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20/01/2011

Une opacité

Vingt-quatre heures plus tard, elle n'est toujours pas claire cette histoire, décidément. Hier matin, était révélé le fait que les Douanes de Roissy avaient, la semaine dernière, stoppé in extremis une livraison de matériel de maintien de l'ordre au régime Ben Ali. La cargaison (grenades lacrymogènes, gilets pare-balles, etc), au lieu d'être à Tunis, se trouve toujours dans un hangar de l'aéroport parisien. Mais sur injonction de qui cette livraison a-t-elle été stoppée? Mystère.

Deux versions circulent. La première fait état d'un coup de fil de l'Elysée. La seconde parle d'une simple opération de routine des Douanes, «pas du tout» liée aux événements. Hier, nul ne s'est étendu sur le sujet. Ni au gouvernement – «Peu importent les modalités», a éludé son porte-parole –, ni à l'Elysée, ni au quai d'Orsay, ni aux Finances, ni aux Douanes.

Pas clair, donc. Mais les raisons de cette obscurité, elles, sont lumineuses. Car, de deux choses l'une.

Soit c'est bel et bien sur ordre de l'Elysée que les Douanes sont intervenues. Pourquoi pas. Mais cela indiquerait que, la semaine dernière, en fait, l'entourage de Nicolas Sarkozy suivait de très près, heure par heure presque, le moindre fait relatif à la Tunisie. Problème? Cela mettrait en relief, par contraste, son mutisme assourdissant et son inaction apparente à propos de la répression dans ce pays. Gênant. Hier, l'Elysée n'avait donc pas trop intérêt à insister outre mesure sur son rôle éventuel dans cette saisie douanière.

Soit c'est bel et bien une pure procédure routinière des Douanes, qui n'a rien de politique. Pourquoi pas. Mais, dans ce cas, pourquoi et comment le journaliste ayant sorti l'affaire, qui n'est pas réputé pour être un guignol, a-t-il donc évoqué une intervention de l'Elysée? Cela ne lui est pas venu comme cela. Quelqu'un, en haut lieu, a bien dû lui souffler l'info. Gênant. Les Douanes auraient-elles confirmé hier avoir été à l'initiative de la saisie, les mauvaises langues auraient crié illico au coup de com' d'un goût douteux. Auraient accusé les grands communicants de l'Elysée d'avoir tenté de redorer le blason tunisien de Nicolas Sarkozy en lui attribuant faussement, auprès d'un journaliste, la paternité de cette décision. Hier donc, discrétion des Douanes sur le sujet.

Du coup, personne n'ayant vraiment intérêt à s'étendre sur cette ténébreuse affaire, celle-ci pourrait bien rester mystérieuse jusqu'au bout. Mais sans doute cette opacité est-elle accessoire, l'essentiel (la non-livraison de ce matériel français à Tunis, au moment où l'on tirait sur les foules) ayant été assuré.

Commentaires

Deux faits.

Mme Alliot-Marie, ministre d’on ne sait trop quoi, propose le 11 janvier à la Tunisie le « savoir-faire de nos forces de sécurité ».
À une date, encore incertaine, de la même semaine, les Douanes interceptent une cargaison de matériel destiné au maintien de l’ordre, destinée à la Tunisie.

Questions.

Quelle(s) entreprise(s) ont partie liée à cet envoi ? Dates de commande, des éventuelles autorisation d’expédition d’un matériel "sensible" ? Y-a-t-il eu éventuellement des intermédiaires ?
Pour mettre rapidement en œuvre le « savoir-faire de nos forces de sécurité », avait-on pris la précaution d’acheminer du matériel de travaux pratiques ?

Hypothèses.

Soit l’administration des Douanes compte des fonctionnaires républicains qui ont fait leur devoir en suivant leur conscience ;
soit quelqu’un en haut lieu a (enfin) compris combien était pourrie la planche Ben Ali, et a donné in extremis les instructions nécessaires.

Salut et fraternité
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Écrit par : Jean-Pierre Grélois | 21/01/2011

On commence maintenant à disposer de réponses aux questions posées il y a huit jours (cf. "Le Monde", 27.01.2011, p. 6, rez-de-chaussée).

L’interception par les Douanes de la cargaison de matériel de maintien de l’ordre destinée à la police tunisienne a été effectuée le 14 janvier, à 19 h 30, c’est-à-dire à un moment où la fuite de Ben Ali était connue, mais non son point de destination final.

La société expéditrice est la SOFEXI, basée à Châteauroux (Indre, le facricant ALSETEX.
Fin 2010, les deux sociétés avaient sollicité et obtenu les nécessaires autorisations d’exportation de poudre et d’explosif (AEPE) de l’administration des douanes, après avis favorable des ministères phrançais de l’Intérieur (Hortefeux) de la défense (Morin) et des affaires étrangères (Kouchner).
La police tunisienne pouvait donc compter sur le savoir-faire phrançais en matière de maintien de l’ordre.

MAM s’est félicitée d’avoir suspendu la livraison, mais ce le 17 janvier, soit trois jours après le succès de la rue tunisienne !Il était bien temps. Heureusement que le ridicule ne tue plus.

Salut et fraternité,
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Écrit par : Jean-Pierre Grélois | 27/01/2011

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