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24.12.2010

Une petite pause

Une petite pause. Une pause dans le froid glacial, la neige et les transports en pagaille. C’est ce que réclament les professionnels du tourisme parisien. On l’entendait hier soir à la radio: les conditions climatiques actuelles sont en train de tourner à la catastrophe pour le secteur touristique de la Ville lumière. On était un peu surpris: on pensait a priori que les paysages de carte postale (la tour Eiffel sous la neige, et tout cela) plaisaient aux touristes étrangers. Et bien non. Les agences de voyage parisiennes sont noyées par les annulations de dernière minute, émanant de touristes américains et proche-orientaux singulièrement. Qui, au vu des images qui font le tour des télés du monde, ont peur d’être coincés dans la pagaille de Roissy. Qui, sur le net et à la télé, ont aussi vu que les excursions sur les plages normandes du débarquement étaient annulées faute de trains fonctionnant correctement. Vu également qu’il y avait 10 cm de neige dans les jardins du château de Versailles, que les promenades en bateaux-mouches étaient interrompues à cause du niveau élevé des eaux de la Seine, que la tour Eiffel était fermée deux jours sur trois, etc. Donc, ils annulent en masse leur séjour de Noël à Paris.

 

Une petite pause. Une pause au soleil. C’est ce que s’offre le couple Sarkozy. D’après les échos, Carla et Monsieur sont à Marrakech. Pas sûr, cela dit, que cela les dépaysera beaucoup. Car cet hiver encore, la grande ville du Sud marocain est le lieu de rendez-vous privilégié du gratin journalistico-politique parisien. Y séjournent également Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair – qui, comme chacun sait, y possèdent un riad paraît-il grandiose –, l’ex-ministre Jean-Louis Borloo et la journaliste de télé Béatrice Schoenberg, le président socialiste de la Région Ile-de-France Jean-Paul Huchon, et les sulfureux époux Balkany: les amis de 30 ans du Président. Et puis, si le couple élyséen a envie, entre deux thés à la menthe au bord de la piscine, d’une petite excursion, il pourra se rendre à Taroudant, pas très loin: le couple Chirac, dit-on, y est en villégiature en ce moment.

 

Une petite pause. Pour se reposer un peu après ce long tunnel ininterrompu de boulot depuis la fin août – on ne va pas se plaindre, cela dit: tant de journalistes sont au chômage. Ce blog s’arrête pendant quelques jours. On s’y retrouve début janvier. Bons congés si vous aussi avez la chance d’en prendre un peu. Bon courage dans le cas contraire. Et, de toute manière, bonnes fêtes de fin d’année. Merci d’avoir, cette année encore, visité si nombreux «Paris Libre», pour y suivre la petite chronique quotidienne de la vie journalistique et parisienne. A bientôt. BDL.

23.12.2010

Une double hérésie

tepakap.jpgUne note bien de saison aujourd'hui, puisque 60 millions de Français s'apprêtent à se faire plaisir/à se goinfrer/à l'occasion du réveillon de Noël. En France, l'industrie agro-alimentaire n'a pas attendu le jour J pour innover. Et, cette année, c'est le secteur de la restauration rapide qui s'est distingué. En effet, il a proposé à ses consommateurs ce qui constitue assurément une double et effarante hérésie nutritionnelle: encore plus insensée que la nourriture proposée le restant de l'année par la restauration rapide.

On a d'abord le «Tepakap», proposé par l'enseigne Speedburger. Une horreur calorique. Ses quatre steaks hachés, soit 420 grammes de viande, en font un sandwich de plus de 10 cm de hauteur. «Pour l'hiver c'est idéal, car on a besoin de manger plus», assurent ses inventeurs. C'est bien sûr un argument commercial grotesquement fallacieux. N'importe quel étudiant de première année en diététique vous confirmera qu'autant les paysans du Moyen-Age qui, à longueur d'années, ne mangeaient pas toujours à leur faim et travaillaient dur dehors, avaient effectivement besoin de se nourrir davantage en hiver, autant ce n'est absolument plus le cas, dans nos pays riches en tout cas, pour les consommateurs d'aujourd'hui, qui sont loin d'être dénutris. Selon les calculs des nutritionnistes, ce «Tepakap» est «un pur délire»: il pèserait à lui tout seul plus de 1500 calories.

