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30.11.2010

Une collision

illuminationsParis.jpgChaque hiver à Paris, c'est la même chose. Une coïncidence de dates qui fait se côtoyer l'événement le plus clinquant et l'actualité la plus sombre. Qui fait entrer en collision la vie à Paris dans ce qu'elle a de plus glamour et futile avec son aspect le plus glauque et déprimant. Cette année à nouveau, on n'a pas échappé à cette pénible collision.

 D'un côté donc, ces derniers jours, on a eu droit aux inévitables lancements des festivités de fin d'année. Histoire que Paris mérite plus que jamais son titre de Ville lumière, le maire Bertrand Delanoë a sacrifié à la tradition des inaugurations des illuminations de Noël, en compagnie de star(lette)s et sous l'oeil ravi d'une nuée de caméras. Le Parisien moyen est prié de s'extasier, car «pour le plaisir des yeux, ce sont plus de 125 rues et places de la capitale, dont la Concorde et l'avenue des Champs-Elysées, qui vont briller de mille feux». Sans oublier tout le reste, mis à contribution pour célébrer «la féerie de Noël», selon l'expression consacrée: «patinoire de l'Hôtel de Ville, ski, tyrolienne et sports de glisse au stade Charléty, illuminations des rues de la capitale, manèges de chevaux de bois, marchés de Noël, vitrines animées des grands magasins», etc., etc. Ouvrons les mirettes donc, et admirons.

D'un autre côté, la même semaine, l'annonce par la mairie de Paris du lancement de son Plan Grand Froid: «6 gymnases et 5 mairies mobilisables, des maraudes renforcées et des centres d'hébergement sur le pied de guerre» pour accueillir tous les miséreux qui, Noël ou pas, peuplent la capitale. Avec, ici aussi, les services de com' qui font passer les «éléments de langage», comme on dit, aux médias: «La mise à l’abri ne suffit pas. Il faut aider les personnes à sortir de la rue», etc., etc.

illuminationsgrandsmagasins.jpgTout cela n'empêche pas les plus pauvres de continuer à tomber comme des mouches, illuminations de Noël ou pas. Hier soir encore, devant une sortie de secours d'un centre commercial à Ivry, en banlieue de Paris, a été découvert le corps sans vie d'un SDF de 78 ans. Ce n'est évidemment pas le dernier de l'hiver. Et, depuis quelques jours, dans notre onzième arrondissement, au coin de l'immeuble de bureaux du boulevard Richard Lenoir occupé notamment par l'antenne parisienne de «La Libre», un nouveau mini-campement de SDF s'est installé, sous l'abri d'un toit de terrasse en surplomb. Ils donnent l'impression d'avoir voulu y reconstituer une maison. Il y a là deux canapés, une petite table de nuit, un réchaud pour cuisiner, et toujours beaucoup d'animation. Les habitants du voisinage n'y font déjà plus attention. Il est vrai que, bientôt, notre boulevard va «briller de mille feux». Ce sera assurément merveilleux.

29.11.2010

Une double nuance

La France, cinquième puissance économique mondiale. Les dirigeants de ce pays ne se privent jamais de le rappeler – Nicolas Sarkozy lui-même l'autre soir encore, à la télé. L'Hexagone, une des toutes grandes puissances de la planète, donc. A une double nuance près, s'est-on encore dit ce matin, à la faveur d'une actualité et d'une anecdote.

 

Une actualité. La vingt-sixième campagne d'hiver des Restos du Coeur débute aujourd'hui. L'an dernier, cette association a distribué 103 millions de repas à 830.000 nécessiteux. On peut bien sûr trouver vraiment très bien que, d'année en année, plus de 50.000 bénévoles, au lieu de passer confortablement leur hiver au coin du feu, se bougent pour venir en aide aux plus pauvres de ce pays. On peut aussi se dire que, quelque part, il n'est décidément pas normal, a fortiori dans cette puissance économique mondiale qu'est la France, que près d'un million de personnes n'aient, chaque hiver, d'autre choix que de dépendre de la générosité d'une association caritative pour satisfaire un besoin aussi élémentaire que s'alimenter. Le fait même que, sans cette association, des tas de gens chaque hiver ne mangeraient pas à leur faim montre que, décidément, quelque chose ne va pas, depuis vingt ans, en France.

