dire, surélevait de manière impressionnante son drap de lit (*). Or, dans la version de l’affiche retenue par la régie publicitaire du métro parisien, cette surélévation du drap a été dissimulée par un aplat de couleur reprenant un extrait de critique de ce film. Sans doute les dirigeants de la RATP ont-ils estimé que la suggestion aussi visible de ce détal physique si viril n’était pas très convenable, voire carrément inconvenante, dans un lieu public fréquenté chaque jour par des millions de familles et donc d’enfants.

 

«Censure» parfaitement raisonnable? Le cinéaste Gregg Araki, qui adore la provoc’, doit certainement la trouver d’une pudibonderie d’un autre temps.

 

(*) Si d’aventure des lecteurs ne voyaient pas trop ce dont il s'agit, ils compareront la vignette en illu de cette note, qui représente le détail du fameux visuel tel qu’il est affiché dans le métro, et l'affiche originelle du film, visible ici par exemple.

15/10/2010

Une effarante stupidité

Les autorités travaillent bien, dans leur traque des mauvais plaisantins qui, dernièrement, par leurs fausses alertes à la bombe, ont semé pour rien la panique dans plusieurs endroits de Paris. Après l'arrestation, dont on a déjà parlé, de l'auteur de la fausse alerte ayant visé la gare Saint-Lazare, a été annoncé hier le placement en garde à vue d'un homme suspecté lui d'avoir commis rien moins que quatre fausses alertes. Les appels téléphoniques dont il est soupçonné ont visé deux fois la gare Montparnasse, ainsi que l'hôpital de l'Hôtel-Dieu et un grand magasin.

Si sa culpabilité est reconnue, il a franchi, selon nous, un pas supplémentaire dans la stupidité. Déjà, sans raison mettre les forces de l'ordre sur les dents – qui plus est en ce moment – et effrayer les touristes visitant la tour Eiffel ou les clients d'un grand magasin, c'est assez crétin. Mais là, s'attaquer à un hôpital, cela dépasse l'entendement. Effrayer pour rien des malades voire des mourants: dans les deux cas des gens qui souffrent, donc. Perturber encore un peu plus le travail d'un personnel soignant qui déjà n'en peut plus car il est notoirement débordé. Sans doute faut-il être soi-même un peu malade dans sa tête pour en arriver là.

Une stupidité consternante de cet acabit, cela dit, on l'a vue aussi à l'oeuvre récemment, dans notre onzième arrondissement et dans un domaine qui n'a rien à voir avec le terrorisme: la culture. C'était à l'occasion du «Génie des Jardins»: une manifestation qui invite le grand public à la découverte de la création contemporaine, via des interventions d'artistes disséminées dans des espaces verts. Des abrutis en ont profité pour saccager plusieurs installations artistiques. «Scandaleuse agression», s'est légitimement indignée la mairie, pour qui, si «l’expression artistique, quelle qu’elle soit, peut déranger, rien ne peut justifier un geste destructeur, qui réduit au silence celui qui s’exprime».

On a toujours trouvé minables les actes de vandalisme en général. Parce qu'ils sont le sommet de la vacuité: ne portent aucun message politique de fond mais disent juste: «Je suis passé ici, j'ai cassé, à vous de vous débrouiller». Et parce qu'ils sont le comble de l'égoïsme: quelques secondes d'adrénaline éprouvées par le casseur au moment de détruire passent avant l'embarras que son geste va causer auprès des innombrables usagers de l'infrastructure qu'il a vandalisée. Mais là, quand en plus le vandalisme s'en prend à la création artistique, un pas supplémentaire nous semble franchi, comme avec la fausse alerte à la bombe dans un hôpital. Un pas effarant vers la débilité la plus profonde.

