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30/11/2010

Une collision

illuminationsParis.jpgChaque hiver à Paris, c'est la même chose. Une coïncidence de dates qui fait se côtoyer l'événement le plus clinquant et l'actualité la plus sombre. Qui fait entrer en collision la vie à Paris dans ce qu'elle a de plus glamour et futile avec son aspect le plus glauque et déprimant. Cette année à nouveau, on n'a pas échappé à cette pénible collision.

 D'un côté donc, ces derniers jours, on a eu droit aux inévitables lancements des festivités de fin d'année. Histoire que Paris mérite plus que jamais son titre de Ville lumière, le maire Bertrand Delanoë a sacrifié à la tradition des inaugurations des illuminations de Noël, en compagnie de star(lette)s et sous l'oeil ravi d'une nuée de caméras. Le Parisien moyen est prié de s'extasier, car «pour le plaisir des yeux, ce sont plus de 125 rues et places de la capitale, dont la Concorde et l'avenue des Champs-Elysées, qui vont briller de mille feux». Sans oublier tout le reste, mis à contribution pour célébrer «la féerie de Noël», selon l'expression consacrée: «patinoire de l'Hôtel de Ville, ski, tyrolienne et sports de glisse au stade Charléty, illuminations des rues de la capitale, manèges de chevaux de bois, marchés de Noël, vitrines animées des grands magasins», etc., etc. Ouvrons les mirettes donc, et admirons.

D'un autre côté, la même semaine, l'annonce par la mairie de Paris du lancement de son Plan Grand Froid: «6 gymnases et 5 mairies mobilisables, des maraudes renforcées et des centres d'hébergement sur le pied de guerre» pour accueillir tous les miséreux qui, Noël ou pas, peuplent la capitale. Avec, ici aussi, les services de com' qui font passer les «éléments de langage», comme on dit, aux médias: «La mise à l’abri ne suffit pas. Il faut aider les personnes à sortir de la rue», etc., etc.

illuminationsgrandsmagasins.jpgTout cela n'empêche pas les plus pauvres de continuer à tomber comme des mouches, illuminations de Noël ou pas. Hier soir encore, devant une sortie de secours d'un centre commercial à Ivry, en banlieue de Paris, a été découvert le corps sans vie d'un SDF de 78 ans. Ce n'est évidemment pas le dernier de l'hiver. Et, depuis quelques jours, dans notre onzième arrondissement, au coin de l'immeuble de bureaux du boulevard Richard Lenoir occupé notamment par l'antenne parisienne de «La Libre», un nouveau mini-campement de SDF s'est installé, sous l'abri d'un toit de terrasse en surplomb. Ils donnent l'impression d'avoir voulu y reconstituer une maison. Il y a là deux canapés, une petite table de nuit, un réchaud pour cuisiner, et toujours beaucoup d'animation. Les habitants du voisinage n'y font déjà plus attention. Il est vrai que, bientôt, notre boulevard va «briller de mille feux». Ce sera assurément merveilleux.

29/11/2010

Une double nuance

La France, cinquième puissance économique mondiale. Les dirigeants de ce pays ne se privent jamais de le rappeler – Nicolas Sarkozy lui-même l'autre soir encore, à la télé. L'Hexagone, une des toutes grandes puissances de la planète, donc. A une double nuance près, s'est-on encore dit ce matin, à la faveur d'une actualité et d'une anecdote.

 

Une actualité. La vingt-sixième campagne d'hiver des Restos du Coeur débute aujourd'hui. L'an dernier, cette association a distribué 103 millions de repas à 830.000 nécessiteux. On peut bien sûr trouver vraiment très bien que, d'année en année, plus de 50.000 bénévoles, au lieu de passer confortablement leur hiver au coin du feu, se bougent pour venir en aide aux plus pauvres de ce pays. On peut aussi se dire que, quelque part, il n'est décidément pas normal, a fortiori dans cette puissance économique mondiale qu'est la France, que près d'un million de personnes n'aient, chaque hiver, d'autre choix que de dépendre de la générosité d'une association caritative pour satisfaire un besoin aussi élémentaire que s'alimenter. Le fait même que, sans cette association, des tas de gens chaque hiver ne mangeraient pas à leur faim montre que, décidément, quelque chose ne va pas, depuis vingt ans, en France.

 

Une anecdote. Ce lundi comme les deux matins précédents, on s'est réveillé en retard. Parce que le réveil n'a pas sonné à l'heure qu'il fallait, ayant été déréglé par les coupures intermittentes d'électricité qui, ces dernières nuits, affectent Paris. Sans doute, comme chaque hiver, le réseau d'électricité est-il surchargé par la surconsommation due aux grands froids. En province d'ailleurs, la situation dépasse le stade de l'anecdote: des milliers d'habitants du Morbihan (Bretagne) ont été privés d'électricité dimanche, et 15.000 foyers du Loiret (Région Centre) sont dans le même cas ce lundi, en raison des importantes chutes de neige. On peut compatir aux tracas des électriciens, essayer de comprendre le problème causé par le poids de la neige sur les câbles électriques, etc. Mais, là encore, on ne nous ôtera pas de l'idée qu'il n'est tout de même pas normal que, d'un hiver à l'autre dans ce pays, on déplore d'identiques problèmes d'alimentation électrique.

 

Mais sans doute ne sont-ce que des détails. Et sans doute, à ces deux nuances près, la France est-elle une des grandes puissances qui comptent sur cette planète.

26/11/2010

Un cliché sexiste

pochoirunefemme.jpgS'il existait une palme hebdomadaire de la petite phrase sexiste, Alain Minc l'obtiendrait, cette semaine. L'autre jour, ce proche de Nicolas Sarkozy est revenu sur la tirade de ce dernier, lancée en «off» à des journalistes. Si d'aventure cela vous avait échappé: le chef de l'Etat, s'estimant accusé en dépit du bon sens par les médias d'être mêlé au «Karachigate», a traité ses interlocuteurs de «pédophiles». Pour montrer l'absurdité, à ses yeux, des accusations lancées contre lui par des journalistes.

