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28/02/2011

Une mémoire courte

larme.jpgMichèle Alliot-Marie est décidément entêtée. Jusque dans sa lettre de démission, hier après-midi, elle a soutenu qu'«aucun manquement» ne pouvait lui être reproché, dans sa si peu glorieuse affaire de vacances tunisiennes. Accessoirement, l'ex-ministre des Affaires étrangères a aussi une très très mauvaise mémoire. «En politique, on ne pleure pas: on serre les dents et on sourit», avait-elle lancé, il y a quelques jours. Les médias hier, au moment où tombait la tête de la dame de fer, ont abondamment repris cette petite phrase, sans doute désireux de voir couler les larmes de l'intéressée. Ce ne serait pas une première, au demeurant. En effet, contrairement à ce que prétend «MAM», on ne compte plus les personnalités politiques qui, ces dernières années, ont fondu en sanglots. Au risque de commencer (un peu) tristement la semaine, petit florilège, pas forcément exhaustif, de ces grands moments d'émotion.

Pas plus tard que la semaine dernière, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a versé une larme en retrouvant sa chère Tunisie pour la première fois depuis la révolution. Le mois dernier, c'était le Premier ministre François Fillon qui avait été submergé par l'émotion, au moment de prononcer l'éloge funèbre de Philippe Séguin. En 2006, un de ses prédécesseurs à Matignon, le socialiste Lionel Jospin, avait marqué l'université d'été du PS, à La Rochelle, en contenant à peine ses larmes alors qu'il discourait sur la fameuse soirée du 21 avril 2002.

Des yeux (un peu) mouillés, on en aperçut paraît-il aussi chez Jean-Marie Le Pen, le mois dernier: au congrès du FN lors duquel il passa la main à sa fille. Une crise de larmes carrément, devant les caméras de Canal si on se souvient bien, c'est ce qui survint à l'UMP Françoise de Panafieu en 2008: lorsque, à l'issue du premier tour des élections municipales, elle se rendit compte qu'elle ne succéderait jamais à Bertrand Delanoë à la mairie. Autres sanglots médiatisés et mémorables: ceux de la députée catholique Christine Boutin (à l'Assemblée en 1998, lors du débat houleux sur le Pacs), de Rachida Dati (à son arrivée au ministère de la Justice, en 2007) ou de la socialiste Martine Aubry (quand elle dut quitter l'Assemblée en 2002, battue aux législatives dans le Nord). Bref, n'en déplaise à Michèle Alliot-Marie, en politique, on serre les dents souvent, on sourit tout le temps, à l'occasion on promet «du sang et des larmes», mais, parfois aussi, on pleure. Quitte à ce que, bien sûr, ce ne soient que des larmes de crocodile.

 

PS: Rien à voir avec la politique française, mais, si vous avez un jour la chance de tomber sur un exemplaire du livre «Crying Men», publié par le photographe Sam Taylor en 2005, n'hésitez pas. En effet, c'est un des livres de photos les plus saisissants édités ces dernières années – il connut d'ailleurs un succès tel qu'il est devenu introuvable et donc hors de prix. Ce photographe a demandé à toute une série de personnalités (Jude Law, Ed Harris, Benicio Del Toro, Willem Dafoe,etc.) de... fondre en larmes devant son objectif. On était tombé en arrêt devant ce livre il y a quelques étés, aux Rencontres internationales de la photographie d'Arles. Depuis, on a toujours regretté de ne l'avoir acheté. Ses clichés, en effet, sont le plus souvent absolument bouleversants.

25/02/2011

Un terme officiel

Aujourd'hui, une note à l'attention plus spéciale des visiteurs de ce blog qui seraient un peu «geeks» et/ou qui voudraient être «de bons Français», comme disait Eric Besson quand il était ministre de l'Identité nationale – ou, en tout cas, qui voudraient parler un «bon français». Ils ont intérêt à soigner leur langage, mercredi: ce 2 mars, qui est aussi le jour où Apple devrait dévoiler son nouvel iPad2. En France, en effet, depuis dimanche dernier, il n'est plus question d'appeler n'importe comment ce joujou branché. Puisqu'il existe désormais un terme officiel pour le dénommer.

Car, le 20 février, au Journal Officiel, a été publiée la décision de la «Commission générale de terminologie et de néologie» relative aux gadgets du type de l'iPad. Placée sous l'autorité du Premier ministre, cette commission gère «l'enrichissement de la langue française». Concrètement, elle décide de la matière dont il faut dénommer, en «bon français», les innovations, technologiques notamment. Dès qu'ils ont été publiés au Journal Officiel, les termes et définitions qu'a adoptés cet organisme deviennent «d'un emploi obligatoire pour le service de l'État et ses établissements publics». Le grand public, lui, est fortement invité à se conformer à ses avis – sans obligation, toutefois, en ce qui le concerne. Quelques jours avant le jour J, cela tombe bien, ladite commission vient donc de très officiellement recommander un terme français pour l'iPad et ses concurrents .

Premier rappel de ces sages de la langue française: «Les noms de marque tels que «iPad» ou «iSlate» ne doivent pas être utilisés pour désigner de façon générale ces ordinateurs». Proscrits aussi sont les mots étrangers comme «pad(en), tablet(en), touch screen tablet(en)». Tout «bon Français», dès lors, pour parler d'un «ordinateur portable et ultraplat, qui se présente comme un écran tactile et qui permet notamment d’accéder à des contenus multimédias», utilisera dorénavant le terme «ardoise» ou «ardoise électronique» – mais «tablette» ou «tablette tactile» sont également admis.

Dire «ardoise électronique» donc, et non plus «iPad». Le premier terme compte une demi-douzaine de syllabes, contre deux seulement pour le second. Du coup, réussira-t-il à s'imposer dans le langage courant? Pas sûr. Premiers éléments de réponse dès mercredi. Puisque les médias du monde entier ne manqueront pas, une fois de plus, de faire plein de pub gratuite pour Apple.

24/02/2011

Une découverte, ou pas

gouttes-de-rosee-sur-les-feuilles_497.jpgAujourd'hui, parlons un peu des merveilles de la recherche française. Et d'un sujet moins sinistre que ceux des jours précédents – cela ne pourra pas faire de mal. Un sujet néanmoins assez existentiel: peut-on... se passer de sexe?

