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31/01/2011

Une invitation

nuages.jpgLoin de l'Histoire qui, en ce début d'année, est peut-être en train de se jouer pour des dizaines de millions de gens à quelques heures d'avion de Paris, de l'autre côté de la Méditerranée, certains hauts dirigeants, en France en ce moment, ont, de temps à autres, des horizons bien plus poétiques d'action et de communication. Ainsi, dans le même registre politico-techno qu'on évoquait vendredi, à propos des nouvelles applis de Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde, l'autre jour, a carrément lancé une invitation à la rejoindre... dans les nuages.

La ministre de l’Economie et des Finances, en effet, a proposé de plancher en sa compagnie sur des projets... d' «informatique en nuage» (voir ici). C'était expliqué – si l'on peut dire – comme tel: il s'agit mettre au point des «projets R&D collaboratifs ciblés et ambitieux, qui contribueront à l’émergence de leaders maîtrisant ces technologies structurantes pour les prochaines générations d’infrastructures informatiques mutualisées». Avis aux lecteurs de ce blog qui comprendraient ce charabia et seraient candidats à un tel voyage avec Christine Lagarde: ils ont jusqu'au 29 avril, dernier délai midi précisément, pour se déclarer.

On n'a pas encore trop bien compris en quoi consistait cette excursion dans la stratosphère informatique avec l'hôte de Bercy. A dire vrai, on n'a même pas trop fait l'effort de comprendre: peine perdue sans doute, vu qu'on a toujours été très bouché pour tout ce qui touche à la technique et l'électronique. On a néanmoins sursauté (un peu) le jour où, dans notre boîte mail, est arrivée cette invitation ministérielle à un voyage si nébuleux. Car que viennent donc faire les nuages dans cette histoire? Sans doute est-ce la trouvaille géniale d'un de ces communicants payés à prix d'or par le pouvoir pour rendre moins technique sa communication. Mais tout de même. Associer ainsi les nuages, l'univers le plus propice qui soit à la rêverie, à l'informatique, le domaine qu'on a toujours trouvé le le moins planant du monde, voire à la politique, qui si souvent ne vole pas très haut, on trouve cela assez renversant/assez culotté.

28/01/2011

Un cadeau d'anniversaire

Aujourd'hui, une note sur un sujet capital. Puisque le message nous ayant annoncé l'info, arrivé hier à 15h38 très précisément dans notre boîte mail, nous avait «été envoyé avec une importance haute» par son expéditeur. Une note qui intéressera les lecteurs de ce blog qui, il doit bien y en avoir, sont geeks, fanas des nouvelles technologies, et/ou sarkozystes, groupies de l'hôte de l'Elysée.

Pour son anniversaire (aujourd'hui), Nicolas Sarkozy s'est offert (hier) un nouveau gadget de communication: «ses premières applications Elysée.fr sur téléphone mobile (iPhone) et tablettes (iPad)». «Disponibles dès aujourd’hui gratuitement sur l’AppStore d’Apple, elles permettent de consulter l’essentiel des contenus du site Internet officiel de la Présidence de la République, www.elysee.fr». Donc, désormais, où qu'il soit, le tout-venant aura accès, via quelques clics et en temps réel, aux «discours, articles, dossiers, communiqués de presse, agenda du Président, ainsi que toutes les photos et vidéos (reportages, discours, conférences de presse) couvrant l’actualité du Président de la République». Tous ces éléments étant bien sûr ouverts au partage sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter, ainsi que par email et SMS. Fin du fin, cette appli contient «une carte géographique retraçant tous les déplacements du Président de la République en France et dans le monde, ainsi qu’un espace personnel où chacun peut archiver ses contenus préférés».

Trop chouette.

Mais sans doute les usagers du métro parisien regretteront-ils que le communiqué du chef de l'Etat ne précise pas une chose. Comment sont censés réagir les détrousseur de smartphones sévissant, paraît-il, dans le réseau de RATP? Quand, au moment de fondre sur leurs nouvelles et imminentes victimes, ils apercevront que celles-ci sont en train de se pâmer sur les pages d'Elysee.fr? Face à cette racaille, une telle navigation sera-t-elle un instrument efficace de dissuasion («Gaffe: c'est un ami de Sarkozy!»)? Ou, au contraire, une circonstance aggravante: une espèce de pousse-au-crime («Super: en plus, je vais me faire un ami de Sarkozy!»)?

27/01/2011

Une effervescence

presse.jpgC'est décidément l'effervescence en ce moment, dans les hautes sphères de la grande presse parisienne. Comme si les stars du journalisme français avaient désormais droit eux aussi à leur «mercato», comme on appelle le marché annuel des transferts des vedettes du foot ou des star(lette)s de la télé.

Tentons de résumer cela en vitesse. Il y a d'abord eu Denis Olivennes qui a quitté «L'Obs» pour Europe 1, en remplacement d'Alexandre Bompard, parti à la FNAC à défaut d'avoir succédé à Patrick de Carolis à la tête de France Télévisions. On a ensuite eu l'annonce du remplacement probable d'Olivennes, à la tête de ce newsmagazine, par Laurent Joffrin, qui était le patron de «Libération» après avoir été celui de «L'Obs». Joffrin auquel succédera, a-t-il été confirmé cette semaine, Nicolas Demorand, ex-Europe1, ex-France Inter, ex-France Culture: il a décidément la bougeotte. Demorand qui, à la tranche d'info vespérale d'Europe, sera remplacé par Nicolas Poincaré, qui venait d'arriver à la tranche matinale de France Info. On a encore eu, cette semaine, la confirmation du remplacement d'Eric Fottorino, remercié de la direction du «Monde», par Erick Izraelewicz. Moins médiatisée mais spectaculaire: la semaine précédente, l'avionneur milliardaire Serge Dassault, grand ami de Nicolas Sarkozy, a viré comme un malpropre le directeur général du groupe «Le Figaro», Francis Morel. D'après les échos, cette éviction inopinée aurait moins des raisons économiques (ce groupe ne se porte pas trop mal) que politiques: un problème, semble-t-il, de ligne éditoriale, qui déplairait au très droitier Serge Dassault. Curieux: on n'avait pas remarqué, ces derniers mois, que «Le Figaro» (*) n'était plus ultra-sarkozyste.

Loin de l'effervescence entourant ce grand jeu de chaises musicales, deux petites nouvelles du monde de la presse ont, ces derniers jours, attiré notre attention.

