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29/04/2011

Une réglementation (théorique?)

muguet.jpgLa Fête du travail, dimanche. La préfecture de police de Paris vient donc de rappeler (ici) qu'était strictement réglementée la vente de muguet en rue: par les particuliers s'improvisant fleuristes d'un jour pour arrondir leurs fins de mois. Ainsi, pas question pour eux de vendre sur la voie publique à moins de 40 mètres de la boutique d'un fleuriste professionnel. Pas question non plus de proposer du muguet en pot ou en préparation florale: ils ne peuvent vendre cette fleur qu'«en l'état», pour ne pas trop concurrencer ces commerçants. «La violation de ces dispositions est passible d’une contravention de 1ère classe». Quant aux petits malins qui voudraient devancer leurs innombrables concurrents en vendant du muguet dans les rues de Paris dès samedi soir, qu'ils y réfléchissent à deux fois. Car, en dehors du jour J, «la vente du muguet sans autorisation municipale constitue une contravention de 4ème classe». Et peut valoir, outre la saisie de la marchandise, jusqu'à 6 mois de prison et 3 750 euros d’amende.

Théoriquement, en tout cas.

A cet égard, on est assez curieux de voir si, ce week-end, les forces de l'ordre vont mettre beaucoup de zèle à verbaliser les éventuels contrevenants à cette réglementation: tous ces «honnêtes pères (ou mères) de famille» (comme on dit ), qui, en ces temps si difficiles pour tant de Français, prendraient un peu leurs aises avec cette réglementation. Histoire de ramener quelques dizaines d'euros supplémentaires à la maison.

Pour le dire plus clairement: il sera intéressant de voir si ces gens vont être aussi sévèrement traités que le sont d'autres vendeurs à la sauvette. Tous ces étrangers qui, à la sortie des stations de métro, dressent des étals de fortune et proposent des fruits exotiques aux usagers de la RATP. Et qui, eux – on a déjà vu si souvent vu cela, relire par exemple ici – ne bénéficient d'aucune mansuétude de la part des policiers.

28/04/2011

Une «vaguelette»

A propos de ces Tunisiens qui campent en bordure du périph', dont on parlait hier matin: la police a procédé à une vague d'interpellations parmi eux, pour le deuxième soir consécutif, hier soir. A l'heure précise où les associations étaient en train de leur distribuer à manger – vieille technique: les clandestins de la région de Calais peuvent en témoigner. Ces coups de filet ont l'air de mettre en fureur Bertrand Delanoë. Un peu partout dans les médias, le maire de Paris répète combien il trouve «moche», voire «minable», cet activisme policier. La préfecture, elle, se justifie (*). Répond qu'elle ne fait jamais que son travail. A savoir: interpeller, placer en garde à vue, puis reconduire à la frontière tous ceux qui, faute de titre de séjour en règle, n'ont «pas vocation» – comme le dit si joliment l'administration – à demeurer sur le territoire français.

Mais à la mairie de Paris, on trouve ces interpellations policières d'autant plus «choquantes» qu'en fait de «vague» d'immigration en provenance du monde arabe, dont l'Europe se dit victime, il ne s'agirait, aux yeux de Bertrand Delanoë, que d'«une vaguelette». 20.000 à 25.000 migrants à tout casser et pour toute l'Europe, à comparer par exemple aux quelques centaines de milliers d'exilés libyens que la Tunisie, elle toute seule, a dû accueillir ces dernières semaines.

Au fond, s'agissant du poids de l'immigration en France, cette appréciation émanant d'une source (l'OCDE) qui ne passe pas pour être d'extrême-gauche, et qu'a relayée en début de semaine (ici) un média (le quotidien «Les Echos») qui ne passe pas pour être anti-sarkozyste primaire. «Avec un flux net de 100.000 personnes par an, la France est l'un des pays européens qui accueillent le moins d'étrangers». Précisément, cela donne 18 immigrés pour 1.000 personnes en Suisse, 10 en Norvège, 8 en Italie, 6 au Royaume-Uni, et... 3 en France.

(*) Préfecture de police qui, au passage, n'en fait pas des tonnes, en termes de communication, sur ces coups de filet. Alors qu'à longueur de journées, elle inonde la presse de communiqués à propos du moindre fait d'armes de ses pandores, concernant ce dossier tunisien, elle n'a pas encore (à cette heure, et sauf erreur) diffusé le moindre laïus aux médias. Le signe d'un léger malaise?