Peut-on se passer de sexe... quand on est une plante, précisons illico, au risque d'en décevoir certain(e)s. «Les plantes peuvent-elles se passer de sexe?», c'est, en effet, la question que se sont posée des chercheurs de l'Institut français de recherche agronomique (INRA) – on connaît des thésards qui, en ce moment, passent leurs nuits à faire des recherches sur des sujets moins libidineux. Un communiqué de l'INRA, pas peu fier, l'a annoncé hier: ces travaux sur la sexualité (ou l'a-sexualité, comme on veut) végétale viennent d'être publiés dans le prestigieux journal «Science». «Les plantes peuvent-elles se passer de sexe?», donc. Si on a bien compris, la réponse est oui. Certes, en règle générale, «la majorité des plantes, notamment des plantes cultivées, se reproduisent sexuellement». Mais, mais, mais... «certaines espèces produisent des graines différemment, par un processus asexué nommé apomixie. Les descendants ainsi produits sont des clones identiques à leur mère». Pas si anecdotique comme découverte, puisque «l'introduction de l'apomixie chez les plantes cultivées représenterait une révolution. Elle permettrait de multiplier à l'identique n'importe quelle plante intéressante sur le plan agronomique». Trop chouette, donc, l'apomixie.

Les lecteurs qui voudraient en savoir plus sur cette merveille du monde végétal liront cela ici. Les autres, qui auraient l'impression d'avoir perdu leur temps en lisant les lignes qui précèdent, peut-être s'en consoleront avec cette autre info que l'on a apprise hier, concernant cette fois la sexualité humaine.

Entendu sur une radio française, qui en faisait ses choux gras: «13 millions de dollars: c'est le prix de sexe.com, le domaine internet le plus cher du monde». Sur le podium des noms de domaine les plus onéreux, viennent ensuite vodka.com (3 millions de dollars) et pizza.com (2,6 millions). Comme concluait bien le confrère, «c'est beaucoup plus éclairant (sur le genre humain) qu'un long traité de sociologie». Et cela confirme que l'apomixie, pour l'heure en tout cas, est réservée au monde végétal, loin des trivialités du genre humain. Mais cela, assurément, ce n'est pas une découverte.

23/02/2011

Un sur dix

Dominique Strauss-Kahn en personne, à la télé dimanche soir, avait fait écho à ce chiffre impressionnant. Ce chiffre qui, l'autre jour, avait fait la «Une» de l'hebdo «Marianne». En France, cinquième puissance économique mondiale comme chacun sait, «plus de 6 millions de travailleurs, un quart des salariés, gagnent moins de 750 euros par mois».

Au fond, les travailleurs de Paris et, au-delà, de la région parisienne, sont-ils mieux lotis que ceux du reste du pays? C'est la question qu'ont pu se poser les Parisiens en regardant discourir le patron du FMI, puisque la région capitale est censée être la plus riche de l'Hexagone. On a retrouvé quelques chiffres de l'Insee, assez récents, qui répondent bien à cette question.

On compte près d'un demi million de chômeurs (481 000) en région parisienne. Et 5,2 millions de gens ayant un emploi. Parmi ces derniers, «un sur dix occupe un emploi précaire»: un contrat de travail à durée déterminée ou un emploi intérimaire pour les quatre cinquièmes d'entre eux. Ce taux parisien de 10% d'actifs n'occupant qu'un emploi précaire, c'est, finalement, à peine mieux que la situation en province (12%). En revanche, rien ne change, entre la capitale et le reste du pays, dans la structuration de ces emplois précaires: à Paris comme en régions, ces emplois «sont occupés à 55% par des femmes et pour moitié par les moins de 30 ans».

De quoi confirmer à nouveau, si besoin en était, que Paris n'est décidément pas toujours la «Ville lumière», comme on dit. Pas pour tout le monde, en tout cas.

22/02/2011

Une (double) couardise

soldatclément.jpgGouverner et communiquer, cela va de soi. Gouverner et assumer, c'est moins évident. On vient d'en avoir un double exemple en France. L'exemple d'une pudeur qui confine à la couardise.

Premier exemple? Il y a des choses qu'il vaut mieux ne pas dire à l'opinion, pensent sans doute les grands communicants qui entourent les hauts dirigeants français. Ainsi, quel était l'âge du chasseur de première classe Clément Chamarier, qui a été tué en Afghanistan samedi? (Au passage, c'est le 54ème Français mort dans ce pays depuis que les troupes françaises y sont déployées, en 2001) Son âge n'est mentionné ni dans le communiqué du Président Sarkozy, ni dans celui du Premier ministre François Fillon, ni dans celui du ministre de la Défense Alain Juppé, tous trois diffusés ce week-end pour lui rendre hommage. Les télés françaises, samedi soir, ont en majorité parlé d'un soldat «âgé d'une vingtaine d'années». C'est faux. Comme l'armée de terre, elle, a le cran de le préciser (ici), Clément Chamarier était «âgé de 18 ans». Il était donc plus jeune encore que ce soldat français âgé de 20 ans tué il y a quasiment un an jour pour jour dans ce même pays, dont on avait parlé (là) dans ce blog à l'époque.

Pour clore ce premier exemple, on se contentera de reprendre textuellement (à deux chiffres près, relatifs à l'âge de l'intéressé) ce qu'on écrivait alors. «18 ans. Sans doute n’y a-t-il pas d’âge idéal pour mourir. Probablement ne faut-il pas réduire à ce genre de détail le débat sur l’engagement militaire français en Afghanistan, autrement plus complexe. Mais tout de même. 18 ans!»

Deuxième exemple? Il y a des choses qu'il vaut mieux que l'opinion oublie, pensent sans doute les grands communicants qui entourent les hauts dirigeants français. Oublier par exemple, au moment où le sang coule en Libye, le tapis rouge qui, en décembre 2007, avait été déployé à Paris en l'honneur du colonel Kadhafi. .

sarkozykadhaf.jpgAinsi, sur le site web de l'Elysée – sauf erreur: on n'a pas eu le temps, ce matin, d'y passer des heures –, on ne trouve plus trace de cette visite. Ni photo, ni vidéo, ni discours, ni la moindre déclaration. Une petite main du service de com' de l'Elysée aurait-elle donc, cette nuit, été chargée d'effacer tout cela? La Présidence a démenti, jurant que ces documents n'avaient jamais figuré sur le site. Y figure toujours, en revanche, une déclaration de janvier 2008: Nicolas Sarkozy y raille «le charivari un peu ridicule» provoqué par cette visite.

Si cet émoi était «ridicule», c'était que, de l'avis de l'Elysée, cette grande pompe franco-libyenne était justifiable. Mais pas sûr qu'en haut lieu, beaucoup de gens le répéteront, trois ans plus tard.