 

Le financier et essayiste à succès s'est empressé d'aller défendre à la radio et à la télé la «plaisanterie» de son ami. Sans même revenir sur le fond de l'affaire – la façon dont les médias travaillent, les emportements décidément si fréquents du Président, le bien-fondé ou non d'avoir rendu publics ses propos en «off»,  etc – , sur la forme, la petite phrase d'Alain Minc étaient, mine de rien, d'un rare sexisme. Ainsi, a-t-il dit, «les journalistes, vous êtes tous pareils. Vous êtes dans une bulle très protectrice et donc vous avez une peau de jeune fille, pardonnez-moi ce mot. Les journalistes, même à la plus légère plaisanterie, se sentent agressés!»

 

Par «peau de jeune fille», Alain Minc voulait dire, on imagine, peau sensible, donc sensibilité à fleur de peau, du coup corporation journalistique exagérément susceptible, au point de ne pouvoir supporter le moindre trait d'humour sarkozyste. Il ne serait jamais venu à l'idée d'Alain Minc de dire: «Les journalistes, vous êtes tous pareils. Vous avez une peau de jeune garçon». Cela montre bien que cette tournure de phrase – comme ses variantes: «une pudeur de jeune fille», «un teint de jeune fille», etc. – , est sexiste. Puisqu'elle fait passer la susceptibilité et la sensibilité outrancières pour des caractéristiques par nature féminines.

 

pochoirlafillelafille.jpgSexiste et passablement idiote. Car, au vu du monde qu'il fréquente dans les dîners en ville, Alain Minc devrait bien savoir qu'il existe des femmes qui, tout en étant très féminines, ne sont pas le moins du monde exagérément susceptibles. Et des hommes qui, sans être le moins du monde efféminés, ont une sensibilité à fleur de peau au point d'être extrêmement susceptibles. Et ce, que ces femmes ou hommes soient journalistes ou pas.

25/11/2010

Une réaction

On l'a constaté avec satisfaction ce matin, en passant boulevard Voltaire. Sur cette grande artère du onzième arrondissement, on ne trouve plus trace de cette campagne d'affichage antisémite qu'on avait évoquée vendredi dernier dans ce blog, qui promeut un livre colportant les ragots séculaires sur la prétendue «mafia juive internationale». Cette campagne avait commencé début novembre dans la capitale française. Elle avait même essaimé jusqu'en banlieue parisienne, puisque – ainsi qu'on l'entendait à la radio hier – ces affiches ont également été signalées dans des villes comme Boulogne-Billancourt, Montrouge ou Levallois.

 

Finalement, cette campagne haineuse a donné lieu à deux réactions. Une procédure judiciaire, d'abord: le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme a (ici) demandé au procureur de la République de Paris «d'engager d’initiative l’action publique» visant à «l'interdiction et la destruction (de ce) livre qui contrevient aux lois antiracistes». Une injonction de la mairie de Paris, ensuite: l'Hôtel de ville a prié les services municipaux de nettoyage d'être particulièrement attentifs à cette campagne et d'arracher systématiquement les affiches que les employés croiseraient en rue, pendant leurs tournées. Du coup, rien que ces derniers jours, une quarantaine d'affiches auraient été enlevées. Sans doute est-ce déjà cela.

24/11/2010

Un pessimisme

Dans la crise économique mondiale, la France s'en sort «mieux que les autres et avant les autres». Nicolas Sarkozy dixit, à la télé mardi dernier. Une semaine plus tard, il apparaît (voir ici) que les Français sont beaucoup plus pessimistes que leur chef d'Etat. Pour 70% d'entre eux, «le gros de la crise reste à venir». Les 45-59 ans et les employés sont ceux qui broient le plus du noir. Ce sont particulièrement les délocalisations d'entreprises qui inquiètent l'opinion. Nicolas Sarkozy, pour se refaire une santé, avait misé sur la présidence du G20 par la France? Là encore, grand scepticisme: pour six sondés sur dix, on ne peut faire confiance à cette institution pour «veiller à la stabilité du système financier» planétaire, et, de toute manière, elle «n'améliore pas vraiment les choses au niveau de l'économie mondiale».

Le pessimisme évolue-t-il naturellement en hostilité? Le scepticisme économique débouche-t-il logiquement sur l'antagonisme politique? Sans que l'on sache si l'on peut faire le lien, un deuxième sondage fait grand bruit à Paris, ces jours-ci. Il a trait aux intentions de vote pour les élections présidentielles de 2012.

Dans tous les cas de figure, face à un candidat socialiste (qu'il s'agisse de Martine Aubry, Ségolène Royal ou même François Hollande), Nicolas Sarkozy serait battu. S'il affrontait Dominique Strauss-Kahn au second tour, le Président en exercice serait même carrément humilié: il serait défait par... 62% des voix contre 38%!

Sûr qu'au vu de ce sondage, Nicolas Sarkozy, lui, ne sombrera pas dans le pessimisme. D'abord, cela ne doit pas fondamentalement être dans son caractère. Ensuite et surtout – et sans doute les médias et les instituts de sondage eux-mêmes devraient-ils le souligner davantage – , jamais, dans toute l'Histoire de la Vè République une enquête d'intentions de vote n'a réussi, dix-huit mois avant l'échéance fatidique, à pronostiquer correctement le nom du vainqueur final. Voilà qui relativise largement à la fois l'intérêt de ladite étude et la pertinence de l'agitation parisienne ambiante autour de ce fameux ratio (putatif) de 62-38%.

23/11/2010

Une découverte stupéfiante

thalysgaredunord.jpgLe Thalys, ce train international si bien connu des Belges, ne transporte visiblement pas que des touristes et des hommes d'affaires. A l'occasion, il véhicule aussi des trafiquants et autres contrebandiers. C'est la raison pour laquelle, dans ces trains, on peut apercevoir de temps en temps des agents en civil déambulant anonymement et l'air de rien dans les rames, qui soudain sortent des brassards de leurs poches, les passent à leurs biceps, puis, à la stupéfaction générale des voyageurs, fondent sur un passager et/ou sur son bagage suspect en déclinant leur qualité de douanier. Ces douaniers patrouillant dans les Thalys y ont fait, dernièrement – ainsi que l'a annoncé hier la direction des douanes françaises – une découverte stupéfiante, au propre comme au figuré.