On a eu ensuite, ces dernières semaines chez Quick cette fois, le burger au... foie gras. Ce qui, au passage, a valu à cette enseigne une manifestation des défenseurs des animaux. L'autre jour, une quinzaine de militants de la fondation Bardot notamment ont protesté devant le Quick de la rue de Rivoli, en plein coeur de Paris, dénonçant l'élevage de canards en batterie. Selon eux, «Quick ne propose pas de la gastronomie, mais de la barbarie à bas prix».

burgerfoiegraasquick.jpgD'un point de vue gastronomique, cette innovation ne fait pas l'unanimité. Si certains (ici) louent le côté «fondant» et «généreux» de ce burger au foie gras, d'autres (là), au Périgord, le trouvent «trop sucré». Mais ce qui est sûr, c'est que d''un point de vue nutritif, l'ajout, à un burger déjà très calorique, de cet aliment extrêmement riche qu'est le foie gras n'arrange évidemment pas les choses.

On estime qu'un Français sur trois (31%) est atteint de surcharge pondérale. Un grand bravo donc au secteur de la restauration rapide pour cette double innovation de poids.

PS: Sinon, en ce qui concerne plus précisément la capitale et le voisinage de notre quartier, une pétition circule en ce moment contre l'ouverture d'un maxi fast-food au métro Saint-Paul, pas loin de Bastille. Heu... Paris ne compte pas déjà assez de Quicks, McDo et autres KFC?

22.12.2010

Une panacée?

Les nouvelles technologies à la rescousse des forces de l'ordre, suite. On évoquait le sujet mardi dernier dans ce blog. A propos de ces détrousseurs d'un smartphone qui avaient pu être interpellés après avoir été géolocalisés grâce à une application dont disposait l'appareil qu'ils venaient de dérober. Une autre fonctionnalité du téléphone portable est en cours d'expérimentation dans le RER D – la grosse ligne ferroviaire de banlieue, qui transporte un demi-million de voyageurs chaque jour.

 

Un numéro d'appel (le 3117) est spécialement dédié à l'usager de ce RER qui, à l'aide de son mobile, voudrait alerter les forces de l'ordre d'un problème de sécurité auquel il est confronté et/ou dont il est témoin dans ce train. Non surtaxé – l'inverse, cela dit, serait un comble... – ce numéro d'urgence est censé être d'un accès plus aisé et rapide que le standard téléphonique traditionnel de la police. Aucun appel en numéro masqué n'est évidemment possible, techniquement, pour éviter que ce 3117 soit appelé par de mauvais plaisantins. Le dispositif, d'après les premières évaluations, marche si bien qu'à terme, et possiblement dès février, il pourrait être étendu à tout le réseau de transports de la région parisienne.

 

La technique, donc, à la rescousse des hommes. Comme c'est déjà le cas avec la vidéosurveillance: avec la «vidéoprotection», comme persiste à vouloir la dénommer le gouvernement – au passage, remarquez l'habile glissement de sens entraîné par ce néologisme. Face à cette évolution, deux attitudes sont possibles. On peut considérer que c'est la panacée. C'est ce que faisait «Le Figaro» hier encore, qui s'extasiait de la généralisation de la vidéosurveillance dans Paris. On peut aussi être sceptique. Juger que la technologie ne remplacera jamais l'humain. Douter qu'un numéro téléphonique d'urgence ou des caméras de surveillance en abondance suffisent à pallier les conséquences, sur le terrain, de la réduction des effectifs policiers – dans le RER comme ailleurs.

 

On peut aussi se souvenir de certains cocoricos sécuritaires d'hier, qui paraissent aujourd'hui un peu déplacés.

 

Ainsi, la société Aéroports de Paris (ADP) avait annoncé, il y a quelques mois, le lancement d'un système révolutionnaire, qui réduirait grandement les formalités de sécurité et d'embarquement des passagers et constituerait donc, pour des dizaines de millions de voyageurs, une avancée indéniable en termes de confort: la biométrie (ici). Trois mois plus tard, Roissy jouit effectivement de cette technologie à la Matrix. Mais cela fait aussi trois nuits de suite que des milliers de voyageurs dorment dans cette aérogare dont le fonctionnement est grandement perturbé par la neige. Sans doute ces usagers doivent-ils se dire qu'en termes de confort et de sécurité d'acheminement, il y a mieux.