 

Une anecdote. Ce lundi comme les deux matins précédents, on s'est réveillé en retard. Parce que le réveil n'a pas sonné à l'heure qu'il fallait, ayant été déréglé par les coupures intermittentes d'électricité qui, ces dernières nuits, affectent Paris. Sans doute, comme chaque hiver, le réseau d'électricité est-il surchargé par la surconsommation due aux grands froids. En province d'ailleurs, la situation dépasse le stade de l'anecdote: des milliers d'habitants du Morbihan (Bretagne) ont été privés d'électricité dimanche, et 15.000 foyers du Loiret (Région Centre) sont dans le même cas ce lundi, en raison des importantes chutes de neige. On peut compatir aux tracas des électriciens, essayer de comprendre le problème causé par le poids de la neige sur les câbles électriques, etc. Mais, là encore, on ne nous ôtera pas de l'idée qu'il n'est tout de même pas normal que, d'un hiver à l'autre dans ce pays, on déplore d'identiques problèmes d'alimentation électrique.

 

Mais sans doute ne sont-ce que des détails. Et sans doute, à ces deux nuances près, la France est-elle une des grandes puissances qui comptent sur cette planète.

26.11.2010

Un cliché sexiste

pochoirunefemme.jpgS'il existait une palme hebdomadaire de la petite phrase sexiste, Alain Minc l'obtiendrait, cette semaine. L'autre jour, ce proche de Nicolas Sarkozy est revenu sur la tirade de ce dernier, lancée en «off» à des journalistes. Si d'aventure cela vous avait échappé: le chef de l'Etat, s'estimant accusé en dépit du bon sens par les médias d'être mêlé au «Karachigate», a traité ses interlocuteurs de «pédophiles». Pour montrer l'absurdité, à ses yeux, des accusations lancées contre lui par des journalistes.

 

Le financier et essayiste à succès s'est empressé d'aller défendre à la radio et à la télé la «plaisanterie» de son ami. Sans même revenir sur le fond de l'affaire – la façon dont les médias travaillent, les emportements décidément si fréquents du Président, le bien-fondé ou non d'avoir rendu publics ses propos en «off»,  etc – , sur la forme, la petite phrase d'Alain Minc étaient, mine de rien, d'un rare sexisme. Ainsi, a-t-il dit, «les journalistes, vous êtes tous pareils. Vous êtes dans une bulle très protectrice et donc vous avez une peau de jeune fille, pardonnez-moi ce mot. Les journalistes, même à la plus légère plaisanterie, se sentent agressés!»

 

Par «peau de jeune fille», Alain Minc voulait dire, on imagine, peau sensible, donc sensibilité à fleur de peau, du coup corporation journalistique exagérément susceptible, au point de ne pouvoir supporter le moindre trait d'humour sarkozyste. Il ne serait jamais venu à l'idée d'Alain Minc de dire: «Les journalistes, vous êtes tous pareils. Vous avez une peau de jeune garçon». Cela montre bien que cette tournure de phrase – comme ses variantes: «une pudeur de jeune fille», «un teint de jeune fille», etc. – , est sexiste. Puisqu'elle fait passer la susceptibilité et la sensibilité outrancières pour des caractéristiques par nature féminines.

 

pochoirlafillelafille.jpgSexiste et passablement idiote. Car, au vu du monde qu'il fréquente dans les dîners en ville, Alain Minc devrait bien savoir qu'il existe des femmes qui, tout en étant très féminines, ne sont pas le moins du monde exagérément susceptibles. Et des hommes qui, sans être le moins du monde efféminés, ont une sensibilité à fleur de peau au point d'être extrêmement susceptibles. Et ce, que ces femmes ou hommes soient journalistes ou pas.

25.11.2010

Une réaction

On l'a constaté avec satisfaction ce matin, en passant boulevard Voltaire. Sur cette grande artère du onzième arrondissement, on ne trouve plus trace de cette campagne d'affichage antisémite qu'on avait évoquée vendredi dernier dans ce blog, qui promeut un livre colportant les ragots séculaires sur la prétendue «mafia juive internationale». Cette campagne avait commencé début novembre dans la capitale française. Elle avait même essaimé jusqu'en banlieue parisienne, puisque – ainsi qu'on l'entendait à la radio hier – ces affiches ont également été signalées dans des villes comme Boulogne-Billancourt, Montrouge ou Levallois.