En janvier 2007 déjà, à la gare de Paris Nord, les agents de la «Brigade de Surveillance Intérieure Transmanche de Paris» avaient découvert 14,4 kilos de cocaïne dans les bagages de huit passagers d'un Thalys à destination d'Amsterdam. Les stupéfiants étaient dissimulés dans «des paniers garnis contenant des friandises et des boîtes de conserves qui paraissaient reconditionnées». Rebelote il y a dix jours, et pour une prise plus importante encore. A la gare de Paris Nord de nouveau, dans un Thalys toujours mais cette fois à destination de Rotterdam, les douaniers de cette même brigade ont découvert pas moins de... 22,6 kilos de cocaïne, dans les sacs de voyage de deux femmes.

Des valises pleines à craquer de coke, donc. Il faut oser. Nous, on aurait cru que les trafiquants de cet acabit prenaient plutôt la peine de ne convoyer, dans ce genre de trains, que de petites quantités de stupéfiants chaque fois bien dissimulées dans des bagages très volumineux. On avait manifestement tout faux: c'est par valises entières que, dans le Thalys en tout cas, ce genre de marchandises est convoyé.

douanier.jpg22,6 kilos de cocaïne saisis en une seule prise, cela peut paraître énorme, mais ce n'est qu'une goutte d'eau par rapport aux montagnes de produits stupéfiants interceptés chaque année par les douaniers français. Ainsi, en 2009 (dernières données disponibles), toutes saisies confondues, ils ont mis la main sur plus de 5 tonnes de cocaïne: record historique, et chiffre en progression de 15% par rapport à l'année précédente. Pour ceux qu'intéresse l'ampleur du paradis artificiel annuel saisi puis détruit, envolé en fumée somme toute, par les douaniers français, quelques chiffres encore. Outre ces 5 tonnes de coke, ont été saisis en 2009: 37 tonnes de cannabis, 2500 kilos de khat, 432 kilos d'héroïne, 350 kilos d'amphétamine, 29000 doses d'ecstasy et 4000 doses de LSD.

22/11/2010

Un rapport très sévère

Cela a tout l'air d'être une convocation davantage qu'une invitation. Peu après avoir pris ses fonctions, la nouvelle ministre des Transports recoit, ce lundi, les PDG de la RATP et de la SNCF, respectivement à 10 heures et à 11 heures ce matin. La semaine dernière, ces deux sociétés ont été sévèrement épinglées par un rapport de la Cour des Comptes consacré à l'état des transports publics en région parisienne. Ce document n'a sans doute rien appris de neuf à tous les utilisateurs quotidiens de ces transports, notamment aux 10 millions d'usagers journaliers du réseau de la RATP. Il n'en a pas moins fait grand bruit. Qui sait donc ce rapport accablant, contrairement à tant d'autres déjà précédemment (ici, par exemple), aura, lui, des répercussions concrètes.

Pour la Cour, le réseau de transports parisien est devenu complètement «inadapté», «l’offre de trains, métros ou tramways (ayant) progressé plus lentement que le trafic, qui a lui connu une dynamique nouvelle». Est particulièrement dénoncée la «qualité de service dégradée». C'est singulièrement le cas de la ligne de métro 13, dont on a déjà beaucoup parlé dans ce blog et qui, reconnaît la Cour, est «confrontée à un phénomène clair de saturation». Le cas aussi du RER, réseau où, «globalement, ces dernières années sont marquées par une augmentation nette de l’irrégularité, amorcée depuis 2004 ».

L'autre jour, en tant qu'usager de base, l'on s'interrogeait (relire ici) sur l'état de délabrement apparent des infrastructures, dans le métro de Paris notamment. La Cour confirme: elle range explicitement le «vieillissement des infrastructures» parmi les causes de la dégradation du service aux usagers. Par exemple, «les incidents causés par les infrastructures ou le matériel roulant représentent plus du tiers des causes d’irrégularité» sur le réseau parisien de la SNCF. Conclusion? Plutôt que de vouloir construire de nouvelles lignes, développer de nouvelles installations et rêver à de nouveaux projets aussi majeurs qu'impayables, «une priorité dans l’affectation des ressources disponibles doit être donnée à la modernisation des lignes existantes».

Nicolas Sarkozy est-il du même avis? A l'issue de son fameux remaniement ministériel du week-end dernier, son nouveau gouvernement ne compte plus d'éminence explicitement et spécifiquement chargée du «Grand Paris»: ce plan fastueux (et fumeux?) de développement urbanistique de la région parisienne, qui se caractérisait notamment par ses projets mirifiques en termes de nouvelles infrastructures et liaisons de transport.

19/11/2010

Une indignation (sélective)

affichedernier%c3%a9tage[1].jpgC'est l'affiche de cinéma dont on a parlé, cette semaine en France. On y voit un homme, présenté comme un huissier de justice, apeuré: ligoté et bâillonné dans une baignoire. C'est l'affiche du film «Dernier étage gauche gauche»: une comédie sortie mercredi dans les salles en France, qui narre les mésaventures d'un huissier pris en otage dans une cité de banlieue où il était venu faire une saisie. L’affiche d’une comédie donc, mais tout le monde ne l’a pas trouvée drôle.