21.12.2010

Une double rencontre

manon.jpgCe qui est bien à Paris en ce moment, c'est qu'il ne faut pas endurer le froid des rues pour se rappeler combien cette ville est duale. Il suffit, en attendant son métro, bien au chaud, de regarder les affichages publicitaires, omniprésents dans les stations. C'est ce qu'on s'est dit hier soir, sur un quai de la ligne 6. Où on a fait une double rencontre, née du hasard de la juxtaposition de deux campagnes de pub très visibles en ce moment à Paris.

 

On a rencontré deux jeunes filles en fait, hier soir, sur notre quai de métro.

La première est une petite brune plutôt mignonne, prénommée Estelle. Elle a un patronyme de saison: elle s'appelle Estelle Noël. Et Estelle, nous apprenait le premier panneau publicitaire rencontré par notre regard, elle «aimerait fêter Noël plusieurs fois par an». Car, grâce à l'offre de Noël de l'opérateur de téléphonie mobile SFR, «avec Ovi by Nokia, découvrez l’Internet mobile en toute simplicité: Le Noël des Noël avec le webphone Nokia C7 1€ avec la souscription d’une Édition Spéciale Illimythics 5+ Webphone 2h et plus». On était bien d'accord avec Estelle: à ce prix-là, Noël cela devrait être tous les jours.

Et puis, sur le panneau juste à côté de celui d'Estelle, on apercevait Manon. Plus jeune, Manon: 4 ou 5 ans. «Manon a gribouillé sur le mur. Le reste, c'est pas elle», nous disait son panneau publicitaire à elle. Qui montrait Manon dans un appartement aux murs un peu griffonnés par des crayons de couleur qui trainaient encore par terre. Mais un appart' qui était surtout très délabré: peintures en lambeaux, taches d'humidité sur les murs, carreaux cassés, etc. Manon, hier soir, nous rappelait au passage que la France compte «600.000 enfants victimes du mal-logement». C'est le thème de la campagne de Noël de la Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés.

On avait à peine fait connaissance du regard avec Estelle et Manon que notre métro arrivait. C'était bien: chaque voyageur pouvait ainsi poursuivre tranquillement son chemin. Avec, à l'esprit, au choix, le visage d'Estelle ou celui de Manon: le souvenir de la brunette ou celui de la fillette, en somme. Ou le souvenir des deux, pourquoi pas. Ou même le souvenir ni de l'une, ni de l'autre – tout est permis: c'est Noël.

20.12.2010

Un pugilat

Cela a chauffé hier dans le quartier, à propos de... la Côte d'Ivoire. Ce pays de jour en jour s'enfonce: se rapproche chaque jour un peu plus de la guerre civile. Pendant ce temps à Paris, la communauté ivoirienne en vient aux mains. Dimanche après-midi, quelques centaines de partisans du Président sortant et auto-proclamé Laurent Gbagbo s'étaient donné rendez-vous place de la République. Ils comptaient défiler jusqu'à Bastille, lorsqu'une centaine de partisans d'Allassane Ouattara, son rival, ont surgi. Bilan? Malgré des CRS en nombre, un pugilat général. Des heurts violents ayant fait deux blessés dont un à l'arme blanche.

Le jour où la situation en Côte d'Ivoire aura dégénéré au point de déboucher sur un drame majeur, il faudra se souvenir de certains mots et de certains silences, en France.

De certains mots, comme par exemple ceux entendus ce matin encore, sur une radio, dans la bouche de l'ex-Monsieur Afrique du Parti socialiste. Il était interrogé sur les témoignages faisant état de violations majeures des droits humains de la part du camp Gbagbo: des exécutions sommaires de civils, singulièrement. Le hiérarque socialiste – officiellement, il ne conseille plus la direction du PS, mais, dans les faits, il reste haut placé dans une de ses fondations-satellites – a réduit ces horreurs à des constructions médiatiques. Textuellement, il a dénoncé le «procédé médiatique très courant de prendre un témoignage isolé qui effectivement va travailler l'opinion sur l'émotion».