Les nouveux propriétaires du «Monde», visiblement obsédés par le «cost cutting», ont décidé de réduire drastiquement le nombre d'exemplaires du journal gratuitement mis à la disposition de son personnel. Cocasse. C'est un peu comme si le petit apprenti qui bosse dans une boulangerie n'y avait plus droit à son croissant quotidien gratuit. Ou comme si, toutes proportions gardées, un écrivain qui vient d'être publié ne se voyait plus offrir, par son éditeur, un exemplaire gratuit de son bouquin. Plus sérieusement, «Libération», depuis la révolution tunisienne, offre l'accès gratuit, sur son site web, à tous les articles qu'il consacre à ce pays: accès gratuit au bénéfice notamment des lecteurs du Maghreb. Bien.

 

logo_figaro.jpg(*) «Le Figaro» qui, cela dit, nous fait souvent bien rire. Deux exemples récents. Un: l'autre jour, on y a lu une chronique culinaire délicieusement décalée avec les priorités d'un pays de plus en plus paupérisé. Son titre? «Quel vin rouge boire avec la truffe noire?» Question effectivement essentielle, que doivent se poser des millions de Français en ce moment. Deux: ce portrait, évidemment très élogieux, de la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie. Grand titre sur 5 colonnes: «Le style de MAM s'impose au quai d'Orsay». Problème? L'article est paru... le 14 janvier. Jour où le Tunisien Ben Ali fuyait son pays et où commençait la tempête qui allait déstabiliser la même ministre, à propos de sa gestion de la crise tunisienne. Encore merci au «Figaro» pour ces moments de joie matinale.

26/01/2011

Un métier

On a croisé au moins un Parisien qui avait le sourire, ce matin: notre kiosquier du boulevard Voltaire. Qui, comme sans doute ses 340 collègues kiosquiers parisiens, était déjà au courant du coup de pouce financier que vient de promettre le gouvernement à ce secteur en difficulté. «Une aide exceptionnelle» d’au moins 10 millions d’euros va être octroyée aux kiosquiers et diffuseurs de presse. Il y a peu, la mairie de Paris, invoquant l'état proche de «la faillite» dans lequel se trouvent nombre de kiosquiers de la capitale, avait débloqué une aide d'urgence de 200.000 euros à leur attention.

Si les kiosquiers de Paris vont si mal en ce moment, c'est notamment parce que, à l'automne, un mouvement social interminable a paralysé la société de distribution de presse qui, chaque matin, livre les diffuseurs. La non-livraison des journaux, mais aussi de magazines, a fait s'écrouler le chiffre d'affaires des kiosquiers: travailleurs indépendants rémunérés à la commission (22%) sur le produit de leurs ventes. Ils ont d'autant plus mal vécu de faire les frais de ce conflit social qu'ils ne roulent déjà pas sur l'or. Selon le syndicat des diffuseurs de presse, le revenu mensuel moyen des kiosquiers parisiens est de 1000€ par mois.

1000€ par mois. Pour se lever chaque matin aux aurores et terminer sa journée de travail généralement assez tard le soir. Pour être confiné, pendant toutes ces heures de boulot, dans un espace vital de quelques mètres carrés à peine, le plus souvent debout. Pour, l'hiver – et cet hiver particulièrement –, devoir s'y geler à en tomber malade, ces kiosques n'étant généralement pas chauffés. Pour, l'été, devoir y transpirer à grosses gouttes: pas de ventilation ni de climatisation. Pour, chaque fois qu'on doit aller aux toilettes, n'avoir d'autre choix que le bistrot du coin ou la bouteille en plastique. Pour, chaque jour, devoir transporter des kilos et des kilos de piles de journaux et de revues, et tenir la si fastidieuse comptabilité des invendus. Pour devoir, à longueur de journées, se taper les touristes vous demandant des renseignements sur un quartier dans lequel vous travaillez mais n'habitez pas, et que vous connaissez donc peu. Kiosquier: quel métier...

«Vivement la retraite!», nous lance invariablement le kiosquier de notre onzième arrondissement, quand le thermomètre de la météo parisienne dégringole sous zéro. En tout cas, s'il y a bien une profession qui devrait bénéficier du régime de retraite (un peu) avantageux dû à la pénibilité du métier, c'est bien celle de kiosquier.

25/01/2011

Une faille

roissy2.jpgL'attentat meurtrier perpétré hier à l'aéroport de Moscou est-il possible à Roissy, à Orly ou, au-delà, dans n'importe quel aéroport de l'Hexagone? Après les images terribles aux JT d'hier soir, des Français, ce mardi, s'interrogent peut-être sur la sécurité aéroportuaire dans leur propre pays. Il faut dire que début janvier, la télé a jeté un fameux pavé dans la mare.

Vous avez peut-être vu cela: c'était dans le numéro du magazine «Envoyé spécial» intitulé «Police privée: sécurité au rabais». Dans plusieurs aéroports du pays dont Roissy, deux journalistes parvenaient à embarquer dans des avions avec, glissé dans leur bagage, un pistolet 9 mm démonté en sept pièces. Leurs sacs passaient aux rayons X, voire étaient inspectés, mais jamais leur arme n'était découverte. Ils avaient même pu la remonter sans le moindre problème dans un des avions utilisés pour ce test, filmé en caméra cachée.

Le syndicat des entreprises de sûreté aéroportuaire avait dénoncé la «recherche du sensationnel» à tout prix, par les médias obsédés par l'audimat. Mais des commentaires pas trop rassurants avaient-été entendus lors de la (mini-)polémique ayant suivi la diffusion de l'émission. Ainsi, cette déléguée syndicale de la société qui assure la sécurité de l'aéroport de Marignane – à Marseille donc et pas à Paris, mais pas sûr que la situation diffère à Roissy ou Orly.

Interrogée, sur une radio, à propos de cette faille retentissante de sécurité, elle avait eu ces mots. «Les agents de sécurité travaillant dans les aéroports ne cessent de demander davantage de moyens et d'effectifs. Davantage de formation, aussi. Pour apprendre à détecter une arme, les agents ne reçoivent qu'une formation de 14 heures. C'est court mais c'est une bonne base, car c'est surtout l'expérience de terrain qui compte. Le problème, c'est que, dans toutes ces sociétés de sécurité privées opérant dans les aéroports, il y a beaucoup de turn over. Les agents les plus expérimentés, sous contrat de travail à durée indéterminée, sont souvent remplacés par des nouveaux: engagés eux à durée déterminée, moins chers donc pour leur entreprise, mais n'ayant aucune expérience». A l'entendre, cette grande rotation du personnel dans le secteur de la sécurité privée – où les emplois sont souvent mal payés et pénibles (horaires de travail, etc.) – peut avoir un impact sur la sécurité.

roissy.jpgD'ailleurs, faites l'expérience la prochaine fois que, à Roissy ou à Orly, pour accéder à la zone de départ des avions et des achats détaxés, vous passez les portiques de sécurité. Observez l'âge moyen des vigiles qui vous contrôlent. Vous pourrez constater, ainsi qu'on l'a déjà fait tant de fois, que, dans la majorité des cas, ces agents sont très jeunes.

