09.03.2011
Un procès, ou un autre
A Paris, il y a des procès qui, même s'ils tournent en eau de boudin, mobilisent la grosse artillerie judiciaire, politique et médiatique. Il y en a d'autres qui, en revanche, donnent un peu l'impression de vouloir être expédiés en catimini: comme si l'on voutait éviter que trop de bruit soit fait autour d'eux. On en a une belle illustration cette semaine. Lundi et mardi, au Palais de Justice, ce fut le tumulte autour du (faux départ du) procès de Jacques Chirac. Ces mercredi et jeudi, au même endroit mais avec beaucoup moins de raffut, est jugé un fait divers dramatique, qui, à l'époque, avait choqué l'opinion parisienne.
C'était dans la nuit du 25 au 26 août 2005. En pleine torpeur estivale. Boulevard Auriol, dans le treizième arrondissement, s'embrasait subitement un immeuble vétuste. Dans lequel s'entassaient 130 Africains en attente, depuis des années, d'un relogement dans une habitation plus décente. Dans les flammes, en quelques minutes, périssaient 17 personnes dont 14 enfants. Trois jours plus tard, dans le Marais cette fois, partait en fumée un autre immeuble miteux. Dans lequel, pareillement, (sur)vivaient des Parisiens d'origine africaine: 7 morts. Trois mois plus tôt, déjà, dans le neuvième arrondissement, 25 personnes, tout aussi précarisées et majoritairement d'origine étrangère, avaient péri dans l'incendie de l'«Hôtel Paris Opéra», où elles avait été placées dans l'attente d'un meilleur logement.
Cinq ans après la catastrophe du boulevard Auriol, son procès s'ouvre ce mercredi. Après «une enquête baclée» selon les familles des victimes: l'incendie n'a jamais été élucidé. «Un procès tronqué», dénoncent-elles aussi. Moins de 48 heures de débat, pour le procès d'un problème aussi vaste à Paris que le mal-logement. Moins de deux jours de procès, pour 17 morts dont 14 enfants.
11:23 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : logement, justice, social, pauvreté, étrangers, paris




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