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31/03/2011

Un engouement (déclinant)

cheques_2678948.jpg«La suppression du chèque n’est pas une option aujourd’hui». Dixit hier la ministre de l'Economie, Christine Lagarde. A qui vient d'être remise une étude confirmant que ce moyen de paiement restait très utilisé par les Français. Le chiffre a de quoi donner le tournis: en 2009 en France, premier pays utilisateur de chèques en Europe, 3,3 milliards de chèques ont été émis!

Dans des pays comme la Belgique, où le chéquier a quasiment disparu, l'engouement persistant des Français pour le chéquier a toujours été un sujet d'étonnement, voire d'amusement. Deux petites remarques.

La première, tirée de notre humble expérience personnelle. Autant, quand on vivait en Belgique, on n'a jamais eu le moindre chéquier, autant, depuis dix ans qu'on habite en France, on y est devenu assez accro. C'est vraiment pratique pour toutes ces dépenses qu'on ne peut régler par carte bancaire et dont on ne peut prévoir le montant exact à l'avance, et donc se munir du liquide ad hoc: la consultation chez le médecin ou à l'hosto, la visite à domicile d'un plombier ou d'un réparateur, etc. Très pratique aussi quand on doit envoyer un paiement par courrier: en France, les virements bancaires sont infiniment plus compliqués et coûteux à faire qu'en Belgique, où ils sont monnaie courante.

La seconde remarque est tirée des chiffres. On l'ignore souvent à l'étranger, mais, d'année en année, les Français utilisent tout de même de moins en moins le chèque. Cela ne date pas d'hier. Dès 2003, le nombre de transactions par cartes bancaires a dépassé celui des opérations par chèques. On est donc loin des années 80, où 70% des transactions en France se faisaient par chèque. Aujourd'hui, attestent les statistiques de la Banque centrale européenne, le chèque n'intervient plus que dans 19% des transactions dans ce pays, contre 40% pour les cartes, 21% pour les virements, et 19% pour les prélèvements.

Cela dit, si l'utilisation du chèque décline en moyenne de 5% chaque année en France, toucher à ce moyen de paiement relève encore largement du tabou. Pour preuve, cela fait vingt ans au moins que, tel un serpent de mer, revient, avant de disparaître aussitôt, le projet de rendre payante l'utilisation des chèques. Jamais, cependant, une banque n'a osé franchir le pas. Et ce n'est pas demain qu'un parti politique préconisera la fin de la gratuité de ce moyen de paiement.

30/03/2011

Un «esprit d'équipe»

Elle est décidément impayable, cette grande campagne de pub que l'on voit un peu partout, à Paris en ce moment: sur d'innombrables panneaux d'affichage du métro, en doubles pages dans tous les grands journaux, etc. Le slogan? «Rien n'est plus beau que l'esprit d'équipe». Le visuel? Selon les déclinaisons de la campagne: une brigade de valeureux pompiers, un groupe de médecins et d'infirmières, un quatuor de petites filles en tutus apprenant la danse classique, etc. Le message subliminal? On se serre les coudes, on s'entraide, on se vient en aide mutuellement, c'est parce qu'on est tous unis qu'on est plus forts, et bla bla blaaa. Ce que souligne le deuxième slogan de la campagne: «Développons ensemble».

Qu'y a-t-il donc d'impayable à cela? L'annonceur. C'est la Société Générale: la SOC GEN, la grande banque française.

Il y en a un qui, en ce moment, en voyant cette campagne de pub, doit hésiter entre éclater de rire ou fondre en larmes: Jérôme Kerviel. Lui qui eut tant le loisir d'expérimenter combien «rien n'est plus beau que l'esprit d'équipe». L'an dernier, au moment du procès retentissant de ce jeune trader, tout comme quand éclata le rocambolesque scandale portant son nom, il ne trouva personne, lui, au sein de cette banque. Personne, parmi ses collègues d'hier, pour l'épauler. Personne, parmi sa hiérarchie de l'époque, pour endosser ne serait-ce qu'une infime partie des responsabilités de la perte de 4,9 milliards que ses placements hasardeux causèrent à la SOC GEN. C'est tout seul qu'il dut faire face à la justice. Et c'est lui seul qui dut payer, au moment du jugement. Qui paya le maximum, en plus.

C'est sans doute cela, cet «esprit d' équipe» que vante aujourd'hui, avec tant de tapage, la grande banque française. Encore bravo.

29/03/2011

Un grand vide

shadock.jpgPour compléter et achever cette évocation des dix ans de règne de la gauche à Paris, cet avis de l'opposition sur le bilan de Bertrand Delanoë. Comme on a pu le lire l'autre jour dans une tribune dans «Le Figaro», signée par le ministre et conseiller de Paris Pierre Lellouche, ce n'est que du bout des lèvres que la droite crédite le maire de quelques réussites. «Des initiatives nouvelles ont été prises, telles que le tramway ou Vélib', qui ont ouvert des perspectives en matière de transport urbain». Et «la convivialité (a été) accrue dans notre ville, par l'instauration notamment de rendez-vous festifs dont l'exemple le plus notoire est Paris-Plages». Mais, pour le reste, tout serait à jeter.

La propreté? «Très médiocre». La gestion financière? «Tout sauf optimale». L'urbanisme? «Des caprices tels le chantier pharaonique des Halles», et «des dépenses mégalomanes». Sans oublier une «politique antivoiture idéologique» et «l'absence totale d'une réflexion sur le développement économique de notre capitale». Conclusion (ici)? Delanoë, ce sont «dix ans, dix flops»  –  et peu importe que les sondés parisiens ne soient pas de cet avis.

Ce sur quoi la droite parisienne ne s'étend pas, c'est sur l'énorme vide que l'on peut constater en son sein, dix ans après le basculement à gauche de la capitale. En effet, à ce jour, Bertrand Delanoë n'a, face à lui, toujours pas la moindre personnalité de l'opposition faisant l'unanimité dans son camp et donc susceptible d'incarner l'alternance.

