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24/12/2010

Une petite pause

Une petite pause. Une pause dans le froid glacial, la neige et les transports en pagaille. C’est ce que réclament les professionnels du tourisme parisien. On l’entendait hier soir à la radio: les conditions climatiques actuelles sont en train de tourner à la catastrophe pour le secteur touristique de la Ville lumière. On était un peu surpris: on pensait a priori que les paysages de carte postale (la tour Eiffel sous la neige, et tout cela) plaisaient aux touristes étrangers. Et bien non. Les agences de voyage parisiennes sont noyées par les annulations de dernière minute, émanant de touristes américains et proche-orientaux singulièrement. Qui, au vu des images qui font le tour des télés du monde, ont peur d’être coincés dans la pagaille de Roissy. Qui, sur le net et à la télé, ont aussi vu que les excursions sur les plages normandes du débarquement étaient annulées faute de trains fonctionnant correctement. Vu également qu’il y avait 10 cm de neige dans les jardins du château de Versailles, que les promenades en bateaux-mouches étaient interrompues à cause du niveau élevé des eaux de la Seine, que la tour Eiffel était fermée deux jours sur trois, etc. Donc, ils annulent en masse leur séjour de Noël à Paris.

 

Une petite pause. Une pause au soleil. C’est ce que s’offre le couple Sarkozy. D’après les échos, Carla et Monsieur sont à Marrakech. Pas sûr, cela dit, que cela les dépaysera beaucoup. Car cet hiver encore, la grande ville du Sud marocain est le lieu de rendez-vous privilégié du gratin journalistico-politique parisien. Y séjournent également Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair – qui, comme chacun sait, y possèdent un riad paraît-il grandiose –, l’ex-ministre Jean-Louis Borloo et la journaliste de télé Béatrice Schoenberg, le président socialiste de la Région Ile-de-France Jean-Paul Huchon, et les sulfureux époux Balkany: les amis de 30 ans du Président. Et puis, si le couple élyséen a envie, entre deux thés à la menthe au bord de la piscine, d’une petite excursion, il pourra se rendre à Taroudant, pas très loin: le couple Chirac, dit-on, y est en villégiature en ce moment.

 

Une petite pause. Pour se reposer un peu après ce long tunnel ininterrompu de boulot depuis la fin août – on ne va pas se plaindre, cela dit: tant de journalistes sont au chômage. Ce blog s’arrête pendant quelques jours. On s’y retrouve début janvier. Bons congés si vous aussi avez la chance d’en prendre un peu. Bon courage dans le cas contraire. Et, de toute manière, bonnes fêtes de fin d’année. Merci d’avoir, cette année encore, visité si nombreux «Paris Libre», pour y suivre la petite chronique quotidienne de la vie journalistique et parisienne. A bientôt. BDL.

23/12/2010

Une double hérésie

tepakap.jpgUne note bien de saison aujourd'hui, puisque 60 millions de Français s'apprêtent à se faire plaisir/à se goinfrer/à l'occasion du réveillon de Noël. En France, l'industrie agro-alimentaire n'a pas attendu le jour J pour innover. Et, cette année, c'est le secteur de la restauration rapide qui s'est distingué. En effet, il a proposé à ses consommateurs ce qui constitue assurément une double et effarante hérésie nutritionnelle: encore plus insensée que la nourriture proposée le restant de l'année par la restauration rapide.

On a d'abord le «Tepakap», proposé par l'enseigne Speedburger. Une horreur calorique. Ses quatre steaks hachés, soit 420 grammes de viande, en font un sandwich de plus de 10 cm de hauteur. «Pour l'hiver c'est idéal, car on a besoin de manger plus», assurent ses inventeurs. C'est bien sûr un argument commercial grotesquement fallacieux. N'importe quel étudiant de première année en diététique vous confirmera qu'autant les paysans du Moyen-Age qui, à longueur d'années, ne mangeaient pas toujours à leur faim et travaillaient dur dehors, avaient effectivement besoin de se nourrir davantage en hiver, autant ce n'est absolument plus le cas, dans nos pays riches en tout cas, pour les consommateurs d'aujourd'hui, qui sont loin d'être dénutris. Selon les calculs des nutritionnistes, ce «Tepakap» est «un pur délire»: il pèserait à lui tout seul plus de 1500 calories.

On a eu ensuite, ces dernières semaines chez Quick cette fois, le burger au... foie gras. Ce qui, au passage, a valu à cette enseigne une manifestation des défenseurs des animaux. L'autre jour, une quinzaine de militants de la fondation Bardot notamment ont protesté devant le Quick de la rue de Rivoli, en plein coeur de Paris, dénonçant l'élevage de canards en batterie. Selon eux, «Quick ne propose pas de la gastronomie, mais de la barbarie à bas prix».

burgerfoiegraasquick.jpgD'un point de vue gastronomique, cette innovation ne fait pas l'unanimité. Si certains (ici) louent le côté «fondant» et «généreux» de ce burger au foie gras, d'autres (là), au Périgord, le trouvent «trop sucré». Mais ce qui est sûr, c'est que d''un point de vue nutritif, l'ajout, à un burger déjà très calorique, de cet aliment extrêmement riche qu'est le foie gras n'arrange évidemment pas les choses.

On estime qu'un Français sur trois (31%) est atteint de surcharge pondérale. Un grand bravo donc au secteur de la restauration rapide pour cette double innovation de poids.

PS: Sinon, en ce qui concerne plus précisément la capitale et le voisinage de notre quartier, une pétition circule en ce moment contre l'ouverture d'un maxi fast-food au métro Saint-Paul, pas loin de Bastille. Heu... Paris ne compte pas déjà assez de Quicks, McDo et autres KFC?

22/12/2010

Une panacée?

