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20/12/2010

Un pugilat

Cela a chauffé hier dans le quartier, à propos de... la Côte d'Ivoire. Ce pays de jour en jour s'enfonce: se rapproche chaque jour un peu plus de la guerre civile. Pendant ce temps à Paris, la communauté ivoirienne en vient aux mains. Dimanche après-midi, quelques centaines de partisans du Président sortant et auto-proclamé Laurent Gbagbo s'étaient donné rendez-vous place de la République. Ils comptaient défiler jusqu'à Bastille, lorsqu'une centaine de partisans d'Allassane Ouattara, son rival, ont surgi. Bilan? Malgré des CRS en nombre, un pugilat général. Des heurts violents ayant fait deux blessés dont un à l'arme blanche.

Le jour où la situation en Côte d'Ivoire aura dégénéré au point de déboucher sur un drame majeur, il faudra se souvenir de certains mots et de certains silences, en France.

De certains mots, comme par exemple ceux entendus ce matin encore, sur une radio, dans la bouche de l'ex-Monsieur Afrique du Parti socialiste. Il était interrogé sur les témoignages faisant état de violations majeures des droits humains de la part du camp Gbagbo: des exécutions sommaires de civils, singulièrement. Le hiérarque socialiste – officiellement, il ne conseille plus la direction du PS, mais, dans les faits, il reste haut placé dans une de ses fondations-satellites – a réduit ces horreurs à des constructions médiatiques. Textuellement, il a dénoncé le «procédé médiatique très courant de prendre un témoignage isolé qui effectivement va travailler l'opinion sur l'émotion».

Se souvenir de certains silences, aussi. De la majorité sarkozyste, cette fois. Car il faudra bien qu'un jour ou l'autre, les dirigeants UMP, au parti, à l'Elysée ou au gouvernement, aient l'honnêteté d'appeler les choses par leur nom. Laurent Gbagbo, en tant que chantre de l'«ivoirité» – par rapport à l'ennemi burkinabé (venu du Burkina) que serait le camp Ouattara –, n'a finalement jamais été que le défenseur zélé, à sa manière, d'un concept. Un concept dont le fondement même est nationaliste et est donc éminemment contestable. Un concept qui néanmoins, en France, est chéri par Nicolas Sarkozy et les siens depuis 2007. Le concept d'identité nationale.

Commentaires

L'horrible Gbagbo est le punching-ball du moment de ceux qui ont avalisé il y a peu la brillante ré-ré-ré-ré-réélection du sympathique Moubarak en Egypte, qui fait bastonner depuis des décennies toute opposition, mais qui plait tant aux américains qui assurent ses fins de mois, pour conforter sans doute le type de démocratie qui leur sied, chez les sauvages…

Au Rwanda pareil, ou plutôt encore pire, Paul Kagamé, réélu avec des scores de 95%, là non-plus, nulle indignation des sus mentionnés, Gbagbo, pouaaaah ! Mais le tyran rwandais, quel grand homme…

Écrit par : CP | 20/12/2010

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