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01/04/2011

Un message

séropo.jpgCoup d'envoi, ce vendredi, du Sidaction, huitième du nom. Les donateurs ont jusqu'au 4 avril pour aider la recherche et les malades. Pour avoir une idée, rien que 40€ – soit à peine le prix d'un resto moyen à Paris – permettent de financer «la prise en charge médicale et le traitement d’un enfant pendant un mois au Burundi».

A propos du sida, l'autre jour dans notre onzième arrondissement, on est tombé en arrêt devant une affiche. «Faites passer le message», disait-elle. Quel message? «On n'attrape pas le sida en embrassant une personne séropositive». En voyant cela, on s'est dit que cette campagne, prise dans un sens ou dans un autre, avait un côté assez déprimant.

Soit n'importe quel Français moyen sait parfaitement bien, comme cela nous paraît, à nous, si évident et depuis si longtemps, que le virus du VIH-sida ne se transmet bien sûr pas par un tel contact physique. Auquel cas, une campagne de ce genre, c'est vraiment de l'argent jeté par les fenêtres. De l'argent qu'on aurait mieux fait de consacrer à faire passer des messages sur d'autres aspects de l'épidémie: le dépistage, les traitements post-exposition, la coinfection VIH-VHC, ou les pratiques sexuelles à risques.

Soit, comme c'est plus probable, les concepteurs de cette campagne ont bien fait leur travail: ils l'ont fait précéder d'études précises et fouillées sur l'état des connaissances du grand public à propos de cette maladie. Auquel cas, si un tel message (*) a été choisi, c'est  parce que ce type d'idées reçues complètement débiles (=on peut choper le sida en embrassant un-e séropo) existe encore bel et bien en France – et probablement ailleurs également.

30 ans après le début de l'épidémie et 25 millions de morts plus tard, cette désinformation populaire a quelque d'assez affolant, a fortiori dans un pays comme la France, où le niveau d'éducation est élevé et l'accès aux moyens d'information généralisé. Affolant, car cela en dit long, et doublement.

Cela en dit long, d'abord, sur les carences de l'Etat français, dans sa politique d'éducation à la santé. En dit long, ensuite et surtout, sur un certain je-m'enfoutisme, et donc un manque d'altruisme, des gens, envers ce qui constitue pourtant un enjeu crucial de santé et de société à l'échelle de la planète toute entière.

(*) Un tel message, ou ses variantes, également visibles sur des affiches à Paris en ce moment: on n'attrape pas le sida «en serrant la main d'une personne séropositive», «en partageant le repas d'une personne séropositive», «en utilisant les mêmes toilettes qu'une personne séropositive».

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