Alors, il va de soi que cela ne doit pas amener à mettre d'office en doute leur compétence – la valeur n'attendant pas le nombre d'années, etc, etc. Il n'empêche, en termes de sécurité, sans doute cela ne ferait-il pas de mal si davantage de personnel plus âgé et donc expérimenté encadrait ces jeunes qui apprennent leur métier.

24/01/2011

Une cible

L'autre jour dans ce blog, avant la séquence tunisienne de la semaine dernière, on s'irritait de la lâcheté des détrousseurs de smartphones dans le métro parisien, qui, avait-on l'impression, s'en prennent plus facilement, bien sûr, à des femmes qu'à des colosses. Ce n'est pas qu'une impression, et cela ne vaut pas que pour Paris.

Viennent encore de le confirmer les derniers chiffres annuels de l'Observatoire français de la délinquance. Selon lesquels près de la moitié des quelque 120.000 vols avec violence commis sur la voie publique en France en 2010 (chiffre en hausse de 7%) ont ciblé et atteint des femmes (vols à l'arraché de sacs à main, de portables, etc.) «Les voleurs s'attaquent en priorité aux victimes les plus vulnérables, les personnes âgées, les jeunes filles, etc.», commentait hier encore un responsable de cet Observatoire – qui, soit dit en passant, s'il connaissait comme nous des jeunes Parisiennes ceintures noires de karaté, nuancerait un peu cette catégorisation sociale si sexiste, mais, bon, passons.... L'on peut noter aussi que l'augmentation du nombre de ces vols à l'arraché, qui est de 13% au niveau national, est plus importante en région parisienne et à Paris: 25%.

Dans la presse hier, le préfet de police de Paris tentait de minimiser, triplement mais laborieusement, ce mauvais bilan. Un: «Heureusement, ces vols avec violence ne représentent qu'une part limitée de la délinquance». Voilà qui fera une belle jambe à ceux et celles qui en ont été victimes. Deux: dans la capitale, les vols les plus violents (vols à main armée), eux, ont reculé de 11,6% l'an dernier et de 60% en dix ans. Ce constat ravira les bijoutiers de la place Vendôme. Mais laissera sans doute un peu sceptiques les victimes de ce qui, depuis quelques mois, paraît constituer la dernière mode délinquante dans la Ville lumière: le braquage (pour trois fois rien, en plus) de commerces de proximité (épiceries de nuit, petites stations service de quartier, etc.). Trois: «La délinquance parisienne reste globalement inférieure, de 23,6%, à celle constatée en 2001». Là encore, pas sûr que l'argument convaincra les cibles des 3.825 vols violents supplémentaires qui, par rapport à l'année précédente, ont été déplorés à Paris en 2010.

21/01/2011

Une aphasie

silence.jpgCela faisait bien longtemps qu’on n’avait plus vu le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères aussi laconique. Cela se passait mardi, au quai d’Orsay. Si on n’en parle qu'aujourd'hui, c'est parce qu'on trouve que c’est une belle cerise sur le gâteau d’une semaine pendant laquelle la diplomatie française a été tant et tant critiquée, à propos de sa gestion des événements en Tunisie.

 

C'était mardi, et c’était une déclaration en forme de réponse à une question qui, pourtant, n’était pas idiote. Posée par un confrère journaliste, elle disait ceci, comme en atteste le verbatim du point de presse: «Il y avait une partie de la famille du Président Ben Ali qui est arrivée en France vendredi dernier au Bourget et qui est allée tout de suite à Disneyland. A votre connaissance, sont-ils toujours en France ou l’ont-ils quittée?»

 

Si vous aviez raté cela, rappelons qu'à la fin de la semaine dernière, ont débarqué au pays parisien de Mickey Mouse successivement Nesrine Ben Ali (24 ans, fille du tyran déchu), sa jeune soeur Cyrine, Sakher el-Materi (gendre de Ben Ali et époux de Nesrine) ainsi qu'un petit-fils de l’ex-chef d’Etat. Ces gens n'ont «pas vocation à rester en France; ils partiront», avait prévenu le porte-parole du gouvernement. Et, de fait, le week-end dernier, toutes les télés de France avaient diffusé les images d'une grosse agitation policière autour de Disneyland puis aux environs du Bourget. Aéroport parisien d'où, ensuite, s'était envolé un jet privé vers une destination inconnue. Les médias, du coup, avaient déduit qu'à bord de cet appareil, se trouvaient les fameux proches de Ben Ali. Mais, officiellement, leur départ de l'Hexagone n'a jamais été confirmé. D'où la question du confrère: «Sont-ils toujours en France ou l’ont-ils quittée?»

 

Réponse du porte parole du quai d'Orsay: «Je n’en ai aucune idée». Point final.

 

Donc, trois jours après le départ présumé de France des Ben Ali, les Affaires d'étrangères de ce pays n'étaient toujours pas capables, ou pas disposées, à officiellement confirmer ou infirmer la chose. Et, que l'on sache, depuis, aucune autorité n'est revenue sur le sujet.

 

Sans doute cette merveilleuse discrétion, ce silence si respectueux, sont-ils à l'image de l'aphasie – de l'atonie, au minimum – qui, depuis dix jours, a été si souvent reprochée à la diplomatie française, à propos de la Tunisie.

20/01/2011

Une opacité

Vingt-quatre heures plus tard, elle n'est toujours pas claire cette histoire, décidément. Hier matin, était révélé le fait que les Douanes de Roissy avaient, la semaine dernière, stoppé in extremis une livraison de matériel de maintien de l'ordre au régime Ben Ali. La cargaison (grenades lacrymogènes, gilets pare-balles, etc), au lieu d'être à Tunis, se trouve toujours dans un hangar de l'aéroport parisien. Mais sur injonction de qui cette livraison a-t-elle été stoppée? Mystère.

Deux versions circulent. La première fait état d'un coup de fil de l'Elysée. La seconde parle d'une simple opération de routine des Douanes, «pas du tout» liée aux événements. Hier, nul ne s'est étendu sur le sujet. Ni au gouvernement – «Peu importent les modalités», a éludé son porte-parole –, ni à l'Elysée, ni au quai d'Orsay, ni aux Finances, ni aux Douanes.

Pas clair, donc. Mais les raisons de cette obscurité, elles, sont lumineuses. Car, de deux choses l'une.

Soit c'est bel et bien sur ordre de l'Elysée que les Douanes sont intervenues. Pourquoi pas. Mais cela indiquerait que, la semaine dernière, en fait, l'entourage de Nicolas Sarkozy suivait de très près, heure par heure presque, le moindre fait relatif à la Tunisie. Problème? Cela mettrait en relief, par contraste, son mutisme assourdissant et son inaction apparente à propos de la répression dans ce pays. Gênant. Hier, l'Elysée n'avait donc pas trop intérêt à insister outre mesure sur son rôle éventuel dans cette saisie douanière.