 

Ainsi, la Chambre nationale des huissiers a (ici) saisi la justice. Selon elle, vu «l'augmentation des situations de violence auxquelles les huissiers de justice sont de plus en plus souvent confrontés», «on ne peut pas laisser passer l'idée que les agressions commises sur eux sont sans gravité». Le distributeur et le producteur du film ont donc été assignés en référé, et le retrait de l'affiche demandé. Au grand effarement () d'associations comme la Ligue des droits de l'homme, la Société des réalisateurs de films ou la Fédération des professionnels de l'art contemporain. Pour qui la corporation des huissiers «confond la représentation d'une situation imaginaire avec une attaque physique, amalgame un personnage fictif à une  catégorie socio-professionnelle réelle, et confond ainsi réalité et fiction». Sa procédure ne serait donc rien d'autre qu'une «menace à la liberté de création». Finalement, le tribunal de grande instance de Paris, hier après-midi, a débouté les huissiers. Il a jugé que le film, présenté «comme une comédie et non comme un drame», ne suscitait pas de «trouble illicite à l'ordre public».

 

Cette affaire rappelle un peu l'émoi, l'été dernier, de la profession des policiers à propos de la campagne en faveur des... poulets fermiers de Loué. Sur ces affiches-là, on voyait par exemple un policier torse nu, normalement musclé, censé symboliser un poulet élevé en plein air, aux côtés d'un autre policier lui hideusement bodybuildé et gonflé à la testostérone, supposé représenter un poulet élevé en batterie. Le premier syndicat de gardiens de la paix s'était indigné (ici) que la profession policière, en étant assimilée à des volailles, soit «dénigrée d'une manière la plus vulgaire et simpliste», et ce au moment «où les policiers sont particulièrement exposés dans l'exercice de leur profession».

 

affichemafiajuive.jpgComme quoi, dans la pub comme dans la vie, l'humour est une question de goût, et le second degré n'est pas toujours apprécié. Cela dit, si souvent en ville, on voit des campagnes d'affichage autrement plus choquantes, mais qui, elles, n’ont pas l’air de susciter la moindre indignation. Ainsi, dans notre onzième arrondissement en ce moment, on voit sur les murs des affiches en faveur d'un bouquin intitulé «La mafia juive: les grands prédateurs internationaux». Des affiches donc faisant, sur l'espace public, la promo d'un opuscule véhiculant les clichés antisémites les plus éculés, sur la prétendue implication de cette communauté dans les pires trafics: «traite des blanches, proxénétisme, blanchiment, meurtres sous contrat, trafic de diamants», etc. A quand une démarche de la Chambre des huissiers pour faire constater le caractère haineux et donc illégal d'une telle campagne d'affichage, et dès lors exiger son arrêt immédiat? 

18/11/2010

Un défoulement

Loin de l'actualité politique si agitée en haut lieu dernièrement, autour du fameux remaniement, l'atmosphère est propice au défoulement, à Paris en ce moment. Imaginez cela: écouter les meilleurs DJ mixer dans les couloirs d'habitude si gris de la station de métro Châtelet, s'éclater sur un «dancefloor roulant» aménagé dans un «autocar night-club» sillonnant la ville la nuit, ou voguer sur la Seine des décibels plein la tête, grâce à une «croisière électro» sur les Bateaux parisiens. Tout cela, et quantité d'autres défoulements, c'est ce que proposent les «Nuits capitales»: «cinq nuits dédiées à la musique live et au clubbing dans de très nombreux lieux emblématiques de la scène parisienne» nocturne: «La Flèche d'Or», le «Batofar», le «Rex Club», etc.

Cette manifestation sautillante est l'occasion de revenir sur ces «Etats généraux de la Nuit» qui ont eu lieu le week-end dernier à Paris: une foule de débats sur l'animation nocturne dans la capitale française, qui ont réuni plus d'un millier de participants. Ils avaient été mis sur pied à la suite du succès (16.000 signatures) remporté par la pétition «Quand la nuit meurt en silence» (relire ici ou ), qui avait été lancée l'hiver dernier. Plein d'idées ont émergé de ces discussions, qui ambitionnent de redynamiser la vie nocturne tout en amoindrissant les nombreux problèmes de cohabitation qu'elle pose.

Parmi ces idées: la mise sur pied d'équipes de médiateurs chargés de patrouiller la nuit dans les quartiers animés, pour inciter les fêtards à faire moins de bruit, le renforcement de l'offre de transports publics la nuit (les bus du réseau «Noctilien»), la réduction des tarifs des parkings après minuit, ou l'installation de sonomètres dans plusieurs quartiers branchés et donc bruyants. Evoqués également: l'octroi d'aides publiques pour l'installation de fumoirs dans les établissements de nuit (pour éviter que les fumeurs fassent du bruit à l'extérieur), le renforcement de la médiation avec les riverains (particulièrement remontés contre les fêtards), ou l'expérimentation d'ouvertures tardives de certains parcs. Pour la mairie de Paris, la fête, la musique et la nuit «ont toujours fait partie de l'identité de la capitale». Pas question donc qu'en matière d'animation nocturne, Paris devienne une ville assoupie, voire morte, en comparaison de cités internationales elles si noctambules et festives comme Barcelone ou Berlin.

Reste à mettre toutes ces idées en pratique. Et si possible avant le printemps: la saison où, avec le retour des beaux jours, les hordes de fêtards reviendront envahir les trottoirs jusqu'à pas d'heure, empêchant de dormir d'innombrables Parisiens. De la mise en pratique, ou non, de ces bonnes résolutions dépendra aussi l'avenir de tout un secteur d'activité, le business de la nuit, dont le poids économique est non négligeable: Paris, ce sont 1000 débits de boisson disposant d'une autorisation d'ouverture la nuit et plus de 100 discothèques.

17/11/2010

Une décontraction

Le tout nouveau gouvernement s'est réuni ce matin, pour la première fois, en Conseil des ministres. Autour de la table: un couple. Puisque le député Patrick Ollier, le compagnon de longue date de la ministre d'Etat Michèle Alliot-Marie, a lui aussi été nommé ministre dimanche: en charge des relations avec le Parlement. Ces derniers jours, tant MAM que... POM (le surnom donné à Patrick Ollier, comme Patrick Ollier-Marie) ont dit toute leur joie de pouvoir enfin travailler ensemble. Au sein d'une cohabitation gouvernementale qui, à les en croire, constituerait le nec plus ultra de la modernité décontractée.