14/10/2010

Un délabrement ?

lemétro.jpgOn évoquait hier les pannes, avaries et autres incidents qui, si souvent, causent des retards dans le métro parisien et incommodent donc ses usagers, même les jours où le réseau n’est pas paralysé par les grèves. Le hasard a voulu que, quelques heures à peine après avoir rédigé cette note, on soit à nouveau le témoin de cette situation. On venait d’embarquer sur la ligne 5 lorsque, dans les hauts-parleurs de la rame, retentissait la voix du conducteur. Informant de l’interruption du trafic pour cause de … rail cassé. Un rail cassé! Dans les annonces officielles qui furent aussitôt diffusées dans tout le réseau, l’affaire était présentée comme un «incident technique». En tant qu’usager de base, on s’étonnait tout de même un peu que la casse d’un rail soit rabaissée au rang de simple «incident».

 

On n’a pas été étonné, en revanche, du contraste que cet incident nous a permis d’observer. Contraste entre, d’une part, l’espèce de tranquillité résignée qu’on avait constatée mardi soir chez les voyageurs confrontés une fois de plus à la galère due aux grèves. Et, d’autre part, les récriminations rageuses («Manquait plus que cela!», «Quelle bande d’incapables, ces mecs de la RATP!», etc.) qui, mercredi midi, dès l’annonce de cette panne, fusèrent dans notre rame.

 

N’ayant aucune connaissance de l’état général des infrastructures du métro parisien, et donc aucune expertise journalistique en la matière, on se gardera bien de déduire d’emblée que notre pauvre rail cassé de la ligne 5 illustre une éventuelle vétusteté, un possible état de délabrement, du réseau centenaire de la RATP. Mais l’on note tout de même qu’au moment où des vieux rails se brisent, des écrans publicitaires dernier cri, dignes de Matrix (lumineux, intelligents, etc.), équipent la plupart des stations de métro…. passons.

 

unquaidemétro.jpgEt, en tout cas, cet «incident» d'hier nous a rappelé ce qui est le leitmotiv du discours des syndicats en réponse à la fameuse accusation de «prise en otages» des usagers, qui leur est invariablement lancée chaque fois qu’il y a grève. Selon eux, à la SNCF comme dans le métro ou le RER, au total et calculées à l’année, le nombre d’heures de retard infligées aux voyageurs pour faits de grève est infiniment moindre que le nombre d’heures d’attente qui, elles, sont consécutives à des pannes de matériel ou d’infrastructures. Autant de dysfonctionnements qui, selon ce discours, sont dus au sous-investissement chronique dans le renouvellement du matériel et/ou aux économies réalisées sur son entretien, ce qui constituerait une «prise en otages» des usagers. Chacun jugera.

13/10/2010

Une expérience

C'était, non une horreur ni une partie de plaisir, mais, on va dire, une expérience. Hier soir à l'heure de la sortie des bureaux, on devait aller à l'autre bout de Paris en métro. Ce qui, déjà en temps normal, n'a rien de riant à cette heure de la journée: rames chroniquement et effroyablement bondées, pannes et incidents, et donc retards, à répétition etc. Vu qu'hier, en plus, c'était à nouveau grève générale à la RATP, l'expérience s'annonçait particulièrement pénible. D'autant qu'on n'avait d'autre choix que de prendre trois lignes différentes, ce qui triplait les probabilités de galère. Et bien non, finalement. Ce fut sportif, mais pas non plus absolument insupportable.

Le sommet a évidemment été atteint sur la satanée ligne 13: notoirement la plus surchargée et la plus déliquescente de tout le réseau de la RATP. On se serait cru sur la «Yamanote Line» de Tokyo en pleine heure de pointe. Il fallait être vraiment placide et ne pas abhorrer le contact physique rapproché avec des inconnus pour supporter un tel degré de promiscuité. Au pire moment de la cohue, aux alentours de la station Montparnasse, l'espace vital réservé à chaque voyageur était si infime qu'on a été jusqu'à (brièvement) implorer toutes les divinités du panthéon pour ne pas être subitement pris d'une crise irrépressible d'éternuements: on était tellement compressé qu'il aurait été physiquement impossible d'attraper le moindre mouchoir dans la poche.