Françoise de Panafieu, l'adversaire malheureuse du maire aux dernières municipales? Disparue de la circulation parisienne: en attente d'être recasée à l'échelon national – on parle d'elle pour le futur poste de Défenseur des droits. L'ex-Garde des Sceaux Rachida Dati? Ce n'est pas demain qu'elle arrivera à faire l'unanimité. Le député-médecin Bernard Debré? Pareil. La ministre de l'Economie Christine Lagarde? On en a parlé, un moment, et puis on n'en parle plus du tout. Jean-Marie Cavada, l'ex-star de la télé ? Disparu de la circulation, lui aussi. Le ministre Pierre Lellouche? Il a déjà eu toutes les peines du monde à entrer au gouvernement... Sa jeune collègue des Sports, Chantal Jouanno? Pas sûr qu'elle soit très connue à Paris en dehors du microcosme politico-médiatique.

clown.jpgDu coup, pour (tenter de) faire oublier (un peu) ce vide abyssal, l'UMP en est réduite à agiter régulièrement l'épouvantail sarthois du Premier ministre François Fillon. Et, en attendant, la régence des troupes sarkozystes parisiennes est assurée par l'ex-ministre des Sports Jean-François Lamour. Qui est le seul toléré par ses pairs pour cet interrègne, parce qu'il semble évident qu'il ne s'imposera jamais comme rival de Bertrand Delanoë.

Ce dernier donc, en dix ans, a fait le vide face à lui. Pratiquement, cela n'améliore en rien le vécu quotidien des Parisiens. Mais, politiquement, ce n'est pas le moindre des acquis du maire de Paris.

28/03/2011

Un satisfecit

Ne reparlons pas des élections cantonales: le taux d'abstention astronomique enregistré à nouveau hier a encore confirmé que les Français eux-mêmes n'en avaient pas grand-chose à faire. Parlons d'une élection qui, en revanche, à l'époque, avait passionné le pays, elle. Et d'un scrutin dont on vient de fêter l'anniversaire. C'était le 18 mars 2001. A la suite des élections municipales, Paris basculait à gauche pour la première fois de son histoire. Le socialiste Bertrand Delanoë s'installait dans le fauteuil de maire, mettant un terme à 25 ans de chiraquie.

Dix ans plus tard, l'intéressé a fêté très discrètement cet anniversaire. Pas de cérémonie ni de flonflons: à peine un édito dans la gazette municipale. Le maire y «mesure tout ce qui reste à faire» dans la capitale, reconnaît que «trop de Parisiens doutent et souffrent» encore aujourd'hui, convient que «plus que jamais», il est nécessaire «que Paris retrouve une certaine humanité».

Début mars, un sondage Ifop a indiqué que les Parisiens lui donnaient globalement satisfectit pour ses dix ans d'action. Sa gestion est saluée par 67% des sondés – et y compris par 42% des électeurs de droite. Avec, toutefois, quatre points noirs, jugés majoritairement insatisfaisants: le logement, la circulation, la sécurité et la propreté.

En tant que Parisien moyen, on est plutôt d'accord avec ce constat. Hormis peut-être en ce qui concerne l'insécurité, qu'on ne ressent pas vraiment au quotidien – mais on vit dans un quartier central relativement aisé, et donc assez tranquille. Et hormis en ce qui concerne les embarras de circulation; on n'a pas trop d'avis sur la question vu qu'on est mauvais juge: non-motorisé, comme la majorité des Parisiens. On est plutôt d'accord avec cette évaluation sondagière, à ceci près qu'une grande absente manque, à nos yeux, dans cette liste de choses à améliorer.

C'est, au quotidien, ce qui a le plus ostensiblement empiré ces dix dernières années à Paris. Mais sans doute est-ce aussi le cas dans d'autres grandes métropoles du monde et, assurément, il serait injuste de l'imputer au seul Bertrand Delanoë: l'Etat central est le premier concerné. Cet échec si ostensible, cette horreur si présente en permanence à la vue de n'importe quel Parisien un minimum attentif à ce qui se passe autour de lui, c'est, évidemment, la pauvreté.

25/03/2011

Une expérience

électionscantotox.jpgOn vote en France dimanche. C'est le second tour des élections cantonales. Si l'on en croit les sondages, le FN en sortira renforcé. Mais faut-il vraiment prendre ces enquêtes d'opinion pour argent comptant? On n'en a jamais été trop sûr. Et, au vu de la petite expérience qu'on a faite l'autre jour, on n'en est pas davantage certain.

On était au bureau, lorsque le téléphone sonnait. Au bout du fil, un enquêteur de la Sofres, qui effectuait un sondage d'intentions de vote sur, précisement, ce second tour des cantonales. On n'avait pas que cela à faire. On ne brûlait pas spécialement d'envie de s'exprimer sur le sujet. Mais on se pliait au jeu. En se disant que notre jeune interlocuteur devrait sans doute, ce jour-là, se taper des dizaines de coups de fil similaires pour un salaire probablement pas mirobolant, et donc qu'on pouvait au moins lui rendre service. Cependant, on n'a pas été très convaincu par l'expérience. Quelques exemples.

On était d'abord prié d'indiquer notre intérêt pour ce scrutin. En choisissant entre plusieurs réponses: de mémoire, «très intéressé», «plutôt intéressé», «plutôt pas intéressé», «pas du tout intéressé», etc. On faisait remarquer que professionnellement, en tant que journaliste, oui, on était intéressé par la chose. Mais que, personnellement, on ne l'était pas du tout, puisque les Parisiens ne votent pas, dimanche – Paris a un statut départemental particulier. «Oui, mais deux réponses, ce n'est pas possible: vous devez en choisir une seule», s'entendait-on répondre. On coupait donc la poire en deux, tout en se disant que ce compromis reflétait assez imparfaitement notre sentiment. Autre question: on devait préciser pour qui on allait voter dimanche. On répétait qu'en tant que Parisien, on n'était pas appelé aux urnes. «Oui, mais il me faut une réponse», objectait notre sondeur. Qui nous suggérait donc d'indiquer pour qui on aurait voté. On s'exécutait, mais, là encore, on trouvait que cela n'avait pas grand sens. Autre question, encore: notre avis sur l'enjeu qui va motiver l'électeur moyen dimanche, dans l'isoloir: enjeu local ou enjeu national? En tant que journaliste, on savait bien que la réponse devait être nuancée: selon le type d'électorat, l'accointance politique, la région, etc. Mais, en tant que sondé, on n'avait pas le choix: il fallait répondre blanc ou noir, national ou local. Là encore, on obtempérait, mais sans davantage trouver notre réponse très représentative de notre sentiment. Et ainsi de suite.