27/04/2011

«Une question de moyens»

tagmaghreb.jpgUne fois n'est pas coutume, en vignette de cette note, une illu qu'on a déjà utilisée. C'était en janvier (ici), à l'époque du grand mouvement de libération des peuples arabes. Parce qu'on a repensé à ce slogan, hier. Jour où des mots identiques («Liberté», «Solidarité» ou «Dignité» ) ont été vus sur les pancartes brandies par la centaine d'exilés tunisiens qui, en fin de matinée, ont manifesté aux confins de Paris. Dans un no man's land en bordure du périphérique, entre les portes de la Villette et de Pantin. Dans cette espèce de campement de fortune, limite bidonville, où, depuis des semaines, ils croupissent en attendant un jour meilleur. On voit aussi beaucoup de Tunisiens, en ce moment, le long du canal Saint-Martin. A la hauteur du quai de Jemappes, aux heures de distribution de la soupe populaire, aux côtés des SDF et des réfugiés afghans.

La situation, sanitaire notamment, des Tunisiens campant à la porte de la Villette devient vraiment préoccupante. Ils sont de 300 à 400. Certains sont malades. Beaucoup ne mangent pas à leur faim. Parmi eux, il y a des mineurs. Hier, constatant leur extrême précarité, la mairie de Paris a débloqué en urgence une enveloppe de 100.000 euros à destination de deux associations caritatives, qu'elle a mandatées pour leur venir en aide. Et le maire a dit (ici) l'«indignation» que lui inspire la façon dont le gouvernement gère ce dossier migratoire: «avec tant d’étroitesse», «si peu d’humanité», et tant d'«arrière-pensées évidemment électoralistes». Pour Bertrand Delanoë, les autorités devraient, au contraire, «répondre avec humanité et dignité à l’attente que des milliers de Tunisiens placent dans notre pays». Car «il serait très grave qu’en cette circonstance, quelques mois après la Révolution de Jasmin, l’Europe et la France passent, une fois encore, à côté de l’Histoire».

Hier en fin de journée, le n°1 de l'UMP, Jean-François Copé, lui a opposé une fin de non-recevoir catégorique. Selon le chef de file du grand parti sarkozyste, «il faut dire les choses telles qu'elles sont: la France n'a plus les moyens d'accepter une immigration à caractère social! En cette période de crise, ce n'est tout simplement plus possible! Ce n'est pas une question de xénophobie: c'est vraiment une question de moyens».

26/04/2011

Un grand basculement (5)

Peut-être devrait-on, un de ces soirs, convier Eric Besson à la maison. L'asseoir courtoisement dans le canapé du salon. Et l'inviter à regarder un moment avec nous la télévision. Pour le ministre de l'Industrie et de l'Economie numérique, qui vient de faire le point sur la question, l'opération de basculement des 12 millions d'habitants de la région parisienne vers la télé numérique a été un immense succès. Il en est d'autant plus ravi qu'il s'agissait d'un «défi de taille» et d'«une étape majeure dans le processus conduisant à l’extinction complète de la télévision analogique et à la généralisation de la TNT le 30 novembre 2011». Un succès, donc. Mais, pour nous, c'est un flop.

On avait raconté cela en mars (ici, , ou ), dans ce blog: dès le début, chez nous (à savoir, tout de même, en plein centre de Paris), cette TNT n'a jamais bien marché. Maintenant, c'est encore pire: on n'a carrément plus de télé. Depuis une quinzaine de jours, c'est l'écran noir. Et l'affichage de messages variables: «Pas de signal!», «Short cut in antenna circuit!», etc. Même l'achat, samedi chez Darty, d'un bidule dénommé amplificateur de signal n'a pas réglé le problème. «Vous n'êtes pas le premier à qui cela arrive», nous racontait le vendeur du magasin: «Depuis le 8 mars, les gens n'arrêtent pas de défiler: cela cafouille visiblement pas mal, cette TNT».

Depuis dix ans qu'on habite à Paris, on n'avait jamais eu le moindre problème avec la télé. Il a donc fallu le basculement à la TNT pour que, par hasard, tout commence à foirer. Débourser quelques centaines d'euros pour faire venir un antenniste, ou pour acheter un nouveau poste? Vu le niveau général des programmes et donc l'usage (à 99% informatif: professionnel) qu'on a de la télé, on n'est pas sûr de vouloir franchir le pas. Se taper une énième fois la queue chez Darty? On commence à avoir envie de faire autre chose le samedi après-midi. Qui sait si, finalement, on ne va pas se contenter désormais de regarder les JT et programmes d'info sur le net. Enfin, quand ça marche bien: là aussi, vu notre expérience de ces quinze derniers jours, il y a beaucoup à dire...