21/02/2011

Une apostrophe

«Ca suffit!» C'est ainsi que les médias français ont, ce week-end, traduit le «Jalas!» qu'a donc osé lancer le nouvel ambassadeur de France à Tunis, Boris Boillon, à une journaliste tunisienne à qui il voulait clouer le bec. Car elle avait la mauvaise idée de l'interroger sur «des trucs débiles» selon lui: la longue complaisance de Paris envers le despote Ben Ali, les vacances à la plage et les voyages en jet privé de la ministre Alliot-Marie, etc. Si d'aventure cela vous avait échappé, ce langage si peu diplomatique, dans la bouche d'un jeune diplomate censé brillantissime, a provoqué un gros buzz sur le net. Il a aussi conduit des centaines de Tunisiens à manifester, pour réclamer le départ de l'«arrogant» jeune homme. Et a contraint ce dernier à présenter ses excuses à la télévision tunisienne.

«Ca suffit!», donc. Contrairement à Boris Boillon, on n'est pas arabophone, donc on peut se tromper. Mais, de nos voyages dans le monde arabe, jadis, on a tout de même gardé un souvenir assez net que ce «Jalas!», dans le langage courant, était un terme beaucoup plus rude que le «Ca suffit!» français. Une apostrophe très méprisante, même. Du genre de celles que l'on lance aux importuns pour les prier de dégager vite fait , d'aller se faire voir (pour rester poli) ailleurs.

Qui sait peut-on traduire ce «Jalas!» par «Casse-toi, pauvre con!» Par «Casse-toi, pauvre conne!», en l'occurrence. Cela tomberait bien, finalement, cette version arabe et féminisée de la célèbre apostrophe agricole sarkozyste, dans la bouche d'un diplomate qui se définit lui-même comme un «Sarko boy».

18/02/2011

Un cirque

Une heure. Même pas. C'est le temps qu'il a fallu aux forces de l'ordre pour, ce matin, faire exécuter la décision de justice ayant ordonné mardi l'expulsion sans délai des jeunes squatteurs du collectif Jeudi noir. Fin décembre (on en avait parlé par exemple ici), ces «galériens du logement» avaient investi un immeuble de bureaux de l'assureur Axa: vide depuis des années et situé à deux pas du palais de l'Elysée. Auparavant, ils avaient déjà très médiatiquement et longuement squatté un hôtel de maître inoccupé de la place des Vosges ( ou ).

Ce matin donc, sur le coup de 7 heures, les pandores n'ont eu aucun mal à forcer les vagues barricades érigées par les jeunes, qui s'attendaient depuis trois jours à leur expulsion. De même, ceux parmi eux qui s'étaient enchaînés sur place, pour retarder les forces de l'ordre, ont été évacués sans le moindre problème. Et les quelques leaders qui s'étaient réfugiés sur le toit de l'immeuble y ont vite été rejoints par la maréchaussée et invités à redescendre illico sur terre.

L'explusion des squatteurs s'est apparemment déroulée sans autre incident notable qu'une certaine effervescence audiovisuelle. Si tant est que celle-ci soit un incident: l'expulsion a respecté à la lettre le scénario médiatique, déjà préécrit, vu et revu de nombreuses fois, entourant désormais ce genre d'opérations à Paris – couvertes en direct et en temps réel par les médias.

A n'en pas douter, il ne faudra guère attendre longtemps avant que les «galériens» ne jettent leur dévolu sur un nouvel immeuble vide. Immeuble que, pareillement, ils investiront, occuperont, puis dont ils seront expulsés. Et ainsi de suite. Toujours sous l'oeil des caméras. Et sans que, manifestement, personne ne semble à même de régler le problème de fond posé par ces actions: le manque criant de logements abordables pour les jeunes et les précaires, dans la Ville lumière comme ailleurs. Alors que, par ailleurs, y abondent et depuis des années des immeubles entièrement vides. Suite du feuilleton, donc, au prochain numéro.

 

PS. Sinon, dans un autre registre mais toujours dans le genre cirque, ce sondage, ce matin, relatif au second tour de l'élection présidentielle de 2012. Qui donne Nicolas Sarkozy (39%) humilié par Dominique Strauss-Kahn (61%!). A quatorze mois de l'échéance, une telle enquête n'a bien sûr pas le moindre sens. Ce qui, ce matin, n'empêchait cependant pas toute la planète médiatique parisienne de ne parler que d'elle.

17/02/2011

Un langage

nombril.jpgComme tous les métiers combinant une forte notoriété publique et une grosse charge de travail, la politique nécessite une fameuse dose d'ego. Et un certain nombrilisme? C'est ce qu'on pourrait déduire d'une étude sortie il y a quelques jours, consacrée au langage des personnalités politiques françaises. On y découvre qu'en France, le mot préféré des politiques – mais sans doute est-ce la même chose dans tous les pays et dans toutes les langues – n'est autre que le terme... “je” .

Pour cette étude, les discours, interviews et autres interventions de 35 personnalités politiques françaises, prononcés entre janvier 2000 et juin 2010, ont été disséqués. Au bas mot, c'est le cas de le dire, 500.000 termes de chacune de ces personnalités ont été passés au peigne fin. Il en ressort donc que c'est le “je” qui y revient le plus souvent. A raison de 22,97 occurrences par 1000 mots, très précisément. Nicolas Sarkozy est le champion toutes catégories de l'utilisation du “je” –  comme du “moi”, d'ailleurs. Le suivent la socialiste Ségolène Royal et le centriste François Bayrou. Rien d'étonnant à cela: comme le signalent les auteurs de cette étude, ce nombrilisme lexical est «le reflet, sans doute, d'une présidentielle 2007 très axée sur la personnalité même des candidats, avec un besoin d'incarner sans doute plus fort encore qu'auparavant dans la Ve République».

Sinon, on trouve davantage de confirmations que de révélations dans ce travail. Et même quelques constatations qui enfoncent des portes ouvertes. Ainsi, rien d'étonnant à ce que les termes “immigration” ou “sécurité” soient beaucoup utilisés par les ministres de l'Immigration et de l'Intérieur respectivement. Quelques petites informations pas totalement inintéressantes, tout de même.

Ainsi, pendant la période étudiée, c'est le tribun souverainiste Philippe de Villiers qui a le plus utilisé le plus le mot “France”. La socialiste Martine Aubry, elle, est de loin celle qui emploie le plus souvent le mot “social”. La mère de la loi sur les 35 heures a aussi le plus fréquent recours au terme “travail”, mot qu'emploie beaucoup aussi Nicolas Sarkozy («réhabiliter la valeur travail», etc). Jean-Marie Le Pen adore évoquer "l'Europe" et la "nation". François Bayrou ne cesse de parler de la "démocratie" et des "citoyens". Jacques Chirac a un tic verbal – si par extraordinaire cela vous avait échappé, c'est le terme "naturellement". L'écologiste Cohn-Bendit met surtout en avant des "problèmes". Et Marine Le Pen utilise énormément le qualificatif "national" alors que son père, lui, parlait plus volontiers du "peuple".

mots.jpgEt, pour conclure sur le sujet, cette anecdote prouvant à merveille, une fois de plus et si besoin en était, combien le langage traduit/trahit décidément le locuteur. Les termes "Nicolas Sarkozy" ont été cités le plus souvent par... le jeune trotskiste Olivier Besancenot, jadis couronné dans les sondages comme étant le meilleur opposant au Président. Et ils ont été cités le moins souvent par, on vous le donne en mille, le meilleur ennemi-ami de 30 ans de l'hôte de l'Elysée: un certain Jacques Chirac.