Soit c'est bel et bien une pure procédure routinière des Douanes, qui n'a rien de politique. Pourquoi pas. Mais, dans ce cas, pourquoi et comment le journaliste ayant sorti l'affaire, qui n'est pas réputé pour être un guignol, a-t-il donc évoqué une intervention de l'Elysée? Cela ne lui est pas venu comme cela. Quelqu'un, en haut lieu, a bien dû lui souffler l'info. Gênant. Les Douanes auraient-elles confirmé hier avoir été à l'initiative de la saisie, les mauvaises langues auraient crié illico au coup de com' d'un goût douteux. Auraient accusé les grands communicants de l'Elysée d'avoir tenté de redorer le blason tunisien de Nicolas Sarkozy en lui attribuant faussement, auprès d'un journaliste, la paternité de cette décision. Hier donc, discrétion des Douanes sur le sujet.

Du coup, personne n'ayant vraiment intérêt à s'étendre sur cette ténébreuse affaire, celle-ci pourrait bien rester mystérieuse jusqu'au bout. Mais sans doute cette opacité est-elle accessoire, l'essentiel (la non-livraison de ce matériel français à Tunis, au moment où l'on tirait sur les foules) ayant été assuré.

19/01/2011

Un confrère

lukas.jpg32 ans. Il avait 32 ans: Lucas Mebrouk Dolega, le photographe franco-allemand qui vient de mourir alors qu'il était en mission en Tunisie, y couvrant les événements pour l'agence photo EPA . 32 ans. On ne connaissait nullement l'intéressé, mais cela fait quatre jours qu'on pense à lui.

Parce que, les médias ne l'ont pas dit mais c'est clair, il a dû souffrir atrocement avant de mourir. Selon les témoignages, il a pris en plein visage une grenade lacrymogène tirée à bout portant par un policier. Quiconque s'est déjà trouvé au coeur d'une manifestation dans une atmosphère saturée de lacrymos sait combien ces gaz peuvent être pénibles. Mais là, en plus, se prendre une grenade en plein visage... Le policier qui, l'autre jour à Tunis, a visé puis tiré sur Lucas devait savoir que non seulement le jeune homme n'y survivrait probablement pas mais qu'en plus, avant de mourir de ses blessures, il subirait un véritable calvaire. Comme le disait le patron de l'agence EPA hier, «cela ne peut pas être un accident. Il faut vraiment avoir une prédisposition à la barbarie pour tirer comme ça, à 5 ou 10 mètres de distance, au lacrymogène sur des gens».

On pense aussi à ce jeune confrère, parce qu'on avait à peu près son âge pendant toutes ces années où, avant d'être basé à Paris, on a fait du grand reportage. Un peu partout dans le monde, mais le plus souvent, évidemment, dans des contextes difficiles, violents et donc en permanence possiblement dangereux: guerres civiles, révolutions, coups d'Etat, crises sociales majeures, catastrophes humanitaires, etc. On y pense, parce que, à l'époque, parmi les envoyés spéciaux d'autres médias d'autres pays aux côtés desquels on bossait, c'était surtout des gens de la trentaine, comme lui, comme nous, qu'on croisait. Des jeunes journalistes qui venaient des quatre coins du monde mais qui tous partageaient la même chose. Partageaient, comme résumait le patron de Lucas hier, cet «enthousiasme» pour le métier d'informer, de témoigner, de raconter, de faire comprendre qu'est le journalisme. De tous ces pays, on est chaque fois revenu indemne: exténué, secoué, mais indemne. Lucas, lui, y a trouvé la mort. A 32 ans.

Selon l'ONG Reporters sans frontières, en 2010 dans le monde, 57 journalistes ont été tués dans l'exercice de leur profession.

18/01/2011

Un refuge

Paris plus que jamais refuge mondial des sommes colossales détournées par des despotes étrangers ayant du sang sur les mains. L'affaire Ben Ali vient encore de le montrer. Le Président tunisien déchu est soupçonné de posséder en France, outre deux villas sur la Côte d'Azur et un appartement à Courchevel, deux somptueux appartements situés dans les plus chics quartiers de la capitale française: le seixième arrondissement et le huitième. Selon une ONG hier, la valeur d'une de ces deux résidences est «évaluée à elle seule à 37 millions d'euros». 37 millions d'euros. Plus que ce que pourrait gagner un travailleur français moyen – sans parler du travailleur tunisien – pendant toute une vie d'honnête labeur. Mais rien qu'une goutte d'eau dans la mer des sommes faramineuses que le clan Ben Ali-Trabelsi est accusé d'avoir dérobé au peuple tunisien.

L'immobilier parisien, si coté, devenu une valeur refuge pour les autocrates étrangers: on en a déjà beaucoup parlé dans la Ville lumière ces dernières années, avant même le cas Ben Ali. En effet, les deux juges parisiens instruisant en ce moment l'affaire dite des «biens mal acquis» ont trois chefs d'Etat africains dans leur collimateur, dont deux sont soupçonnés d'avoir fait des placements immobiliers faramineux à Paris.

Ainsi, la famille Bongo, au pouvoir au Gabon, détiendrait rien moins que 39 propriétés dans les beaux quartiers de Paris et de la Côte d'Azur, dont une dizaine d'appartements rien que dans le seizième arrondissement, trois étant situés dans la seule avenue Foch. Le Président congolais Sassou Nguesso ferait à peine moins bien: 24 propriétés immobilières dans la capitale et une villa au Vésinet, une des communes les plus côtées de la banlieue verte de Paris. Lui minimise: il reconnaît tout au plus, du bout des lèves, posséder «un petit appartement, avec un salon et deux chambres, avenue Rapp, dans le septième, et une maison qui jouxte la voie ferrée au Vésinet, acquise en 1983 pour abriter mes enfants qui faisaient leurs études en France». Et de dénoncer un «vacarme» injustifié autour d'un patrimoine parisien selon lui fantasmé. C'est sans doute ce que dira(it) aussi la défense du Tunisien Ben Ali. La justice parisienne tranchera. Ou pas.

17/01/2011

Une ferveur

tagmaghreb.jpgC'était vendredi soir, sur un mur de l'immeuble du bureau. Alors que le pouvoir basculait en Tunisie, une main anonyme inscrivait, en lettres énormes, «Solidarité aux révoltes du Maghreb. Libertés!!» Les hiérarques de la copropriété s'indignaient: «Mais enfin! Tout de même! C'est du vandalisme!», et blablabla. On avait du mal à partager leur indignation, le mur aveugle ainsi taggué n'ayant, pas plus que cet horrible immeuble des années 70, aucun intérêt architectural ou esthétique.