Au bout de dix minutes, notre sondeur prenait congé. Manifestement ravi du travail accompli: un répondant de plus, au suivant. On se replongeait dans la rédaction de notre article du jour. Tout en se disant que, tout de même, pour la validité de ce sondage, la Sofres avait intérêt à ce que les 999 autres sondés de l'échantillon soient, eux, plus convaincus que nous par leur prestation.

24/03/2011

Un fiasco

On évoquait le métro de Paris hier, au passage de la note du jour. Mais ici cette semaine, en matière de transports publics, c'est le train de banlieue qui fait l'actualité. Et plus spécialement, la ligne H de la SNCF, qui dessert la grande banlieue Nord de la capitale française. C'est sur cette ligne que, depuis décembre 2009, des rames flambant neuves remplacent progressivement les fameux «petits gris»: ces trains en tôles ondulées d'acier inoxydable, qui datent des années 60 – on a déjà parlé de cela dans ce blog: ici. Les banlieusards concernés attendaient énormément de ce nouveau matériel. Ce train «Francilien» (là) n'était-il pas décrit comme «extra large, boa et ultramoderne, conçu spécialement pour la problématique du réseau SNCF très chargé en Ile de France»? «Francilien, votre quotidien prend des couleurs!», disait même le slogan de sa campagne de com'. Tu parles. L'affaire est en train de tourner au fiasco, a-t-il été confirmé en début de semaine.

Lundi, en effet, le constructeur de ces nouvelles rames, le groupe canadien Bombardier, a carrément annoncé la suspension temporaire de leur livraison à la SNCF. Car les exemplaires qui ont graduellement été mis en circulation sur la ligne H fonctionnent de manière... catastrophique. Ils accumulent tant et tant d'avaries que les voyageurs subissent des retards encore plus importants qu'à l'époque des «petits gris», pourtant si vieux et poussifs...

Lundi, les PDG de Bombardier France et de la SNCF ont étés convoqués à la présidence de la Région. Après avoir reçu un savon, ils ont dû s'engager à s'activer pour trouver au plus vite l'origine de ces dysfonctionnements (électroniques, semble-t-il). Afin que puisse reprendre le plus vite possible la livraison de ce nouveau matériel roulant. Dans l'immédiat, des «petits gris» qui avaient été retirés de la circulation vont devoir être remis en service. Du coup, les médias ici font leurs choux gras de ce fiasco. «Le beau projet de "TGV des banlieues" se transforme en cauchemar», entendait-on ainsi, l'autre matin, sur une radio.

Encore bravo.

23/03/2011

Une quasi-absence (encore)

planderue.jpgParlons un peu des femmes, aujourd'hui. Puisque, ce mercredi, il y a cinq ans jour pour jour, le Parlement français approuvait définitivement une grande «loi sur l'égalité salariale entre les hommes et les femmes». Cinq ans plus tard, comme nul ne l'ignore, cette égalité n'est toujours pas de mise, loi du 23 mars 2006 ou pas. Ce qui n'a pas empêché les députés de la majorité, hier, de voter une résolution sur l'égalité entre les deux genres.

Ce texte réitère une série d'engagements très généraux: de la lutte contre l'inégalité des rémunérations, à l'encouragement de la présence des femmes à des postes de responsabilités, en passant par la réaffirmation «du caractère inadmissible des violences faites aux femmes». Cette résolution n'a pas force de loi; ce n'est qu'un voeu formulé par le Parlement. L'opposition a refusé de voter cela. A ses yeux, ce texte n'est qu'un cache-sexe dissimulant mal l'«échec» de la politique de la droite en matière d'égalité hommes-femmes. En outre, comme l'a fait remarquer une députée du Parti de gauche, le simple fait «que les législateurs votent une résolution pour appliquer la loi risque de ne pas redonner confiance à nos concitoyens» envers la politique...

La dernière fois qu'on avait parlé des femmes dans ce blog (ici), c'était pour noter, de manière plus anecdotique, la quasi-absence, à Paris, de stations de métro portant un nom de femme. On s'était alors demandé si cette mâle hégémonie à la RATP ne reflétait pas une autre domination masculine: celle de la toponymie de la capitale, qui honorerait davantage d'hommes que de femmes. Depuis, on a eu confirmation de cette intuition. En feuilletant par hasard, l'autre jour dans le métro, un quotidien gratuit qu'on avait trouvé sur un strapontin, abandonné par un voyageur.

«Nom de rues: la parité est à côté de la plaque», était titré ce papier (consultable ici: en page 6). Qui donnait des chiffres précis. En 2011, sur les 6.365 rues que compte la capitale, seules 166 portent le nom d'une femme, soit 9%. Mais c'est trois fois mieux qu'il y a quinze ans. Et «la mairie se mobilise pour combler ce retard». On laissera les lectrices de "Paris Libre" juger si c'est une bonne nouvelle ou si c'est complètement accessoire.

22/03/2011

Un grand basculement (4)

La TNT, suite et fin. Bouclons ce sujet en parlant de ce qui devrait être l'essentiel: le fond, les programmes de cette vingtaine de chaînes gratuites dont bénéficient à présent 12 millions de Parisiens et de banlieusards – du moins, quand la technique le veut bien. On en a vite fait le tour.

De la pub, de la pub de la pub. Des clips. Des jeux. Des talk-shows directement pompés de la télé américaine. Des caméras cachées idem venues d'outre-Atlantique. Des films déjà vus et revus. Du fait divers – à la Hondelatte: des «Faites entrer l'accusé» du pauvre. Des dessins animés. Des séries américaines vieillottes («Dead Zone», «Stargate SG1», etc). Et des séries françaises si improbablement franchouillardes qu'elles en deviennent involontairement comiques; la palme revenant à «Commissaire Valence» – Bernard Tapie en flic: ahlalaaaa, la fiction française... On ne risque pas de passer davantage de soirées devant la télé.

Tout, cependant, n'a pas l'air d'être à jeter. Trois chaînes d'info continue: c'est pratique quand on rentre du boulot trop tard pour les grands JT du soir – mais elles sont si répétitives, et contiennent tant de pubs et de bulletins météo... Deux chaînes parlementaires, mais elles ont l'air très très bavardes. France 4: pourquoi pas. France 5 qui ne partage plus son canal avec Arte: bien.