16/02/2011

Un agacement (encore)

L'autre jour dans ce blog (ici), on s'énervait (un peu) contre une certaine dérive des médias – en France, mais pas seulement – vers l'anecdotique, vers le petit bout de la lorgnette de l'actu. Cette semaine encore, on frise l'indigestion de ce fast-food de l'info que constitue l'«infontainment». Ou la «suzanboylisation» de l'actu, comme on dit. «Paris Match», en effet, a cru bon de demander à l'opinion, via un sondage, laquelle de ces deux personnalités elle préfère: Carla Bruni-Sarkozy ou Anne Sinclair-Strauss-Kahn.

On n'a pas encore compris l'intérêt de fond d'une telle enquête d'opinion, si ce n'est bien sûr celui de vendre du papier. On voit bien l'esprit dans laquelle elle est faite: tester la popularité de deux potentielles first ladies pour l'élection présidentielle de 2012. Mais trois réserves au moins, trouve-t-on, peuvent être objectées à cette démarche médiatico-sondagière.

D'abord, les premières dames n'ont en France aucune existence constitutionnelle ni aucune légitimité démocratique, puisqu'elle ne sont pas élues. Dès lors, les tester dans les sondages, comme on le fait pour un Président, des ministres ou des parlementaires, c'est accréditer en douce un glissement. C'est officialiser mine de rien un rôle d'influence que, dans les faits, les intéressées ont peut-être, mais qui n'a pas à être ainsi reconnu voire célébré – tant, en tout cas, que la Constitution n'a pas été modifiée. Et c'est remettre une couche dans la «peoplelisation» de la politique. Ensuite, le fait même de procéder à un tel sondage est condescendant envers l'électeur: politiquement, le Français moyen en serait donc au point de choisir son prochain Président en fonction de son épouse? Enfin – surtout –, tout cela ne fait qu'alimenter une vision rétrograde de l'épouse en politique, et de la femme en général. Juste bonne à jouer la pièce rapportée, le faire-valoir, la valeur ajoutée en somme: au service docile et dévoué de Monsieur. Pénible, donc.

Mais ce n'est que notre avis.

15/02/2011

Un appel (à résister)

vidéosurveillance.jpgCela n'a pas tardé. A la fin de la semaine dernière, lors de sa grande émission télé, l'autre soir sur TF1, Nicolas Sarkozy s'était livré à un vibrant plaidoyer en faveur du développement de la vidéosurveillance. Quelques jours plus tard, à peine, les «street activists» opérant dans notre onzième arrondissement parisien ont, un peu partout, maculé les trottoirs et le macadam de la chaussée de pochoirs appelant, à l'inverse, le bon peuple de la capitale à entrer en résistance contre «big brother».

 

«En Grande-Bretagne, il y a 4 millions de caméras. En France, il n'y en a que 60.000!», s'était énervé l'hôte de l'Elysée, sur le plateau de Jean-Pierre Pernaut. Non content d'avoir déjà triplé la vidéosurveillance de l'espace public – on ne comptait que 20.000 caméras en France en 2007 –, Nicolas Sarkozy veut donc en installer «encore plus» ces prochaines années. Car il considère qu'avec des fichiers de police plus complets, cette vidéosurveillance est l'outil indispensable des forces de l'ordre pour accroître le taux d'élucidation des crimes et délits. Taux qui, même s'il a progressé depuis 2007, n'est tout de même aujourd'hui que de 40% – ce qui veut dire que 6 affaires sur 10 en France ne sont jamais élucidées.

A Paris ces dernières années, la préfecture de police a abondamment relayé ce discours sarkozyste en faveur de la vidéosurveillance. Et est parvenue à convaincre le maire, Bertrand Delanoë, de voter le fameux "Plan 1.000 caméras": 1009 caméras supplémentaires précisément, à implanter sur la voie publique – leur déploiement a débuté à la fin 2010. Cette décision, à l'époque, avait d'ailleurs fait exploser la majorité parisienne. Les alliés de gauche du maire socialiste (Verts, communistes, etc.) avaient voté contre le projet, qui avait été adopté grâce aux voix de la droite.

Pour les opposants (ici, par exemple) à la vidéosurveillance, dont font donc partie nos auteurs de pochoirs, elle ne constitue qu'«un énorme gaspillage d’argent public et une dérive policière dangereuse». Et, en plus, elle ne servirait pas à grand-chose: des études britanniques (de Scotland Yard y compris), l'auraient indiqué: «Les 500.000 caméras londoniennes et les millions de livres qu'elles ont coûtés n'ont permis de résoudre que 3% des actes criminels dans la ville». Alors qu'«une étude, toujours britannique, a conclu que l'argent dépensé en caméras serait bien mieux utilisé en éclairage public, dont il est démontré qu'il diminue (lui) la criminalité de 20%».

L'autre soir à la télé, n'importe quel journaliste normalement constitué aurait probablement demandé à Nicolas Sarkozy ce qu'il avait à rétorquer à ces études. Jean-Pierre Pernaut ne l'a pas fait. Une prochaine fois peut-être, ou pas.

14/02/2011

Une liesse, un espoir

«Dégage!» Ce week-end à nouveau, c'est le verbe que l'on a le plus entendu, lu et vu à Paris. A la faveur des démonstrations de liesse des membres de la communauté issue de l'immigration du monde arabe.

Dès vendredi après-midi, des Egyptiens de Paris ont convergé vers l'ambassade d'Egypte en France: située dans le seizième arrondissement, rue d'Iéna. C'est devant cette ambassade (*) que les gens ont attendu la réaction officielle de la France aux événements. Une réaction qui a mis du temps à tomber. D'habitude si prompt à communiquer sur le moindre fait d'actualité, Nicolas Sarkozy a, cette fois, bien pris le temps de peser tous ses mots. Le service de com' de l'Elysée n'a envoyé le communiqué du Président que vers 19h30 aux médias – alors que d'autres dirigeants (Angela Merkel, par exemple) avaient, eux, réagi depuis longtemps. Entamées devant l'ambassade, les démonstrations de joie de la foule se sont ensuite poursuivies sur la grande pelouse de l'esplanade des Invalides. Jusque tard dans la soirée, les gens y ont chanté, dansé et brandi des drapeaux égyptiens.