 

Finalement, cette campagne haineuse a donné lieu à deux réactions. Une procédure judiciaire, d'abord: le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme a (ici) demandé au procureur de la République de Paris «d'engager d’initiative l’action publique» visant à «l'interdiction et la destruction (de ce) livre qui contrevient aux lois antiracistes». Une injonction de la mairie de Paris, ensuite: l'Hôtel de ville a prié les services municipaux de nettoyage d'être particulièrement attentifs à cette campagne et d'arracher systématiquement les affiches que les employés croiseraient en rue, pendant leurs tournées. Du coup, rien que ces derniers jours, une quarantaine d'affiches auraient été enlevées. Sans doute est-ce déjà cela.

24.11.2010

Un pessimisme

Dans la crise économique mondiale, la France s'en sort «mieux que les autres et avant les autres». Nicolas Sarkozy dixit, à la télé mardi dernier. Une semaine plus tard, il apparaît (voir ici) que les Français sont beaucoup plus pessimistes que leur chef d'Etat. Pour 70% d'entre eux, «le gros de la crise reste à venir». Les 45-59 ans et les employés sont ceux qui broient le plus du noir. Ce sont particulièrement les délocalisations d'entreprises qui inquiètent l'opinion. Nicolas Sarkozy, pour se refaire une santé, avait misé sur la présidence du G20 par la France? Là encore, grand scepticisme: pour six sondés sur dix, on ne peut faire confiance à cette institution pour «veiller à la stabilité du système financier» planétaire, et, de toute manière, elle «n'améliore pas vraiment les choses au niveau de l'économie mondiale».

Le pessimisme évolue-t-il naturellement en hostilité? Le scepticisme économique débouche-t-il logiquement sur l'antagonisme politique? Sans que l'on sache si l'on peut faire le lien, un deuxième sondage fait grand bruit à Paris, ces jours-ci. Il a trait aux intentions de vote pour les élections présidentielles de 2012.

Dans tous les cas de figure, face à un candidat socialiste (qu'il s'agisse de Martine Aubry, Ségolène Royal ou même François Hollande), Nicolas Sarkozy serait battu. S'il affrontait Dominique Strauss-Kahn au second tour, le Président en exercice serait même carrément humilié: il serait défait par... 62% des voix contre 38%!

Sûr qu'au vu de ce sondage, Nicolas Sarkozy, lui, ne sombrera pas dans le pessimisme. D'abord, cela ne doit pas fondamentalement être dans son caractère. Ensuite et surtout – et sans doute les médias et les instituts de sondage eux-mêmes devraient-ils le souligner davantage – , jamais, dans toute l'Histoire de la Vè République une enquête d'intentions de vote n'a réussi, dix-huit mois avant l'échéance fatidique, à pronostiquer correctement le nom du vainqueur final. Voilà qui relativise largement à la fois l'intérêt de ladite étude et la pertinence de l'agitation parisienne ambiante autour de ce fameux ratio (putatif) de 62-38%.

23.11.2010

Une découverte stupéfiante

thalysgaredunord.jpgLe Thalys, ce train international si bien connu des Belges, ne transporte visiblement pas que des touristes et des hommes d'affaires. A l'occasion, il véhicule aussi des trafiquants et autres contrebandiers. C'est la raison pour laquelle, dans ces trains, on peut apercevoir de temps en temps des agents en civil déambulant anonymement et l'air de rien dans les rames, qui soudain sortent des brassards de leurs poches, les passent à leurs biceps, puis, à la stupéfaction générale des voyageurs, fondent sur un passager et/ou sur son bagage suspect en déclinant leur qualité de douanier. Ces douaniers patrouillant dans les Thalys y ont fait, dernièrement – ainsi que l'a annoncé hier la direction des douanes françaises – une découverte stupéfiante, au propre comme au figuré.

En janvier 2007 déjà, à la gare de Paris Nord, les agents de la «Brigade de Surveillance Intérieure Transmanche de Paris» avaient découvert 14,4 kilos de cocaïne dans les bagages de huit passagers d'un Thalys à destination d'Amsterdam. Les stupéfiants étaient dissimulés dans «des paniers garnis contenant des friandises et des boîtes de conserves qui paraissaient reconditionnées». Rebelote il y a dix jours, et pour une prise plus importante encore. A la gare de Paris Nord de nouveau, dans un Thalys toujours mais cette fois à destination de Rotterdam, les douaniers de cette même brigade ont découvert pas moins de... 22,6 kilos de cocaïne, dans les sacs de voyage de deux femmes.