Et France Ô, la télé publique des DOM-TOM. Là, on est ravi. Un peu de couleur, un peu d'air! Car, et c'est le principal reproche qu'on lui ferait, cette TNT est si désespérément hexagonale, si platement franco-française. Sur la vingtaine de chaînes gratuites proposées au téléspectateur, pas une n'est en langue étrangère. Normal, sans doute, pour une audience française encore si souvent unilingue. Mais, si la télé est «une merveilleuse fenêtre ouverte sur le monde», comme il se dit parfois, là, avec la TNT, c'est raté:on n'y trouve même pas TV5 ou France 24.

Au total? La TNT «va provoquer trois phases chez le public: une euphorie, puis une déception, et enfin une habitude», avait prophétisé Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy. Nous, on a pris de l'avance: on a déjà zappé le premier stade.

21/03/2011

Un grand basculement (3)

TousauNUMERIQUE.jpgAprès la séquence de la semaine dernière entièrement consacrée au nucléaire, on reprend la chronique, plus anecdotique, de la vie à Paris. En revenant sur ce basculement vers la télé numérique que, le 8 mars, ont vécu 12 millions d'habitants de la région parisienne. Une dizaine de jours plus tard, on en est déjà revenu, nous, de cette TNT. Une calamité, n'est-on pas loin de penser. Et encore, sans parler du fond (on y reviendra): juste de la forme, de la technique - visiblement pas au point.

La qualité de l'image? Qui était censée préparer la télé HD (haute définition)? Une pitié. Quasiment en permanence, elle comporte des stries ou zébrures pixellisées. Pas rarement, l'écran est totalement pixellisé, le programme devenant du coup invisible. Le confort sonore? Très relatif. Les pixellisations s'accompagnent systématiquement d'une métallisation assez insupportable du son, quand le programme n'est pas carrément inaudible. La fiabilité de la technique? Risible. Rien qu'en dix jours, on a eu droit à une collection assez impressionnante d'avaries. Chaînes inaccessibles temporairement ou pendant des soirées entières alors qu'au même moment, d'autres chaînes fonctionnent parfaitement. Chaînes qui fonctionnement très bien puis qui, sans crier gare, se déconnectent subitement, affichant un «Pas de signal!» on ne peut plus agaçant. Télécommande du décodeur fréquemment inopérante: on a beau appuyer sur n'importe quelle touche, même la touche arrêt, rien ne se passe, ne reste plus qu'à débrancher puis à rebrancher l'appareil en espérant que cela aille mieux après, ce qui n'est pas forcément toujours le cas. Et on en passe.

Les autorités et les médias se réjouissant à l'unisson du «grand succès» du passage de la région parisienne à la TNT, on s'est dit qu'on n'avait juste pas de chance: que, peut-être, il y avait un gros problème de réseau dans la rue ou dans l'immeuble. On s'est donc renseigné. Et bien non, pas du tout: officiellement, tout va bien. .

Ce qui n'a pas empêché TF1, l'autre soir, de diffuser, dans un JT de 20 Heures, un petit sujet consacré à ces «plusieurs milliers de foyers» qui, en France, depuis leur basculement au numérique, sont confrontés aux mêmes problèmes que nous. Problèmes qui, si on a bien compris, dériveraient du réseau, de l'antenne télé collective, et/ou du câble reliant celle-ci aux prises télé dans les logements. Et qui, pour être résolus, nécessitent la visite d'un antenniste (facturée quelques centaines d'euros), à moins que l'on préfère l'installation d'une parabole (idem).

Encore bravo.

18/03/2011

Une surveillance

Une semaine jour pour jour, ce vendredi, que les événements dramatiques au Japon replongeaient la terre entière, la France y compris, dans, à tout le moins, l'interrogation à propos du nucléaire. Une énergie qui est surveillée également en dehors des centrales atomiques. Et y compris au coeur de Paris et de sa banlieue. Le montre bien le chapitre que le rapport annuel de l'Autorité de sûreté nucléaire (l'ASN, dont on parlait hier) consacre à la capitale française et à sa région.

Aucune centrale nucléaire n'est située à Paris – on ne voit pas très bien où on trouverait la place d'en construire une ... – ni dans sa banlieue. Pour autant, ils ne chôment pas, les 22 agents de la division parisienne du «gendarme du nucléaire» français. En effet, leur incombe la surveillance d'innombrables activités qui sont regroupées sous le vocable de «nucléaire de proximité». A savoir: quelques dizaines de services de radiothérapie, de médecine nucléaire ou de scanographie, plusieurs milliers d'appareils de radiodiagnostic médical ou dentaire, ou une dizaine de sociétés de radiologie industrielle. Sans oublier les opérations de transport de matières radioactives, ou les travaux de recherche menés par les centres du Commissariat à l'énergie atomique qui sont situés en banlieue parisienne, à Saclay ou Fontenay-aux-Roses.

En 2009, l'équipe parisienne de l'ASN a procédé très précisément à 241 inspections. Et 78 «événements» ont été rapportés aux autorités. L'écrasante majorité de ces dysfonctionnements (71 cas) ont concerné «la radioprotection des travailleurs, des patients, du public ou de l’environnement». Les plus sérieux de ces accrocs ont été classés au niveau 2 de l’échelle d'évaluation utilisée dans ce domaine – qui compte 6 degrés de gravité. Dans quelques cas, ces «événements» ou résultats d'inspections ont amené l'ASN à prendre des sanctions.

Ainsi, à Poissy-St-Germain (département des Yvelines), l’activité d'un service de radiothérapie a été suspendue d'autorité. Car «un système important pour la radioprotection des patients ne fonctionnait plus de manière satisfaisante, depuis plusieurs mois». Idem à Corbeil- Essonnes (Essonne): l'activité du service de médecine nucléaire d'un hôpital a été suspendue pendant près d’un mois, «le temps pour le service d’effectuer les actions correctives nécessaires pour respecter la réglementation en vigueur en matière de radioprotection des travailleurs et de l’environnement».