Les nouvelles technologies à la rescousse des forces de l'ordre, suite. On évoquait le sujet mardi dernier dans ce blog. A propos de ces détrousseurs d'un smartphone qui avaient pu être interpellés après avoir été géolocalisés grâce à une application dont disposait l'appareil qu'ils venaient de dérober. Une autre fonctionnalité du téléphone portable est en cours d'expérimentation dans le RER D – la grosse ligne ferroviaire de banlieue, qui transporte un demi-million de voyageurs chaque jour.

 

Un numéro d'appel (le 3117) est spécialement dédié à l'usager de ce RER qui, à l'aide de son mobile, voudrait alerter les forces de l'ordre d'un problème de sécurité auquel il est confronté et/ou dont il est témoin dans ce train. Non surtaxé – l'inverse, cela dit, serait un comble... – ce numéro d'urgence est censé être d'un accès plus aisé et rapide que le standard téléphonique traditionnel de la police. Aucun appel en numéro masqué n'est évidemment possible, techniquement, pour éviter que ce 3117 soit appelé par de mauvais plaisantins. Le dispositif, d'après les premières évaluations, marche si bien qu'à terme, et possiblement dès février, il pourrait être étendu à tout le réseau de transports de la région parisienne.

 

La technique, donc, à la rescousse des hommes. Comme c'est déjà le cas avec la vidéosurveillance: avec la «vidéoprotection», comme persiste à vouloir la dénommer le gouvernement – au passage, remarquez l'habile glissement de sens entraîné par ce néologisme. Face à cette évolution, deux attitudes sont possibles. On peut considérer que c'est la panacée. C'est ce que faisait «Le Figaro» hier encore, qui s'extasiait de la généralisation de la vidéosurveillance dans Paris. On peut aussi être sceptique. Juger que la technologie ne remplacera jamais l'humain. Douter qu'un numéro téléphonique d'urgence ou des caméras de surveillance en abondance suffisent à pallier les conséquences, sur le terrain, de la réduction des effectifs policiers – dans le RER comme ailleurs.

 

On peut aussi se souvenir de certains cocoricos sécuritaires d'hier, qui paraissent aujourd'hui un peu déplacés.

 

Ainsi, la société Aéroports de Paris (ADP) avait annoncé, il y a quelques mois, le lancement d'un système révolutionnaire, qui réduirait grandement les formalités de sécurité et d'embarquement des passagers et constituerait donc, pour des dizaines de millions de voyageurs, une avancée indéniable en termes de confort: la biométrie (ici). Trois mois plus tard, Roissy jouit effectivement de cette technologie à la Matrix. Mais cela fait aussi trois nuits de suite que des milliers de voyageurs dorment dans cette aérogare dont le fonctionnement est grandement perturbé par la neige. Sans doute ces usagers doivent-ils se dire qu'en termes de confort et de sécurité d'acheminement, il y a mieux.

21/12/2010

Une double rencontre

manon.jpgCe qui est bien à Paris en ce moment, c'est qu'il ne faut pas endurer le froid des rues pour se rappeler combien cette ville est duale. Il suffit, en attendant son métro, bien au chaud, de regarder les affichages publicitaires, omniprésents dans les stations. C'est ce qu'on s'est dit hier soir, sur un quai de la ligne 6. Où on a fait une double rencontre, née du hasard de la juxtaposition de deux campagnes de pub très visibles en ce moment à Paris.

 

On a rencontré deux jeunes filles en fait, hier soir, sur notre quai de métro.

La première est une petite brune plutôt mignonne, prénommée Estelle. Elle a un patronyme de saison: elle s'appelle Estelle Noël. Et Estelle, nous apprenait le premier panneau publicitaire rencontré par notre regard, elle «aimerait fêter Noël plusieurs fois par an». Car, grâce à l'offre de Noël de l'opérateur de téléphonie mobile SFR, «avec Ovi by Nokia, découvrez l’Internet mobile en toute simplicité: Le Noël des Noël avec le webphone Nokia C7 1€ avec la souscription d’une Édition Spéciale Illimythics 5+ Webphone 2h et plus». On était bien d'accord avec Estelle: à ce prix-là, Noël cela devrait être tous les jours.

Et puis, sur le panneau juste à côté de celui d'Estelle, on apercevait Manon. Plus jeune, Manon: 4 ou 5 ans. «Manon a gribouillé sur le mur. Le reste, c'est pas elle», nous disait son panneau publicitaire à elle. Qui montrait Manon dans un appartement aux murs un peu griffonnés par des crayons de couleur qui trainaient encore par terre. Mais un appart' qui était surtout très délabré: peintures en lambeaux, taches d'humidité sur les murs, carreaux cassés, etc. Manon, hier soir, nous rappelait au passage que la France compte «600.000 enfants victimes du mal-logement». C'est le thème de la campagne de Noël de la Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés.

On avait à peine fait connaissance du regard avec Estelle et Manon que notre métro arrivait. C'était bien: chaque voyageur pouvait ainsi poursuivre tranquillement son chemin. Avec, à l'esprit, au choix, le visage d'Estelle ou celui de Manon: le souvenir de la brunette ou celui de la fillette, en somme. Ou le souvenir des deux, pourquoi pas. Ou même le souvenir ni de l'une, ni de l'autre – tout est permis: c'est Noël.

20/12/2010

Un pugilat

Cela a chauffé hier dans le quartier, à propos de... la Côte d'Ivoire. Ce pays de jour en jour s'enfonce: se rapproche chaque jour un peu plus de la guerre civile. Pendant ce temps à Paris, la communauté ivoirienne en vient aux mains. Dimanche après-midi, quelques centaines de partisans du Président sortant et auto-proclamé Laurent Gbagbo s'étaient donné rendez-vous place de la République. Ils comptaient défiler jusqu'à Bastille, lorsqu'une centaine de partisans d'Allassane Ouattara, son rival, ont surgi. Bilan? Malgré des CRS en nombre, un pugilat général. Des heurts violents ayant fait deux blessés dont un à l'arme blanche.