Des valises pleines à craquer de coke, donc. Il faut oser. Nous, on aurait cru que les trafiquants de cet acabit prenaient plutôt la peine de ne convoyer, dans ce genre de trains, que de petites quantités de stupéfiants chaque fois bien dissimulées dans des bagages très volumineux. On avait manifestement tout faux: c'est par valises entières que, dans le Thalys en tout cas, ce genre de marchandises est convoyé.

douanier.jpg22,6 kilos de cocaïne saisis en une seule prise, cela peut paraître énorme, mais ce n'est qu'une goutte d'eau par rapport aux montagnes de produits stupéfiants interceptés chaque année par les douaniers français. Ainsi, en 2009 (dernières données disponibles), toutes saisies confondues, ils ont mis la main sur plus de 5 tonnes de cocaïne: record historique, et chiffre en progression de 15% par rapport à l'année précédente. Pour ceux qu'intéresse l'ampleur du paradis artificiel annuel saisi puis détruit, envolé en fumée somme toute, par les douaniers français, quelques chiffres encore. Outre ces 5 tonnes de coke, ont été saisis en 2009: 37 tonnes de cannabis, 2500 kilos de khat, 432 kilos d'héroïne, 350 kilos d'amphétamine, 29000 doses d'ecstasy et 4000 doses de LSD.

22.11.2010

Un rapport très sévère

Cela a tout l'air d'être une convocation davantage qu'une invitation. Peu après avoir pris ses fonctions, la nouvelle ministre des Transports recoit, ce lundi, les PDG de la RATP et de la SNCF, respectivement à 10 heures et à 11 heures ce matin. La semaine dernière, ces deux sociétés ont été sévèrement épinglées par un rapport de la Cour des Comptes consacré à l'état des transports publics en région parisienne. Ce document n'a sans doute rien appris de neuf à tous les utilisateurs quotidiens de ces transports, notamment aux 10 millions d'usagers journaliers du réseau de la RATP. Il n'en a pas moins fait grand bruit. Qui sait donc ce rapport accablant, contrairement à tant d'autres déjà précédemment (ici, par exemple), aura, lui, des répercussions concrètes.

Pour la Cour, le réseau de transports parisien est devenu complètement «inadapté», «l’offre de trains, métros ou tramways (ayant) progressé plus lentement que le trafic, qui a lui connu une dynamique nouvelle». Est particulièrement dénoncée la «qualité de service dégradée». C'est singulièrement le cas de la ligne de métro 13, dont on a déjà beaucoup parlé dans ce blog et qui, reconnaît la Cour, est «confrontée à un phénomène clair de saturation». Le cas aussi du RER, réseau où, «globalement, ces dernières années sont marquées par une augmentation nette de l’irrégularité, amorcée depuis 2004 ».

L'autre jour, en tant qu'usager de base, l'on s'interrogeait (relire ici) sur l'état de délabrement apparent des infrastructures, dans le métro de Paris notamment. La Cour confirme: elle range explicitement le «vieillissement des infrastructures» parmi les causes de la dégradation du service aux usagers. Par exemple, «les incidents causés par les infrastructures ou le matériel roulant représentent plus du tiers des causes d’irrégularité» sur le réseau parisien de la SNCF. Conclusion? Plutôt que de vouloir construire de nouvelles lignes, développer de nouvelles installations et rêver à de nouveaux projets aussi majeurs qu'impayables, «une priorité dans l’affectation des ressources disponibles doit être donnée à la modernisation des lignes existantes».

Nicolas Sarkozy est-il du même avis? A l'issue de son fameux remaniement ministériel du week-end dernier, son nouveau gouvernement ne compte plus d'éminence explicitement et spécifiquement chargée du «Grand Paris»: ce plan fastueux (et fumeux?) de développement urbanistique de la région parisienne, qui se caractérisait notamment par ses projets mirifiques en termes de nouvelles infrastructures et liaisons de transport.