 

On se demande ce que le socialiste François Hollande pense de cette décontraction dans les usages de la République. Lui qui, en vertu de la règle implicite qui était en vigueur avant cette innovation, a été réduit à ronger son frein en dehors du gouvernement pendant toutes ces années où Ségolène Royal était ministre. Non parce qu'il n'avait pas les compétences pour entrer au gouvernement, mais simplement parce que sa compagne de l'époque y siégeait déjà.

 

Michèle Alliot-Marie, en tout cas, a fait elle-même preuve de la plus grande décontraction l'autre jour. Aux médias qui l'interrogeaient sur la portée de cette innovation conjugale et gouvernementale, elle a apporté une nuance. En substance: «Oui, c'est une première que cette présence de deux conjoints au Conseil des ministres. Une première, du moins s'agissant de conjoints officiels...» Et la n°2 du gouvernement de s'en aller en pouffant de rire, laissant les journalistes interloqués.

 

Une répartie qui, donc, tout le monde l'aura compris, faisait allusion aux couples ministériels illégitimes: à la présence, pas rare, de maîtresses et d'amants parmi les gouvernants – présents, passés et futurs. En entendant ce trait d'humour de MAM, les gens ont dû s'imaginer qu'il s'en passait décidément de belles, dans les coulisses voire les alcôves du pouvoir. Nous, en tout cas, on l'a trouvée assez cocasse et bienvenue, cette soudaine décontraction dans le chef d'une ministre d'habitude si péniblement raide.

16/11/2010

Une championne

karategirl.pngPour la première fois depuis longtemps, la France dispose, depuis dimanche soir, d'un ministre des Sports à part entière, et non plus d'un simple secrétaire d'Etat. Contre toute attente, ce n'est pas l'ex-judoka David Douillet qui a été nommé. Le double champion olympique s'est fait coiffer sur le poteau par une femme: l'ex-secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno: treize fois championne de France de karaté – dans la discipline de katas par équipe, pour les lecteurs à qui cela dirait quelque chose. Au printemps dernier, la désormais ministre-karateka était remontée sur le dojo après douze ans d'arrêt de sa discipline, et avait conquis un nouveau titre.

 

C'est donc une mère de famille de 41 ans qui l'a emporté par ippon sur un colosse d'1,90 mètre, s'amuse le tout-Paris politico-sportif depuis 48 heures. Dans la même métaphore sportive filée, l'ex-groupie de Bernadette Chirac et de ses pièces jaunes s'est pris en somme, en pleine face, un mawashi geri (coup de pied circulaire fouetté) digne de ceux qu'a popularisés jadis une scène-culte du film «Les Bronzés». S'est carrément pris, irait-on jusqu'à dire, un yoko tobi geri: le légendaire coup de pied latéral sauté qui fait se pâmer tous les pratiquants d'arts martiaux.

 

«Je suis sur un petit nuage. Le sport est ma passion. J'ai un rapport addictif au sport», a réagi Chantal Jouanno: «Je vais enfin pouvoir aller m'entraîner en ayant l'impression de travailler». Pour gagner ce nouveau combat, cela dit, l'intéressée aura bien besoin de ce mélange si subtil d'ultra-concentration mentale et d'hyper-décontraction physique exigé de tout karateka qui se respecte. En effet, le budget des sports qui a été voté pour 2011 est... le plus maigre depuis près de dix ans (-15% par rapport à 2010).

 

Evidemment, c'est moins ce chiffre que le palmarès de la ceinture noire de ministre que, depuis dimanche soir, les communicants de l'Elysée – et les médias – mettent en avant.

15/11/2010

Une belgitude?

Il y a comme une certaine belgitude dans le processus ayant abouti hier soir à la formation du nouveau gouvernement français – le gouvernement Fillon V dit-on, Fillon XIII en fait, si l'on calcule bien tous les mini-réajustements ministériels intervenus depuis l'accession de l'intéressé à Matignon, en 2007. Une belgitude? C'est en tout cas ce qu'estimait, dès hier midi, l'influent, l'omniprésent en tout cas, commentateur politique Alain Duhamel. Qui, à la télé, jugeait (s'effarait?) en substance que ce remaniement ministériel français ait «des airs de remaniement belge». Puisque ce qui caractérisait selon lui cette opération, c'était la longueur des tractations l'ayant précédée, digne d'un système politique non majoritaire mais à la proportionnelle, où chaque famille a l'habitude de longuement négocier ses aires d'influence.

Ce qui est sûr et était spectaculaire, en tout cas, c'est que la France, ce week-end, a vécu avec un gouvernement en régime d'affaires courantes. Ce qui est très habituel en Belgique, mais est rarissime dans l'Hexagone.

En haut lieu, d'ailleurs, on ne semble pas encore tout à fait remis de cette innovation. Ainsi, en milieu de matinée ce lundi, sur le portail web officiel du Premier ministre (ici), à la sous-rubrique "Composition du gouvernement", la liste de l'équipe au pouvoir ne comportait encore et toujours, comme toute la journée dimanche, ... qu'un seul et unique nom. Celui de François Fillon, seul à avoir été confirmé dès dimanche matin dans ses fonctions. Aucune trace, en revanche, des 30 collègues du Premier ministre. Officiellement donc, électroniquement en tout cas, le gouvernement français est constitué en tout et pour tout d'une seule personne...

Sans doute le webmaster de Matignon n'a-t-il pas entendu son réveil, ce matin.

12/11/2010

Un irrespect

On ne va pas s'énerver longuement sur le sujet aujourd'hui, vu que l'autre jour déjà, dans ce blog, on avait pesté contre «l'effarante stupidité» des abrutis qui vandalisent des oeuvres d'art (si cela vous avait échappé, relire ici). Juste donc signaler, avec dépit, une info parisienne tombée pendant ce congé du 11 novembre: un quidam a volontairement dégradé une toile faisant partie de la grande expo Jean-Michel Basquiat en cours en ce moment au Musée d'art moderne de la Ville de Paris.