Mais c'est surtout le lendemain, place de la République, que la liesse s'est exprimée. Dès le début de l'après-midi, un bon millier de manifestants ont convergé vers la grande place du onzième arrondissement, alors que des manifestations similaires se déroulaient à Bordeaux, Marseille, Toulouse ou Strasbourg. Youyous, musique et danse orientales, forêt de drapeaux: drapeaux égyptiens, tunisiens, mais aussi iraniens et, surtout, algériens. Car le slogan «Dégage!» a d'ores et déjà trouvé une nouvelle cible, à Paris comme ailleurs. «Boutef dégage!»: le Président algérien Abdelaziz Bouteflika, dont les nervis, au même moment à Alger, empêchaient la foule de manifester. «Boutef dégage!», «Algérien libre et indépendant!», «A bas Bouteflika, à bas les généraux, à bas le FLN!», «Algériens, nous sommes avec vous!», «Boutef ripoux!»: quelques-uns des slogans que l'on a scandés ou brandis sur les pancartes et les banderoles, samedi place de la République.

Nombre de manifestants s'en souvenaient, évidemment: il y a un mois à peine, sur la même place parisienne, des Egyptiens avaient crié «Moubarak, dégage!»  avec une identique énergie. Mais rares sans doute, parmi eux, auraient parié sur un changement aussi net et rapide dans leur pays d'origine. A qui le tour à présent? Demain à Alger comme hier au Caire?

 

(*) Ambassade dont ce matin encore, cela dit, le site web affichait toujours le portrait d'Hosni Moubarak, présenté comme le chef de l'Etat. Mais on imagine bien que le corps diplomatique de la nouvelle Egypte a d'autres chats à fouetter, plus urgents, que l'actualisation de pages d'accueil électroniques.

11/02/2011

Un déménagement?

Grosse agitation dans les milieux sportifs parisiens, en ce moment. Car, ce week-end, se joue le sort d'une institution du sport de la capitale française: Roland Garros. Dimanche, en effet, la Fédération française de tennis se prononce sur l'éventuel déménagement en banlieue du mythique stade de tennis de la porte d'Auteuil.

Pour faire court, «Roland», comme disent les gens (un peu) chics à Paris, se sent à l'étroit en bordure du Bois de Boulogne. Il estime que, pour pouvoir continuer à rivaliser avec les autres stades mondiaux des tournois du grand chelem, la superficie occupée par ses infrastructures doit passer de 8 à 14 hectares. Problème? Cela supposerait notamment d'empiéter sur le site contigu des Serres d'Auteuil, un magnifique ensemble architectural et botanique. Un site classé, et pour la sauvegarde duquel se sont mobilisés nombre de riverains, les Verts ainsi que quelques people (Françoise Hardy, etc.). Du coup, pour régler ces problèmes de place, c'est carrément la délocalisation de Roland Garros qui est envisagée. Trois sites ont remis un dossier à la Fédération de tennis: Marne-la-Vallée (où est déjà implanté Disney), Gonesse (près de l'aéroport de Roissy), et Versailles (dont la candidature, d'après les connaisseurs du dossier, tient la corde). En 1992 déjà, un gros débat avait eu lieu à Paris sur ce manque d'espace préjudiciable à Roland Garros, qui avait finalement reçu l'autorisation de s'agrandir.

Le maire de Paris bataille évidemment pour le maintien du stade à son emplacement actuel, et jure que c'est possible sans toucher à l'essentiel des Serres d'Auteuil. Les gros sponsors du tournoi parisien veulent eux aussi son maintien dans la capitale. Les stars du sport, elles, sont partagées.

Dans le camp des partisans du déménagement, outre Amélie Mauresmo, on trouve notamment Guy Forget («La proximité du château de Versailles serait un atout considérable»), Roger Federer («On a besoin de plus de place»), ou Lilian Thuram (qui, dans «Le Monde» d'hier soir encore, s'enthousiasmait pour la candidature de Marne-la-Vallée). En revanche, des sportifs comme Rafael Nadal ou Marion Bartoli n'imaginent pas un Roland Garros autre part qu'à Paris. C'est aussi le cas de Yannick Noah. Qui, ce matin, sur toutes les radios de France ou à peu près, jugeait inimaginable que des stars du tennis mondial puissent un jour devoir jouer «à Trifouillis-les-Oies», et non plus à Paris. Pour lui, «ce serait vraiment pas cool»..

Nous, en tout cas, en entendant au saut du lit le ton avec lequel l'ex-vainqueur de Roland Garros disait cela, c'était son parisianisme méprisant qu'on ne trouvait pas trop cool.

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Actualisation, dimanche

Le tournoi de tennis de Roland-Garros restera à Paris. La Fédération française de tennis a décidé dimanche matin du maintien du tournoi de Roland-Garros à Paris. La candidature de la capitale a obtenu la majorité des deux-tiers au vote de l'assemblée générale. (AFP)

10/02/2011

Une sobriété

microsjournalistes.jpgAujourd'hui, parlons un peu des journalistes et de Nicolas Sarkozy. Puisque, ce soir, c'est le grand soir (télévisuel) pour le Président. Qui, sur TF1, passe son «grand oral», comme on dit à Paris. Enfin, si tant est que convienne ce terme «grand oral», généralement associé au stress. Pas sûr que Nicolas Sarkozy aura à stresser ce soir. Puisque, en guise d'interlocuteurs, il n'aura face à lui que des Français probablement tétanisés et Jean-Pierre Pernaut: l'ineffable présentateur du 13 Heures de TF1, qui n'est pas connu pour être un extrême-gauchiste.

Au fond, Jean-Pierre Pernaut est-il de ces confrères qui se lèvent au moment où Nicolas Sarkozy pénètre dans le salon où l'attendent les journalistes qu'il a invités à sa conférence de presse? On pose la question, parce que, à l'Elysée l'autre jour, avec un sourire très très mi-figue, mi-raisin, Nicolas Sarkozy a entamé sa grande conférence de presse en se disant touché par les quelques journalistes qui s'étaient levés à son arrivée. Et en rassurant ceux qui étaient restés assis: la station debout n'est pas (encore?) jugée obligatoire à l'Elysée quand le Président paraît. On n'est pas (encore?) à la Maison Blanche – où la presse se lève à l'arrivée du Président, voire applaudit à la fin de sa prestation.