Ces incidents survenus dans la banlieue de Paris ne sont évidemment en rien comparables, en termes de gravité et de dangerosité, avec la catastrophe qui endeuille le Japon. Néanmoins, à leur petite échelle, sans doute viennent-ils rappeler, eux aussi, l'exigence constante de professionnalisme, de prudence et d'éthique qu'impose le recours à l'énergie nucléaire.

17/03/2011

Un peu de tourisme (nucléaire)

nogent.jpgAujourd'hui, une note à l'attention des Parisiens qui souhaiteraient mieux connaître le merveilleux patrimoine des environs. Ou qui auraient été frappés par la proximité (240 km) entre la mégapole de Tokyo et la fameuse centrale de Fukushima Daiichi. En termes de proximité géographique, Paris fait mieux que Tokyo. Puisque 120 km à peine séparent la capitale française de la centrale nucléaire la plus proche.

C'est la centrale de Nogent-Sur-Seine. Elle occupe un site de 212 hectares à 1h30 de route, à tout casser, de la Ville lumière, dans le département de l'Aube. Exploitée par EDF, cette bonne vieille centrale, construite en 1982 (*), compte deux réacteurs à eau pressurisée, d'une puissance chacun de 1300 Mwe. Quelque 700 agents EDF et 200 partenaires industriels permanents y travaillent quotidiennement.La présence de ces réacteurs vaut à 20.300 habitants de 29 communes environnantes d'avoir à leur disposition des comprimés d’iode stable. Ce qui leur permet d'être «acteurs de leur protection en cas d’accident nucléaire», comme le disent si joliment les communicants d'EDF.

Assez complet, le site web de cette centrale omet cependant d'indiquer la teneur de la notice qui lui a été consacrée dans l'édition 2009 du rapport annuel de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN): le «gendarme de l'atome» dans l'Hexagone.

L'ASN y considérait que les résultats du site étaient «globalement satisfaisants», notamment dans les domaines de la sûreté ou de l’environnement. Mais elle réclamait aussi «des améliorations dans le domaine du confinement et dans la qualité des contrôles périodiques associés». Dans le détail, cela donnait ceci: «Le suivi des actions correctives n’est pas assez rigoureux, notamment dans le domaine du génie civil, où certains défauts détectés par le site il y a plusieurs années ne sont toujours pas réparés. Les échéances associées aux actions correctives définies à la suite des événements significatifs ou des inspections de l’ASN sont souvent dépassées, malgré les multiples relances au service Sûreté Qualité du site EDF, qui n’ont pas été prises en compte. Cette année encore, les inspections de chantiers réalisées lors de la visite décennale ont révélé des lacunes en matière de propreté radiologique, de sécurisation des chantiers, d’évacuation des déchets et de la lutte contre l’incendie».

Cela n'a pas empêché 4000 touristes d'un jour de visiter la centrale de Nogent, l'an dernier. Si une telle excursion touristique vous tente, pour un de ces prochains week-ends de printemps, un numéro vert (appel gratuit depuis un poste fixe en France) est à votre disposition: 0800 37 94 27. D'ores et déjà, on vous souhaite une excellente visite.

(*) Centrale construite en 1982, donc. Du coup, notons que, si Nogent se trouvait non en France mais en Allemagne, sa centrale aurait, cette semaine, frisé la fermeture. Puisque les autorités allemandes ont décidé de suspendre les activités de toutes les centrales les plus vieilles, à savoir celles ayant été construites avant et jusqu'en 1980...

16/03/2011

Une amélioration

mauriac.jpgRepérée par un collègue journaliste hier, cette phrase de François Mauriac affichée en ce moment à la devanture d'une boutique de notre quartier Saint-Sébastien, dans le onzième arrondissement: «Il ne sert de rien à l'homme de gagner la lune s'il vient à perdre la terre». Ce pourrait être un slogan écologiste contre le nucléaire? Ce n'est que de la réclame publicitaire – pour une gamme de produits cosmétiques, semble-t-il...

Sinon, hier matin à la même heure, on n'était visiblement pas le seul à trouver un peu léger le dispositif déployé par Air France pour venir en aide aux Français expatriés au Japon et désireux de quitter au plus vite ce pays. Pour preuve, sur injonction d'un ministre s'étant rendu à son siège hier midi, la compagnie aérienne a boosté ce dispositif. Elle a réaffecté à la ligne Paris-Tokyo-Séoul deux Boeing 777, plus grands, qu'elle utilise d'habitude pour le service des DOM-TOM. Résultat: la capacité totale des deux vols quotidiens d'Air France vers le Japon est désormais de 944 sièges, contre 871 hier matin. En outre, au même moment, et sans doute pour soulager un peu la compagnie, 280 Français ont été autorisés à profiter gratuitement du vol retour vers la France de l'avion de la Sécurité civile qui, lundi, avait convoyé au Japon ses équipes de sauveteurs. A l'heure où ces lignes sont écrites, ces rapatriés doivent être en train d'arriver à Roissy.

D'heure en d'heure donc, le dispositif s'améliore, et c'est heureux. En attendant, très prosaïquement, ce sont les ministères des Finances et du Budget qui, en ce moment, doivent suivre avec la plus grande angoisse l'évolution de la situation nucléaire au Japon.

En effet, si celle-ci tourne au cataclysme, elle imposera au gouvernement Fillon de lancer immédiatement une consigne générale de rapatriement de tous les Français installés au Japon. Or, dans ce cas, dès ce mot d'ordre officiellement lancé, tous les frais entraînés par cette opération basculent automatiquement à la charge des autorités. L'Etat devrait donc notamment prendre à sa charge tous les coûts engagés par Air France, ce qui n'est pas le cas en ce moment. Dans un pays surendetté et déficitaire comme jamais, c'est évidemment quelque chose que les grands argentiers de Bercy veulent éviter à tout prix...

15/03/2011

Un «geste» perfectible

«Business is business», écrivait-on hier, à propos des affaires qui continuent en France, malgré la catastrophe nucléaire au Japon. Un peu plus tard, semblant démentir ce constat, Air France annonçait (ici) un «geste commercial» sur ses vols retour du Japon vers la France; des «tarifs spéciaux» à l'attention de tous les Français établis au Japon et qui, affolés, souhaiteraient quitter au plus vite ce pays vu les événements. Dès lundi soir, des tarifs préférentiels leur seraient proposés, moins prohibitifs que les quelque 2000€ auxquels la compagnie aérienne facture habituellement une réservation de dernière minute sur ce type de vol.