Du coup, cette mirifique «révolution numérique» pourrait bien, pour nous, se conclure plus prosaïquement. Par 1) la télé rangée à la cave, et donc plus de place et moins d'ondes électromagnétiques à la maison 2) une bonne centaine d'euros économisés chaque année, vu qu'on n'aura plus la redevance à payer.

Sans doute, dans la vie, ne fait-on jamais que les révolutions, cathodiques y compris, que l'on peut...

22/04/2011

Un champion (du gazouillis)

twittoscope.jpgIl a beau être impopulaire comme jamais un Président français ne l'a été à un an d'un scrutin présidentiel, dans ce domaine au moins, il demeure le n°1. Nicolas Sarkozy reste, et de loin, la personnalité politique la plus tweetée de France. Il totalise à lui seul un petit tiers (82.500) des 280.000 tweets enregistrés dans le dernier «Twittoscope» de la Sofres. Le chef de l'Etat fait quasiment deux fois mieux que la deuxième du classement, la frontiste Marine Le Pen (45.000).

Dominique Strauss-Kahn décroche la médaille de bronze (17.600 tweets). Six personnalités dépassent les 10.000 tweets mensuels: les socialistes Ségolène Royal et Martine Aubry, le leader de l'UMP Jean-François Copé, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant, son collègue des Affaires étrangères Alain Juppé, et le bon vieux Jacques Chirac.

Nuance: un nombre élevé de tweets ne signifie pas automatiquement une forte adhésion. Car, a calculé la Sofres, quatre cinquième des tweets analysés sont de simples échanges d'information: ils se bornent à évoquer la personnalité concernée ou son actualité, sans contenir d'opinion positive ou négative à son égard. Seul un sixième (16%) des tweets sont critiques. Sans surprise, les personnalités suscitant beaucoup de tweets critiques sont les si sulfureux ministres Claude Guéant ou Eric Besson. Particularité: «les personnalités qui obtiennent des scores de tweets positifs sensiblement plus élevés que la moyenne sont toutes issues de formations de gauche». Un hasard? Non, se hasarde la Sofres. Cela «pourrait laisser à penser que l'e-démocratie trouverait plus facilement sa place à gauche, du fait d'une culture partisane plus discursive et/ou d'un personnel politique plus accoutumé au dialogue horizontal».

Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'il y a de l'effervescence dans tout cela. «A un peu plus d'un an de la présidentielle, l'agora politique que constitue Twitter a largement dépassé le demi-million de tweets mensuels, sur les 140 personnalités suivies». Plus que jamais, donc, la vie politique française suscite un intense gazouillis. Et, bien sûr, cela ne fait que commencer.

21/04/2011

Un «service de prestige»

Une escapade à Roissy et Orly, aujourd'hui – bien de saison, avec cette météo digne d'un mois d'août. D'autant qu'un nouveau service, dont la société Aéroports de Paris (ADP) avait annoncé le lancement en février, est en train, ces jours-ci, de vraiment y démarrer. Mais ne vous réjouissez pas trop vite: il n'est pas précisément destiné à l'usager lambda de ces deux aéroports.

Car il s'agit d'un «service de prestige», dixit ADP. D'un «service sur mesure». D'une «nouvelle panoplie de services d'accueil hautement personnalisée, mise à disposition d'une clientèle d'affaires ou VIP». C'est «La Conciergerie». Elle vous accueille comme une star à votre arrivée à l'aéroport: à votre descente d'avion ou de voiture. Porte vos bagages. S'assure que vous bénéficiez d'«un accès prioritaire aux postes d’inspection filtrage». Met à votre disposition un «personal shopper» pour vos achats en zone détaxée. Court acheter à la pharmacie le médicament que vous avez oublié à la maison. Se charge des livraisons de fleurs et de cadeaux que vous n'avez pas eu le temps de faire avant votre décollage. S'occupe de votre animal domestique, etc.