Et nous? Ce matin-là, si on avait eu le temps d'aller se montrer à ce grand raout médiatico-mondain, se serait-on levé à l'arrivée de Nicolas Sarkozy? Plutôt non, en fait.

Non pas qu'on soit un goujat. Mais une marque de politesse aussi ostensible nous semblerait inhabituelle au point de friser l'obséquiosité.

salutmilitaire.jpgTout comme, quand on couvre un meeting politique, on n'applaudit ni on ne hue un orateur. Tout comme on s'est toujours abstenu de militer dans un parti ou de signer une pétition. Tout comme on n'entamerait pas par un garde-à-vous une interview d'un haut gradé, à qui on ne donnerait pas du «Mon colonel», mais du «Monsieur», tout simplement. Tout comme ne nous viendrait jamais à l'idée de faire la bise à un(e) ministre, ou de partir à la plage à bord du jet privé d'un patron du CAC 40 dont on viendrait de publier le portrait.

En la matière, les soupçons de connivence entre la presse et les élites, les élites politiques singulièrement, sont tels – en France comme ailleurs – que la meilleure attitude, de la part des journalistes, nous semble être la plus grande sobriété, la plus parfaite réserve. On est là pour bosser. Pas pour les courbettes, ni pour l'affect.

09/02/2011

Un feu vert

C'est parti! Hier, le Conseil municipal de Paris a donné son feu vert au projet urbanistique (voir ici, en simulation icono notamment) qui, ces prochaines années, modifiera le plus visiblement la physionomie de la Ville Lumière – sans oublier, tout de même, l'immense rénovation du Forum des Halles, qui ne fait que commencer. Il s'agit de la «piétonisation» (partielle) des voies sur berges: cette interminable autoroute urbaine qui, depuis l'ère Pompidou, fait chaque jour longer la Seine par des dizaines de milliers de véhicules (4000 par heure, exactement).

Bertrand Delanoë a eu toutes les peines du monde à convaincre (vaguement) la préfecture de police et, derrière elle, l'Etat central. Qui craignent comme la peste que, rive gauche en tout cas, la limitation de la place accordée à la circulation en contrebas des quais reporte sur ceux-ci un trafic infernal, et donc d'inextricables embouteillages et une effarante pollution. Pour la même raison, la droite et les milieux d'affaires parisiens enragent. Hier encore, l'UMP a dénoncé «l’amateurisme» d’un «projet aux conséquences néfastes» et d'une majorité qui, à la marge, a modifié «dans l’urgence et dans la précipitation son projet», mais sans que les problèmes de report de circulation aient, selon elle, été réglés. La droite dénonce encore, outre un «gâchis financier» (près de 40 millions d'euros), «l'absence totale de concertation». La Ville, en revanche, fait état d'«un certain nombre de réunions publiques, d’ateliers, d’expositions», ainsi que d'une consultation via le web. Et d'un sondage, qui a montré que 71 % de la population approuvait cette grande réalisation, soit «un large plébiscite». Ce à quoi l'UMP a réagi en consultant à son tour les habitants du 7ème arrondissement (dont l'ex-ministre Rachida Dati est la maire): eux, en revanche, ont voté massivement contre le projet.

Bien sûr, le résultat de ces consultations est si prévisible qu'il en perd de son intérêt. Quand, dans les 1400 sondés du panel de l'Ifop, figurent 1100 Parisiens, il ne faut pas s'étonner que l'avis global ressortant de l'enquête soit favorable au projet, puisque la majorité des Parisiens ne sont pas motorisés. Et quand votent les habitants du si chic 7ème, il ne faut pas s'étonner que ce soit contre le socialiste Delanoë, puisque cet arrondissement est un bastion de la droite.

Mais cela montre, en tout cas, que si d'aventure la droite revenait au pouvoir à Paris aux prochaines élections municipales (2014), elle pourrait revenir sur cette réalisation, et rouvrir donc, en tout ou en partie, les voies sur berges aux voitures. Ce qui est certain, en tout cas, c'est qu'à Paris, on n'a pas fini d'en parler.

08/02/2011

Un passe-droit, ou pas

PériphPARIS.jpgEncore bravo. Quelques jours à peine après la publication d'un nouveau sondage confirmant la défiance grandissante des Français envers l'élite politique, un membre de l'entourage du chef de l'Etat est accusé d'avoir revendiqué et bénéficié d'un passe-droit.

 

Selon le quotidien régional (ici) qui a révélé l'affaire hier, à la fin janvier, un conseiller de Nicolas Sarkozy, fils d'un ancien ministre, a été flashé à 119 km/h alors qu'il était au volant d'une voiture du parc automobile de l'Elysée et qu'il circulait sur une route où la vitesse est limitée à 70 km/h. «Après avoir décliné son identité, il n'a pas hésité à faire valoir ses relations, auprès des gendarmes qui venaient d'effectuer le contrôle». Et leur a «bien fait comprendre qu'il serait préférable de classer l'incident». Il est donc «remonté le plus tranquillement du monde dans sa voiture et a continué sa route», échappant à une contravention de 135 euros et à la perte probable de 4 points de son permis de conduire.

 

Généralement, le quidam qui se retrouve dans pareille situation mais qui, lui, ne travaille pas à l'Elysée, ne bénéficie pas d'une telle mansuétude. On vient encore de le voir doublement à Paris.

 

Dimanche vers minuit, sur le pont de Bercy (12ème arrondissement), un jeune motard (28 ans) a été contrôlé à ... 169km/h (169!), au lieu des 50km/h réglementaires. Rattrapé par les agents de la brigade motocycliste, il a fait l’objet d’une procédure pour grand excès de vitesse et s'est vu immédiatement confisquer son permis de conduire comme sa moto. Vendredi dernier déjà, à la sortie du souterrain en direction de la porte des Ternes (17ème), où la vitesse est théoriquement limitée à 50 km/h, un automobiliste avait été surpris à 139km/h. Pas davantage de passe-droit pour lui: retrait immédiat du permis.

 

POLICIERParis.jpgChaque année, quelque 20.000 excès de vitesse sont verbalisés en région parisienne, dont environ 3000 sont supérieurs à 30km/h. Il est prévu d'augmenter le nombre de radars fixes tant sur le périph' (où l'on devrait en compter 16) que dans Paris intra-muros (10). En région parisienne comme dans l'ensemble du pays, les excès de vitesse sont, et de loin, la première cause de retrait de points du permis de conduire. Les autorités justifient cette sévérité par le fait que «les excès de vitesse, même petits, sont à l’origine d’un grand nombre d’accidents de la route et occasionnent des blessures plus graves pour les victimes. Pour preuve, 1% de baisse des vitesses moyennes équivaut à 4% de baisse des accidents mortels».