Avant de se féliciter béatement de cette initiative, on a tout de même voulu un peu vérifier cela. Ce matin, on est donc allé faire un tour sur le site de réservation d'Air France. En se mettant dans la peau d'un expatrié français moyen qui, ce mardi, désirerait quitter Tokyo au plus vite à destination d'Orly ou de Roissy. Cette petite simulation a permis deux constatations.

D'abord, ledit Français paniqué n'aura d'autre choix que de se calmer, de prendre son mal en patience, et de croiser les doigts pour que les nuages radioactifs n'arrivent pas dans la capitale japonaise avant qu'il ait obtenu une place sur un vol Air France. Ce matin, en effet, la première place disponible à destination de Paris n'était que dans le vol de... samedi soir.

Ensuite, «geste» d'Air France ou pas, ce candidat au voyage aura intérêt à avoir un compte bancaire bien garni. S'il se contente d'un vol aller simple sur Paris, il lui en coûtera au minimum 709€. Ce n'est tout de même pas rien, a fortiori si l'intéressé a un conjoint et des enfants à exfiltrer également du pays du Soleil levant. Prendre un aller-retour, alors? Rentrer brièvement au pays, puis revenir au Japon dans quelques jours, le temps que les choses s'y soient un peu apaisées? Mais là aussi, ce n'est pas donné: les tarifs des billets aller-retour, a-t-on constaté ce matin, vont jusqu'à... 1939€.

A première vue, donc, ces «mesures commerciales exceptionnelles», comme les qualifie Air France, paraissent assez perfectibles.

14/03/2011

Un silence assourdissant

nuclear.jpgCela n'a rien d'étonnant, la France étant le deuxième pays le plus nucléarisé au monde après les Etats-Unis. Depuis 48 heures, le débat y est intense sur les bienfaits et les aléas de l'atome. Et ce débat ira sans doute croissant dans les heures et les jours à venir, si continuent à affluer les nouvelles dramatiques en provenance du Japon.

C'est beaucoup plus étonnant, en revanche: ce silence assourdissant, depuis 48 heures. Ce silence d'une personnalité majeure du nucléaire français et même mondial – ce qui lui vaut d'apparaître invariablement dans le classement des personnalités les plus influentes de la planète. Une personnalité qui, néanmoins, se tait dans toutes les langues. Qui, à l'heure où l'on écrit ces lignes, à moins que cela nous ait échappé, n'a pas dit le moindre mot, pas prononcé la moindre syllabe, depuis les événements de Fukushima. On veut parler d'Anne Lauvergeon, la patronne (en sursis) du géant mondial du nucléaire qu'est le groupe français Areva. «Du fait de l'actualité», a annoncé Areva dimanche, l'intéressée a même reporté sine die une visite et un point de presse qui étaient prévus à l'école d'ingénieurs de Cherbourg. Dans des situations de crise majeure, il est sans doute des communications qui sont ardues à mettre au point.

Cela n'a rien d'étonnant, «business is business» comme on dit: en attendant qu'Areva se réveille, c'est le gouvernement français qui s'occupe de ses relations publiques.

C'était ce matin, sur une radio. S'y exprimait le ministre de l'Industrie, Eric Besson. Qui, malgré la catastrophe japonaise, malgré ce débat ranimé dans le monde entier sur la sécurité du nucléaire, n'a rien trouvé de mieux que, par la bande, faire un petit coup de pub gratuite pour Areva. Pour son EPR, en l'occurrence: son si controversé réacteur de la troisième génération. Le ministre a cru bon de vanter ce prototype et de le mettre en rapport avec son concurrent coréen, qui, l'an dernier, avait été choisi par l'émirat d'Abu Dhabi au détriment du réacteur français. Si, à l'époque, l'EPR n'a pas remporté le marché, c'est parce qu'il était plus sûr et donc plus cher que son rival coréen, s'est vanté Eric Besson.Qui, lui, n'avait pas l'air de se poser la moindre question, pas l'air d'avoir le moindre état d'âme, sur la pertinence du modèle tout-nucléaire français. Plus que jamais droit dans ses botttes, donc, Eric Besson, comme il l'était déjà quand il brandissait fièrement l'étendard de l'identité nationale.

Les événements lui donneront raison, ou pas.

11/03/2011

Une quasi-absence

Pour bien terminer cette semaine lors de laquelle a été fêtée la Journée de la Femme, cette remarque, hier, d'un collègue journaliste lui aussi grand utilisateur du métro de Paris. Le réseau de la RATP ne compte en tout et pour tout que... 2 stations portant un nom de femme. Rien que 2, sur les 300 stations de ce réseau. Ce sont «Louise Michel» et «Marie Curie» («Pierre et Marie Curie», en fait).

 

Sa réflexion nous disait vaguement quelque chose. Et pour cause: en février 2007, dans ce blog (ici), on avait évoqué le sujet. Depuis, donc, rien n'a changé. Ni ne changera. En effet, parmi les nouvelles stations que la RATP prévoit d'inaugurer ces prochaines années (là), pas une ne portera le nom d'une femme.

 

Alors, bien sûr, la vie quotidienne des Parisiennes ne se trouverait aucunement améliorée si le métro de leur ville comptait davantage de stations portant un nom féminin. Mais, rien que sur le plan symbolique, cette quasi-absence n'est tout de même totalement anodine. Tentative d'explication: une station de métro, à Paris comme ailleurs, tire souvent son appellation du nom de la rue ou de la place où elle conduit. Peut-être cette mâle hégémonie à la RATP reflète-t-elle donc une autre domination masculine: la toponymie de la capitale honore considérablement plus d'hommes que de femmes.

 

Les usagères du métro parisien qu'irriterait ce flagrant déséquilibre méditeront sur les noms de ces quatre stations de métro, incontestablement féminins mais hors-catégorie tant ils sont connotés: «Notre-Dame de Lorette», «Notre-Dame des Champs», «Abbesses» et «Filles du Calvaire»...