En fin de comptes, davantage que la cohue, ce qui était vraiment frappant, hier soir à l'heure de pointe dans le métro de Paris, c'était la relative sérénité des voyageurs, malgré le tumulte ambiant. Beaucoup moins que d'autres soirs de grève à la RATP ces dernières années, on n'a entendu de récriminations ou autres injures anti-syndicales de base, dans la bouche de nos infortunés compagnons de galère.

Reste à voir si ce calme relatif illustre ce fameux soutien populaire au mouvement social, dont parlent depuis des semaines les instituts de sondage. Ou si, plus prosaïquement, il révèle juste une espèce d'état de fatalisme fatigué des usagers parisiens de la RATP, qui seraient si épuisés par la succession ces derniers temps de tant de soirs de galère qu'ils en auraient perdu jusqu'à l'énergie d'extérioriser leur caractère teigneux légendaire.

12/10/2010

Un malencontreux hasard

uneradio.jpgC’est un incident certainement très accessoire par rapport à la grande actualité de ce mardi: la nouvelle journée de mobilisation générale contre la réforme des retraites. Mais on en parle parce qu’on l’a trouvé intéressant. C’était hier, au grand journal parlé du soir d'une radio privée. Et c’était un heurt médiatique assez saisissant entre, d’une part, un rebondissement dramatique de l'actualité et, d'autre part, les hasards de la programmation... de la publicité.

 

En plein milieu d'une tranche de pubs, on a entendu en substance cela: «Nous interrompons nos programmes pour un flash d'actualité urgente. Nous apprenons à l'instant un décès inopiné. Nous retrouvons immédiatement sur place notre envoyé spécial Untel». Finalement, le décès inopiné n'était qu'une accroche commerciale. Ce n'était qu'une pub déguisée en alerte d’info, qui informait du décès... d'un héros de fiction: «le Cyclope», protagoniste du «Rire du Cyclope», le dernier livre du romancier à succès Bernard Werber. Le problème? Quelques minutes à peine avant la diffusion de ce spot, sur la même antenne, le journaliste avait interrompu le cours normal de son journal avec à peu près la même formule. Pour annoncer aux auditeurs la découverte du corps sans vie du spéléologue disparu dans les gorges de l'Ardèche, dont le sauvetage tient la France en haleine depuis huit jours.

 

Techniquement, ce télescopage entre réalité et fiction, entre actualité et publicité, entre drame et réclame donc, aurait pu être évité. Il aurait suffi à la régie de ladite radio, après avoir entendu une telle info, d’annuler ou du moins de différer la diffusion de ce spot qui, par la similitude de la forme des deux messages, devenait d'assez mauvais goût. Mais le feu du direct a probablement empêché les régisseurs de rectifier le tir. Les deux messages ont suivi si rapidement à l’antenne que, sous peine de risquer un «blanc» peu radiophonique, sans doute les techniciens n’ont-ils pu passer le second à la trappe, même si le contexte de l’actu le rendait très malvenu.

 

Reste à espérer qu'au moment de ce malencontreux hasard radiophonique, les proches du défunt n’étaient pas à l'écoute de cette station-là.

11/10/2010

Une occupation

Réunion importante et sans doute tendue ce lundi, au cabinet du ministre de l'Immigration. Où Eric Besson reçoit une délégation des quelque 600 travailleurs sans-papiers qui, depuis la semaine dernière, occupent rien moins que la Cité de l'Immigration. Leur choix de cet édifice si symbolique ne doit évidemment rien au hasard. Outre que le Palais de la Porte Dorée (situé dans le douzième arrondissement, à deux pas du Bois de Vincennes) abritait auparavant le Musée des Colonies, depuis sa reconversion, il est censé célébrer «la reconnaissance des parcours d’intégration des populations immigrées dans la société française et faire évoluer les regards et les mentalités sur l’immigration en France». Vaste programme. En attendant, le campement de sans-papiers qu'accueille désormais cette institution permettra à ses visiteurs de confronter la vitrine muséale de l'immigration hexagonale avec la réalité vécue dans ce pays par certains de ses immigrés.

