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04/01/2011

Un agacement

Le communiqué date du 29 décembre, mais comme, entendait-on ce matin encore à la radio, il fait toujours pas mal de buzz sur le web, parlons-en. Il émanait de l'équipe de Ségolène Royal (ici). Et dénonçait un récent sondage ( ou ) consacré aux personnalités qui agacent le plus les Français. La socialiste y apparaissait en tête de la catégorie consacrée aux politiques. «L'agacement est-il une valeur politique de nature à informer les électeurs?», s'interrogeait son entourage. Qui aurait trouvé plus sérieux de sonder les Français sur «l'efficacité, la volonté, le courage, la détermination, la vérité» en politique.

On commence à trouver un peu lassante la parano de Ségolène Royal, qui voit derrière ce genre de sondages l'énième offensive du complot qu'auraient fomenté contre elle les puissances «de l'argent»: sarkozystes, instituts de sondages amis, et «médias complaisants». Mais, pour le coup, on comprend assez l'agacement de l'intéressée. Quel est donc l'intérêt de fond d'une telle enquête d'opinion? Ses conclusions – «Les Français n’hésitent pas à se déclarer agacés par certaines personnalités», «Les hommes et femmes politiques sont plus susceptibles d’agacer que les personnes appartenant au monde du spectacle», etc., etc.– n'enfoncent-elles pas les portes ouvertes de l'évidence?

Ces derniers jours, on a eu deux agacements dans le même registre. Le premier, c'était dimanche soir. En entendant, à une grande émission politique radiophonique, des journalistes de renom parier des bouteilles de champagne sur l'éventuelle nouvelle candidature de Nicolas Sarkozy à l'Elysée ou l'éventuel retour en politique française de Dominique Strauss-Kahn. Le second agacement, c'était ce matin. En ouvrant «Libération», qui consacre une page entière aux prévisions, politiques notamment, de cartomanciennes, astrologues et autres numérologues.

A notre humble avis, et au risque de paraître s'ériger en donneur de leçons, dans ces deux cas, on dérape du registre de l'information journalistique à celui de l'«infotainment»: ce si calamiteux mélange, anglo-saxon d'origine, entre info et divertissement. On rejoint cette effarante tendance (pas que française) que nous, désormais, on appelle «la suzanboylisation de l'information». Négologisme qui fait référence à l'hystérie médiatique mondiale, l'an dernier, à propos de Suzan Boyle, qui, à l'échelle de l'histoire de l'humanité, ne fut pourtant jamais que l'énième lauréate d'un énième télé-crochet d'une énième chaîne de télé en mal d'audience. Après cela, la corporation journalistique ne devra pas s'étonner de voir, dans les sondages, sa crédibilité décliner d'année en année dans l'opinion.

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