Le jour où la situation en Côte d'Ivoire aura dégénéré au point de déboucher sur un drame majeur, il faudra se souvenir de certains mots et de certains silences, en France.

De certains mots, comme par exemple ceux entendus ce matin encore, sur une radio, dans la bouche de l'ex-Monsieur Afrique du Parti socialiste. Il était interrogé sur les témoignages faisant état de violations majeures des droits humains de la part du camp Gbagbo: des exécutions sommaires de civils, singulièrement. Le hiérarque socialiste – officiellement, il ne conseille plus la direction du PS, mais, dans les faits, il reste haut placé dans une de ses fondations-satellites – a réduit ces horreurs à des constructions médiatiques. Textuellement, il a dénoncé le «procédé médiatique très courant de prendre un témoignage isolé qui effectivement va travailler l'opinion sur l'émotion».

Se souvenir de certains silences, aussi. De la majorité sarkozyste, cette fois. Car il faudra bien qu'un jour ou l'autre, les dirigeants UMP, au parti, à l'Elysée ou au gouvernement, aient l'honnêteté d'appeler les choses par leur nom. Laurent Gbagbo, en tant que chantre de l'«ivoirité» – par rapport à l'ennemi burkinabé (venu du Burkina) que serait le camp Ouattara –, n'a finalement jamais été que le défenseur zélé, à sa manière, d'un concept. Un concept dont le fondement même est nationaliste et est donc éminemment contestable. Un concept qui néanmoins, en France, est chéri par Nicolas Sarkozy et les siens depuis 2007. Le concept d'identité nationale.

17/12/2010

Une décoration

Chronique de la vie quotidienne de quartier à Paris en cette période de fêtes de fin d'année, suite. On racontait l'autre jour (ici) qu'un petit campement de SDF s'était établi, il y a peu, aux pieds de l'immeuble du bureau: boulevard Richard Lenoir, dans notre onzième arrondissement. On décrivait comment, avec canapés, table de nuit et réchaud pour cuisiner, ces nouveaux voisins donnaient l'impression d'avoir voulu recréer là un semblant d'habitation – vaille que vaille, malgré tout l'inconfort de leur situation. Ce matin, en allant bosser, on a constaté que, Noël oblige, le campement avait été décoré par ses habitants.

Les SDF ont gonflé des ballons multicolores et les ont accrochés sur la haute grille qui sépare la voie publique des espaces privés de la copropriété. Non sans avoir, au feutre noir, dessiné sur ces ballons des étoiles, des sourires en forme de smileys, etc. Devant leur campement, par terre, ils ont déposé un de ces petits paniers garnis comme on en voit en ce moment dans les rayons des supermarchés. Un de ces paniers en carton imitant vaguement le bois et proposant, bien rangé sur de la paille ou un carré de nappe style vichy, un assortiment supposé à prix avantageux de minis-portions d'aliments de réveillon: foie gras, confiture d'oignons, etc. Leur panier à eux est vide. Reconverti en récipient pour la quête, il attend les (hypothétiques) oboles des passants. Enfin, sur la petite table de nuit à côté des canapés, trône désormais un sapin de Noël miniature, en plastique.

Un mini-bidonville aux couleurs de Noël, en somme. C'est joli. C'est atroce.

16/12/2010

Une campagne

arméedusalut.jpgCes affiches sont vraiment très très visibles depuis quelques jours, un peu partout dans les couloirs du métro de Paris. Elles montrent ce qui ressemble à une sortie de parking ou à recoin urbain sinistre. Sur le sol et sur le pignon d'un mur aveugle, une silhouette humaine dont les contours sont tracés par une ligne à la craie blanche. Un peu comme dans les «scènes de crime» des séries télé américaines. Un peu plus loin, une silhouette elle vivante, assez jeune et vue de dos, qui s'éloigne. Et un slogan en lettres capitales: «L'exclusion tue». Puis un autre, plus petit: «Votre don sauve». Et le logo de l'association qui est à l'origine de cette campagne d'affichage: la Fondation de l'Armée du Salut.

On peut préférer d'autres associations à celle-là. On peut évidemment juger qu'à un moment donné, pour cette cause comme pour toutes celles ayant atteint un degré réel de gravité, le caritatif et la générosité citoyenne atteignent leurs limites, ne suffisent plus, et que c'est bel et bien au politique de prendre ses responsabilités. Mais on ne peut que saluer la double pertinence de cette campagne, s'est-on dit il y a quelques jours, quand on est tombé pour la première fois sur ces affiches, dans le métro.

Pertinence de la forme du message. A un certain stade, les slogans jolis et les trouvailles de com' alambiquées n'ont plus lieu d'être. Il faut dire les choses ni plus ni moins, clairement, dans toute leur sécheresse. C'est ce qu'a compris cette campagne, et c'est ce qui fait son efficacité. On peut d'ailleurs noter qu'en France, les associations ont pris depuis un certain temps déjà le parti de ne pas se cacher derrière de jolis slogans. Voir «La précarité tue», que dénoncent de longue date des associations de malades. Voir aussi ce «Ni pauvres, ni soumis» qui était le slogan emblématique du collectif d'associations qui, l'an dernier, réclama (largement en vain) une revalorisation des allocations de handicapés.

Pertinence aussi du timing de cette campagne. Au moment où Paris célèbre, ces jours-ci, le quatrième anniversaire de l'installation, par «Les Enfants de Don Quichotte», du mémorable campement de tentes le long du canal Saint-Martin, dans le dixième arrondissement. Au moment où, comme chaque hiver à Paris et ailleurs en France, les SDF tombent comme des mouches. Au moment où l'association «Les Morts de la Rue», mardi soir lors d'une cérémonie d'hommage sur la terrasse du Forum des Halles, a rappelé ce chiffre effarant. Glaçant. L'âge moyen des 340 SDF déjà morts dans la rue en France en 2010. 45 ans.