 

Depuis le printemps dernier, ces travailleurs sont en grève pour obtenir leur régularisation. Après l'engagement pris par le gouvernement d'accorder un titre de séjour aux clandestins travaillant dans des secteurs très demandeurs de main-d'oeuvre, des centaines de dossiers de demande de régularisation avaient été introduits à la préfecture de Paris. Une cinquantaine seulement ont donné lieu à régularisations.

 

Dans un tout autre secteur mais dans le même registre revendicatif, à l'approche de cette nouvelle et énième grande semaine de mobilisation syndicale contre le projet gouvernemental de réforme des retraites, une autre occupation parisienne – brève mais néanmoins spectaculaire – a fait parler d'elle. Vendredi, une cinquantaine d'ouvriers du secteur de l'automobile ont forcé les entrées du Salon de l'Auto, qui bat son plein en ce moment au Parc des Expositions, Porte de Versailles. Et ont recouvert des voitures Peugeot de farine, de stickers et de confettis, pour protester contre le fait que la majorité des automobiles théoriquement françaises sont en fait construites et assemblées à l'étranger: dans les pays d'Europe à meilleure compétitivité salariale.

08/10/2010

Une «censure»

affiche-banier-de-crabe.jpg«Je préfère un excès de caricature plutôt que pas de caricature du tout», avait dit un jour Nicolas Sarkozy. Manifestement, la bonne parole présidentielle n'est pas arrivée jusqu'aux oreilles des hauts dirigeants de la régie publicitaire de la RATP.

Puisque, a révélé avant-hier le journal satirique «Le Canard Enchaîné», cette régie a récemment cru bon de ne pas autoriser le Théâtre des Deux Anes à faire la pub de son dernier spectacle dans le réseau du métro et sur les bus parisiens. Ce spectacle humoristique s'intitule «Le banier de crabes». Il est consacré au fameux scandale «Woerth-Bettencourt», qui agite les hautes sphères de la République depuis cet été. Son affiche représente la milliardaire Liliane Bettencourt, genre Belle des champs, avec à la main un panier en osier dans lequel on reconnaît, outre l'artiste préféré de l'héritière de L'Oréal, François-Marie Banier, et le gestionnaire de fortune de l'octogénaire, Patrice de Maistre, le ministre Woerth et, surtout, le Président Sarkozy en personne. La régie de la RATP justifie le refus de cette affiche en la présentant comme diffamatoire car mettant dans le même sac – dans le même panier de crabes, en plus – des hauts personnages de l’Etat et des personnes poursuivies dans le cadre de procédures judiciaires.

Du coup, évidemment, (mini) polémique dans le tout-Paris. Les uns s'indignent d'une «censure». Les autres rétorquent que cette «censure» fait bien l'affaire du théâtre qu'elle frappe, vu qu'on n'aura jamais autant parlé de son dernier spectacle, etc, etc.

lecabotdelarépublique.jpgPendant ce temps, personne n'a l'air de relever que, dans le même réseau de la RATP, comme on l'a remarqué l'autre jour en prenant le métro, s'affiche en ce moment, un peu partout, un autre spectacle d'humoristes consacré à Nicolas Sarkozy mais dont la promo, elle, n'a pas fait l'objet de «censure»: «Le cabot de la République», qui est joué au Théâtre du Caveau de la République. Pourtant, l'affiche de ce spectacle n'est pas davantage flatteuse pour le chef de l'Etat. Il y est caricaturé en espèce d'Aldo Maccione de pacotille, pathétique de bling bling.