19.11.2010

Une indignation (sélective)

affichedernier%c3%a9tage[1].jpgC'est l'affiche de cinéma dont on a parlé, cette semaine en France. On y voit un homme, présenté comme un huissier de justice, apeuré: ligoté et bâillonné dans une baignoire. C'est l'affiche du film «Dernier étage gauche gauche»: une comédie sortie mercredi dans les salles en France, qui narre les mésaventures d'un huissier pris en otage dans une cité de banlieue où il était venu faire une saisie. L’affiche d’une comédie donc, mais tout le monde ne l’a pas trouvée drôle.

 

Ainsi, la Chambre nationale des huissiers a (ici) saisi la justice. Selon elle, vu «l'augmentation des situations de violence auxquelles les huissiers de justice sont de plus en plus souvent confrontés», «on ne peut pas laisser passer l'idée que les agressions commises sur eux sont sans gravité». Le distributeur et le producteur du film ont donc été assignés en référé, et le retrait de l'affiche demandé. Au grand effarement () d'associations comme la Ligue des droits de l'homme, la Société des réalisateurs de films ou la Fédération des professionnels de l'art contemporain. Pour qui la corporation des huissiers «confond la représentation d'une situation imaginaire avec une attaque physique, amalgame un personnage fictif à une  catégorie socio-professionnelle réelle, et confond ainsi réalité et fiction». Sa procédure ne serait donc rien d'autre qu'une «menace à la liberté de création». Finalement, le tribunal de grande instance de Paris, hier après-midi, a débouté les huissiers. Il a jugé que le film, présenté «comme une comédie et non comme un drame», ne suscitait pas de «trouble illicite à l'ordre public».

 

Cette affaire rappelle un peu l'émoi, l'été dernier, de la profession des policiers à propos de la campagne en faveur des... poulets fermiers de Loué. Sur ces affiches-là, on voyait par exemple un policier torse nu, normalement musclé, censé symboliser un poulet élevé en plein air, aux côtés d'un autre policier lui hideusement bodybuildé et gonflé à la testostérone, supposé représenter un poulet élevé en batterie. Le premier syndicat de gardiens de la paix s'était indigné (ici) que la profession policière, en étant assimilée à des volailles, soit «dénigrée d'une manière la plus vulgaire et simpliste», et ce au moment «où les policiers sont particulièrement exposés dans l'exercice de leur profession».

 

affichemafiajuive.jpgComme quoi, dans la pub comme dans la vie, l'humour est une question de goût, et le second degré n'est pas toujours apprécié. Cela dit, si souvent en ville, on voit des campagnes d'affichage autrement plus choquantes, mais qui, elles, n’ont pas l’air de susciter la moindre indignation. Ainsi, dans notre onzième arrondissement en ce moment, on voit sur les murs des affiches en faveur d'un bouquin intitulé «La mafia juive: les grands prédateurs internationaux». Des affiches donc faisant, sur l'espace public, la promo d'un opuscule véhiculant les clichés antisémites les plus éculés, sur la prétendue implication de cette communauté dans les pires trafics: «traite des blanches, proxénétisme, blanchiment, meurtres sous contrat, trafic de diamants», etc. A quand une démarche de la Chambre des huissiers pour faire constater le caractère haineux et donc illégal d'une telle campagne d'affichage, et dès lors exiger son arrêt immédiat? 

18.11.2010

Un défoulement

Loin de l'actualité politique si agitée en haut lieu dernièrement, autour du fameux remaniement, l'atmosphère est propice au défoulement, à Paris en ce moment. Imaginez cela: écouter les meilleurs DJ mixer dans les couloirs d'habitude si gris de la station de métro Châtelet, s'éclater sur un «dancefloor roulant» aménagé dans un «autocar night-club» sillonnant la ville la nuit, ou voguer sur la Seine des décibels plein la tête, grâce à une «croisière électro» sur les Bateaux parisiens. Tout cela, et quantité d'autres défoulements, c'est ce que proposent les «Nuits capitales»: «cinq nuits dédiées à la musique live et au clubbing dans de très nombreux lieux emblématiques de la scène parisienne» nocturne: «La Flèche d'Or», le «Batofar», le «Rex Club», etc.

