31.03.2011
Un engouement (déclinant)
«La suppression du chèque n’est pas une option aujourd’hui». Dixit hier la ministre de l'Economie, Christine Lagarde. A qui vient d'être remise une étude confirmant que ce moyen de paiement restait très utilisé par les Français. Le chiffre a de quoi donner le tournis: en 2009 en France, premier pays utilisateur de chèques en Europe, 3,3 milliards de chèques ont été émis!
Dans des pays comme la Belgique, où le chéquier a quasiment disparu, l'engouement persistant des Français pour le chéquier a toujours été un sujet d'étonnement, voire d'amusement. Deux petites remarques.
La première, tirée de notre humble expérience personnelle. Autant, quand on vivait en Belgique, on n'a jamais eu le moindre chéquier, autant, depuis dix ans qu'on habite en France, on y est devenu assez accro. C'est vraiment pratique pour toutes ces dépenses qu'on ne peut régler par carte bancaire et dont on ne peut prévoir le montant exact à l'avance, et donc se munir du liquide ad hoc: la consultation chez le médecin ou à l'hosto, la visite à domicile d'un plombier ou d'un réparateur, etc. Très pratique aussi quand on doit envoyer un paiement par courrier: en France, les virements bancaires sont infiniment plus compliqués et coûteux à faire qu'en Belgique, où ils sont monnaie courante.
La seconde remarque est tirée des chiffres. On l'ignore souvent à l'étranger, mais, d'année en année, les Français utilisent tout de même de moins en moins le chèque. Cela ne date pas d'hier. Dès 2003, le nombre de transactions par cartes bancaires a dépassé celui des opérations par chèques. On est donc loin des années 80, où 70% des transactions en France se faisaient par chèque. Aujourd'hui, attestent les statistiques de la Banque centrale européenne, le chèque n'intervient plus que dans 19% des transactions dans ce pays, contre 40% pour les cartes, 21% pour les virements, et 19% pour les prélèvements.
Cela dit, si l'utilisation du chèque décline en moyenne de 5% chaque année en France, toucher à ce moyen de paiement relève encore largement du tabou. Pour preuve, cela fait vingt ans au moins que, tel un serpent de mer, revient, avant de disparaître aussitôt, le projet de rendre payante l'utilisation des chèques. Jamais, cependant, une banque n'a osé franchir le pas. Et ce n'est pas demain qu'un parti politique préconisera la fin de la gratuité de ce moyen de paiement.
11:38 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, gouvernement, art de vivre, belgique
30.03.2011
Un «esprit d'équipe»
Elle est décidément impayable, cette grande campagne de pub que l'on voit un peu partout, à Paris en ce moment: sur d'innombrables panneaux d'affichage du métro, en doubles pages dans tous les grands journaux, etc. Le slogan? «Rien n'est plus beau que l'esprit d'équipe». Le visuel? Selon les déclinaisons de la campagne: une brigade de valeureux pompiers, un groupe de médecins et d'infirmières, un quatuor de petites filles en tutus apprenant la danse classique, etc. Le message subliminal? On se serre les coudes, on s'entraide, on se vient en aide mutuellement, c'est parce qu'on est tous unis qu'on est plus forts, et bla bla blaaa. Ce que souligne le deuxième slogan de la campagne: «Développons ensemble».
Qu'y a-t-il donc d'impayable à cela? L'annonceur. C'est la Société Générale: la SOC GEN, la grande banque française.
Il y en a un qui, en ce moment, en voyant cette campagne de pub, doit hésiter entre éclater de rire ou fondre en larmes: Jérôme Kerviel. Lui qui eut tant le loisir d'expérimenter combien «rien n'est plus beau que l'esprit d'équipe». L'an dernier, au moment du procès retentissant de ce jeune trader, tout comme quand éclata le rocambolesque scandale portant son nom, il ne trouva personne, lui, au sein de cette banque. Personne, parmi ses collègues d'hier, pour l'épauler. Personne, parmi sa hiérarchie de l'époque, pour endosser ne serait-ce qu'une infime partie des responsabilités de la perte de 4,9 milliards que ses placements hasardeux causèrent à la SOC GEN. C'est tout seul qu'il dut faire face à la justice. Et c'est lui seul qui dut payer, au moment du jugement. Qui paya le maximum, en plus.