Ces dernières années déjà, sur les panneaux publicitaires de la RATP, on avait pu voir, en affiches 4 par 3, le couple Sarkozy-Bruni férocement caricaturé dans les promos en faveur de l'une ou l'autre des nombreuses bandes dessinées satiriques dont il a été le protagoniste.

07/10/2010

Une sévérité

Croupir huit mois en prison pour avoir déconné deux minutes au téléphone. C'est ce qui attend le quinquagénaire résidant en banlieue parisienne qui, hier à Paris, a été condamné à deux ans de prison, dont huit mois fermes, pour avoir passé récemment, depuis une cabine téléphonique, deux appels anonymes alertant faussement de la présence d'une bombe à la gare Saint-Lazare. Le parquet avait requis un an d'emprisonnement contre lui. Le mauvais plaisantin devra aussi verser 8.210 euros à la SNCF et 3.000 euros à la préfecture de police, au titre de dommages et intérêts.

Hier, il a été conduit sous les verrous immédiatement après son jugement. «C'était pour embêter, me rendre intéressant», avait-il auparavant déclaré devant le tribunal, pour tenter de justifier son acte. L'homme, sans emploi et connaissant de gros problèmes d'alcool, a aussi assuré qu'il était très alcoolisé au moment de passer ses deux fameux coups de fil. Le juge lui a imposé une injonction de soin à sa sortie de prison.

Huit mois derrière les barreaux pour un délire téléphonique d'alcoolo. La sévérité de ce jugement est-elle complètement légitime ou totalement exagérée?

Certains applaudiront. Mettront en avant la gravité de ce type d'acte, le caractère très critique du contexte actuel d'alerte antiterroriste – qui ne permet vraiment pas que l'on déconne –, et la nécessité de marquer immédiatement les esprits, en sanctionnant lourdement le protagoniste de ce premier dossier judiciaire de fausse alerte à la bombe. Pour d'emblée faire réfléchir voire dissuader d'éventuels imitateurs. D'autres feront la grimace. Objecteront que, dans la philosophie même du Droit, les jugements pour l'exemple, ce n'est, par principe, jamais bon. Car la Justice est là non pour envoyer des messages à l'opinion, mais pour, ni plus ni moins, sanctionner les justiciables à la hauteur de la faute qu'ils ont commise, en tenant compte des circonstances, aggravantes ou atténuantes, de leur acte. Vaste débat.

06/10/2010

Une ouverture

pubH&M.jpgLe Parisien moyen ne peut pas l'ignorer, tant la campagne de pub faite autour de cet événement a été massive ces dernières semaines sur les panneaux d'affichage en ville comme dans le métro. Ce 6 octobre donc, H&M ouvre sa grande boutique des Champs-Elysées, après deux ans d'une féroce bataille juridique et politique dont on a déjà beaucoup parlé dans ce blog (relire ici ou , par exemple). La mairie, en effet, a freiné des quatre fers contre l'arrivée, sur «la plus belle avenue du monde», de l'enseigne emblématique du prêt-à-porter mondialisé et bas de gamme populaire. Selon elle, cette «textilisation» à outrance d'une avenue qui, d'année en année, est de plus en plus phagocytée par les boutiques de fringues nuira, à terme, à sa réputation, à son cachet et à sa qualité de vie (supposés). Pour mieux faire passer la pilule de cette implantation auprès de tous ses opposants, la grande marque suédoise a cassé sa tirelire en faisant appel à Jean Nouvel – l'architecte français si à la mode depuis vingt ans – pour relooker l'ex-immeuble du Club Med où est désormais installée l'enseigne.