Cette manifestation sautillante est l'occasion de revenir sur ces «Etats généraux de la Nuit» qui ont eu lieu le week-end dernier à Paris: une foule de débats sur l'animation nocturne dans la capitale française, qui ont réuni plus d'un millier de participants. Ils avaient été mis sur pied à la suite du succès (16.000 signatures) remporté par la pétition «Quand la nuit meurt en silence» (relire ici ou ), qui avait été lancée l'hiver dernier. Plein d'idées ont émergé de ces discussions, qui ambitionnent de redynamiser la vie nocturne tout en amoindrissant les nombreux problèmes de cohabitation qu'elle pose.

Parmi ces idées: la mise sur pied d'équipes de médiateurs chargés de patrouiller la nuit dans les quartiers animés, pour inciter les fêtards à faire moins de bruit, le renforcement de l'offre de transports publics la nuit (les bus du réseau «Noctilien»), la réduction des tarifs des parkings après minuit, ou l'installation de sonomètres dans plusieurs quartiers branchés et donc bruyants. Evoqués également: l'octroi d'aides publiques pour l'installation de fumoirs dans les établissements de nuit (pour éviter que les fumeurs fassent du bruit à l'extérieur), le renforcement de la médiation avec les riverains (particulièrement remontés contre les fêtards), ou l'expérimentation d'ouvertures tardives de certains parcs. Pour la mairie de Paris, la fête, la musique et la nuit «ont toujours fait partie de l'identité de la capitale». Pas question donc qu'en matière d'animation nocturne, Paris devienne une ville assoupie, voire morte, en comparaison de cités internationales elles si noctambules et festives comme Barcelone ou Berlin.

Reste à mettre toutes ces idées en pratique. Et si possible avant le printemps: la saison où, avec le retour des beaux jours, les hordes de fêtards reviendront envahir les trottoirs jusqu'à pas d'heure, empêchant de dormir d'innombrables Parisiens. De la mise en pratique, ou non, de ces bonnes résolutions dépendra aussi l'avenir de tout un secteur d'activité, le business de la nuit, dont le poids économique est non négligeable: Paris, ce sont 1000 débits de boisson disposant d'une autorisation d'ouverture la nuit et plus de 100 discothèques.

17.11.2010

Une décontraction

Le tout nouveau gouvernement s'est réuni ce matin, pour la première fois, en Conseil des ministres. Autour de la table: un couple. Puisque le député Patrick Ollier, le compagnon de longue date de la ministre d'Etat Michèle Alliot-Marie, a lui aussi été nommé ministre dimanche: en charge des relations avec le Parlement. Ces derniers jours, tant MAM que... POM (le surnom donné à Patrick Ollier, comme Patrick Ollier-Marie) ont dit toute leur joie de pouvoir enfin travailler ensemble. Au sein d'une cohabitation gouvernementale qui, à les en croire, constituerait le nec plus ultra de la modernité décontractée.

 

On se demande ce que le socialiste François Hollande pense de cette décontraction dans les usages de la République. Lui qui, en vertu de la règle implicite qui était en vigueur avant cette innovation, a été réduit à ronger son frein en dehors du gouvernement pendant toutes ces années où Ségolène Royal était ministre. Non parce qu'il n'avait pas les compétences pour entrer au gouvernement, mais simplement parce que sa compagne de l'époque y siégeait déjà.

 

Michèle Alliot-Marie, en tout cas, a fait elle-même preuve de la plus grande décontraction l'autre jour. Aux médias qui l'interrogeaient sur la portée de cette innovation conjugale et gouvernementale, elle a apporté une nuance. En substance: «Oui, c'est une première que cette présence de deux conjoints au Conseil des ministres. Une première, du moins s'agissant de conjoints officiels...» Et la n°2 du gouvernement de s'en aller en pouffant de rire, laissant les journalistes interloqués.

 

Une répartie qui, donc, tout le monde l'aura compris, faisait allusion aux couples ministériels illégitimes: à la présence, pas rare, de maîtresses et d'amants parmi les gouvernants – présents, passés et futurs. En entendant ce trait d'humour de MAM, les gens ont dû s'imaginer qu'il s'en passait décidément de belles, dans les coulisses voire les alcôves du pouvoir. Nous, en tout cas, on l'a trouvée assez cocasse et bienvenue, cette soudaine décontraction dans le chef d'une ministre d'habitude si péniblement raide.

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