Les tarifs de ce service 5 étoiles sont si surfaits qu'ils en deviennent drôles. Une cravate de rechange? 60€. Un détachage express de votre chemisier en soie? 12 € . Un fax urgent à envoyer avant de décoller? 1€ (la page). L'accès à une borne internet quand toutes celles qui sont mises à disposition du public sont occupées? 8€ (par tranche de 10 minutes). Un trousseau de clés à garder précieusement pendant votre périple? 45€ (la journée). Un bouquet de fleurs à livrer à Paris? 120€ (+ le «prix de la composition florale», bien sûr). Une révision express de votre voiture pendant votre voyage? (forfait de 250€: hors pièces et main-d'oeuvre, cela va de soi).

Bienvenue dans la vraie vie parisienne. Pour certains, du moins.

20/04/2011

Une «usurpation»

camembert.jpgLe diable se niche dans les détails, assure l'adage. En France, pays de la bonne bouffe, il semble que l'on retrouve le démon également dans le moindre recoin d'... emballage de fromage. C'est l'association de consommateurs «UFC-Que choisir» qui a récemment alerté sur cette diablerie gastronomique (ici). Qu'elle juge d'autant plus préoccupante qu'elle affecte «le fleuron de notre identité nationale: le camembert».

Votre camembert préféré est-il «de Normandie» ou «fabriqué en Normandie»? Là est toute la question. Pour l'organisme qui défend les producteurs de camembert d'appellation et d'origine contrôlée, la mention «fabriqué en Normandie» est illégale, et devrait être interdite. Car elle est trompeuse: «elle est source de confusion dans l’esprit de 90% des consommateurs». Explication? «Contrairement au «camembert de Normandie», dont la fabrication est régie par un cahier des charges draconien, la mention «camembert fabriqué en Normandie» n’a aucune valeur légale. Elle signifie uniquement que l’usine de production du fromage est située dans cette région, sans garantie quant à l’origine de ses composants : lait pasteurisé, lait en poudre ou lait importé des quatre coins de la planète en fonction des cours du marché». L'UFC accuse donc les géants de l'industrie laitière française, le groupe Lactalis singulièrement, de se livrer à de la «concurrence déloyale», voire à de l'«usurpation». Selon elle, le gros business de l'agroalimentaire tente sans vergogne de «profiter de la réputation de la dénomination protégée, pour induire le public en erreur».

L'heure doit être grave. Et, en haut lieu, on doit être très ennuyé. Car, en cette ère de pré-campagne électorale, voilà, somme toute, une insécurité de plus – gustative, voire gastronomique – à mettre au débit de sa politique de lutte contre la délinquance.

19/04/2011

Un gros gaspillage

4,5 millions d'euros. C'est donc le montant qui, à Paris, a été jeté par les fenêtres. C'est la somme qui a été déboursée en vain par la RATP, par l'organisme qui gère les transports publics en région parisienne, et par les autorités régionales. 4,5 millions d'euros, c'est ce qu'avait coûté le tapis roulant ultra-rapide qui, en 2002, avait été installé à la station Montparnasse, et dont les opérations de remplacement ont débuté hier.

A l'époque, ce «trottoir roulant rapide» (TRR) avait été présenté comme un bijou technologique. Déployé dans l'interminable (180 mètres) tunnel reliant les lignes 4 et 12 du métro aux lignes 6 et 13 ainsi qu'à la gare SNCF, il atteignait la vitesse de 3 mètres par secondes. Soit 11km/h. Soit trois fois plus que la vitesse moyenne d'un tapis roulant ordinaire. Soit, pour un usager quotidien, un gain de temps potentiel de 15 minutes par semaine et de 10 heures chaque année. On croyait rêver. Et on a déchanté, raison pour laquelle ce joujou est en train d'être enlevé.

Car «le tapis roulant le plus rapide du monde» s'est avéré bien trop casse-gueule pour l'usager de base: pour le Parisien moyen, qui n'est pas forcément toujours sportif, jeune, agile ou portant des chaussures plates. C'est bien simple: au nombre de vol planés de ses utilisateurs qu'il engendra, ce tunnel de Montparnasse en vint à ressembler au plateau de tournage d'une émission style «Vidéo Gags». Les personnes âgées, les usagers ayant des bagages, ou simplement les Parisiennes aimant les chaussures à talon détestèrent rapidement ce TRR révolutionnaire. Qui, en plus, accumula les avaries techniques. Résultat des courses: pendant toutes ces années où il était censé fonctionner, le fameux trottoir roulant du futur fut plus souvent qu'à son tour... fermé et/ou boudé et/ou hors d'usage.