La «textilisation» nuirait donc aux Champs, selon la mairie. Notez que c'est exactement l'argument inverse qu'ont brandi les courtiers immobiliers cet été. Quand a été confirmée la nouvelle de la dégradation des Champs, qui a perdu son titre de la rue commerçante la plus chère d'Europe (au profit de New Bond Street, à Londres). Du coup, ils régressent également au niveau mondial: l'avenue parisienne ne figure plus qu'au cinquième rang du palmarès des rues commerçantes les plus chères de la planète, loin derrière la Cinquième Avenue à New York ou Causeway à Hong Kong. Or, selon le courtier international à l'origine de ce palmarès, Cushman & Wakefield, c'est la mairie de Paris qui, en limitant sans cesse l'ouverture de magasins de prêt-à-porter sur l'avenue parisienne, a contribué à la dégringolade de sa cote immobilière internationale.

Puisque l'on parle de «textilisation» à outrance, il est un autre quartier de Paris dont la mairie ferait bien de s'occuper un peu plus activement: le Marais.

pubH&Mmétro.jpgOn en convenait ce samedi soir encore, avec les copains en compagnie desquels on passait dans ce quartier à l'occasion de la Nuit Blanche: le Marais est vraiment en train de se «saint-germainisé» à une vitesse affolante. Bientôt, comme à Saint-Germain des Prés, il faudra vraiment beaucoup chercher pour y trouver une épicerie, une librairie, un bistrot, un fleuriste, un resto, une pharmacie ou une boulangerie. Bientôt, il n'y aura plus là que des boutiques de fringues. Et des nuées perpétuelles de touristes débarqués par exemple des Champs Elysées – ravis d'avoir ainsi un quartier parisien supplémentaire entièrement dédié à leur shopping et à la fringue mondialisée: Gap, Zarra, H&M, etc.

05/10/2010

Une certaine confusion

Pour en revenir au climat actuel d'alerte antiterroriste, les Français prennent les choses au sérieux et, globalement, approuvent la manière dont le gouvernement communique sur le sujet. Cette assertion est en totale contradiction avec ce qu'on écrivait pas plus tard que vendredi dans ce même blog et sur le même sujet: «Les Français conservent leur sang-froid. Et n'y croient pas». C'est que les sondages sur ce thème se succèdent mais leurs résultats divergent.

 

Ainsi, d'après les derniers résultats diffusés en date, (ici), 79% des Français pensent que le terrorisme représente aujourd'hui «une menace sérieuse» en France. Seuls 19% des sondés sont d'un avis contraire, parmi lesquels beaucoup de jeunes - pour 38% des 18-24 ans, cette menace n’est pas sérieuse. Près de huit Français sur dix (76,5%) considèrent que le pouvoir «a raison d'informer les Français de ses inquiétudes»; seuls quatre Français sur dix reprochent au pouvoir d'en faire «un peu trop sur la crainte du terrorisme». Le problème? A la même question posée (au même moment) par l'institut BVA, 59% des Français ont répondu trouver que le gouvernement communiquait trop sur la menace terroriste. Et 65 % des sondés ont jugé que le risque d'attentat ne s'était pas «renforcé depuis ces dernières semaines» en France. Au total, donc, voilà tout et son contraire qui est affirmé par les instituts à propos du sentiment majoritaire de l'opinion.

 

Dès lors, de deux choses l'une. Soit les sondeurs font vraiment mal leur travail. Soit les Français, en ce moment, sont, sur ce sujet, dans la confusion la plus complète: ils changent d'avis comme de chemise et/ou répondent à peu près n'importe quoi, selon leur humeur, aux sondeurs.

 

PS: Sinon, le kaki va vraisemblablement être la couleur à la mode à Paris cet automne. Cela a été annoncé hier: 71 militaires supplémentaires viennent d'être déployés dans la Ville lumière en vertu du plan «Vigipirate». Ils s'ajoutent aux 551 soldats qui, dans le cadre de ce dispositif d'alerte antiterroriste, patrouillent déjà dans la capitale et sa banlieue.