 

La dégradation est «mineure»: quelques ratures au feutre, de quelques centimètres à peine, dans un coin du tableau. Celui-ci pourra donc sans doute être restauré, de manière à ce que ce geste anonyme ne soit bientôt plus qu'un mauvais souvenir. Pas de dégâts fondamentalement graves donc. Mais, ce qui sidère ici, c'est le geste, c'est la démarche: s'attaquer à une oeuvre d'art. C'est d'une inculture et d'un irrespect absolument consternants.

10/11/2010

Une illustration

lestentespontdesarts.jpgA l'ordre du jour du Conseil des ministres de ce matin à l'Elysée, figurait un état des lieux de la question de «l'hébergement d’urgence et l’accès au logement». Ce point avait été rajouté à la suite du (bref) déploiement, vendredi sur le Pont des Arts à Paris, d'une trentaine de tentes d'associations dénonçant le bilan de l'action gouvernementale en la matière. Les activistes avaient été priés par les forces de l'ordre de plier bagage, moyennant la promesse d'une rencontre avec le Premier ministre François Fillon. Cette réunion a lieu cet après-midi, à 17 heures, à Matignon.

 

Les militants contre le mal-logement avaient parié sur l'impact des (nombreuses) images télé de leur action pour faire bouger le gouvernement. Ce matin, ce dernier a choisi de leur répondre en communiquant une avalanche de chiffres aux médias. Ainsi, pour n'en citer que quelques-uns, «120.000 logements sociaux ont été financés en 2009, soit trois fois plus qu’en 2000». En 2010, l'objectif est de «140.000 logements sociaux». «Depuis le début de l’année 2010, 13.000 personnes sont déjà sorties de l’hébergement (pour SDF) pour aller vers le logement. 9350 places de pensions de famille ont été financées en 2010». Quant au «programme d’humanisation des centres d’hébergement» pour SDF, il «a permis de rénover 7619 places et d’en reconstituer 2068».

 

Sans doute cet après-midi à Matignon, les associations relativiseront-elles ce bilan.

 

lelogosecourscatho.jpgSinon, puisque l'on parle de pauvreté, on a appris hier que le Secours catholique - qui a remis mardi un rapport alarmant sur la pauvreté en France - est elle-même... dans un assez pauvre état. Car les locaux municipaux qu'occupait gratuitement cette association depuis cinq ans, dans le 18ème arrondissement de Paris, ont dû être réaffectés en école maternelle. Et car elle est incapable de payer les 66.000 euros annuels de loyer des nouveaux locaux qu'elle vise.

 

En résumé, on a une donc association qui, l'an dernier, a accueilli 1,5 million de personnes dans le besoin, notamment pour des problèmes de logement, et qui, aujourd'hui, est menacée d'être elle-même à la rue. Cela doit être une version parisienne des adages de l'arroseur arrosé ou du cordonnier mal chaussé. A moins que ce ne soit qu'une illustration du slogan-choc d'une des dernières campagnes de cette ONG: «La France est un pays très riche. En pauvres».

09/11/2010

Une misère (suite)

A Paris ce mardi, les éboueurs reprennent le travail. On en avait parlé dans ce blog il y a dix jours: depuis trois semaines, ils étaient en grève, ce qui affectait la collecte des immondices dans la moitié des vingt arrondissements parisiens. Dans les autres arrondissements (comme notre onzième), les riverains n'ont rien vu de leur mouvement, le ramassage des poubelles étant assuré par des sociétés privées. Des sociétés privées que, du reste, la mairie a envoyées en renfort ces derniers jours dans les arrondissements touchés par la grève, pour éviter un amoncellement – comme à Marseille récemment – de détritus sur les trottoirs. Ce qui a valu au maire de se faire traiter de «jaune» (briseur de grève, en jargon syndical) par les grévistes.

Bertrand Delanoë n'en a pas moins satisfait aux revendications des syndicats. Le maire de Paris a publiquement soutenu leur exigence de pouvoir continuer à partir à la retraite dès 55 ans, vu la pénibilité du métier d'éboueur. Surtout, afin que les plus âgés de ces travailleurs touchent une pension d'un montant (un peu) plus élevé, la mairie a créé un nouvel échelon de fin de carrière, qui reviendra à augmenter de 1000€ la rémunération annuelle des éboueurs en fin de carrière. Du coup, depuis ce matin, les camions poubelles sont à nouveau visibles dans tous les arrondissements de Paris.

Un bonus de 1000€ pour les vieux éboueurs partant à la retraite: voilà qui, assurément, ne leur sera pas de trop pour (tenter de) vivre décemment leurs vieux jours. Au fond, combien de ces futurs éboueurs retraités fréquenteront-ils, demain, les réfectoires d'associations comme les Restos du Coeur? Et combien de leurs collègues aujourd'hui en activité n'ont-ils déjà d'autre choix que de dépendre de l'aide des associations caritatives? Il est notoire que, depuis plusieurs années, celles-ci reçoivent d'innombrables travailleurs pauvres, trop mal payés pour pouvoir à la fois se loger, se déplacer, se vêtir et se nourrir. Parmi eux, l'on sait que figurent nombre d'employés de la ville de Paris elle-même. On doit d'ailleurs retrouver une partie de ce public parmi les bénéficiaires du Secours catholique. Qui, à en croire son dernier rapport d'activité (particulièrement déprimant), publié ce mardi, a accueilli près d'1,5 million de personnes en 2009, soit près 80.000 de plus que l'année précédente. Et selon qui «le (phénomène du) travail pauvre ne recule pas» en France, malgré tous les efforts.

08/11/2010

Une violence

lepochoirsabotage.jpgQui sait ces pochoirs vus ce matin sur des murs de notre onzième arrondissement y ont-ils été apposés samedi, en marge de la (dernière?) journée nationale de manifestation syndicale contre le projet gouvernemental de réforme des retraites. Ils dénotent par leur radicalité. «Les patrons ne comprennent qu'un langage: grève, blocage, sabotage», proclament-ils. Passons sur la grève et le blocage. Mais appeler carrément et ouvertement au sabotage, ce n'est tout de même pas rien. Pour rappel, en France, le Code pénal punit de 15 ans de prison et de 225.000 euros d'amende «le fait de détruire, détériorer ou détourner tout document, matériel, construction, équipement, installation, appareil, dispositif technique ou système de traitement automatisé d'informations ou d'y apporter des malfaçons, lorsque ce fait est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation».