Officialisation donc, cette semaine, de ce retentissant fiasco technologique. Et, au passage, de ce gros gaspillage.

Encore bravo.

18/04/2011

Une (pénible) égalité

loubarde.jpgLes «Tokyo Girls». Les «Black Boukantes». Les «Bana Danger». Les «Momi Fiuu». Ce ne sont pas les derniers groupes de musique à la mode chez les jeunes à Paris. Ce sont les noms... de bandes de filles. Les noms de bandes de jeunes délinquantes qui, dans la capitale française ou sa banlieue, donnent du fil à retordre aux forces de l'ordre.

Selon la préfecture de police de Paris, qui a fait le point sur la question l'autre jour, les premières bandes composées exclusivement de filles sont apparues ici à l'été 2009. Aujourd'hui, on en dénombre huit différentes. La plus petite ne compte qu'une dizaine de membres, mais la plus grosse regroupe jusqu'à 70 filles. Leurs membres ont en général entre 13 à 20 ans. Depuis le début 2010, 180 jeunes filles ont été interpellées en région parisienne pour des faits délictueux présumés commis dans le cadre de ces bandes. Deux tiers de ces interpellations ont donné lieu à placements en garde à vue. A l'issue de celles-ci, 60 jeunes filles ont été déférées en justice.

Entre elles, a observé la police, les membres de ces gangs féminins uitilisent des pseudonymes. Ces noms d'emprunt «répondent à des critères allant des marques de luxe (BB Dior, Bbei Prada…), aux bonbons et sucreries (Tictak Walen ; Caramel…), en passant par des comportements sociaux (l’Insolente, Kpriss, l’Explosive..), des attitudes érotiques ou comportements sexuels (Tigresse, Cochonne…) et une appartenance ethnique (Blakisha, Tissmé, Misafrow…)».

Ce qui distingue une bande de filles d'une bande de garçons? «Contrairement à leurs homologues masculins, les filles ne cherchent pas à s’approprier un territoire déterminé, mais plutôt à occuper l’espace autour d’elles par l’exubérance et le chahut, causant tapages et nuisances. La délinquance n’est pas la motivation première des rassemblements, mais elle fait partie intégrante de leur mode de fonctionnement: violences volontaires, racket, brimades, harcèlement, vols à l’étalage en sont les manifestations». Les bandes de filles «gravitent généralement autour des bandes masculines (...), constituant des sous-groupes: les crews». Ces sous-groupes «servent de passerelle pour accéder à la bande, à charge pour les filles de faire leurs preuves notamment en commettant des vols avec violences. Contrairement aux garçons, elles s’affrontent rarement entre elles, privilégiant les attaques concentrées sur une ou deux cibles. Des dérives ont été constatées depuis fin 2010, elles sont désormais impliquées dans des agressions sexuelles et des viols».

loubard.jpgZoner, faire du grabuge, harceler, brimer, racketter, voler, agresser, cogner, violer. Ce n'est donc plus l'apanage des garçons à Paris – comme sans doute ailleurs aussi. C'est donc, si l'on comprend bien, la dernière évolution en date enregistrée dans le processus d'égalité hommes-femmes. .

On aurait préféré que cette violence reste l'apanage des hommes.

15/04/2011

Un ton si dédaigneux

François Bayrou aurait-il besoin lui aussi d'un peu de vacances? C'est la question que l'on s'est posée hier. En entendant, sur une radio, le plus rural des présidentiables français comparer à «la saison des champignons» la multiplication, ces jours-ci, des déclarations de candidature à l'Elysée. On a toujours été bien plus urbain que rural, mais on sait tout de même que les champignons, c'est plutôt à l'automne.

On se demandait donc si le Béarnais était tombé de son tracteur, quand il a aussitôt rectifié le tir. «D'habitude, la saison des champignons c'est à l'automne. Là, on est dans la saison des champignons de printemps». On était soulagé, notre culture générale rurale n'était pas prise en défaut: la saison des champignons, ce n'est pas maintenant.

Ce n'est visiblement pas non plus la saison de la cordialité, dans la classe politique en ce moment. Témoin, cette réflexion de Dominique de Villepin, hier toujours, visant Nicolas Hulot ou Jean-Louis Borloo. «Nous sommes dans une période printanière, de kermesse politique, où l'on note beaucoup d'appétit, beaucoup de nouveaux visages. Le paysage politique va se clarifier au cours des mois».