 

Peut-être faudrait-il envoyer cet argumentaire à l'Elysée.

07/02/2011

Un hommage, ou l'autre

Réunis en conseil municipal ces lundi et mardi à l'Hôtel de Ville, les élus parisiens vont reparler de la Tunisie. En effet, les alliés écologistes et communistes du maire, Bertrand Delanoë, proposent de donner à un lieu de la capitale (rue, place, etc.: à déterminer par la suite) le nom de Mohamed Bouazizi. Le 17 décembre, à Sidi Bouzid, ce Tunisien de 26 ans s'était immolé par le feu. Jeune diplômé sans emploi, reconverti dans la vente à la sauvette de fruits et légumes, il avait vu sa marchandise confisquée par la police. Son sort et son geste avaient ému la population de sa ville puis de son pays. Et avaient donné le signal de départ du mouvement de contestation qui emporta le Président Ben Ali et a ensuite essaimé dans le monde arabe.

Pour les partisans (ici) de la dénomination d'un lieu parisien en l'honneur de ce jeune Tunisien, il «est l'un des symboles tragiques de cette révolution, symptomatique de ces dizaines de Tunisiens qui ont malheureusement payé de leur vie leur combat pour la démocratie, la justice et la liberté». Mohamed Bouazizi pourrait même être comparé à Jan Palach, cet étudiant tchécoslovaque qui s'immola par le feu à Prague en janvier 1969, pour protester contre l'invasion de son pays, six mois plus tôt, par les chars soviétiques.

Si cette suggestion est adoptée par les élus parisiens, ce serait un fameux changement de ton de la part de la capitale. Car, lorsqu'il était maire de Paris (1995-2001), le RPR Jean Tiberi était une de ces nombreuses personnalités politiques françaises qui ne tarissaient pas d'éloges envers Ben Ali. L'atteste, par exemple, le discours (ici) qu'il prononça quand il reçut l'autocrate tunisien à l'Hôtel de Ville, en 1997. Jean Tiberi crut bon de rendre hommage à son «autorité» et sa «grande sagesse», à sa «politique de modération et d’équilibre». Ce qui a «permis à la Tunisie d’être un exemple de stabilité et de s’imposer dans le concert des nations», ce qui a fait naître le «miracle tunisien». Suivit cette louange qui vaut son pesant d'or – ou de plomb – s'agissant d'un pouvoir ayant toujours réprimé l'expression de la moindre opposition: «Nos pays respectifs ont fait, l’un et l’autre, la preuve que la vraie richesse d’une nation réside dans la qualité de ses citoyens et dans sa capacité à leur permettre d’exprimer le meilleur d ‘eux-mêmes». Ou cet autre hommage: «La Tunisie, comme la France, a œuvré pour un monde d’entente et de liberté».

Si effectivement, demain, un lieu de Paris est baptisé en hommage à Mohamed Bouazizi, Jean Tiberi s'affichera-t-il à la cérémonie d'inauguration de la plaque commémorative en l'honneur d'une des innombrables victimes du tyran qu'il encensa jadis?

04/02/2011

Un fléau

métrométro.jpgLe métro de Paris, si on s'y est toujours senti en sécurité – nous, en tout cas – , n'est pas, pour autant, le pays de Candy – ou celui des bisounours, comme on veut. Manifestement, de temps à autres, il est fréquenté y compris par des gens qui ont vraiment des problèmes. Pour preuve, cet appel que vient de lancer la préfecture de police de la capitale. Appel à l'attention de témoins et de victimes de faits survenus dans des stations de métro de l'Est parisien. Cet appel dit ceci.

«Suite à une série d’agressions sexuelles survenues (...) dans les stations «Saint-Ambroise», «Rue Saint-Maur», «Oberkampf», «Gambetta» et «Daumesnil», la préfecture de police recherche d’éventuelles victimes. Le mode opératoire était le suivant. L’agresseur repère les femmes qui ont entre 25 et 30 ans, les suit lorsqu’elles rentrent dans la station, profite de leur passage aux lignes de contrôle des titres de transport pour arriver derrière elles, passer sa main sous leur jupe et pratiquer des attouchements, avant de prendre la fuite».

Que peut-on encore ajouter à cela?

Peut-être citer quelques chiffres, émanant de la même source, et qui renvoient à la lâcheté qu'on évoquait l'autre jour dans ce blog: celle des agresseurs qui, dans les transports parisiens ou partout ailleurs, s'en prennent à des femmes. Pour rappel, en 2010, la lutte contre les violences faites aux femmes avait été érigée «grande cause nationale» en France. Ces chiffres, cependant, confirment que, malgré cette mobilisation, ce fléau n'a globalement pas régressé: pas massivement, en tout cas.

Ainsi, l'an dernier en région parisienne, 679 dossiers d'agressions sexuelles contre des femmes ont été traités par les autorités; il y en avait eu 755 en 2009. 3 242 vols avec violences ont été enregistrés contre des femmes: à peine 200 de moins que l'année précédente. Des femmes qui ont aussi porté plainte à 116 reprises pour violences volontaires (122 en 2009), et à 382 reprises pour vols à main armée (381). Enfin, «s’agissant des violences intrafamiliales, 20 homicides et tentatives (12 en 2009) ont été portés à la connaissance de la PJ et autant de viols commis à l’encontre de femmes (17 en 2009)».

métrofemmes.jpgDepuis l'été 2009 à Paris (mais sans doute ailleurs en France aussi), des «brigades de protection des familles» ont été créées au sein des services policiers dits «d'investigation de proximité». 270 policiers composent ces brigades, qui intègrent aussi des agents appelés «référents violences conjugales»: ils sont chargés d'«apporter un soutien privilégié aux victimes de ces infractions et de les orienter vers les dispositifs associatifs et institutionnels de prise en charge les mieux adaptés».

Mais, comme fait bien de le rappeler la préfecture, malgré ce dispositif et les autres lieux d'accueil et d'aide, l'un des problèmes récurrents posés par ces violences, familiales et conjugales notamment, exercées contre les femmes, c'est '«la difficulté qu’ont les victimes à déposer plainte, certaines ne souhaitant y compris pas donner suite à ces agressions même non isolées».

03/02/2011

Une pratique

Cela s'appelle du «name dropping». La pratique qui consiste à lancer des noms dans l'opinion. Sans les accuser précisément, mais en insinuant des choses. Finalement, c'est un peu ce qu'a fait hier «Le Canard enchaîné» – qui, d'habitude, est mieux inspiré, trouve-t-on. Il a lâché quelques noms de grandes figures de la presse parisienne. Qui, disait-il, ont souvent été vues dans la Tunisie de Ben Ali, aux côtés de businessmen proches du tyran. Certains de ces journalistes auraient même, à l'époque, fait des affaires avec ces amis du régime déchu: des investissements dans l'immobilier, par exemple.