Ce violent appel mural suit une salve d'attaques elles-mêmes très musclées contre le mouvement de contestation – ou en tout cas contre certaines formes qu'il a prises. Ainsi, Nicolas Sarkozy l'autre jour: «Nous ne pouvons pas laisser nos ports paralysés parce qu'une infime minorité ne comprend pas que les ports ne lui appartiennent pas. Ces dizaines et dizaines de bateaux en rade à Marseille, ce n'est pas acceptable». Ou Jean-François Copé, le chef de file des députés UMP, à propos des récentes actions de blocage de raffineries: «On ne peut plus continuer à mener des réformes dans notre pays avec un corps syndical qui utilise des méthodes d'un autre temps». Ou encore Bruno Gollnisch, le vice-président du FN, au sujet de «la ligne du sabotage de l’économie française» qui, selon lui, est la ligne du syndicat communiste: «La CGT doit être rendue civilement et pénalement responsable de ses agissements. Nul en France n’est au-dessus des lois et surtout pas cette organisation, directement responsable, entre autre, du déclin des ports de Marseille, du Havre, et de bien d’autres entreprises». Ces pochoirs appelant notamment au sabotage se veulent-ils une réplique à ces propos?

lepochoirpunk.jpgSinon, autre message mural-choc vu dans notre quartier et renvoyant à la lutte sociale, cette illustration due à un artiste de rue. On y reconnaît «La liberté guidant le peuple». Le fameux tableau d'Eugène Delacroix est représenté en train d'être taggué par un punk, reconnaissable à sa crête chevelue, qui y écrit rageusement un slogan lui aussi très définitif. Non le «No future» habituel des punks, mais un «No culture» qui, en lettres capitales colorées, attire bien sûr le regard du passant.

«No Culture». En tombant sur cette fresque, on s'est dit que, heureusement il ne s'agissait que d'une vue de l'esprit d'un artiste de rue. Et que, heureusement, vu le contexte actuel, si peu folichon, il restait au moins cela à la France: la Culture. Puisqu'elle est censée adoucir les moeurs.

05/11/2010

Un retour

Un air de déjà vu dans la capitale française, ce vendredi: c'est le retour des tentes de SDF en plein Paris. A la mi-journée, en effet, sur le Pont des Arts, le «Collectif des associations unies» a donné rendez-vous aux médias. Il regroupe des associations comme la Fondation Abbé Pierre, ATD-Quart Monde, les Enfants de Don Quichotte ou Médecins du Monde. Leurs militants ont l'intention d'installer dans Paris, à un endroit qui n'a pas été dévoilé, un «campement symbolique» de 31 tentes. Pour dénoncer les «promesses non tenues» du gouvernement Fillon. L'hiver 2008, celui-avait promis de faire du logement et de l'hébergement des personnes sans abri et mal logées «un grand chantier national prioritaire». Deux ans plus tard, selon les associations, on est très loin du compte.

Les tentes de SDF, cela dit, elles n'ont jamais totalement quitté Paris. Certes, on n'y a plus vu d'opérations aussi spectaculaires que celle qui avait rassemblé des dizaines de SDF et/ou de militants au canal Saint-Martin, le long des berges duquel ils avaient squatté pendant des mois: interminable village de toile qui avait été énormément médiatisé. Plus de campement collectif, mais les tentes individuelles de SDF, elles, d'un hiver à l'autre, n'ont jamais vraiment disparu. Ainsi, très récemment encore, sur le terre-plein de notre boulevard Richard Lenoir, à deux pas du trafic automobile, de la station Vélib, des aires de jeux pour enfants et des terrains de pétanque, a campé une femme SDF, assez âgée, avec tout son barda – y compris un petit réchaud pour la cuisine, une corde à linge, un siège de jardin et un chien. Tout le voisinage avait l'air d'être très gêné par son installation: par cette intrusion si ostensible de la misère dans la vie quotidienne du quartier. Puis, les gens ont fini par s'y habituer. A plusieurs reprises, on a vu des policiers passer devant cette tente de camping sans y prêter la moindre attention – comme s'ils considéraient qu'elle faisait partie du paysage.

L'intéressée a campé là pendant plusieurs semaines. Puis, du jour au lendemain, a disparu. Sans crier gare, comme elle était venue.

04/11/2010

Une recrudescence?

iphone4.jpgAvis aux usagers de la RATP possédant un iPhone4 et ayant l'habitude de le consulter pendant leurs déplacements en métro. La dernière chose dont on parle à Paris en ce moment, c'est de la recrudescence de vols à l'arraché dont seraient victimes, dans le métro, les détenteurs de ce téléphone. Des vols qui seraient perpétrés y compris en pleine heure de pointe, sur des lignes très fréquentées et dans des trains bondés. On n'irait pas jusqu'à avancer que le vol d'iPhone4 est devenu la dernière mode à Paris: ce serait généraliser à la légère les mésaventures dont on a eu vent en tant que Parisien moyen. Mais enfin, tant de gens parlent de cela ces dernières semaines ici que, manifestement, il y a quelque chose.

 

Si l'on en croit ces racontars, le modus operandi préféré des détrousseurs d'iPhone serait le suivant. Ils aviseraient particulièrement les amateurs du dernier gadget d'Apple qui sont en train de l'utiliser alors qu'ils se trouvent à proximité immédiate des portes de la rame: assis sur un strapontin, appuyés à la main courante faisant face aux issues, etc. Puis, au moment où retentit le signal sonore avertissant de la fermeture imminente des portes, ils arracheraient le smartphone des mains de leur détenteur puis bondiraient hors de la rame juste avant que les portes se referment derrière eux – rendant donc impossible leur poursuite par leur victime.

