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03/02/2011

Une pratique

Cela s'appelle du «name dropping». La pratique qui consiste à lancer des noms dans l'opinion. Sans les accuser précisément, mais en insinuant des choses. Finalement, c'est un peu ce qu'a fait hier «Le Canard enchaîné» – qui, d'habitude, est mieux inspiré, trouve-t-on. Il a lâché quelques noms de grandes figures de la presse parisienne. Qui, disait-il, ont souvent été vues dans la Tunisie de Ben Ali, aux côtés de businessmen proches du tyran. Certains de ces journalistes auraient même, à l'époque, fait des affaires avec ces amis du régime déchu: des investissements dans l'immobilier, par exemple.

Le problème n'est pas tant que des journalistes soient victimes d'un tel «name dropping». Il n'y a, bien sûr, aucune raison que les journalistes soient les seules personnalités à ne pas devoir rendre des comptes s'il apparaissait qu'ils ont bénéficié des faveurs indues d'un autocrate ayant puisé largement dans les caisses de son pays. Le problème, c'est cette pratique même du «name dropping». On ne voudrait pas donner l'impression de donner des leçons – qui serait-on pour en donner? –, mais, quand on est journaliste, nous semble-t-il, tant qu'on n'a pas les preuves de ce que l'on insinue, on ne lance pas des noms comme cela, dans l'opinion. Soit on a des infos compromettant des personnalités, journalistes ou pas, et on les lâche. Soit on n'en a pas, pas encore ou pas assez, et, tant qu'on n'a pas réussi à en obtenir suffisamment, on se tait. Sous peine de risquer non seulement de salir des individus, mais aussi, par ricochet, de semer le doute sur la moralité de leur profession.

Or, il serait injuste que le «name dropping», visant des journalistes, en arrive à dégrader encore un peu plus l'image déjà négative de cette corporation dans l'opinion, en France et ailleurs. Certes, comme dans toutes les professions, il y a des journalistes qui dérapent: qui sacrifient l'éthique à leurs profits personnels. Mais, à côté de ces quelques moutons noirs, à dénoncer et à sanctionner, il y a tant et tant de journalistes qui tentent chaque jour de faire correctement leur (difficile) boulot: sans passe-droits ni cadeaux de qui que ce soit. Et il y en a même qui paient chèrement le simple fait d'exercer leur profession: on l'a encore vu hier avec ces confrères qui, en Egypte, ont eu de gros ennuis simplement parce qu'ils faisaient leur métier d'informer.

Hier aussi, au passage, cela a fait très exactement 400 jours que Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière (ici), les deux confrères de France 3, ont été enlevés en Afghanistan.

Commentaires

À propos de jet de noms.

Dégrader encore plus l’image des journalistes, écrivez-vous.
Mais on voit mal comment l’article du Canard pourrait dégrader l’image des individus nommément désignés.
Un seul exemple :

Étienne Mougeotte a été, et reste un salarié d’organes de presse appartenant à des groupes industrialo-financiers (armement, BTP) bénéficiant des commandes de l’État (Floirat-Lagardère, puis Bouygues, actuellement Dassault).
La détention d’une carte de journaliste ne dissuade pas toujours son titulaire de manier l’encensoir et la brosse à reluire.

Mais après tout, Éric Wœrth avait bien été qualifié par l’un de ses pairs d’"honnête homme", alors que le locuteur croyait dire que cet homme fût honnête...

Salut et fraternité,
JPG

Écrit par : Jean-Pierre Grélois | 03/02/2011

Une information est fausse ou vraie, c'est la seule chose qui compte. Voir tous ces journalistes avoir des indignations sélectives sur les droits de l'homme, ici ou là, et avoir ensuite l'explication, avec en plus le rappel du bon temps pris dans certaines dictatures est salutaire !

Pour l'histoire des journalistes détenus par des Talibans, remarquons la véhémente campagne de leurs confrères pour que l'on paie à n'importe quel prix leur libération, et mettons la en perspectives les martiales félicitations adressées à Sarkozy par les éditocrates quand celui-ci a sacrifié les deux malheureux nordistes sans relations raflés au Niger, ordonnant une attaque perdue d'avance !

Un vrai comportement de mafia !

Écrit par : cp | 03/02/2011

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