Une «kermesse». Des «champignons». Voilà qui n'a rien de très confraternel, entre présidentiables potentiels. Et qui est même franchement dédaigneux. Quelques phrases plus tard, François Bayrou se nuançait, à nouveau: «Je n'ai pas envie de parler de manière condescendante ou méprisante des gens qui, après tout, ont bien le droit de dire qu'ils en ont envie (de l'Elysée). Mais entre en avoir envie et que la démarche choisie soit claire aux yeux des Français, alors là, il y a une très grande marge».

C'était déjà dit sur un ton plus convenable. Et cela montrait que le centriste lui-même s'en était bien rendu compte: sans cette reformulation, il serait vraiment passé, au yeux de l'auditeur moyen, pour quelqu'un de très arrogant.

14/04/2011

Un petit coup de fatigue?

Fujiyama.jpgUn petit coup de fatigue des politiques français, en ce moment? Un grand besoin de vacances? Ces derniers temps, en tout cas, s'accumulent, en haut lieu à Paris, les absences, pataquès et lapsus. Et encore aura-t-on la charité de ne pas s'appesantir sur le cas de Rachida Dati. Qui, décidément, n'en rate (verbalement) pas une, ce qui a l'air de faire rire la terre (internet) entière... Au-delà donc de l'ex-garde des Sceaux, on a eu droit, depuis le début de cette semaine, à un festival d'étourderies.

Il y a d'abord eu la (décidément impayable) ministre Nadine Morano. De grand matin en direct sur une radio, elle était interrogée sur Carlos Ghosn: le PDG de Renault, le constructeur automobile actuellement en plein scandale. Le plus sérieusement du monde, la ministre a dit ne pas connaître... une chanson d'un tel titre, du chanteur Renaud. Encore bravo. Il y a eu aussi, hier à l'Assemblée nationale, ce lapsus de François Fillon. Le Premier ministre s'exprimait sur l'exploitation des gaz de schiste. Mais sa langue a fourché: il a parlé de... «gaz de shit». Il y a eu enfin, hier toujours, cette bourde lors de la déclaration de candidature à l'Elysée de Nicolas Hulot. C'était à propos du nucléaire. L'animateur télé lui-même n'a pas évoqué le sujet – ce qui, au passage, était un peu curieux. Mais l'hôte de son grand raout médiatique, maire écologiste d'une ville de la banlieue parisienne, a, lui, fait allusion à la catastrophe de Fukushima. Il en a même parlé à deux reprises. Mais au lieu de dire Fukushima, il a chaque fois prononcé... Fujiyama. Ce qui n'a évidemment rien à voir: c'est le nom de Fuji-san, la montagne sacrée et le symbole du pays du soleil levant. Encore bravo, là aussi, venant qui plus est d'un élu Vert...

Fujiyama, pour Fukushima. Cela nous a rappelé ce lapsus qu'avait commis naguère le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer. Il prononçait un petit discours de bienvenue à l'attention d'une délégation de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qu'il accueillait ce jour-là. Cette délégation était conduite par un Turc, un certain Mevlüt Cavusoglu. Mais Bernard Accoyer avait écorché son nom. Et l'avait rebaptisé Mevlüt... «Ceaucescu», du nom de l'ex-dictateur roumain...

13/04/2011

Une horreur

On évoquait hier les tensions ravivées en ce moment au sein de la diaspora ivoirienne de Paris. En termes de gravité, elles ne sont rien par rapport à la violence effarante qui, ici, depuis maintenant plusieurs semaines, secoue une autre population d'origine étrangère: les communautés tamouls et srilankaises vivant dans la capitale française et sa banlieue.

Des faits divers atroces s'y sont déroulés, dignes de films d'horreur les plus gore. Des agressions d'une violence extrême: à la hache, au sabre, à la batte de baseball, etc. – on vous passe les détails. Pour la police, il s'agit de rixes entre bandes rivales pour le contrôle de territoires, sur fond de trafic et de racket. Mais, entendait-on ce matin, au saut du lit, sur une radio locale (reportage podcastable ici), il y a autre chose aussi derrière tout cela. Ces drames ont également une dimension pathétiquement dérisoire, désespérément banale: celle du désoeuvrement de bandes de gamins n'ayant d'autre perspective de vie que de se faire un remake à la parisienne, improbable et extrême, de «West Side Story». Des gamins: c'est bien le mot. Car, ce qui frappe notamment, c'est l'âge des victimes et des auteurs de ces violences intra-communautaires: une vingtaine d'années, pas plus.