Se souvenir de certains silences, aussi. De la majorité sarkozyste, cette fois. Car il faudra bien qu'un jour ou l'autre, les dirigeants UMP, au parti, à l'Elysée ou au gouvernement, aient l'honnêteté d'appeler les choses par leur nom. Laurent Gbagbo, en tant que chantre de l'«ivoirité» – par rapport à l'ennemi burkinabé (venu du Burkina) que serait le camp Ouattara –, n'a finalement jamais été que le défenseur zélé, à sa manière, d'un concept. Un concept dont le fondement même est nationaliste et est donc éminemment contestable. Un concept qui néanmoins, en France, est chéri par Nicolas Sarkozy et les siens depuis 2007. Le concept d'identité nationale.

17.12.2010

Une décoration

Chronique de la vie quotidienne de quartier à Paris en cette période de fêtes de fin d'année, suite. On racontait l'autre jour (ici) qu'un petit campement de SDF s'était établi, il y a peu, aux pieds de l'immeuble du bureau: boulevard Richard Lenoir, dans notre onzième arrondissement. On décrivait comment, avec canapés, table de nuit et réchaud pour cuisiner, ces nouveaux voisins donnaient l'impression d'avoir voulu recréer là un semblant d'habitation – vaille que vaille, malgré tout l'inconfort de leur situation. Ce matin, en allant bosser, on a constaté que, Noël oblige, le campement avait été décoré par ses habitants.

Les SDF ont gonflé des ballons multicolores et les ont accrochés sur la haute grille qui sépare la voie publique des espaces privés de la copropriété. Non sans avoir, au feutre noir, dessiné sur ces ballons des étoiles, des sourires en forme de smileys, etc. Devant leur campement, par terre, ils ont déposé un de ces petits paniers garnis comme on en voit en ce moment dans les rayons des supermarchés. Un de ces paniers en carton imitant vaguement le bois et proposant, bien rangé sur de la paille ou un carré de nappe style vichy, un assortiment supposé à prix avantageux de minis-portions d'aliments de réveillon: foie gras, confiture d'oignons, etc. Leur panier à eux est vide. Reconverti en récipient pour la quête, il attend les (hypothétiques) oboles des passants. Enfin, sur la petite table de nuit à côté des canapés, trône désormais un sapin de Noël miniature, en plastique.

Un mini-bidonville aux couleurs de Noël, en somme. C'est joli. C'est atroce.

16.12.2010

Une campagne

arméedusalut.jpgCes affiches sont vraiment très très visibles depuis quelques jours, un peu partout dans les couloirs du métro de Paris. Elles montrent ce qui ressemble à une sortie de parking ou à recoin urbain sinistre. Sur le sol et sur le pignon d'un mur aveugle, une silhouette humaine dont les contours sont tracés par une ligne à la craie blanche. Un peu comme dans les «scènes de crime» des séries télé américaines. Un peu plus loin, une silhouette elle vivante, assez jeune et vue de dos, qui s'éloigne. Et un slogan en lettres capitales: «L'exclusion tue». Puis un autre, plus petit: «Votre don sauve». Et le logo de l'association qui est à l'origine de cette campagne d'affichage: la Fondation de l'Armée du Salut.

On peut préférer d'autres associations à celle-là. On peut évidemment juger qu'à un moment donné, pour cette cause comme pour toutes celles ayant atteint un degré réel de gravité, le caritatif et la générosité citoyenne atteignent leurs limites, ne suffisent plus, et que c'est bel et bien au politique de prendre ses responsabilités. Mais on ne peut que saluer la double pertinence de cette campagne, s'est-on dit il y a quelques jours, quand on est tombé pour la première fois sur ces affiches, dans le métro.

Pertinence de la forme du message. A un certain stade, les slogans jolis et les trouvailles de com' alambiquées n'ont plus lieu d'être. Il faut dire les choses ni plus ni moins, clairement, dans toute leur sécheresse. C'est ce qu'a compris cette campagne, et c'est ce qui fait son efficacité. On peut d'ailleurs noter qu'en France, les associations ont pris depuis un certain temps déjà le parti de ne pas se cacher derrière de jolis slogans. Voir «La précarité tue», que dénoncent de longue date des associations de malades. Voir aussi ce «Ni pauvres, ni soumis» qui était le slogan emblématique du collectif d'associations qui, l'an dernier, réclama (largement en vain) une revalorisation des allocations de handicapés.