10/03/2011

Un grand basculement (2)

matélé.jpgTrois jours plus tard, on n'a toujours pas découvert le monde mirifique de la télé numérique. Pas le temps, ni l'envie, de se prendre la tête avec de la technique après les journées de boulot; on verra cela calmement ce week-end. En revanche, on a eu le temps de s'étonner. S'étonner, car autant on a eu droit à un concert de louanges des autorités sur la grande réussite, paraît-il, de ce passage de la région parisienne à la TNT, autant elles ont peu évoqué, trouve-t-on, les arnaques qui accompagnent ce basculement de la France vers la télé du futur.

Pourtant, des tas d'individus peu scrupuleux s'en mettent plein les poches, à la faveur de cette révolution télévisuelle. Au détriment singulièrement de personnes âgées, souvent complètement dépassées par ces questions techniques.

Ainsi, racontait «France Soir» fin février, ce retraité qui s'est laissé convaincre de prendre un crédit pour acquérir un décodeur d'une valeur de... 5000€  –  on en trouve chez Darty dès 30€ . Le démarcheur de la société, qui s'est aujourd'hui volatilisée, lui avait certifié que, sans cet appareil, il ne pourrait plus regarder la télé. Depuis, en plus, ce décodeur hors de prix ne fonctionne plus. Mais le service après vente de la société qui le lui a vendu ne répond pas: la ligne téléphonique n'est plus attribuée.... Ou cette petite vieille qui a dépensé 250€ pour faire régler l'antenne-râteau sur son toit, alors que, bénéficiant d'une parabole, elle aurait pu se passer de ce réglage: l'antenniste venu chez elle s'est évidemment bien abstenu de le lui signaler... Ou encore, dénonçait l'autre jour «Que Choisir», ces antennistes qui, en région parisienne, ont facturé jusqu'à 2000€ la vérification de la compatibilité des antennes-râteau de copropriétés, alors que cette opération est «normalement facturée de 300 à 500 euros pour un immeuble standard»...

Sans oublier cette énormité dénoncée (ici), il y a plus d'un an déjà, par cette même association de consommateurs. «Des centaines de milliers d'adaptateurs TNT imparfaitement configurés ont été mis sur le marché». Ces 300.000 à 500.000 adaptateurs défectueux n'ont pas tenu compte de l'évolution de la table de numérotation des chaînes télévisées. Dès lors, quand cette nouvelle table entrera en vigueur, soit ces appareils «seront complètement perdus, dans l'incapacité de retrouver les chaînes». Soit «les chaînes ne seront plus numérotées correctement». Soit «une partie seulement d'entre elles continueront d'être reçues». Encore bravo.

09/03/2011

Un procès, ou un autre

A Paris, il y a des procès qui, même s'ils tournent en eau de boudin, mobilisent la grosse artillerie judiciaire, politique et médiatique. Il y en a d'autres qui, en revanche, donnent un peu l'impression de vouloir être expédiés en catimini: comme si l'on voutait éviter que trop de bruit soit fait autour d'eux. On en a une belle illustration cette semaine. Lundi et mardi, au Palais de Justice, ce fut le tumulte autour du (faux départ du) procès de Jacques Chirac. Ces mercredi et jeudi, au même endroit mais avec beaucoup moins de raffut, est jugé un fait divers dramatique, qui, à l'époque, avait choqué l'opinion parisienne.

C'était dans la nuit du 25 au 26 août 2005. En pleine torpeur estivale. Boulevard Auriol, dans le treizième arrondissement, s'embrasait subitement un immeuble vétuste. Dans lequel s'entassaient 130 Africains en attente, depuis des années, d'un relogement dans une habitation plus décente. Dans les flammes, en quelques minutes, périssaient 17 personnes dont 14 enfants. Trois jours plus tard, dans le Marais cette fois, partait en fumée un autre immeuble miteux. Dans lequel, pareillement, (sur)vivaient des Parisiens d'origine africaine: 7 morts. Trois mois plus tôt, déjà, dans le neuvième arrondissement, 25 personnes, tout aussi précarisées et majoritairement d'origine étrangère, avaient péri dans l'incendie de l'«Hôtel Paris Opéra», où elles avait été placées dans l'attente d'un meilleur logement.

Cinq ans après la catastrophe du boulevard Auriol, son procès s'ouvre ce mercredi. Après «une enquête baclée» selon les familles des victimes: l'incendie n'a jamais été élucidé. «Un procès tronqué», dénoncent-elles aussi. Moins de 48 heures de débat, pour le procès d'un problème aussi vaste à Paris que le mal-logement. Moins de deux jours de procès, pour 17 morts dont 14 enfants.

08/03/2011

Une vision arriérée

prospectus2.jpgLa Journée internationale de la Femme dans le monde entier, ce mardi 8 mars. Et, à Paris depuis quelques jours, un peu partout sur les panneaux publicitaires, des affiches de «We want sex equality». Ce film, qui sort en salles demain en France, raconte la lutte des ouvrières de la firme Ford, en Angleterre en 1968, en faveur de l'égalité salariale.

Ces jours-ci dans la presse parisienne, a été massivement encarté un dépliant publicitaire en faveur de la quinzaine de promos qui, dès demain, battra son plein dans un grand magasin de la capitale – le BHV, pour ne pas le nommer. A elle seule, cette campagne concentre tous les stéréotypes sur l'image de la femme, véhiculant d'elle une vision vraiment arriérée. En ce 8 mars, parcourons donc le catalogue de ces clichés sexistes qui sont encore si souvent véhiculés par les camelots de la pub en général, et cette fois par les pubards du BHV en particulier.

Dans ce prospectus, on trouve une dizaine de pleines pages représentant des articles en promo, avec chaque fois un petit personnage, typé années 50, qui, en phylactère, y va de son petit commentaire sur la réclame illustrée.

Cela donne des assiettes en grès soldées à 5€50. «Pour vous mesdames», vante un petit monsieur. Un fer vapeur à 55€90. «Un prix qui ne fait pas un pli», sourit un homme en costume cravate, dont la chemise blanche a été impeccablement repassée – par madame, sans doute. C'est non un homme mais une femme qui illustre la promo sur un tabouret de bar à 59€50: une «affaire exceptionnelle». Une femme encore qui vante le pèse-personne à 19€95 («Un prix léger, ça m'épate»): seules les femmes, comme chacun sait, se préoccupent de leur ligne. Une femme, toujours, qui se se réjouit d'une «offre renversante»: elle se dandine, à cheval sur sa gamme de poêles, casseroles, sauteuses et faitoux en inox à 76€20. Une femme, à nouveau, pour servir le café, grâce à une machine à expresso en réclame à 149€. Et une femme, une nouvelle fois, pour illustrer une visseuse à 118€30. Mais cet ustensile de bricolage est réservé aux mâles: «Pour vous messieurs», précise l'intéressée – les responsables du BHV n'ont semble-t-il pas encore remarqué qu'on trouvait quantité de femmes au rayon bricolage de leur propre magasin.