C'était samedi, place de la République. Les Tunisiens de Paris y ont manifesté leur joie et crié leur colère envers un régime déchu et honni. «Tunisiens, restez debout - Le monde est avec vous!» «Yes we are... free!» «Ben Ali assassin!» «RCD (le parti de Ben Ali): dégage!» «Tunisiens, Tunisiennes: nous sommes fiers de vous!» C'est qu'on lisait sur les pancartes, c'est ce qu'on entendait dans les slogans. C'était impressionnant, touchant même, la ferveur qu'il y avait là. Des gens exultaient de joie, comme sidérés d'avoir été si subitement libérés d'une si longue souffrance. D'autres peinaient  à retenir leurs larmes. Dans la foule, aux côtés de drapeaux tunisiens, on apercevait beaucoup de drapeaux marocains et algériens. La place était noire de monde. Les boulevards du quartier, pendant une bonne partie de l'après-midi, ont été complètement embouteillés. «Ah ben là, cette fois au moins, je râle pas contre ces embouteillages, cette agitation, comme à chaque manifestation», commentait, en fin d'après-midi, un petit commerçant du boulevard des Filles du calvaire: «Ils ont raison d'être là. C'est tout de même fantastique, ce qui arrive à ce pays! C'est vraiment la première bonne nouvelle de l'année».

C'était la joie qui était majoritaire parmi les manifestants, mais beaucoup ne cachaient pas leur inquiétude, pour l'avenir de la Tunisie bientôt enfin démocratique comme pour leurs proches et familles restés au pays. Dans la foule, nombre de Tunisiens avaient d'ailleurs les yeux rivés sur leurs smartphones: cherchant à se rassurer en temps réel sur les réseaux sociaux ou les chaînes d'info continue, effarés aussi des nouvelles alarmantes tombant les unes après les autres, concernant la répression en cours dans leur pays d'origine.

tagpouvoir.jpgC'était il y a quelques semaines. Ce tag était apparu sur le rideau métallique abaissé d'un commerce du boulevard Beaumarchais: «Pouvoir assassin». Laissé là, après le passage d'une des innombrables manifestations contre la réforme des retraites qui ont parcouru notre onzième arrondissement. On n'a pas encore très bien compris. Mais, quelques semaines plus tard, ce slogan pourrait assurément s'adresser aux sbires du Président déchu, qui pratiquent en ce moment la politique de la terre brûlée.

C'était ce matin, au saut du lit. On entendait à la radio la petite phrase de Nicolas Sarkozy qu'en Tunisie, était-il expliqué, les sites communautaires ont beaucoup diffusée, ces derniers jours. Pour fustiger la complaisance qui fut toujours celle de Paris à l'égard du pouvoir autoritaire tunisien, jusque et y compris pendant les derniers jours du régime Bel Ali . C'était une petite phrase que l'actuel Président avait prononcée en 2007, lors de sa campagne pour l'Elysée. «Le silence est complice. Je ne veux être complice d'aucune dictature». Trois ans plus tard, Nicolas Sarkozy pourrait bien regretter d'avoir pris publiquement un tel engagement.

14/01/2011

Une condamnation

Depuis le début de l'année, on a beaucoup parlé, dans ce blog, de la vague de vols de téléphones portables dans les transports publics parisiens. La recrudescence des vols à l'arraché de ce type occupe aussi beaucoup la justice, en ce moment. On vient encore d'en avoir un exemple.

En effet, le tribunal correctionnel de Bobigny (banlieue de Paris) vient de juger un délit de ce type. Les faits s'étaient produits le 4 janvier sur la ligne du RER C. Une femme y était en train d'innocemment manipuler son smartphone, sous le regard attentif d'un jeune homme de 23 ans qui voyageait dans la même rame qu'elle. Selon un modus operandi désormais bien connu, lorsque le train fut sur le point de s'arrêter en gare de Saint-Ouen, le jeune homme se jeta sur sa victime, la bouscula, lui arracha violemment son appareil des mains, puis se précipita hors du train. Manque de pot: des agents en civil de la police des transports étaient en mission précisément ce jour-là, à cette heure-là, dans cette rame-là. Et l'avaient à l'oeil. Le malandrin fut donc interpellé illico. En flagrant délit, avec le fruit de son larcin en main.

Le jeune homme dort désormais à la prison de Villepinte. Le tribunal, devant lequel il vient de comparaître pour vol avec violences, l'a condamné à 8 mois de prison ferme. Le fait que sa victime n'ait pas été blessée lors de son vol lui a évité une peine plus lourde. Huit mois tout de même, car le Code pénal retient comme circonstance aggravante le fait de commettre un vol «dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs ou dans un lieu destiné à l'accès» à ce moyen de transport.

Huit mois derrière les barreaux. A 23 ans. Et toute une vie probablement handicapée par un casier judiciaire. Tout cela, juste pour avoir voulu un téléphone à la mode mais qui, à la vitesse où se démodent ces appareils, ne l'aurait sans doute plus été dans six mois. Il y a des choses que, décidément, dans ce monde hystériquement modeux et consumériste, on ne comprend pas.

PS: Remarquez qu'une fois de plus, dans ce cas de figure comme dans les autres agressions de ce type qu'on a évoquées dans ce blog dernièrement, c'est une femme qui a été visée. Evidemment. Il faut autrement plus de cran – si tant est que le courage puisse être invoqué dans ce genre d'actes – pour s'attaquer à des balaises d'1,90m.

13/01/2011

Une solution?

neigedansparis.jpgDes tracteurs dans les rues de Paris et de sa région. Pour, en hiver, les déneiger et sortir les voitures des fossés. Et donc éviter que le moindre épisode neigeux ne provoque à nouveau une immense pagaille. Comme cela avait été le cas fin décembre, quand 10 cm de flocons avaient suffi à paralyser la circulation dans une bonne partie de la capitale et de sa région. Des tracteurs dans Paris? Ce serait très bucolique. Voire carrément exotique. Inimaginable? Non: le projet existe. Qui sait sera-t-il même évoqué en fin de journée à l'Elysée, où, à 18 heures ce jeudi, Nicolas Sarkozy reçoit le nouveau dirigeant du premier syndicat agricole, la FNSEA.

 

«Neige: les agriculteurs ont la solution!», avait claironné, la semaine dernière, la chambre d'agriculture de la région parisienne. Pour qui cette nouvelle mission de déneigement qui serait confiée aux agriculteurs constituerait utilement, pour ces derniers, «un complément de revenus, compensant des cours des matières premières fluctuants et difficilement prévisibles». L'utilisation de tracteurs comme chasse-neige, en fait, ne serait pas vraiment une première. Dans les années 90, en effet, certains départements avaient eu ponctuellement recours à des agriculteurs pour dégager des routes enneigées – en échange d'une indemnisation moyenne de 1000€ par jour. Et, depuis l’hiver dernier, le département de l'Eure et Loir (Région Centre) a équipé les tracteurs d'agriculteurs de lames leur permettant de mener à bien cette tâche. La chambre d'agriculture vient donc de proposer aux préfets et aux présidents de départements de la région parisienne «de réfléchir ensemble à la façon dont pourrait être décliné un tel projet» dans la capitale et sa banlieue.