C'est sans doute cela, cet «esprit d' équipe» que vante aujourd'hui, avec tant de tapage, la grande banque française. Encore bravo.
11:39 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : publicité, communication, economie, justice
29.03.2011
Un grand vide
Pour compléter et achever cette évocation des dix ans de règne de la gauche à Paris, cet avis de l'opposition sur le bilan de Bertrand Delanoë. Comme on a pu le lire l'autre jour dans une tribune dans «Le Figaro», signée par le ministre et conseiller de Paris Pierre Lellouche, ce n'est que du bout des lèvres que la droite crédite le maire de quelques réussites. «Des initiatives nouvelles ont été prises, telles que le tramway ou Vélib', qui ont ouvert des perspectives en matière de transport urbain». Et «la convivialité (a été) accrue dans notre ville, par l'instauration notamment de rendez-vous festifs dont l'exemple le plus notoire est Paris-Plages». Mais, pour le reste, tout serait à jeter.
La propreté? «Très médiocre». La gestion financière? «Tout sauf optimale». L'urbanisme? «Des caprices tels le chantier pharaonique des Halles», et «des dépenses mégalomanes». Sans oublier une «politique antivoiture idéologique» et «l'absence totale d'une réflexion sur le développement économique de notre capitale». Conclusion (ici)? Delanoë, ce sont «dix ans, dix flops» – et peu importe que les sondés parisiens ne soient pas de cet avis.
Ce sur quoi la droite parisienne ne s'étend pas, c'est sur l'énorme vide que l'on peut constater en son sein, dix ans après le basculement à gauche de la capitale. En effet, à ce jour, Bertrand Delanoë n'a, face à lui, toujours pas la moindre personnalité de l'opposition faisant l'unanimité dans son camp et donc susceptible d'incarner l'alternance.
Françoise de Panafieu, l'adversaire malheureuse du maire aux dernières municipales? Disparue de la circulation parisienne: en attente d'être recasée à l'échelon national – on parle d'elle pour le futur poste de Défenseur des droits. L'ex-Garde des Sceaux Rachida Dati? Ce n'est pas demain qu'elle arrivera à faire l'unanimité. Le député-médecin Bernard Debré? Pareil. La ministre de l'Economie Christine Lagarde? On en a parlé, un moment, et puis on n'en parle plus du tout. Jean-Marie Cavada, l'ex-star de la télé ? Disparu de la circulation, lui aussi. Le ministre Pierre Lellouche? Il a déjà eu toutes les peines du monde à entrer au gouvernement... Sa jeune collègue des Sports, Chantal Jouanno? Pas sûr qu'elle soit très connue à Paris en dehors du microcosme politico-médiatique.
Du coup, pour (tenter de) faire oublier (un peu) ce vide abyssal, l'UMP en est réduite à agiter régulièrement l'épouvantail sarthois du Premier ministre François Fillon. Et, en attendant, la régence des troupes sarkozystes parisiennes est assurée par l'ex-ministre des Sports Jean-François Lamour. Qui est le seul toléré par ses pairs pour cet interrègne, parce qu'il semble évident qu'il ne s'imposera jamais comme rival de Bertrand Delanoë.
Ce dernier donc, en dix ans, a fait le vide face à lui. Pratiquement, cela n'améliore en rien le vécu quotidien des Parisiens. Mais, politiquement, ce n'est pas le moindre des acquis du maire de Paris.
11:12 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, politique, ump, delanoë, panafieu, dati
28.03.2011
Un satisfecit
Ne reparlons pas des élections cantonales: le taux d'abstention astronomique enregistré à nouveau hier a encore confirmé que les Français eux-mêmes n'en avaient pas grand-chose à faire. Parlons d'une élection qui, en revanche, à l'époque, avait passionné le pays, elle. Et d'un scrutin dont on vient de fêter l'anniversaire. C'était le 18 mars 2001. A la suite des élections municipales, Paris basculait à gauche pour la première fois de son histoire. Le socialiste Bertrand Delanoë s'installait dans le fauteuil de maire, mettant un terme à 25 ans de chiraquie.
Dix ans plus tard, l'intéressé a fêté très discrètement cet anniversaire. Pas de cérémonie ni de flonflons: à peine un édito dans la gazette municipale. Le maire y «mesure tout ce qui reste à faire» dans la capitale, reconnaît que «trop de Parisiens doutent et souffrent» encore aujourd'hui, convient que «plus que jamais», il est nécessaire «que Paris retrouve une certaine humanité».