15/12/2010

Un vieux truc

C'est une grosse ficelle de la communication politique. Quand vous avez failli sur le fond, vous tentez de biaiser en reconnaissant une erreur de forme. Quand vous avec pêché par inaction, imprudence, impréparation, manque de concertation et/ou aveuglement politique, vous admettez tout au plus, du bout des lèvres, une erreur de communication. Quand vos manquements sont si manifestes que vous ne pouvez plus les nier sous peine que votre mauvaise foi devienne vraiment trop ostensible, vous essayez de sauver la mise avec un très partiel mea culpa. C'est cette vieille recette qu'a utilisée hier François Fillon.

En la matière, il faut dire, le Premier ministre n'a fait somme toute qu'imiter Nicolas Sarkozy, qui a recours assez souvent à ce vieux truc de com'. Ainsi, à la mi-novembre à la télé, interrogé sur son concept si sulfureux d'identité nationale, le chef de l'Etat avait lâché: «Sans doute s'y est-on mal pris; le mot a provoqué un malentendu». Mais aucun reniement «sur le fond des choses». En mai 2008 déjà, à la télé toujours, à propos cette fois du très impopulaire et controversé «paquet fiscal», le chef de l'Etat avait lâché du lest sur la forme: «C'est un très mauvais nom qu'on a pris. On a fait une erreur de communication totale». Il n'avait laissé tomber sur le fond que bien plus tard, quand il était apparu que ce recul sur la forme n'avait pas suffi à rendre moins impopulaire un dispositif devenu «symbole d'injustice» fiscale – dixit le ministre du Budget.

Idem donc pour François Fillon hier. A propos, lui, de la pagaille de la semaine dernière due à la neige. «On n'a pas été bon, et moi le premier, en matière de communication», a reconnu le chef du gouvernement. Les milliers d'automobilistes que la neige, cette nuit-là, a contraints à une nuit blanche objecteront qu'en l'occurrence, dans cette crise, le gouvernement «n'a pas été bon» en général, et pas seulement en communication. Ils argumenteront que le problème n'a pas tant été la qualité de telle ou telle prestation médiatique de tel ou tel ministre ce jour-là, ce qui est très accessoire, mais l'incapacité globale de l'Etat à gérer la crise. Qu'importe: de l'avis sans doute du gouvernement, avec ce mea culpa sur la com', le problème de fond est réglé.

Au moins hier, sur le même sujet de la neige, la ministre des Transports, elle, a eu recours, non à cette recette si éculée de la com' politique, mais à une entourloupe langagière si culottée qu'elle en devenait franchement comique. «On fait tout pour que ça se passe encore mieux» que la semaine dernière, a assuré Nathalie Kosciusko-Morizet. Cet «encore mieux», se référant à un fiasco si voyant et notoire, est absolument délicieux. C'est «On fait tout pour que ça se passe mieux» qu'elle aurait dû dire. Mais sans doute était-ce trop demander.

14/12/2010

Une confirmation

tagpref.JPGLe mois dernier, sur base des nombreuses mésaventures de ce type survenues à des Parisiens et dont on avait eu vent, on s'était demandé dans ce blog (ici) si Paris n'était pas victime d'une recrudescence de vols de smartphones. La préfecture de police vient de confirmer et de chiffrer la chose. Selon une étude de la sous-direction régionale de la police des transports rendue publique hier, près d'un vol sur deux commis dans les transports de la capitale et sa banlieue concerne un portable.

«La mode des smartphones, dont le prix est élevé, génère une multiplication des cas de vols à l'arraché. Et le phénomène a encore pris de l'ampleur avec l'iPhone 4, très recherché», expliquait lundi, dans «Le Figaro», le directeur de la sécurité de proximité de Paris. Par exemple, concernant le seul mois d'octobre 2009, sur les 2723 vols dénoncés dans les transports parisiens, 1264 ont concerné des téléphones, loin devant les vols de portefeuilles (899). Parmi ces 1264 mobiles dérobés, 68% étaient à écran tactile – du modèle iPhone en majorité. Le pire est que ces vols à l'arraché s'accompagnent souvent de violences. Pour preuve, 75% des 991 vols violents recensés à Paris ce mois-là ont concerné des portables.

Mais ces chiffres doivent être pris avec des pincettes. Selon la préfecture, près d'un tiers des plaintes pour vol de téléphone portable seraient en fait mensongères: visant à faire rembourser par l'assurance un appareil ayant tout simplement été perdu. De plus, le caractère brutal allégué de ces vols n'est pas forcément toujours avéré: le vol avec violence étant la condition pour que les assurances remboursent, les propriétaires de smartphones peuvent être tentés de déclarer quelques gifles ou coups de pied imaginaires.

tagflic.jpgLes voleurs de smartphones, cela dit, sont parfois piégés. En témoigne cette anecdote lue dans la gazette des pandores parisiens. «Le 19 novembre, un homme se trouve en terrasse d’un restaurant du 19e arrondissement. Il est abordé par deux jeunes qui, détournant son attention, lui volent son smartphone. Mais à malin, malin et demi, et grâce à une application informatique, il parvient à suivre, via Internet, le déplacement de son téléphone. Il appelle aussitôt la police et guide, en direct, une équipe de la brigade anti-criminalité depuis la gare du Nord. Les policiers repèrent deux jeunes en train de manipuler un smartphone. Vérification faite, celui-ci est bien celui pisté».

Donc, s'extasient les policiers, les détrousseurs de smartphone ont été «géolocalisés par leur victime». On vit vraiment à une époque et dans un monde formidables.