 

Deux problèmes, tout de même. D'abord, ce serait rémunérer des particuliers pour des tâches qu'on leur confierait alors qu'elles sont censées incomber aux pouvoirs publics et être déjà financées par les contribuables. Ensuite, ce serait transférer de l'Etat aux départements la charge financière du dégagement des routes en cas d'épisodes neigeux importants.

 

Mais sans doute les automobilistes qui, l'autre jour, ont passé une nuit blanche à se geler dans leur voiture jugeront-ils que ces deux problèmes ne sont que des détails technocratiques sans importance. Et, sans doute, si on avait été à leur place lors de cette nuit infernale, serait-on de cet avis aussi.

12/01/2011

Une fermeture

L'ouverture des hostilités en France ce mercredi: le lancement des soldes d'hiver. Et donc le début de la saison de l'hystérie voire des empoignades dans les grands magasins de Paris, une des capitales mondiales du shopping comme chacun sait. Une de ces collisions de l'actualité comme on les aime veut que, sur la plus chère artère commerciale de Paris et de France, ce jour d'ouverture coïncide avec... une fermeture.

Ce soir à 19 heures, ferme le seul et unique bureau de poste des Champs-Elysées. Hier midi, à l'appel d'un syndicat, des salariés de La Poste ont déposé une gerbe devant l'immeuble et prononcé une oraison funèbre, en hommage à ce service public bientôt disparu de «la plus belle avenue du monde». L'entreprise justifie sa décision de quitter les lieux par la flambée des loyers commerciaux dans ce quartier. Ils dépassent désormais les 10.000€ le m2; La Poste ne peut plus suivre. Le propriétaire de ses locaux, désireux de tirer lui aussi profit de la frénésie immobilière, avait décidé de faire passer le loyer mensuel de 15.000 à... 108.000€.

L'an dernier déjà, la seule et unique pharmacie des Champs avait dû fermer ses portes, après l'annonce du doublement du montant de son loyer. Plus haut sur la même avenue, le géant McDonald's y compris est aux prises avec la folie immobilière: il a engagé une procédure judiciaire contre son bailleur, qui veut lui aussi doubler son loyer.

«La plus belle avenue du monde ne comptait déjà pas la moindre librairie», remarquait, amère, une habitante des Champs, entendue à la radio locale ce matin. «Voilà maintenant qu'elle n'aura même plus de bureau de poste. Bientôt, il n'y aura plus que des magasins de fringues ici...» Sans doute, oui. Mais les fashionistas, eux, sont ravis: les enseignes Abercrombie, Banana Republic ou Levi's sont d'ores et déjà annoncées. Sans doute est-ce un grand progrès pour la ville.

PS: Sinon, puisque l'on parle de folie, on a vu ce week-end, en vitrine d'une boutique pour dames – c'était à Nice, mais on aurait très bien pu voir cela à Paris –, une paire de bottes vendue... 2499€. Très bling: pleines de dorures et de broderies. 2499€. Par comparaison, le montant du salaire minimum en France, que touchent quelque 2,5 millions de salariés et qui a été (très) légèrement rehaussé début janvier, est, net, de 1.073€.

11/01/2011

Un âge

lemétroengris.jpg18 ans. C'est l'âge du jeune homme arrêté hier par les enquêteurs de la brigade des réseaux ferrés de Paris. Il est fortement soupçonné d'être responsable de la mort d'une jeune femme de 27 ans dans le métro: à la station 'Etienne Marcel' fin décembre – on évoquait ce drame l'autre jour, dans ce blog. Selon de nombreux témoins, les faits se seraient déroulé comme suit. Dans la rame du métro, le jeune homme tente d'abord de dérober le smartphone d'une voyageuse. Puis descend à 'Etienne Marcel' et prend ses jambes à son cou. Mais, dans l'escalier de sortie de la station, il bouscule une jeune femme qui se trouve sur son passage, et la repousse violemment. Elle tombe par terre. Dans sa chute, sa tête heurte une marche. Elle décède peu après à l'hôpital Henri-Mondor.

Aux dernières nouvelles, le jeune homme n'était pas passé aux aveux. Mais les images des caméras de vidéosurveillance ayant permis hier son interpellation l'accablent: son visage y apparaît on ne peut plus distinctement. Il n'était pas connu des services de police, ni pour des vols avec violence, ni pour le moindre méfait. Le 27 décembre, sa tentative de vol du smartphone, qui a tout déclenché, semble avoir été sa première.

18 ans. S'il est jugé et reconnu coupable, ce jeune homme de 18 ans passera vraisemblablement une bonne partie de sa vie en prison. Pour ces quelques minutes pendant lesquelles sa cupidité, son désir irrépressible de détenir lui aussi un smartphone si à la mode parmi les jeunes Parisiens, a entraîné l'irréparable. Et a coûté la vie à quelqu'un de très jeune également: 27 ans.

Sans doute n'est-ce qu'un fait divers parmi tant et tant d'autres. Mais il est décidément des jours où, à Paris, l'actualité, par sa sauvagerie et sa bêtise inouïes, a quelque chose de profondément déprimant.

10/01/2011

Une occasion

Un happening politico-gastronomique à grand succès médiatique, ce week-end dans les beaux quartiers de Paris. Samedi, l'écologiste Eva Joly est allée rendre visite aux «galériens du logement» du collectif «Jeudi noir». Ces militants, après avoir squatté un splendide hôtel de maître inoccupé de la place des Vosges (c'était ici) puis en avoir été expulsés après une longue saga judiciaire, ont investi cette fois un vaste immeuble de bureaux vide de l'assureur Axa, situé à un jet de pierre du palais de l'Elysée. L'eurodéputée écologiste n'est pas arrivée les mains vides chez les squatteurs. Elle leur a apporté une galette des rois, qu'ils ont dégustée tous ensemble: à la bonne franquette et sous les objectifs d'une nuée de caméras.

Une galette des rois, donc. C'est bien de saison. Nous, on n'a pas le souvenir d'en avoir jamais mangé à Paris, depuis qu'on s'y est installé. Parce que, comme toutes les pâtisseries et viennoiseries, exagérément grasses et sucrées comme chacun sait, cela n'a pas un grand intérêt nutritionnel. Et parce que les boulangers-pâtissiers parisiens ont fait un véritable business de cette tradition de l'Epiphanie, ce qui les amène à vendre ces gâteaux à des prix ridiculement prohibitifs – on l'avait d'ailleurs déjà signalé l'an dernier dans ce blog, à la même époque (ici). Mais, cet hiver, c'est peut-être l'occasion ou jamais de goûter une de ces fameuses galettes.