Début mars, un sondage Ifop a indiqué que les Parisiens lui donnaient globalement satisfectit pour ses dix ans d'action. Sa gestion est saluée par 67% des sondés – et y compris par 42% des électeurs de droite. Avec, toutefois, quatre points noirs, jugés majoritairement insatisfaisants: le logement, la circulation, la sécurité et la propreté.
En tant que Parisien moyen, on est plutôt d'accord avec ce constat. Hormis peut-être en ce qui concerne l'insécurité, qu'on ne ressent pas vraiment au quotidien – mais on vit dans un quartier central relativement aisé, et donc assez tranquille. Et hormis en ce qui concerne les embarras de circulation; on n'a pas trop d'avis sur la question vu qu'on est mauvais juge: non-motorisé, comme la majorité des Parisiens. On est plutôt d'accord avec cette évaluation sondagière, à ceci près qu'une grande absente manque, à nos yeux, dans cette liste de choses à améliorer.
C'est, au quotidien, ce qui a le plus ostensiblement empiré ces dix dernières années à Paris. Mais sans doute est-ce aussi le cas dans d'autres grandes métropoles du monde et, assurément, il serait injuste de l'imputer au seul Bertrand Delanoë: l'Etat central est le premier concerné. Cet échec si ostensible, cette horreur si présente en permanence à la vue de n'importe quel Parisien un minimum attentif à ce qui se passe autour de lui, c'est, évidemment, la pauvreté.
11:06 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, elections, delanoë, social
25.03.2011
Une expérience
On vote en France dimanche. C'est le second tour des élections cantonales. Si l'on en croit les sondages, le FN en sortira renforcé. Mais faut-il vraiment prendre ces enquêtes d'opinion pour argent comptant? On n'en a jamais été trop sûr. Et, au vu de la petite expérience qu'on a faite l'autre jour, on n'en est pas davantage certain.
On était au bureau, lorsque le téléphone sonnait. Au bout du fil, un enquêteur de la Sofres, qui effectuait un sondage d'intentions de vote sur, précisement, ce second tour des cantonales. On n'avait pas que cela à faire. On ne brûlait pas spécialement d'envie de s'exprimer sur le sujet. Mais on se pliait au jeu. En se disant que notre jeune interlocuteur devrait sans doute, ce jour-là, se taper des dizaines de coups de fil similaires pour un salaire probablement pas mirobolant, et donc qu'on pouvait au moins lui rendre service. Cependant, on n'a pas été très convaincu par l'expérience. Quelques exemples.
On était d'abord prié d'indiquer notre intérêt pour ce scrutin. En choisissant entre plusieurs réponses: de mémoire, «très intéressé», «plutôt intéressé», «plutôt pas intéressé», «pas du tout intéressé», etc. On faisait remarquer que professionnellement, en tant que journaliste, oui, on était intéressé par la chose. Mais que, personnellement, on ne l'était pas du tout, puisque les Parisiens ne votent pas, dimanche – Paris a un statut départemental particulier. «Oui, mais deux réponses, ce n'est pas possible: vous devez en choisir une seule», s'entendait-on répondre. On coupait donc la poire en deux, tout en se disant que ce compromis reflétait assez imparfaitement notre sentiment. Autre question: on devait préciser pour qui on allait voter dimanche. On répétait qu'en tant que Parisien, on n'était pas appelé aux urnes. «Oui, mais il me faut une réponse», objectait notre sondeur. Qui nous suggérait donc d'indiquer pour qui on aurait voté. On s'exécutait, mais, là encore, on trouvait que cela n'avait pas grand sens. Autre question, encore: notre avis sur l'enjeu qui va motiver l'électeur moyen dimanche, dans l'isoloir: enjeu local ou enjeu national? En tant que journaliste, on savait bien que la réponse devait être nuancée: selon le type d'électorat, l'accointance politique, la région, etc. Mais, en tant que sondé, on n'avait pas le choix: il fallait répondre blanc ou noir, national ou local. Là encore, on obtempérait, mais sans davantage trouver notre réponse très représentative de notre sentiment. Et ainsi de suite.
