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02/11/2010

Un doublé

squatplacedesvosges.jpg800.000. C'est le chiffre qu'on a retenu de ce long week-end. Soit le nombre de Français en situation de surendettement. C'est à leur intention que sont entrées en vigueur lundi de nouvelles mesures gouvernementales autorisant notamment la justice à suspendre certaines procédures d'expulsion du logement: celles frappant les ménages surendettés dont la situation aurait, au préalable, été reconnue comme socialement prioritaire par une commission adhoc. C'est aussi parmi ces 800.000 personnes que figurent les bénéficiaires d'une autre mesure entrée en vigueur lundi, comme chaque premier jour de novembre: «la trêve hivernale», comme l'appellent y compris les autorités – le seul usage de ce terme guerrier prouve combien, sur le front du logement, la situation est tendue. Jusqu'au 15 mars, cette trêve interdit (de manière générale, elle: poursuites judiciaires ou pas) toute expulsion de locataires pour défaut de paiement du loyer. Selon l'association Droit au Logement (DAL), qui fête ses 20 ans, le nombre d'expulsions a globalement doublé en France ces dix dernières années. Plus de 11.000 personnes seraient chaque année jetées à la rue.

 

Comme chaque année, les associations ont, ces derniers jours, accusé les autorités d'avoir accéléré le nombre d'expulsions les dernières heures avant le 1er novembre: expulsions in extremis donc, avant que la trêve entre en vigueur. Le gouvernement réfute ces allégations; les préfets n'auraient reçu «aucune instruction» particulière. A Paris néanmoins, dans notre quartier même, un doublé d'expulsions a eu lieu dans les derniers jours d'octobre. Elles ont visé non des locataires proprement dits, mais des mal-logés ayant envahi puis squatté des immeubles vides.

 

D'une part, dans le Marais – si par extraordinaire cette expulsion si médiatisée vous avait échappé –, après un long feuilleton judiciaire, ont finalement été remis à la rue les 33 jeunes militants et travailleurs précaires de l'association «Jeudi Noir» qui, depuis un an, occupaient un superbe hôtel particulier de 1500m2 de la Place des Vosges, vide depuis des décennies. D'autre part, là dans une indifférence médiatique assez générale, dans le onzième arrondissement cette fois, rue du Chemin vert, a lui aussi été expulsé un collectif d’artistes qui s’était installé dans un hangar de 3.000 m2 désaffecté depuis huit ans.

 

Des expositions, des spectacles et des projections de films avaient régulièrement lieu dans ce hangar. Des tas d'autres squats d'artistes fonctionnent sur le même mode à Paris comme dans sa banlieue. En ce moment, d'ailleurs, un festival artistique baptisé «Fou» (comme «Festival des Ouvertures Utiles») bat son plein dans une quinzaine de ces espaces. Ouvert au grand public, il se veut la vitrine artistique de ces «lieux squattés, autogérés, ouverts, libres», et «une incitation à la folie, à la passion, à l’ouverture de brèches dans la réalité et la grisaille quotidienne». Si ça vous dit, le programme est ici.

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