Au fond, l'autre jour, lorsque l'on esquissait (ici) le bilan de la situation générale à Paris dix ans après l'accession de la gauche au pouvoir, on évoquait le gros point noir, si visible au quotidien, de la pauvreté. On aurait très bien pu en mentionner un autre, tout aussi ostensible dans tant de quartiers de cette «Ville lumière» décidément parfois si mal nommée. Le sentiment qu'une partie de la jeunesse y est en train de basculer (*). Ce que, à l'Hôtel de Ville ou partout ailleurs en haut lieu, tout le monde sans doute voit, sent et sait. Mais alors, pourquoi les choses donnent-elles tant l'impression de ne pas fondamentalement s'améliorer, année après année?

(*) Pour ne prendre que ce seul exemple, si frappant au quotidien: voir l'âge, de plus en plus jeune, des gens qui quêtent dans le métro ou le RER parisiens: tentant de glaner, passant de rame en rame, quelques piècettes auprès des usagers. Là encore, bien souvent, ce sont des gamins.

12/04/2011

Une tension

Un tyran renversé à Abidjan hier soir, et une tension ravivée à Paris. La diaspora ivoirienne établie en France, tout comme la population en Côte d'Ivoire même, est déchirée politiquement et ethniquement. On l'a encore bien vu hier dans la capitale française, sitôt tombée la nouvelle de l'arrestation de Laurent Gbagbo.

Dès la fin de l'après-midi, dans le dixième arrondissement, boulevard de Strasbourg notamment, quelques dizaines de partisans du Président Ouattara ont manifesté leur joie et leur émotion, et lancé des appels à la réconciliation nationale. En début de soirée, en revanche, c'est de la colère qu'ont laissé éclater les pro-Gbagbo, sur les Champs-Elysées eux. Plusieurs centaines de manifestants y ont protesté contre le rôle joué par la France dans la chute du Président sortant. A l'issue de la manifestation, des incidents les ont opposés aux forces de l'ordre. Sept policiers ont été blessés: par des projectiles et des coups de cutter notamment. Neuf manifestants ont été arrêtés. C'était déjà sur les Champs que, ces dernières semaines, les pro-gbagbistes de Paris avaient manifesté pour protester contre les frappes aériennes de la France et de l'Onu. «La France bombarde des civils! Il faut se mobiliser!», avait-on pu lire sur les pages Facebook des organisateurs de ces manifestations.

Ces derniers mois, dans la communauté ivoirienne de Paris et de sa banlieue, la tension était telle que des heurts ont opposé les partisans des deux camps. «Les gens se sont jeté des bouteilles à la figure!», avait témoigné la tenancière d'un restaurant africain, dans la dernière ligne droite de la campagne électorale en Côte d'Ivoire. L'autre jour, dans le huitième arrondissement, on a même vu cet avis scotché en grand à la vitrine d'un petit commerce ivoirien de fruits et légumes exotiques: «Ici, on ne parle pas politique!»

11/04/2011

Un intrus

Fantomette.jpgSi les cordonniers sont, comme dit l'adage, les plus mal chaussés, le premier flic de France est-il, lui, le moins bien protégé? On peut s'interroger, en tout cas, depuis l'incident survenu au ministère de l'Intérieur vendredi soir. Si par extraordinaire cela vous avait échappé – on n'a parlé que de cela, ce week-end à Paris – , un intrus a réussi à pénétrer dans ce saint des saints de la politique sécuritaire sarkozyste. Il s'est introduit dans le cabinet et le ministère de l'Intérieur, place Beauvau dans le septième arrondissement, à deux pas du palais de l'Elysée.

Vers 19h20 vendredi, l'homme a trompé la vigilance des plantons qui étaient de garde devant l'édifice. Il s'est promené dans les locaux pendant plusieurs minutes, puis a pris la poudre d'escampette comme si de rien n'était. Ensuite, pendant près de cinq heures, les services de sécurité ont dû fouiller l'immeuble pour s'assurer qu'aucun engin explosif n'y avait été déposé. Pendant tout le week-end, le porte-parole du ministère a fait état, aussi sobrement que comiquement, d'un possible «défaut de vigilance», que déterminera éventuellement l'enquête administrative qui a été lancée. Et il a assuré que jamais l'individu n'avait eu accès aux «zones sensibles» du bâtiment.

