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15/02/2011

Un appel (à résister)

vidéosurveillance.jpgCela n'a pas tardé. A la fin de la semaine dernière, lors de sa grande émission télé, l'autre soir sur TF1, Nicolas Sarkozy s'était livré à un vibrant plaidoyer en faveur du développement de la vidéosurveillance. Quelques jours plus tard, à peine, les «street activists» opérant dans notre onzième arrondissement parisien ont, un peu partout, maculé les trottoirs et le macadam de la chaussée de pochoirs appelant, à l'inverse, le bon peuple de la capitale à entrer en résistance contre «big brother».

 

«En Grande-Bretagne, il y a 4 millions de caméras. En France, il n'y en a que 60.000!», s'était énervé l'hôte de l'Elysée, sur le plateau de Jean-Pierre Pernaut. Non content d'avoir déjà triplé la vidéosurveillance de l'espace public – on ne comptait que 20.000 caméras en France en 2007 –, Nicolas Sarkozy veut donc en installer «encore plus» ces prochaines années. Car il considère qu'avec des fichiers de police plus complets, cette vidéosurveillance est l'outil indispensable des forces de l'ordre pour accroître le taux d'élucidation des crimes et délits. Taux qui, même s'il a progressé depuis 2007, n'est tout de même aujourd'hui que de 40% – ce qui veut dire que 6 affaires sur 10 en France ne sont jamais élucidées.

A Paris ces dernières années, la préfecture de police a abondamment relayé ce discours sarkozyste en faveur de la vidéosurveillance. Et est parvenue à convaincre le maire, Bertrand Delanoë, de voter le fameux "Plan 1.000 caméras": 1009 caméras supplémentaires précisément, à implanter sur la voie publique – leur déploiement a débuté à la fin 2010. Cette décision, à l'époque, avait d'ailleurs fait exploser la majorité parisienne. Les alliés de gauche du maire socialiste (Verts, communistes, etc.) avaient voté contre le projet, qui avait été adopté grâce aux voix de la droite.

Pour les opposants (ici, par exemple) à la vidéosurveillance, dont font donc partie nos auteurs de pochoirs, elle ne constitue qu'«un énorme gaspillage d’argent public et une dérive policière dangereuse». Et, en plus, elle ne servirait pas à grand-chose: des études britanniques (de Scotland Yard y compris), l'auraient indiqué: «Les 500.000 caméras londoniennes et les millions de livres qu'elles ont coûtés n'ont permis de résoudre que 3% des actes criminels dans la ville». Alors qu'«une étude, toujours britannique, a conclu que l'argent dépensé en caméras serait bien mieux utilisé en éclairage public, dont il est démontré qu'il diminue (lui) la criminalité de 20%».

L'autre soir à la télé, n'importe quel journaliste normalement constitué aurait probablement demandé à Nicolas Sarkozy ce qu'il avait à rétorquer à ces études. Jean-Pierre Pernaut ne l'a pas fait. Une prochaine fois peut-être, ou pas.