Au bout de dix minutes, notre sondeur prenait congé. Manifestement ravi du travail accompli: un répondant de plus, au suivant. On se replongeait dans la rédaction de notre article du jour. Tout en se disant que, tout de même, pour la validité de ce sondage, la Sofres avait intérêt à ce que les 999 autres sondés de l'échantillon soient, eux, plus convaincus que nous par leur prestation.
11:09 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections, politique
24.03.2011
Un fiasco
On évoquait le métro de Paris hier, au passage de la note du jour. Mais ici cette semaine, en matière de transports publics, c'est le train de banlieue qui fait l'actualité. Et plus spécialement, la ligne H de la SNCF, qui dessert la grande banlieue Nord de la capitale française. C'est sur cette ligne que, depuis décembre 2009, des rames flambant neuves remplacent progressivement les fameux «petits gris»: ces trains en tôles ondulées d'acier inoxydable, qui datent des années 60 – on a déjà parlé de cela dans ce blog: ici. Les banlieusards concernés attendaient énormément de ce nouveau matériel. Ce train «Francilien» (là) n'était-il pas décrit comme «extra large, boa et ultramoderne, conçu spécialement pour la problématique du réseau SNCF très chargé en Ile de France»? «Francilien, votre quotidien prend des couleurs!», disait même le slogan de sa campagne de com'. Tu parles. L'affaire est en train de tourner au fiasco, a-t-il été confirmé en début de semaine.
Lundi, en effet, le constructeur de ces nouvelles rames, le groupe canadien Bombardier, a carrément annoncé la suspension temporaire de leur livraison à la SNCF. Car les exemplaires qui ont graduellement été mis en circulation sur la ligne H fonctionnent de manière... catastrophique. Ils accumulent tant et tant d'avaries que les voyageurs subissent des retards encore plus importants qu'à l'époque des «petits gris», pourtant si vieux et poussifs...
Lundi, les PDG de Bombardier France et de la SNCF ont étés convoqués à la présidence de la Région. Après avoir reçu un savon, ils ont dû s'engager à s'activer pour trouver au plus vite l'origine de ces dysfonctionnements (électroniques, semble-t-il). Afin que puisse reprendre le plus vite possible la livraison de ce nouveau matériel roulant. Dans l'immédiat, des «petits gris» qui avaient été retirés de la circulation vont devoir être remis en service. Du coup, les médias ici font leurs choux gras de ce fiasco. «Le beau projet de "TGV des banlieues" se transforme en cauchemar», entendait-on ainsi, l'autre matin, sur une radio.
Encore bravo.
10:58 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : transports, banlieues
23.03.2011
Une quasi-absence (encore)
Parlons un peu des femmes, aujourd'hui. Puisque, ce mercredi, il y a cinq ans jour pour jour, le Parlement français approuvait définitivement une grande «loi sur l'égalité salariale entre les hommes et les femmes». Cinq ans plus tard, comme nul ne l'ignore, cette égalité n'est toujours pas de mise, loi du 23 mars 2006 ou pas. Ce qui n'a pas empêché les députés de la majorité, hier, de voter une résolution sur l'égalité entre les deux genres.
Ce texte réitère une série d'engagements très généraux: de la lutte contre l'inégalité des rémunérations, à l'encouragement de la présence des femmes à des postes de responsabilités, en passant par la réaffirmation «du caractère inadmissible des violences faites aux femmes». Cette résolution n'a pas force de loi; ce n'est qu'un voeu formulé par le Parlement. L'opposition a refusé de voter cela. A ses yeux, ce texte n'est qu'un cache-sexe dissimulant mal l'«échec» de la politique de la droite en matière d'égalité hommes-femmes. En outre, comme l'a fait remarquer une députée du Parti de gauche, le simple fait «que les législateurs votent une résolution pour appliquer la loi risque de ne pas redonner confiance à nos concitoyens» envers la politique...
La dernière fois qu'on avait parlé des femmes dans ce blog (ici), c'était pour noter, de manière plus anecdotique, la quasi-absence, à Paris, de stations de métro portant un nom de femme. On s'était alors demandé si cette mâle hégémonie à la RATP ne reflétait pas une autre domination masculine: celle de la toponymie de la capitale, qui honorerait davantage d'hommes que de femmes. Depuis, on a eu confirmation de cette intuition. En feuilletant par hasard, l'autre jour dans le métro, un quotidien gratuit qu'on avait trouvé sur un strapontin, abandonné par un voyageur.