Puisque, cela tombe à merveille, c'est dans notre cher onzième arrondissement que l'on trouve «les meilleures galettes des rois de Paris»! L'atteste le palmarès de la dernière édition du grand concours de la meilleure galette de la région parisienne – oui, oui: cela existe. Parmi 300 candidats, le jury de l’Ecole de Paris des métiers de la table a couronné, derrière le trio de tête constitué par trois boulangers-pâtissiers de la banlieue, deux de leurs confrères établis dans notre quartier: aux boulevards Beaumarchais et Voltaire. C'est donc peut-être l'occasion ou jamais de se laisser tenter.

Les lecteurs qui habiteraient trop loin de ces boulangeries parisiennes distinguées pour pouvoir y faire un saut et/ou qui voudraient mettre la main à la pâte découvriront ici «comment réussir la galette des rois» à la française (résumons: pâte feuilletée de qualité, assez épaisse, et frangipane légère) ainsi que des liens vers les recettes de ces deux ingrédients. Bon appétit.

07/01/2011

Une «haute tension»

pfiounouvelessaimeuf.jpgCette semaine, c'était l'occasion ou jamais, pour les autorités, de faire le point sur l'insécurité dans le métro de Paris. Occasion doublement ratée. Dans ses voeux, le préfet de police en est resté aux généralités: «Délinquance contenue, préservation de l'ordre public» dans la ville, etc. Quant à la dernière livraison de la lettre d'info de la préfecture, au lieu d'évoquer la hausse des vols à la tire dans le métro, elle a insisté sur la baisse des vols à main armée dans la région. On choisit les axes de com' que l'on peut/veut...

Pourtant, depuis une semaine, l'usager moyen du métro parisien qui serait un peu flippé a eu trois fois l'occasion de s'inquiéter, rien qu'en suivant ce que les médias ont dit à ce sujet.

Un: vendredi dernier, un flash matinal sur la radio RTL. «Une dame de 83 ans dans un état grave après une agression dans le métro». Victime d'un vol à l'arraché à la station 'Mairie de Clichy', elle a été bousculée par son agresseur, est tombée sur la tête, et a dû être plongée dans le coma artificiel. «Cette information intervient à quelques jours de la mort d'une jeune femme de 27 ans, bousculée par un pickpocket à la station 'Etienne Marcel'».

Deux: le journal gratuit 20 Minutes (très lu par les usagers du métro) s'y met à son tour, quelques jours plus tard. «La délinquance sur les réseaux ferrés est en hausse. C'est le phénomène marquant dans les transports en commun parisiens en 2010: le nombre de vols avec violences a bondi». Et «une source policière» d'y confirmer ce que l'on racontait dans ce blog début novembre (relire ici): «C'est l'iPhone 4 qui rend les agresseurs marteaux. Ils appellent ça «aller à la cueillette des pommes», en référence au logo d'Apple. Ils les volent en un clin d'œil et les revendent facilement dans la rue, entre 150 et 200 €».

pfiounouvelessaimec.jpgTrois: mardi soir, le bouquet, à la télé cette fois. Sur TF1. «Appels d'urgence», le magazine ultra-sécuritaire présenté par Carole Rousseau, est titré de la sorte: «Insécurité: le métro sous haute tension».

Mais, à part ça, à en croire les communicants officiels, la politique gouvernementale de lutte contre la délinquance et la criminalité est un grand succès.

PS: On évoquait son sort lundi: ce DJ amateur qui, le soir de la Saint-Sylvestre en banlieue de Paris, s'était fait lyncher par des fêtards à qui il avait refusé l'accès à la fête qu'il animait. Cela a été confirmé hier: il est décédé des suites de ses blessures. Il avait 33 ans et était père de deux enfants. On se permet de ne lui consacrer que quelques lignes en italique puisque, d'après le ministre de l'Intérieur (qui, à cette heure, ne s'est toujours pas corrigé), aucun «incident majeur» ne s'est produit dans la nuit du 31 décembre dans le pays. 

06/01/2011

Un air de famille

Les Français se plaignent beaucoup de la SNCF, cet hiver. Et particulièrement ces jours-ci – si vous avez raté cela, lire par exemple ici. Les pataquès de ces dernières semaines risquent d'ailleurs d'amener pas mal de gens à signer une pétition lancée il y a peu, par des usagers qui «n’acceptent pas d’être traités comme des vaches à lait: juste bons à être entassés dans des trains qui arrivent en retard et à payer toujours plus pour un moindre service».

Mais, finalement, pendant les épisodes hivernaux comme on dit, la SNCF fonctionne-t-elle beaucoup plus mal que la SNCB? On n'en est pas sûr. Dernièrement, en tout cas, à l'occasion de notre rapide passage annuel en Belgique pour la Noël, on ne s'est pas senti trop dépaysé.

Ainsi, dans le plat pays, on a eu droit à des guichets totalement fermés pour cause de jour férié; les usagers étant priés de se débrouiller pour les horaires, les tarifs, les correspondances, etc. On a eu droit à des trains bruxellois de banlieue passablement cafouilleux – mais on les a trouvés moins sales que nos RER parisiens. Droit à des quais verglacés car ils n'avaient pas été salés (vol plané, relativement gracieux, en descendant d'un omnibus sur le quai d'une gare du Brabant wallon). Droit à des gares qui, à l'exception de salles d'attente ridiculement exiguës et donc archi-bondées, n'étaient pas du tout chauffées: glaciales, du coup. Droit à des toilettes publiques, dans ces gares, qui, en pleine journée, étaient inexplicablement fermées.

En ce qui concerne le Thalys, le trajet Paris-Bruxelles, on l'a fait... debout. Comme dans le métro de Paris aux heures de pointe. Même pas un strapontin, ni même assez de place pour s'asseoir par terre. Cet après-midi-là, en effet, les occupants des trois Thalys précédents, annulés à cause de la neige, avaient été regroupés dans notre train. Du coup, les réservations ne valant plus, la foule était debout et à touche-touche (*). Quant au trajet de retour Bruxelles-Paris, ce furent retards au départ, en cours de route et à l'arrivée, arrêts inexpliqués en rase campagne, et pas le moindre mot d'excuses bien sûr. Tout cela, finalement, faisait assez SNCF.

Sans doute faut-il voir les choses positivement. Au moins, cet air de famille hivernal assez pagailleux que semblent partager SNCF et SNCB a de quoi rassurer, par son côté routinier, ceux que cela stresse de voyager.