13/12/2010

Une dénonciation

Cela se passera demain à 18h30 sur la terrasse Lautréamont, dans la rue et le quartier Rambuteau, au coeur de Paris. Un lieu où il n'est pas rare, l'hiver, de voir se regrouper des SDF par dizaines pour y (tenter de) passer la nuit. «Les morts de la Rue» y rendra un dernier hommage aux miséreux qui sont décédés dans la rue en 2010. Selon les derniers calculs de cette association, on en compte déjà 340 depuis début janvier. En 2009, 406 SDF avaient trouvé la mort en France. Cette année, on ne devrait pas être loin de ce chiffre. Demain, le collectif dénoncera une fois de plus «le manque de volonté politique, qui contraint actuellement des personnes à vivre et mourir dans ces conditions indignes».

Dénoncer sans cesse le fait que «vivre à la rue mène à une mort prématurée» et que «les causes (de ces décès) sont souvent violentes»: c'est un des messages de l'association. Ces derniers jours encore, en France, on a eu une double et dramatique illustration de la pertinence de cette dénonciation.

Ainsi, mercredi dernier à Lille, les pompiers ont découvert le corps sans vie, carbonisé, d'un SDF d'une trentaine d'années. Il y a trois mois, il avait planté sa tente à l'entrée d'une usine désaffectée: le long d'un mur, dans un recoin sombre. Sans doute était-il en train d'y préparer la cuisine avec un réchaud de fortune, insécure, qui a embrasé son abri. Les riverains n'ont que machinalement donné l'alerte au moment de l'embrasement, car ils croyaient à un simple feu de détritus. La nuit suivante, à Nice cette fois, c'est un SDF roumain de 26 ans qui a été très grièvement brûlé et qui, aux dernières nouvelles, était toujours entre la vie et la mort. Il aurait été aspergé d'un liquide inflammable alors qu'il dormait dans la rue. Selon les premiers éléments de l'enquête, à l'origine du drame pourrait être un différend entre SDF, qui se seraient disputés «pour une place dans la queue d'une soupe populaire».

Mais, sinon, tout va bien: à Paris comme dans le reste du pays, la féerie de Noël bat son plein et c'est en permanence la cohue joyeuse et insouciante dans les grands magasins.

10/12/2010

Un ratio

fouledanslemétro.jpgMieux vaut tard que jamais. Cela fait dix ans qu'en bon Parisien teigneux moyen, on se demande pourquoi on est si souvent insupportablement compressé dans le métro aux heures de pointe et pourquoi, année après année, cela ne s'améliore guère. On a enfin compris pourquoi. Parce que le ratio du nombre de voyageurs au m² pris en compte par les sociétés de transport pour déterminer si leurs rames sont ou non saturées est lui-même très inconfortable - outre qu'il est régulièrement dépassé.

 

Quatre voyageurs par m². Tel est ce fameux ratio. On l'a découvert dans le rapport de la Cour des Comptes qu'on évoquait avant-hier, au chapitre comiquement intitulé «Le confort des voyageurs». On y lit que «l'indicateur de confort à l'heure de pointe sur le métro concerne la part des voyageurs qui ont été transportés avec un taux d'occupation inférieur à 4 voyageurs par m², soit le seuil retenu contractuellement pour définir le niveau de saturation d'une rame». Ce document confirme aussi que «cet indicateur, (qui) a connu une certaine stabilité entre 2005 et 2008, s'est toutefois dégradé en 2009». S’est dégradé aussi bien dans le métro que dans le RER.

 

Non seulement donc cet indicateur de confort (supposé) n'est pas respecté, mais, en plus, il est vraiment très relatif.

 

Car à première vue, quatre personnes au m² , c'est certes un peu juste en termes d'espace vital individuel, mais c'est vivable. Dans les faits, cela ne l’est pas. Etant donné que, dans le métro parisien comme partout ailleurs, la foule est rarement standard.

 

fouledanslemétro2.jpgPrenez le métro de Paris à l'heure de sortie des bureaux et observez les trois voyageurs qui partagent le cher m² qui vous est si généreusement attribué. Vous verrez probablement que vous partagez cet espace vital avec, au choix, un collégien au sac à dos débordant de manuels, une personne à forte corpulence, un touriste débarqué de Roissy avec une valise énorme, un quêteur qui vous joue pour la 3000ème fois de l'année «Guantanamera» à la guitare, une mère de famille avec un bébé voire avec des jumeaux dans la poussette, un SDF ou un vigile avec son chien, et/ou un(e) fashionista, retour de shopping les bras chargés de paquets. Vous constaterez alors, physiquement, que ce taux d'occupation censé garantir votre confort, même s'il est respecté, vous impose tout de même une certaine promiscuité.

 

Mais sans doute ce touche-touche permanent, ce serré-collé incessant, fait-il partie des charmes du métro de Paris. Comme d’ailleurs celui des transports publics de la plupart des grandes capitales du monde aux heures de pointe.

09/12/2010

Une (énorme) pagaille

La météo n'étant tout de même pas le sujet le plus passionnant qui soit, on essaie de ne pas trop en parler dans ce blog. Mais là, ce jeudi, on peut difficilement passer à côté. Car c'est carrément une région entière de 10 millions d'habitants qui a été considérablement perturbée par les 10 centimètres de neige tombés hier après-midi et qui est encore assez largement à l'arrêt ce matin, à cause du verglas – cela patine y compris pas mal sur les trottoirs de Paris. Et car ce sont des dizaines de milliers d'habitants de la région parisienne qui viennent de passer une nuit pénible: coincés dans leurs véhicules, empêchés de rentrer du boulot, obligés de dormir dans les gymnases ou les aéroports (130 vols annulés), réquisitionnés pour porter secours à autrui, ou faisant la queue aux urgences d'hôpitaux dont les services de traumatologie ont bien sûr été très sollicités.

 

Deux, trois petites choses à noter.