«Nom de rues: la parité est à côté de la plaque», était titré ce papier (consultable ici: en page 6). Qui donnait des chiffres précis. En 2011, sur les 6.365 rues que compte la capitale, seules 166 portent le nom d'une femme, soit 9%. Mais c'est trois fois mieux qu'il y a quinze ans. Et «la mairie se mobilise pour combler ce retard». On laissera les lectrices de "Paris Libre" juger si c'est une bonne nouvelle ou si c'est complètement accessoire.
11:48 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femmes, paris, social, economie
22.03.2011
Un grand basculement (4)
La TNT, suite et fin. Bouclons ce sujet en parlant de ce qui devrait être l'essentiel: le fond, les programmes de cette vingtaine de chaînes gratuites dont bénéficient à présent 12 millions de Parisiens et de banlieusards – du moins, quand la technique le veut bien. On en a vite fait le tour.
De la pub, de la pub de la pub. Des clips. Des jeux. Des talk-shows directement pompés de la télé américaine. Des caméras cachées idem venues d'outre-Atlantique. Des films déjà vus et revus. Du fait divers – à la Hondelatte: des «Faites entrer l'accusé» du pauvre. Des dessins animés. Des séries américaines vieillottes («Dead Zone», «Stargate SG1», etc). Et des séries françaises si improbablement franchouillardes qu'elles en deviennent involontairement comiques; la palme revenant à «Commissaire Valence» – Bernard Tapie en flic: ahlalaaaa, la fiction française... On ne risque pas de passer davantage de soirées devant la télé.
Tout, cependant, n'a pas l'air d'être à jeter. Trois chaînes d'info continue: c'est pratique quand on rentre du boulot trop tard pour les grands JT du soir – mais elles sont si répétitives, et contiennent tant de pubs et de bulletins météo... Deux chaînes parlementaires, mais elles ont l'air très très bavardes. France 4: pourquoi pas. France 5 qui ne partage plus son canal avec Arte: bien.
Et France Ô, la télé publique des DOM-TOM. Là, on est ravi. Un peu de couleur, un peu d'air! Car, et c'est le principal reproche qu'on lui ferait, cette TNT est si désespérément hexagonale, si platement franco-française. Sur la vingtaine de chaînes gratuites proposées au téléspectateur, pas une n'est en langue étrangère. Normal, sans doute, pour une audience française encore si souvent unilingue. Mais, si la télé est «une merveilleuse fenêtre ouverte sur le monde», comme il se dit parfois, là, avec la TNT, c'est raté:on n'y trouve même pas TV5 ou France 24.
Au total? La TNT «va provoquer trois phases chez le public: une euphorie, puis une déception, et enfin une habitude», avait prophétisé Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy. Nous, on a pris de l'avance: on a déjà zappé le premier stade.
11:39 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : télévision, technologie, médias
21.03.2011
Un grand basculement (3)
Après la séquence de la semaine dernière entièrement consacrée au nucléaire, on reprend la chronique, plus anecdotique, de la vie à Paris. En revenant sur ce basculement vers la télé numérique que, le 8 mars, ont vécu 12 millions d'habitants de la région parisienne. Une dizaine de jours plus tard, on en est déjà revenu, nous, de cette TNT. Une calamité, n'est-on pas loin de penser. Et encore, sans parler du fond (on y reviendra): juste de la forme, de la technique - visiblement pas au point.
La qualité de l'image? Qui était censée préparer la télé HD (haute définition)? Une pitié. Quasiment en permanence, elle comporte des stries ou zébrures pixellisées. Pas rarement, l'écran est totalement pixellisé, le programme devenant du coup invisible. Le confort sonore? Très relatif. Les pixellisations s'accompagnent systématiquement d'une métallisation assez insupportable du son, quand le programme n'est pas carrément inaudible. La fiabilité de la technique? Risible. Rien qu'en dix jours, on a eu droit à une collection assez impressionnante d'avaries. Chaînes inaccessibles temporairement ou pendant des soirées entières alors qu'au même moment, d'autres chaînes fonctionnent parfaitement. Chaînes qui fonctionnement très bien puis qui, sans crier gare, se déconnectent subitement, affichant un «Pas de signal!» on ne peut plus agaçant. Télécommande du décodeur fréquemment inopérante: on a beau appuyer sur n'importe quelle touche, même la touche arrêt, rien ne se passe, ne reste plus qu'à débrancher puis à rebrancher l'appareil en espérant que cela aille mieux après, ce qui n'est pas forcément toujours le cas. Et on en passe.