Le problème n'est pas tant que des journalistes soient victimes d'un tel «name dropping». Il n'y a, bien sûr, aucune raison que les journalistes soient les seules personnalités à ne pas devoir rendre des comptes s'il apparaissait qu'ils ont bénéficié des faveurs indues d'un autocrate ayant puisé largement dans les caisses de son pays. Le problème, c'est cette pratique même du «name dropping». On ne voudrait pas donner l'impression de donner des leçons – qui serait-on pour en donner? –, mais, quand on est journaliste, nous semble-t-il, tant qu'on n'a pas les preuves de ce que l'on insinue, on ne lance pas des noms comme cela, dans l'opinion. Soit on a des infos compromettant des personnalités, journalistes ou pas, et on les lâche. Soit on n'en a pas, pas encore ou pas assez, et, tant qu'on n'a pas réussi à en obtenir suffisamment, on se tait. Sous peine de risquer non seulement de salir des individus, mais aussi, par ricochet, de semer le doute sur la moralité de leur profession.

Or, il serait injuste que le «name dropping», visant des journalistes, en arrive à dégrader encore un peu plus l'image déjà négative de cette corporation dans l'opinion, en France et ailleurs. Certes, comme dans toutes les professions, il y a des journalistes qui dérapent: qui sacrifient l'éthique à leurs profits personnels. Mais, à côté de ces quelques moutons noirs, à dénoncer et à sanctionner, il y a tant et tant de journalistes qui tentent chaque jour de faire correctement leur (difficile) boulot: sans passe-droits ni cadeaux de qui que ce soit. Et il y en a même qui paient chèrement le simple fait d'exercer leur profession: on l'a encore vu hier avec ces confrères qui, en Egypte, ont eu de gros ennuis simplement parce qu'ils faisaient leur métier d'informer.

Hier aussi, au passage, cela a fait très exactement 400 jours que Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière (ici), les deux confrères de France 3, ont été enlevés en Afghanistan.

02/02/2011

Un moral (assez moyen)

toutvabienporte.jpgIl y a une bonne âme en ce moment, dans notre quartier du onzième arrondissement. Quelqu'un qui, aux alentours de la rue Saint-Sébastien, un peu partout sur les murs, colle des affichettes assurant le passant que «Tout va bien». Ou, variante, que «Tout va bien se passer». Sans doute cette bonne âme pense-t-elle que le Parisien moyen est exagérément pessimiste, anxieux et/ou déprimé, qu'il a besoin d'être un peu rassuré, qu'un petit message amical de la sorte ne lui fera pas de mal. Charmante attention.

«Tout va bien se passer», en cette nouvelle année? Les Français n'en semblent pas massivement convaincus. Selon une enquête de l'institut Ifop réalisée les premiers jours de janvier – dont on n'avait pas encore eu l'occasion de parler dans ce blog, donc c'est le moment ou jamais –, une courte majorité de sondés (52%) se déclarent optimistes pour eux et leurs enfants. Mais, parmi eux, seuls 8% se disent très optimistes. Et 48% des Français, ce qui n'est tout de même pas rien, s'avouent pessimistes.

Sans surprise, les plus confiants en l'avenir sont les moins de 35 ans (69% d’optimisme), les 18-24 ans surtout (76%). Alors que les moins optimistes se retrouvent parmi les plus de 65 ans (40%), les retraités (40%) et les ouvriers (46%). Les habitants de la région parisienne sont proportionnellement un peu plus optimistes (57%) que la moyenne nationale des Français. Autre enseignement de cette étude, les hommes sont un rien plus confiants en l'avenir (55%) que les femmes (49%).

toutvabiensepasser.jpg52% de Français optimistes cet hiver, au total, c'est mieux (+8) que cet été. Mais, note l'Ifop, «en dépit de cette amélioration de l’optimisme, la confiance accordée par les Français au gouvernement marque un fort reflux, et ce dans tous les domaines étudiés». Qu'il s'agisse de la lutte contre le chômage ou contre l'insécurité, de la protection de l'environnement, de l'intégration des personnes issues de l'immigration, de l'augmentation du pouvoir d'achat ou de la baisse des impôts, «il n’existe plus aujourd’hui de sujet pour lequel les personnes interrogées font montre d’une confiance majoritaire» envers la majorité de Nicolas Sarkozy.

Majorité qui n'a donc plus que quinze mois, d'ici aux élections présidentielles du printemps 2012, pour se refaire une santé.

01/02/2011

Un marronnier

A Paris comme ailleurs, décidément, il y a des débats qui n'avancent pas. Des questions qui, d'année en année, reviennent sans qu'on n'arrive visiblement à les trancher. Ces marronniers, comme on appelle en journalisme les sujets tarte à la crème si lassants à force de revenir tout le temps, valent y compris pour les questions a priori les plus anecdotiques. C'est ce qu'on se disait pas plus tard que dimanche après-midi. A la terrasse d'un café, place de la Bastille. Où, en plein soleil et grâce aux rayonnements d'un braséro, on se réchauffait au coin d'un chocolat bouillant – ridiculement cher, bien sûr: on est Paris.

Chaque hiver dans la capitale française, cela ne rate pas: on reparle de l'interdiction éventuelle des chauffages de terrasses au gaz. Ces parasols chauffants, en effet, sont très énergivores et grands émetteurs de gaz à effet de serre. Il y a trois ans déjà (ici), dans ce blog, on avait évoqué un projet de les interdire. Trois ans plus tard, a-t-il été confirmé dernièrement, les élus parisiens s'apprêtent seulement à en débattre. Mieux vaut tard que jamais, sans doute.

Pour la mairie, il n'y a pas photo. Ces braséros doivent disparaître, car «ils polluent énormément, sont nocifs pour les personnes, et ne sont pas cohérents avec le plan parisien de réduction des émissions de gaz à effet de serre». «Chauffer l'extérieur, c'est absurde et stupide!», résument les Verts. Mais, sur les 15.000 cafetiers et restaurateurs que compte Paris, 9.000 ont des terrasses. Qui sont bondées à longueur d'année mais qui, craignent-ils, seront désertées l'hiver si on supprime ces braséros si confortables pour les clients. Le syndicat des cafetiers veut donc (ici) «disposer de cinq ans pour se mettre en conformité» avec une éventuelle interdiction.

On serait prêt à parier qu'en janvier 2012, il sera toujours possible, le dimanche après-midi à Bastille ou ailleurs dans Paris, de siroter cafés et autres chocolats en terrasse, à l'ombre douillette de ces fameux parasols chauffants.