 

D'abord, le net changement de ton du ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux. Hier en fin d'après-midi, sur toutes les radios de France, il démentait, sûr de lui, toute grosse pagaille en région parisienne. Démenti qu'on trouvait comique – ou consternant, c'est selon – au vu du chaos qui, dès midi, régnait rien que dans les rues de Paris, ce qui augurait du pire pour l'heure de sortie des bureaux en banlieue. Mais ce matin, sur toutes les ondes, le même ministre la ramenait moins. Il convenait que la «situation totalement exceptionnelle» vécue par Paris et sa région, «jamais vue depuis plus d'une génération», avait bel et bien entraîné de «graves difficultés».

 

vélosouslaneige.jpgEnsuite, mais ce n'est qu'une confirmation, l'extraordinaire parisianisme du microcosme médiatique hexagonal. Au vu du menu des grands JT du soir sur les chaînes nationales, en gros une cinquantaine de millions de Français (tous ceux n'habitant pas la région parisienne) ont dû soupirer: pas du tout concernés par cette actualité météo tout d'un coup si envahissante car touchant la capitale mais qui, depuis des semaines, est le lot de la plupart des régions du pays.

 

Enfin, le contraste toujours saisissant existant au sein même de la région-capitale. Entre, d'une part, ces gens qui, comme nous, ont l'immense privilège quotidien de vivre et de travailler dans l'hyper-centre de Paris, et qui donc hier n'ont pas eu à subir de tracas particuliers. Et, d'autre part, ces millions d'autres qui, parfois par choix mais souvent aussi par obligation – le coût de la vie dans la capitale, le prix de l'immobilier, le manque de crèches, etc. –, habitent de l'autre côté du périph'. Et le paient évidemment au prix fort les  jours comme hier. Une pensée amicale pour tous ces gens-là donc, ce matin.

08/12/2010

Un (lent) renouvellement

Grande nouvelle, cette semaine, pour les 850.000 Parisiens et banlieusards qui utilisent chaque jour le RER B. Ils ne s'y gèleront plus (en hiver) ou n'y étoufferont plus (en été). En effet, de nouvelles rames climatisées viennent d'être mises en circulation sur cette ligne. Après tant d'années, on croit rêver. Les rames métalliques d'origine, dépourvues du moindre système de climatisation digne de ce nom, n'avaient plus été renouvelées depuis... un quart de siècle: elles datent du début des années 80. En cet hiver glacial, cela dit, les frileux devront encore prendre leur mal en patience: le programme de remplacement des 119 rames de cette ligne par le nouveau matériel climatisé ne sera achevé... qu'en 2014.

Dans le métro de Paris aussi, cela fait des lustres que l'absence de climatisation est vraiment pénible à vivre pour les usagers – quiconque a déjà voyagé, par exemple, sur la vieille ligne 4 en plein mois d'août ne nous démentira pas. Ici aussi, les choses changent (lentement). Ainsi, les nouvelles rames mises en circulation il y a quelques mois sur la ligne 12 – et qui à terme circuleront aussi sur la 5 et la 9 – sont équipées d'un système de ventilation réfrigérée innovant, qui permet de diffuser un air rafraîchi et renouvelé.

Pour ce qui concerne les nouvelles rames du RER B, elles ont été pensées pour accélérer la vitesse de circulation des trains. Ainsi, les strapontins ont été supprimés sur les paliers: ils gênaient souvent les entrées et sorties des voyageurs. Et un système lumineux permet au conducteur de localiser précisément l'endroit du train où le frein de secours a été actionné, d'où, une détection plus rapide du problème de sécurité à résoudre avant le redémarrage du train. Et ces trains eux-mêmes rouleront plus vite: jusqu'à 140km/h en vitesse de pointe.

Cette rapidité promise, ce n'est pas un luxe. Le récent rapport de la Cour des Comptes sur les transports publics parisiens (ici), aussi volumineux que sévère, l'a encore rappelé: «l’irrégularité du RER B (périmètre RATP) s’élève à 21,8 % en 2009, avec des écarts qui varient selon les tronçons, de 12,6 % à 37,1%». Sur certaines branches de cette ligne, «le plus mauvais résultat mensuel correspond à 63 % des trains retardés ou supprimés»! Sans discussion donc, ce RER B est «l’une des lignes les moins régulières du réseau» parisien.

Mais au moins, graduellement d'ici à 2014, sera-t-elle de moins en moins inconfortable. Sans doute est-ce déjà cela.

07/12/2010

Un boulet

saintnicolasfouquets.jpgSaint Nicolas a beau souffrir en France d'un gros déficit de notoriété par rapport au Père Noël, au moment précis où on le rappelait hier midi dans ce blog, le grand saint faisait une apparition remarquée sur... les Champs-Elysées. En effet, encadré d'un Gavroche et d'une République sur des échasses, le barbu préféré des enfants sages y a distribué des cadeaux, des friandises et des clémentines. Sa distribution de présents ne s'est pas déroulée n'importe où sur «la plus belle avenue du monde»: elle a eu lieu précisément devant la célèbre brasserie du «Fouquet's». C'est dans cet établissement, faut-il le rappeler, que Nicolas Sarkozy avait fêté, un beau soir de mai 2007, son élection à l'Elysée. Trois ans plus tard, le Saint Nicolas ayant sévi hier midi sur les Champs était en fait un militant de la CGT. Par cette apparition le 6 décembre, devant le «Fouquet's», de ce saint ainsi prénommé, le syndicat communiste voulait dénoncer la «politique inégalitaire» d'un chef de l'Etat qui, selon lui, «prend aux pauvres pour donner aux riches».

 

Juste deux remarques.

 

Sur la forme et pour l'anecdote, la CGT devrait revoir ses classiques du folklore enfantin. Un Saint Nicolas qui distribue des friandises mais pas de massepain/de pâte d'amandes, ce n'est pas crédible. Et manquait, au saint patron des «enfants sages», son indispensable acolyte: le Père Fouettard/Zwarte Piet, qui lui châtie les enfants «pas sages»  –  à propos, notez la lourde symbolique raciale de cette tradition: le méchant est un Noir...