Les autorités et les médias se réjouissant à l'unisson du «grand succès» du passage de la région parisienne à la TNT, on s'est dit qu'on n'avait juste pas de chance: que, peut-être, il y avait un gros problème de réseau dans la rue ou dans l'immeuble. On s'est donc renseigné. Et bien non, pas du tout: officiellement, tout va bien. .
Ce qui n'a pas empêché TF1, l'autre soir, de diffuser, dans un JT de 20 Heures, un petit sujet consacré à ces «plusieurs milliers de foyers» qui, en France, depuis leur basculement au numérique, sont confrontés aux mêmes problèmes que nous. Problèmes qui, si on a bien compris, dériveraient du réseau, de l'antenne télé collective, et/ou du câble reliant celle-ci aux prises télé dans les logements. Et qui, pour être résolus, nécessitent la visite d'un antenniste (facturée quelques centaines d'euros), à moins que l'on préfère l'installation d'une parabole (idem).
Encore bravo.
13:09 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : télévision, technologie, médias
18.03.2011
Une surveillance
Une semaine jour pour jour, ce vendredi, que les événements dramatiques au Japon replongeaient la terre entière, la France y compris, dans, à tout le moins, l'interrogation à propos du nucléaire. Une énergie qui est surveillée également en dehors des centrales atomiques. Et y compris au coeur de Paris et de sa banlieue. Le montre bien le chapitre que le rapport annuel de l'Autorité de sûreté nucléaire (l'ASN, dont on parlait hier) consacre à la capitale française et à sa région.
Aucune centrale nucléaire n'est située à Paris – on ne voit pas très bien où on trouverait la place d'en construire une ... – ni dans sa banlieue. Pour autant, ils ne chôment pas, les 22 agents de la division parisienne du «gendarme du nucléaire» français. En effet, leur incombe la surveillance d'innombrables activités qui sont regroupées sous le vocable de «nucléaire de proximité». A savoir: quelques dizaines de services de radiothérapie, de médecine nucléaire ou de scanographie, plusieurs milliers d'appareils de radiodiagnostic médical ou dentaire, ou une dizaine de sociétés de radiologie industrielle. Sans oublier les opérations de transport de matières radioactives, ou les travaux de recherche menés par les centres du Commissariat à l'énergie atomique qui sont situés en banlieue parisienne, à Saclay ou Fontenay-aux-Roses.
En 2009, l'équipe parisienne de l'ASN a procédé très précisément à 241 inspections. Et 78 «événements» ont été rapportés aux autorités. L'écrasante majorité de ces dysfonctionnements (71 cas) ont concerné «la radioprotection des travailleurs, des patients, du public ou de l’environnement». Les plus sérieux de ces accrocs ont été classés au niveau 2 de l’échelle d'évaluation utilisée dans ce domaine – qui compte 6 degrés de gravité. Dans quelques cas, ces «événements» ou résultats d'inspections ont amené l'ASN à prendre des sanctions.
Ainsi, à Poissy-St-Germain (département des Yvelines), l’activité d'un service de radiothérapie a été suspendue d'autorité. Car «un système important pour la radioprotection des patients ne fonctionnait plus de manière satisfaisante, depuis plusieurs mois». Idem à Corbeil- Essonnes (Essonne): l'activité du service de médecine nucléaire d'un hôpital a été suspendue pendant près d’un mois, «le temps pour le service d’effectuer les actions correctives nécessaires pour respecter la réglementation en vigueur en matière de radioprotection des travailleurs et de l’environnement».
Ces incidents survenus dans la banlieue de Paris ne sont évidemment en rien comparables, en termes de gravité et de dangerosité, avec la catastrophe qui endeuille le Japon. Néanmoins, à leur petite échelle, sans doute viennent-ils rappeler, eux aussi, l'exigence constante de professionnalisme, de prudence et d'éthique qu'impose le recours à l'énergie nucléaire.
11:26 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, environnement, technologie, sécurité