 

Légende urbaine? La préfecture de police de Paris, en tout cas, a relancé il y a peu (ici) une «campagne de prévention contre les vols de smartphones dans les transports en commun» de la capitale. Chaque usager du métro parisien jugera, selon sa propension plus ou moins élevée à la paranoïa.

 

Reste une question. Dans le métro, s'afficher – poser? – en toutes circonstances, à n'importe quelle heure, sur n'importe quelle ligne et donc sans la moindre précaution avec, en main, un téléphone aussi cher (entre 500 et 700 euros, paraît-il) est-il forcément et toujours très sensé?

03/11/2010

Une agitation (de nouveau)

Un mois qu'on n'avait plus évoqué, dans ce blog, le climat tendu d'alerte antiterroriste en vigueur dans la capitale française – et, au-delà, dans toute la France et ailleurs. Car on trouvait que, sur le terrain quotidien parisien, l'agitation s'était un peu calmée. Mais là, visiblement, elle repart de plus belle. Sans doute est-ce l'effet conjugué de l'affaire des explosifs découverts ces derniers jours dans les avions de fret, des lettres piégées envoyées à des chefs d'Etat ou de gouvernement (dont Nicolas Sarkozy), voire des menaces proférées explicitement contre la France par Oussama ben Laden, dernièrement. Cela repart de plus belle? On ne parle même pas du sommet sur le terrorisme que le chef de l'Etat a convoqué ce mercredi à l'Elysée. Mais de la journée un peu agitée qu'a de nouveau vécue le métro de Paris, hier.

Dès le début de la matinée, c'est le trafic de la ligne 4 – très fréquentée – qui a été très perturbé. La découverte d'un colis suspect à la station "Gare du Nord" a interdit la desserte des arrêts entre "Barbès-Rochechouart" et "Réaumur-Sébastopol". Rebelote dans la soirée sur la ligne 8 – elle aussi très fréquentée, par les touristes singulièrement, puisqu'elle conduit notamment aux Invalides, à la place de la Concorde ou à l'Opéra Garnier. Vers 22h30, c'est cette fois à la station "Madeleine" qu'a été découvert un paquet suspect. L'immense station a dû être entièrement évacuée, le temps que les démineurs effectuent leur travail. En attendant, le trafic de la ligne 8 a été totalement interrompu à partir de la station "Concorde", des milliers de voyageurs étant contraints de descendre dare-dare des trains et de tenter de trouver des correspondances – on a vu pas mal de touristes complètement désarçonnés.

Comme si cela ne suffisait pas, hier, les défaillances techniques du réseau ont, une fois de plus, accru encore un peu plus la pagaille. Le matin, une panne de signalisation a entraîné d'importantes perturbations sur la ligne 5. Et le soir, à nouveau sur cette décidément si déliquescente ligne 13, une panne de matériel survenue dans un train a carrément obligé des centaines de voyageurs à débarquer. D'où, évidemment, beaucoup d'énervement, de soupirs et et de mécontentement. C'est cela aussi, au quotidien, la vie – décidément pas glamour tous les jours – à Paris.

02/11/2010

Un doublé

squatplacedesvosges.jpg800.000. C'est le chiffre qu'on a retenu de ce long week-end. Soit le nombre de Français en situation de surendettement. C'est à leur intention que sont entrées en vigueur lundi de nouvelles mesures gouvernementales autorisant notamment la justice à suspendre certaines procédures d'expulsion du logement: celles frappant les ménages surendettés dont la situation aurait, au préalable, été reconnue comme socialement prioritaire par une commission adhoc. C'est aussi parmi ces 800.000 personnes que figurent les bénéficiaires d'une autre mesure entrée en vigueur lundi, comme chaque premier jour de novembre: «la trêve hivernale», comme l'appellent y compris les autorités – le seul usage de ce terme guerrier prouve combien, sur le front du logement, la situation est tendue. Jusqu'au 15 mars, cette trêve interdit (de manière générale, elle: poursuites judiciaires ou pas) toute expulsion de locataires pour défaut de paiement du loyer. Selon l'association Droit au Logement (DAL), qui fête ses 20 ans, le nombre d'expulsions a globalement doublé en France ces dix dernières années. Plus de 11.000 personnes seraient chaque année jetées à la rue.

 

Comme chaque année, les associations ont, ces derniers jours, accusé les autorités d'avoir accéléré le nombre d'expulsions les dernières heures avant le 1er novembre: expulsions in extremis donc, avant que la trêve entre en vigueur. Le gouvernement réfute ces allégations; les préfets n'auraient reçu «aucune instruction» particulière. A Paris néanmoins, dans notre quartier même, un doublé d'expulsions a eu lieu dans les derniers jours d'octobre. Elles ont visé non des locataires proprement dits, mais des mal-logés ayant envahi puis squatté des immeubles vides.

 

D'une part, dans le Marais – si par extraordinaire cette expulsion si médiatisée vous avait échappé –, après un long feuilleton judiciaire, ont finalement été remis à la rue les 33 jeunes militants et travailleurs précaires de l'association «Jeudi Noir» qui, depuis un an, occupaient un superbe hôtel particulier de 1500m2 de la Place des Vosges, vide depuis des décennies. D'autre part, là dans une indifférence médiatique assez générale, dans le onzième arrondissement cette fois, rue du Chemin vert, a lui aussi été expulsé un collectif d’artistes qui s’était installé dans un hangar de 3.000 m2 désaffecté depuis huit ans.

 

Des expositions, des spectacles et des projections de films avaient régulièrement lieu dans ce hangar. Des tas d'autres squats d'artistes fonctionnent sur le même mode à Paris comme dans sa banlieue. En ce moment, d'ailleurs, un festival artistique baptisé «Fou» (comme «Festival des Ouvertures Utiles») bat son plein dans une quinzaine de ces espaces. Ouvert au grand public, il se veut la vitrine artistique de ces «lieux squattés, autogérés, ouverts, libres», et «une incitation à la folie, à la passion, à l’ouverture de brèches dans la réalité et la grisaille quotidienne». Si ça vous dit, le programme est ici.