Donc voilà réunis, en quelques pages feuilletées en quelques secondes, tous les clichés sur la femme: qui sert le café, ne sait pas bricoler, est aux casseroles, fait la vaisselle ou joue les potiches de bar.

prospectus1.jpgElle est tellement débile et arriérée, la vision de la femme qui est véhiculée par ce prospectus publicitaire, que, finalement, ce doit être un gag. Une espèce de message au second degré imaginé par un pubard fatigué ou en manque d'inspiration. Qui, au moment de l'édition 2011 de la Journée de la femme, n'a rien trouvé de mieux que de singer les codes publicitaires sexistes des années 50. Reste à voir si cette com' à deux balles fera s'esclaffer les client(e)s du BHV.

07/03/2011

Un grand basculement

Ce soir, c'est le grand soir pour une douzaine de millions d'habitants de la région parisienne. Pas le grand soir révolutionnaire. N'en déplaise à Marine Le Pen, qui, hier, commentant ce fameux sondage l'ayant placée en tête du premier tour des prochaines présidentielles, y a vu un «signe du réveil des peuples français», qu'elle a implicitement comparé au réveil des peuples arabes. Nicolas Sarkozy mis sur le même pied que Ben Ali, Moubarak ou Kadhafi... on aura décidément tout entendu. Pas le grand soir révolutionnaire donc, mais le grand soir télévisuel. Puisque, ce soir à minuit, tous les écrans de télé de la région capitale vont s'éteindre. Pour, normalement, se rallumer dans la matinée de mardi en ayant basculé de l'hertzien au numérique – des détails, si cela vous passionne, ici.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on n'est ni très optimiste, ni très enthousiasmé par ce basculement.

Pas très optimiste sur le fait que notre télé marchera encore demain matin. Déjà, ces derniers jours, alors pourtant qu'on avait pris la précaution d'être épaulé par de bonnes âmes moins technophobes que nous, on n'a même pas réussi à relier ce poste au décodeur de l'offre triple-play qui, depuis qu'on y a souscit, traînait dans le placard. Malgré ce décodeur pourtant censé assurer le basculement au numérique, malgré deux aller-retours chez Orange, malgré d'innombrables euros dépensés à son service d'assistance téléphonique, malgré tout cela, cela ne marche pas: on a l'image numérique, mais un grésillement incessant en guise de son. On va donc se taper la queue ce midi chez Darty pour acheter un décodeur TNT proprement dit, sans même beaucoup d'espoir que lui au moins fonctionne. Et, ce soir, on va encore passer trop de temps à essayer de gérer cela.

En maugréant sans doute un peu. Car elle ne nous fait pas grimper au rideau d'enthousiasme, cette si mirifique télé numérique. On en serait bien resté à nos six chaînes nationales en hertzien, en fait. Vu l'usage, essentiellement informatif, qu'on a de la télé – Drucker, Ardisson-Ruquier-Zemmour, «D&Co» ou «Les Experts»: on a autre chose à faire. Et ce ne sont pas les programmes des «19 chaînes nationales et, dans certaines zones, les 7 chaînes locales» que promet la campagne de pub en faveur de la TNT qui, a priori, nous emballent.

Mais bon, sans doute est-cela le grand progrès sociétal, en France en 2011: le basculement à la télé numérique.

04/03/2011

Une filière (encore)

On parlait hier de Roissy et d'Orly. C'est dans ce dernier aéroport que la gendarmerie des transports aériens vient d'opérer un coup de filet, à l'issue duquel une dizaine de personnes ont été placées en garde à vue. Elles sont soupçonnés d'avoir dérobé, dans les bagages de passagers, pour plus de 800.000 euros d'objets divers (parfums, bijoux, appareils photos, vêtements de marque, électronique, etc.). En 2009, plus de 400 plaintes pour vol avaient été déposées par des passagers ayant transité par Orly. Ces bagagistes indélicats opéraient directement dans les soutes des avions. Car c'est désormais la seule zone aéroportuaire à ne pas être vidéo-surveillée, depuis que des caméras, en nombre, équipent les aires de chargement, déchargement et acheminement des bagages vers les halls où ils sont récupérés par leurs propriétaires.

Début février déjà, 80 gendarmes de la même unité avaient interpellé 19 bagagistes, de l'aéroport de Roissy cette fois. Eux aussi étaient soupçonnés de vol, pour un montant évalué lui à 300.000 euros. Ce coup de filet était venu couronner 16 mois d'enquête: une grosse mobilisation motivée par le dépôt, là, de 3000 (3000!) plaintes pour vol.

Il y a une petite dizaine d'années, à Roissy, débarquant d'un vol Air France en provenance d'Amérique latine, on avait eu la mauvaise surprise de constater que nos bagages avaient été entièrement dévalisés: tout ce qui avait un peu de valeur avait disparu. On se souvient qu'à l'époque, Roissy avait rejeté la faute sur les agents des aéroports de Santiago et de Buenos Aires, par lesquels on était passé... On se souvient aussi que les montants qu'on avait touchés à titre de dédommagement étaient ridicules: permettant d'à peine racheter le tiers de ce qui avait été dérobé.

Cela va de soi, mais on ne perd rien à le préciser: le démantèlement, coup sur coup, de ces deux filières de vol en bande organisée sévissant dans les aéroports parisiens ne doit évidemment pas conduire à jeter l'opprobre sur toute une profession – quelle corporation n'a pas ses moutons noirs? Ni amener à douter a priori de la probité des bagagistes opérant à Roissy ou à Orly. Bagagistes qui, dans leur écrasante majorité, essaient de faire du mieux possible un métier qui est pénible: très physique, avec des horaires de travail très élastiques, et qui est n'est probablement pas payé de façon mirobolante.