Pertinence aussi du timing de cette campagne. Au moment où Paris célèbre, ces jours-ci, le quatrième anniversaire de l'installation, par «Les Enfants de Don Quichotte», du mémorable campement de tentes le long du canal Saint-Martin, dans le dixième arrondissement. Au moment où, comme chaque hiver à Paris et ailleurs en France, les SDF tombent comme des mouches. Au moment où l'association «Les Morts de la Rue», mardi soir lors d'une cérémonie d'hommage sur la terrasse du Forum des Halles, a rappelé ce chiffre effarant. Glaçant. L'âge moyen des 340 SDF déjà morts dans la rue en France en 2010. 45 ans.

15.12.2010

Un vieux truc

C'est une grosse ficelle de la communication politique. Quand vous avez failli sur le fond, vous tentez de biaiser en reconnaissant une erreur de forme. Quand vous avec pêché par inaction, imprudence, impréparation, manque de concertation et/ou aveuglement politique, vous admettez tout au plus, du bout des lèvres, une erreur de communication. Quand vos manquements sont si manifestes que vous ne pouvez plus les nier sous peine que votre mauvaise foi devienne vraiment trop ostensible, vous essayez de sauver la mise avec un très partiel mea culpa. C'est cette vieille recette qu'a utilisée hier François Fillon.

En la matière, il faut dire, le Premier ministre n'a fait somme toute qu'imiter Nicolas Sarkozy, qui a recours assez souvent à ce vieux truc de com'. Ainsi, à la mi-novembre à la télé, interrogé sur son concept si sulfureux d'identité nationale, le chef de l'Etat avait lâché: «Sans doute s'y est-on mal pris; le mot a provoqué un malentendu». Mais aucun reniement «sur le fond des choses». En mai 2008 déjà, à la télé toujours, à propos cette fois du très impopulaire et controversé «paquet fiscal», le chef de l'Etat avait lâché du lest sur la forme: «C'est un très mauvais nom qu'on a pris. On a fait une erreur de communication totale». Il n'avait laissé tomber sur le fond que bien plus tard, quand il était apparu que ce recul sur la forme n'avait pas suffi à rendre moins impopulaire un dispositif devenu «symbole d'injustice» fiscale – dixit le ministre du Budget.

Idem donc pour François Fillon hier. A propos, lui, de la pagaille de la semaine dernière due à la neige. «On n'a pas été bon, et moi le premier, en matière de communication», a reconnu le chef du gouvernement. Les milliers d'automobilistes que la neige, cette nuit-là, a contraints à une nuit blanche objecteront qu'en l'occurrence, dans cette crise, le gouvernement «n'a pas été bon» en général, et pas seulement en communication. Ils argumenteront que le problème n'a pas tant été la qualité de telle ou telle prestation médiatique de tel ou tel ministre ce jour-là, ce qui est très accessoire, mais l'incapacité globale de l'Etat à gérer la crise. Qu'importe: de l'avis sans doute du gouvernement, avec ce mea culpa sur la com', le problème de fond est réglé.

Au moins hier, sur le même sujet de la neige, la ministre des Transports, elle, a eu recours, non à cette recette si éculée de la com' politique, mais à une entourloupe langagière si culottée qu'elle en devenait franchement comique. «On fait tout pour que ça se passe encore mieux» que la semaine dernière, a assuré Nathalie Kosciusko-Morizet. Cet «encore mieux», se référant à un fiasco si voyant et notoire, est absolument délicieux. C'est «On fait tout pour que ça se passe mieux» qu'elle aurait dû dire. Mais sans doute était-ce trop demander.

14.12.2010

Une confirmation

tagpref.JPGLe mois dernier, sur base des nombreuses mésaventures de ce type survenues à des Parisiens et dont on avait eu vent, on s'était demandé dans ce blog (ici) si Paris n'était pas victime d'une recrudescence de vols de smartphones. La préfecture de police vient de confirmer et de chiffrer la chose. Selon une étude de la sous-direction régionale de la police des transports rendue publique hier, près d'un vol sur deux commis dans les transports de la capitale et sa banlieue concerne un portable.