04/10/2010

Un habit pour l'hiver

pochoirclown.jpg«Nuit blanche», samedi à Paris. N’adorant pas la promiscuité des très grandes foules – 1,5 million de personnes dans les rues, paraît-il –, on n’y a pas passé des heures. Mais on y est resté assez longtemps pour voir, comme chaque fois, pas mal de choses plutôt bien. En plus, cette année, la douceur du climat a rendu cette nuit parisienne plus belle encore.

 

A propos d’art contemporain, il y a une personnalité qui vient de se faire rhabiller pour l’hiver, comme on dit. A savoir le philosophe Luc Ferry: grand mandarin d’une certaine pensée néo-conservatrice française, dont les discours anti-Mai 68 influencèrent beaucoup Nicolas Sarkozy en 2007. L’autre jour, l’ex-ministre de l’Education y était allé de propos aussi définitifs que méprisants sur l’art contemporain («un art qui ne vise qu'à choquer»), par exemple sur la récente exposition Boltanski au Grand Palais («clairement moche et sans intérêt»:des «poncifs consternants»), et sur les avant-gardes en général (à l’origine d’une «déconstruction comme jamais dans l'histoire de l'humanité»). Les spécialistes de PARISart viennent de lui répondre. Et on a trouvé leur réplique d’une férocité jubilatoire.

 

L’éminence est d’abord raillée pour «sa médiocre connaissance de l'art contemporain». «Il mélange allégrement art moderne et art contemporain, dénigrant celui-ci à partir de celui-là, prenant des musiciens modernes (John Cage) à l'appui d'une charge contre l'art contemporain, et multipliant ainsi les approximations. Les seuls artistes contemporains qu'il mentionne sont les vedettes des discussions de bistrot sur l'art — Koons, Hirst, Boltanski, Murakami. Autre signe patent de méconnaissance, et erreur théorique: il procède à une double réduction de l'art contemporain, en le circonscrivant à cette petite poignée de vedettes internationales, et en le repliant sur son seul aspect mercantile de marché mondialisé».

 

tagparis.jpgSuit une charge au bazooka contre l’argument-massue de Luc Ferry: l’art contemporain aurait «clairement rompu avec l'idée de beauté». Qu’une argumentation s’articule ainsi sur une notion aussi subjective que la beauté manifestement effare PARISart. «Cette appréhension du présent de l'art avec les critères du passé est, à la lettre, réactionnaire, marquée du sceau de la nostalgie d'un monde révolu où «l'art, c'était d'abord la mise en scène de symboles éthiques, intellectuels ou spirituels majeurs, communs à un peuple ou à une époque».

 

Conclusion. «L'intérêt de cette interview de Luc Ferry n'est pas à rechercher dans ses propos sur l'art (…) mais dans la profondeur de cette cécité; dans l'ampleur, la violence et la radicalité du rejet de l'art moderne et contemporain; et dans cette position guère kantienne consistant à situer aujourd'hui «la beauté» dans le design et la mode, «dans le monde des objets plus que dans celui des œuvres». Et à choisir une Bugatti ou une montre Jaeger-LeCoultre plutôt qu'un Soulage, un Basquiat, ou un concert de Boulez. (…) Opposer une automobile, fût-ce une Bugatti, à un tableau de Soulage n'est tout simplement pas sérieux. C'est moins une audace que l'expression d'un désarroi théorique. Voire le signe que cette croisade contre l'art contemporain menée au nom de la «tradition» et des «classiques» s'accorde assez bien avec le bling-bling ambiant, qui n'est autre qu'une défaite majeure de la culture».

 

pochoirvisages.jpgEt voilà Luc Ferry rhabillé pour l’hiver. On espère vraiment que l’intéressé répondra prochainement à tout cela. Et, qu’au-delà de sa petite personne ou de telle ou telle petite polémique si convenue (pour ou contre Murakami à Versailles, etc.), le débat se développera, dans la société française, à propos de l’art contemporain. Ces échanges, cette confrontation des points de vue, ce serait un signe plutôt stimulant, dans ce contexte si morose.