 

Sur le fond, et s'agissant de Nicolas Sarkozy, on peut donc constater que 41 mois plus tard, ses agapes de mai 2007 au «Fouquet's» lui collent toujours à la peau. Comme le sparadrap au doigt du capitaine Haddock d'Hergé. L'hôte de l'Elysée va-t-il donc traîner ce boulet symbolique jusqu'en 2012? Deux choses sont sûres, en tout cas. Un: à l'époque, le choix de ce restaurant, si connoté sociologiquement, pour fêter son triomphe électoral constitua une erreur de communication de débutant dans le chef d'un responsable politique pourtant obsédé par son image et entouré en permanence de communicants chevronnés. Mais c'est enfoncer des portes ouvertes que de le souligner: sans doute l'intéressé y compris n'en disconvient pas. Deux: si en 2012 Nicolas Sarkozy brigue un second mandat et est réélu, probablement n'ira-t-il pas arroser cela avec ses potes au «Fouquet's». Mais quel établissement parisien l'éventuel Président réélu choisirait-t-il? Les paris gastronomico-politiques sont ouverts.

06/12/2010

Une futilité

«Saint Nicolas a déposé une boîte de friandises sur votre bureau». C'est ce mèl qu'ont trouvé dans leur messagerie les collègues journalistes de «La Libre» à Bruxelles, en arrivant à la rédaction ce matin. Ce lundi, en effet, nous sommes le 6 décembre: le jour où, en Belgique, on fête le saint patron des écoliers et des enfants. Enfin, le patron «des enfants sages» si l'on se souvient bien – déjà à l'époque, cette discrimination gnangnan nous énervait au plus haut point : chacun n'est-il pas forcément sage, ou pas sage, par rapport à quelqu'un d'autre? Quelques décennies plus tard et malgré toutes ces années en France, c'est toujours aux alentours de cette période de l'année, et particulièrement le 6 décembre, qu'on a des fringales de la friandise habituellement apportée par l'ancêtre du Père Noël aux petits Belges méritants: le massepain (comme on dit en français de Belgique), la pâte d'amandes (en français de France). Le massepain, cela doit être notre madeleine (belge) de Proust à nous.

Saint Nicolas: c'est un sujet complètement futile, mais, parfois en France, même les sujets les plus dérisoires donnent lieu à controverses. Et c'est le cas en ce moment avec ce vénérable vieillard barbu qui, chaque 6 décembre, débarque dans les chaumières avec sa hotte remplie de cadeaux et de friandises. Il n'est que peu fêté dans l'Hexagone, qui lui préfère le Père Noël. A l'exception toutefois des zones frontalières avec le plat pays (Nord-Pas de Calais, etc.) ou de régions comme la Picardie, l'Alsace ou la Lorraine, qui eux aussi, ce lundi, mettent les «enfants sages» à l'honneur. Et c'est précisément dans ces deux dernières régions que l'affaire fait débat.

massepain.jpgEn effet, les villes lorraines de Nancy et St-Nicolas de Port ont, l'été dernier, déposé la marque Saint Nicolas à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI). Objectif? Se «prémunir des petits malins qui auraient eu l'idée de déposer cette marque à notre place et qui auraient pu attaquer les produits utilisant des appellations comme «marché de Saint Nicolas» ou «pain d'épices de Saint Nicolas», que nos artisans locaux commercialisent à cette époque de l'année». Problème? Dans le département du Haut-Rhin (Alsace), se déroulent chaque début décembre une trentaine de marchés, foires et autres fêtes de la Saint Nicolas. Les Alsaciens craignent donc que les Lorrains obtiennent de facto le monopole de la Saint Nicolas et en arrivent à accuser de contrefaçons les festivités et produits gastronomiques sur le même thème émanant d'autres départements. La chose est futile? Non, elle est sérieuse visiblement, puisque le député (UMP) local menace rien moins que de saisir la justice si, d'ici à février, la Lorraine ne fait pas marche arrière à l'INPI. Un recours a d'ores et déjà été préparé devant le tribunal de Nancy.

Ce week-end, les médias français ont énormément tartiné sur cette affaire (ici, par exemple). Comme si eux-mêmes étaient étonnés qu'une telle futilité folklorique puisse dégénérer en guerre ouverte entre deux départements. Apparemment, rien n'est jamais simple en France, y compris en ce qui concerne les sujets a priori les plus innocents.

03/12/2010

Une boutique épatante

Reparlons aujourd'hui du PS, qu'on évoquait hier, mais sur un mode infiniment plus léger – pour bien terminer la semaine. Ces jours-ci, période de shopping de Noël oblige, le parti de Martine Aubry a annoncé l'ouverture de sa nouvelle boutique en ligne. On s'y est évidemment précipité, et on y a découvert des tas de choses épatantes.

Ainsi, au rayon «La gamme militante», cet assortiment de 100 ballons de baudruche multicolores, «pour toutes les manifestations socialistes». Ou ce «fanion plastifié PS»: «indispensable pour une meilleure visibilité». Ce ravissant «parasol PS avec socle», aussi: «pour les marchés, les rassemblements». Surtout, ce renversant «clap-clap applaudisseur»: «Faites-vous entendre, applaudisseur, je suis aussi une pancarte 680 mm x 310 mm».

Nos deux articles préférés, toutefois, sont sans conteste ce lot de préservatifs masculins sur la pochette desquels figure ce slogan essentiel: «Il ne peut y avoir révolution que là où il y a conscience». Au moment du passage à l'acte, cela doit motiver. Ainsi que, repéré au rayon appelé «La boîte à bidules», ce mug orné du slogan «What would Jaurès do?»: «à collectionner et à utiliser! Matière porcelaine 10 cm x 8 cm Haute résistance lave vaisselle et micro-onde, contenu: 25 cl. Livré dans sa boîte individuelle. Fabriqué en Europe». 12 euros le mug militant, tout de même. Mais on peut l'assortir avec un «tee-shirt à message» garni du même slogan. Blanc ou noir, «100% coton bio», oui madame. Cela doit donner envie de changer le monde que de prendre son petit-déj' avec, face à soi, le/la/ militant(e) de sa vie en train de boire son café dans un tel mug et arborant un tel tee-shirt en guise de pyjama.