«La mode des smartphones, dont le prix est élevé, génère une multiplication des cas de vols à l'arraché. Et le phénomène a encore pris de l'ampleur avec l'iPhone 4, très recherché», expliquait lundi, dans «Le Figaro», le directeur de la sécurité de proximité de Paris. Par exemple, concernant le seul mois d'octobre 2009, sur les 2723 vols dénoncés dans les transports parisiens, 1264 ont concerné des téléphones, loin devant les vols de portefeuilles (899). Parmi ces 1264 mobiles dérobés, 68% étaient à écran tactile – du modèle iPhone en majorité. Le pire est que ces vols à l'arraché s'accompagnent souvent de violences. Pour preuve, 75% des 991 vols violents recensés à Paris ce mois-là ont concerné des portables.

Mais ces chiffres doivent être pris avec des pincettes. Selon la préfecture, près d'un tiers des plaintes pour vol de téléphone portable seraient en fait mensongères: visant à faire rembourser par l'assurance un appareil ayant tout simplement été perdu. De plus, le caractère brutal allégué de ces vols n'est pas forcément toujours avéré: le vol avec violence étant la condition pour que les assurances remboursent, les propriétaires de smartphones peuvent être tentés de déclarer quelques gifles ou coups de pied imaginaires.

tagflic.jpgLes voleurs de smartphones, cela dit, sont parfois piégés. En témoigne cette anecdote lue dans la gazette des pandores parisiens. «Le 19 novembre, un homme se trouve en terrasse d’un restaurant du 19e arrondissement. Il est abordé par deux jeunes qui, détournant son attention, lui volent son smartphone. Mais à malin, malin et demi, et grâce à une application informatique, il parvient à suivre, via Internet, le déplacement de son téléphone. Il appelle aussitôt la police et guide, en direct, une équipe de la brigade anti-criminalité depuis la gare du Nord. Les policiers repèrent deux jeunes en train de manipuler un smartphone. Vérification faite, celui-ci est bien celui pisté».

Donc, s'extasient les policiers, les détrousseurs de smartphone ont été «géolocalisés par leur victime». On vit vraiment à une époque et dans un monde formidables.

13.12.2010

Une dénonciation

Cela se passera demain à 18h30 sur la terrasse Lautréamont, dans la rue et le quartier Rambuteau, au coeur de Paris. Un lieu où il n'est pas rare, l'hiver, de voir se regrouper des SDF par dizaines pour y (tenter de) passer la nuit. «Les morts de la Rue» y rendra un dernier hommage aux miséreux qui sont décédés dans la rue en 2010. Selon les derniers calculs de cette association, on en compte déjà 340 depuis début janvier. En 2009, 406 SDF avaient trouvé la mort en France. Cette année, on ne devrait pas être loin de ce chiffre. Demain, le collectif dénoncera une fois de plus «le manque de volonté politique, qui contraint actuellement des personnes à vivre et mourir dans ces conditions indignes».

Dénoncer sans cesse le fait que «vivre à la rue mène à une mort prématurée» et que «les causes (de ces décès) sont souvent violentes»: c'est un des messages de l'association. Ces derniers jours encore, en France, on a eu une double et dramatique illustration de la pertinence de cette dénonciation.

Ainsi, mercredi dernier à Lille, les pompiers ont découvert le corps sans vie, carbonisé, d'un SDF d'une trentaine d'années. Il y a trois mois, il avait planté sa tente à l'entrée d'une usine désaffectée: le long d'un mur, dans un recoin sombre. Sans doute était-il en train d'y préparer la cuisine avec un réchaud de fortune, insécure, qui a embrasé son abri. Les riverains n'ont que machinalement donné l'alerte au moment de l'embrasement, car ils croyaient à un simple feu de détritus. La nuit suivante, à Nice cette fois, c'est un SDF roumain de 26 ans qui a été très grièvement brûlé et qui, aux dernières nouvelles, était toujours entre la vie et la mort. Il aurait été aspergé d'un liquide inflammable alors qu'il dormait dans la rue. Selon les premiers éléments de l'enquête, à l'origine du drame pourrait être un différend entre SDF, qui se seraient disputés «pour une place dans la queue d'une soupe populaire».

Mais, sinon, tout va bien: à Paris comme dans le reste du pays, la féerie de Noël bat son plein et c'est en permanence la cohue joyeuse et insouciante dans les grands magasins.

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