19.11.2010
Une indignation (sélective)
C'est l'affiche de cinéma dont on a parlé, cette semaine en France. On y voit un homme, présenté comme un huissier de justice, apeuré: ligoté et bâillonné dans une baignoire. C'est l'affiche du film «Dernier étage gauche gauche»: une comédie sortie mercredi dans les salles en France, qui narre les mésaventures d'un huissier pris en otage dans une cité de banlieue où il était venu faire une saisie. L’affiche d’une comédie donc, mais tout le monde ne l’a pas trouvée drôle.
Ainsi, la Chambre nationale des huissiers a (ici) saisi la justice. Selon elle, vu «l'augmentation des situations de violence auxquelles les huissiers de justice sont de plus en plus souvent confrontés», «on ne peut pas laisser passer l'idée que les agressions commises sur eux sont sans gravité». Le distributeur et le producteur du film ont donc été assignés en référé, et le retrait de l'affiche demandé. Au grand effarement (là) d'associations comme la Ligue des droits de l'homme, la Société des réalisateurs de films ou la Fédération des professionnels de l'art contemporain. Pour qui la corporation des huissiers «confond la représentation d'une situation imaginaire avec une attaque physique, amalgame un personnage fictif à une catégorie socio-professionnelle réelle, et confond ainsi réalité et fiction». Sa procédure ne serait donc rien d'autre qu'une «menace à la liberté de création». Finalement, le tribunal de grande instance de Paris, hier après-midi, a débouté les huissiers. Il a jugé que le film, présenté «comme une comédie et non comme un drame», ne suscitait pas de «trouble illicite à l'ordre public».
Cette affaire rappelle un peu l'émoi, l'été dernier, de la profession des policiers à propos de la campagne en faveur des... poulets fermiers de Loué. Sur ces affiches-là, on voyait par exemple un policier torse nu, normalement musclé, censé symboliser un poulet élevé en plein air, aux côtés d'un autre policier lui hideusement bodybuildé et gonflé à la testostérone, supposé représenter un poulet élevé en batterie. Le premier syndicat de gardiens de la paix s'était indigné (ici) que la profession policière, en étant assimilée à des volailles, soit «dénigrée d'une manière la plus vulgaire et simpliste», et ce au moment «où les policiers sont particulièrement exposés dans l'exercice de leur profession».
Comme quoi, dans la pub comme dans la vie, l'humour est une question de goût, et le second degré n'est pas toujours apprécié. Cela dit, si souvent en ville, on voit des campagnes d'affichage autrement plus choquantes, mais qui, elles, n’ont pas l’air de susciter la moindre indignation. Ainsi, dans notre onzième arrondissement en ce moment, on voit sur les murs des affiches en faveur d'un bouquin intitulé «La mafia juive: les grands prédateurs internationaux». Des affiches donc faisant, sur l'espace public, la promo d'un opuscule véhiculant les clichés antisémites les plus éculés, sur la prétendue implication de cette communauté dans les pires trafics: «traite des blanches, proxénétisme, blanchiment, meurtres sous contrat, trafic de diamants», etc. A quand une démarche de la Chambre des huissiers pour faire constater le caractère haineux et donc illégal d'une telle campagne d'affichage, et dès lors exiger son arrêt immédiat?
15:32 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, justice, humour, publicité, police, racisme




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