Mais désolons illico nos lecteurs bien bâtis en précisant que le modèle «homme XXXXXL» (bigre) n'est déjà plus disponible. Sans doute, en ces temps de rivalités croissantes entre camarades présidentiables, ces tee-shirts ont-ils déjà tous été achetés par les gros bras du service d'ordre du PS.

02/12/2010

Un silence peu glorieux

logo_ps.jpgSix lignes. C'est tout ce que le Parti socialiste de Martine Aubry, ces jours-ci, a réussi à pondre sur la situation en Côte d'Ivoire, pays à nouveau au bord du chaos. Abidjan est très loin de Paris? L'on s'éloigne beaucoup, ce jeudi, de l'objet de ce blog? Oui, mais ces six lignes sentent tant la langue de bois et contiennent tant silences révélateurs qu'elles en disent long.

Ainsi, on n'y trouve pas un mot sur les dix ans de règne du si contestable Président Gbagbo, au bilan aussi lourd en ce qui concerne les droits humains par exemple. Pas un mot non plus sur les manoeuvres de l'intéressé ces derniers jours, pour différer voire empêcher la proclamation des résultats de l'élection présidentielle. Pas davantage un mot de justification sur les compromissions du PS français – et, au-delà, de l'Internationale socialiste dans son ensemble – avec cet autocrate. Ainsi, l'autre jour, Jack Lang s'est discrètement rendu en Côte d'Ivoire et a fait meeting avec Laurent Gbagbo. Qu'il a qualifié de «candidat du coeur, de l'amitié, de la fidélité», de «camarade socialiste» et de «progressiste» – on croit rêver/cauchemarder. Pas non plus un mot du PS, bien sûr, sur l'incohérence existant entre ce soutien si appuyé de Jack Lang et la ligne des socialistes français, qui, depuis 2004, officiellement jugent Laurent Gbagbo «infréquentable».

Beaucoup de silences peu glorieux, donc.

C'est notamment dû à des problèmes de personnes. Comme s'en est vanté Jack Lang a Abidjan, Laurent Gbagbo «eut naguère des liens personnels avec François Mitterrand». Le même Gbagbo est aussi un vieux copain de fac, à la Sorbonne, de celui qui fut très longtemps le «Monsieur Afrique» du PS: un homme de l'ombre totalement inconnu du grand public, mais omnipotent dans son parti et influent à l'Internationale socialiste. En outre, l'opposant n°1 au Président ivoirien, l'ex-Premier ministre Allasanne Ouattara, est plutôt proche de Nicolas Sarkozy. «Il prend l'apérifif à l'Elysée à chacun de ses séjours à Paris», rappelait hier encore le spécialiste de l'Afrique, Antoine Glaser. En revanche, la relation entre Laurent Gbagbo et Nicolas Sarkozy, et surtout avant lui avec Jacques Chirac, a toujours été plus difficile.

A contrario, tout cela sufffit sans doute au PS pour, sans le dire et donc probablement sans en être très fier, faire la cour à l'autocrate ivoirien. Mais cela ne rend pas la politique africaine de ce parti très honorable, ou même simplement crédible et sérieuse. Et, sauf progrès dans les 17 mois à venir, cela promet pour la diplomatie de la France si, en 2012, les socialistes reviennent à l'Elysée.

01/12/2010

Un coup de filet

Cela ressemble un peu au «Dormez, bonnes gens» qu'autrefois, on lançait pour assurer les chaumières sur le point de s'assoupir qu'aucun brigand ne rôdait dans les parages. Depuis hier soir, tous les médias ne parlent que de cela à Paris: de ce spectaculaire coup de filet international qui a été réalisé notamment grâce aux investigations menées depuis plusieurs années par la PJ parisienne. Et qui a abouti au démantèlement du réseau mafieux responsable de «trois quarts des vols à la tire commis dans le métro parisien». Après un tel tapage médiatique, sûr que, dès ce matin, les dix millions d'usagers quotidiens de la RATP se sont sentis plus en sécurité. On verra aux prochains chiffres de la délinquance dans le métro si, effectivement, le nombre de vols à la tire est en chute libre. Si ce n'est pas le cas, il faudra en déduire qu'il s'agissait avant tout d'un bon coup de communication.

Dès à présent, cela dit, il faut évidemment se réjouir du démantèlement de ce réseau, vu notamment les méthodes de sujétion atroces (lire ici, par exemple) qui étaient les siennes pour contraindre des gamins à faire les poches des usagers du métro de Paris – et d'autres capitales européennes. La révélation d'un modus operandi aussi sinistre doit d'ailleurs, rétrospectivement, faire se culpabiliser d'innombrables usagers du métro parisien. Qui, dès qu'ils apercevaient ces gamins chapardeurs – si visibles – , les dardaient habituellement d'un regard noir: plein d'hostilité. Vu le traitement immonde qui leur était réservé, et qui donc depuis hier soir est avéré, ces enfants n'étaient rien d'autre que des victimes, qui, à ce titre, auraient davantage mérité la compassion.

PS: Face à de telles misères, c'est certainement très anecdotique, mais on le note tout de même: sur son site web, à la rubrique «Actualités», la RATP ce matin ne faisait nulle mention de ce coup de filet. Sans doute cela lui ferait trop mal d'admettre enfin que, dans son réseau, a sévi pendant des années un gang ayant détroussé des millions de ses clients. En revanche, en guise d'actualités, la RATP dit tout sur la manière de... «gagner une journée avec les handballeuses tricolores» de l'équipe de France. En matière de communication comme dans la vie en général, on n'a que les priorités que l'on se donne.