(*) Au passage, remplir à ras bords un TGV est-il bien bien raisonnable (ou simplement réglementaire) en termes de sécurité? Si notre Thalys effroyablement bondé avait déraillé, ou si une bombe y avait explosé, combien de voyageurs auraient-ils été empêchés physiquement, rien que par la cohue, de gagner les issues de secours? Combien de morts en plus aurait-on déploré par rapport à un train qui aurait été normalement rempli? Et, le cas échéant, qu'aurait-dit la société Thalys? Cet après-midi-là, personne à bord de notre TGV n'avait l'air de se poser ces questions.

05/01/2011

Un anniversaire

logoFIP.jpgCa c'est Paris. C'est le Paris qu'on aime, en tout cas. Comme le Paris des paysages de toits de zinc hérissés d'antennes de télé, qu'on trouve si poétiques chaque fois qu'on les regarde par les fenêtres de la maison. Le Paris des trottoirs luisants et bondés des grands boulevards, les soirs d'automne. Le Paris des après-midis ensoleillées d'été à bouquiner dans les jardins du Palais royal ou du parc de Belleville. Le Paris roboratif des marrons chauds l'hiver et des macarons de Ladurée, toute l'année. Celui des vieilles cours industrielles et des concierges édentées de notre onzième, qui essaient de résister à l'invasion des bobos. Le Paris des quartiers festifs, qui part en vrille vers 2 h du mat': quand les bars ferment et que les noctambules protestent – c'est qu'on referait le monde jusqu'à pas d'heure, à Paris. Le Paris des footings nocturnes d'hiver, si revigorants hier soir encore, le long des berges du canal Saint-Martin. Le Paris des petites galeries d'art de la rive gauche. Celui, aussi, si dépaysant, de ses quartiers ethniques: «Little India» dans le dixième ou «Little Tokyo» près d'Opéra.

 

C'est le Paris de FIP, qui, ce mercredi, fête ses quarante ans. FIP, comme «France Inter Paris», comme on appelait cette chaîne du groupe public Radio France quand Jean Garretto et Pierre Codou la lancèrent, le 5 janvier 1971. FIP qui, pour fêter cela, diffuse toute la journée de ce mercredi une programmation spéciale 1971.

 

FIP, c'est un monde, c'est un univers. A l'origine, ce n'était qu'une radio musicale chargée, par ses flashs de radioguidage, d'accompagner les automobilistes parisiens coincés dans les embouteillages. Mais c'est devenu beaucoup plus. Une programmation qui, assez justement, se targue d'être «la plus musicale et la plus éclectique de la bande FM». Certes: moins branchée que Radio Nova, moins pointue que France Musiques, moins passionnante que France Culture, moins répétitive et commerciale que celles de tant de radios ados. Mais sur FIP, a-t-on toujours trouvé, il y en a vraiment pour tous les goûts. Et c'est souvent de bon goût. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter, le soir, l'émission «Jazz à FIP».

 

FIP, c'est un ton. Celui des «fipettes» (surnom donné aux animatrices de cette radio) à la voix suave et malicieuse. Qui n'ont pas leur pareil pour annoncer calmement des mauvaises nouvelles à leurs auditeurs automobilistes coincés dans d'épouvantables embouteillages. Qui, grâce à leur ton si particulier, n'ont pas leur pareil pour rendre poétiques y compris les noms des portes du périph': Porte des Lilas, etc.

 

Kriss.jpgFIP, c'est tellement Paris que, quand on est à l'étranger et que la Ville lumière commence à nous manquer, on écoute un moment cette radio sur le web, et l'on s'en trouve réchauffé. FIP, c'est aussi une politique de partenariat culturel exigeante et de choix: toutes ces années passées à Paris, on n'a jamais été déçu en assistant à un concert, à un spectacle ou à une expo dans la capitale qui étaient recommandés par FIP.

 

FIP, enfin, c'est un souvenir. Kriss: son animatrice fétiche, qui fit aussi les grandes heures de «L'Oreille en coin» sur Inter. Décédée l'an dernier, Kriss était vraiment une voix et une personnalité très attachantes de la radio française. Elle nous manque.

04/01/2011

Un agacement

Le communiqué date du 29 décembre, mais comme, entendait-on ce matin encore à la radio, il fait toujours pas mal de buzz sur le web, parlons-en. Il émanait de l'équipe de Ségolène Royal (ici). Et dénonçait un récent sondage ( ou ) consacré aux personnalités qui agacent le plus les Français. La socialiste y apparaissait en tête de la catégorie consacrée aux politiques. «L'agacement est-il une valeur politique de nature à informer les électeurs?», s'interrogeait son entourage. Qui aurait trouvé plus sérieux de sonder les Français sur «l'efficacité, la volonté, le courage, la détermination, la vérité» en politique.

On commence à trouver un peu lassante la parano de Ségolène Royal, qui voit derrière ce genre de sondages l'énième offensive du complot qu'auraient fomenté contre elle les puissances «de l'argent»: sarkozystes, instituts de sondages amis, et «médias complaisants». Mais, pour le coup, on comprend assez l'agacement de l'intéressée. Quel est donc l'intérêt de fond d'une telle enquête d'opinion? Ses conclusions – «Les Français n’hésitent pas à se déclarer agacés par certaines personnalités», «Les hommes et femmes politiques sont plus susceptibles d’agacer que les personnes appartenant au monde du spectacle», etc., etc.– n'enfoncent-elles pas les portes ouvertes de l'évidence?

Ces derniers jours, on a eu deux agacements dans le même registre. Le premier, c'était dimanche soir. En entendant, à une grande émission politique radiophonique, des journalistes de renom parier des bouteilles de champagne sur l'éventuelle nouvelle candidature de Nicolas Sarkozy à l'Elysée ou l'éventuel retour en politique française de Dominique Strauss-Kahn. Le second agacement, c'était ce matin. En ouvrant «Libération», qui consacre une page entière aux prévisions, politiques notamment, de cartomanciennes, astrologues et autres numérologues.

A notre humble avis, et au risque de paraître s'ériger en donneur de leçons, dans ces deux cas, on dérape du registre de l'information journalistique à celui de l'«infotainment»: ce si calamiteux mélange, anglo-saxon d'origine, entre info et divertissement. On rejoint cette effarante tendance (pas que française) que nous, désormais, on appelle «la suzanboylisation de l'information». Négologisme qui fait référence à l'hystérie médiatique mondiale, l'an dernier, à propos de Suzan Boyle, qui, à l'échelle de l'histoire de l'humanité, ne fut pourtant jamais que l'énième lauréate d'un énième télé-crochet d'une énième chaîne de télé en mal d'audience. Après cela, la corporation journalistique ne devra pas s'étonner de voir, dans les sondages, sa crédibilité décliner d'année en année dans l'opinion.