Les médias, évidemment, ont fait leurs choux gras de l'incident. Ils se sont fait un plaisir de rappeler que, l'été dernier déjà, un quidam très culotté, au volant d'une Clio équipée d'un gyrophare, avait réussi à se faire ouvrir les grilles de l'Elysée, puis à se garer dans la cour d'honneur du palais présidentiel. Avant que les gardiens du temple, médusés, se rendent compte qu'il n'avait absolument rien à y faire. Autre incident rocambolesque: dans l'enceinte du ministère de l'Intérieur «il y a deux ans, une femme vêtue seulement d'un string a été interpellée»...

Selon les syndicats policiers, ces incidents à répétition ne sont pas du tout anecdotiques. Car ils illustrent le gros problème de sous-effectifs frappant selon eux les services d'élite chargés de veiller à la sécurité des hautes personnalités – services qui, tout comme l'ensemble de la fonction publique, sont, depuis 2007, soumis à la règle du non-remplacement d'un agent sur deux partant à la retraite. «Je ne veux même pas entrer dans ce débat-là!», a répété en boucle, ces dernières 48 heures, le porte-parole de l'Intérieur. Qui, visiblement, était passablement irrité...

08/04/2011

«Une contrainte» ou «une routine»

Aujourd'hui, pour bien terminer la semaine, une note qui vous permettra de vous situer par rapport au Français moyen en ce qui concerne son rapport au travail. Du moins si vous avez un emploi – selon les derniers chiffres du chômage, la France compte 4 millions de demandeurs d'emploi (4,3 millions, outre-mer compris).

 

Seuls… 31% des Français se disent heureux au boulot. C'est le chiffre saisissant que l'on trouve dans le dernier baromètre annuel sur le bien-être au travail en France. Ce taux de satisfaction descend à 29% dans le secteur privé. Les ouvriers se déclarent deux fois moins souvent heureux au travail (22%) que les cadres supérieurs (46%). Dans leur majorité, certes relative (36%, +5 par rapport à l'an dernier), les Français voient avant tout leur boulot comme «une contrainte» ou «une routine». Seuls 32% (-3%) le considèrent comme «un plaisir» ou «une fierté». Pour tous les autres, ce n'est qu'«une sécurité».

 

Conclusion de l'étude? En France, «satisfaction professionnelle et motivation atteignent des scores historiquement bas. En cause, un déficit toujours aussi massif en terme de rétribution (la question du pouvoir d’achat et du niveau de salaire restent très sensibles); mais aussi la question de l’utilisation des compétences, des conditions de l’accomplissement au travail». Autre «signal d’alerte»: «Pour la première fois, l’une des caractéristiques traditionnelles de la relation des salariés français à leur travail (une dimension affective, quasi hédoniste) semble atteinte, en particulier dans le secteur public».

 

Plus que jamais, donc, bon week-end à vous, a fortiori si votre travail est «une contrainte» ou «une routine». Et, puisque c’est ce soir que débutent les vacances scolaires pour la zone de Paris, bons congés si vous avez la chance d’en prendre.

07/04/2011

Une campagne (suspecte)

gardemeubles.jpgLa misogynie, revendiquée ou subliminale, dans la pub en France: un des sujets décidément inépuisables de ce blog (relire ici, ou , voire, si vous avez particulièrement le temps aujourd'hui, ici ou ). On vient encore d'en avoir une illustration dans le métro de Paris. Il s'agit, cette fois, d'une campagne de pub pour une société de garde-meubles.

Le visuel? Monsieur, aux côtés d'une armoire imposante: une antiquité, style grand siècle, dont son propriétaire semble très fier. Le slogan? «Vous l'adorez. Votre femme la déteste. Nous la stockons». C'est donc Madame qui n'a aucun goût en matière de déco, et qui, un peu tyrannique au foyer, oblige Monsieur à louer une aire de stockage. C'est Monsieur qui aurait très bien pu être illustré par cette pub comme n'aimant pas les antiquités. Mais non, c'est Madame. Sans doute un hasard, s'est-on dit en passant notre chemin après avoir froncé les sourcils devant cette affiche. Jusqu'à ce que, quelques stations de métro plus loin, on tombe sur un autre visuel de cette campagne.

Cette fois, c'est Madame qui était représentée: posant, un peu niaisement, aux côtés d'un vélo d'appartement. Le slogan le précisait: ce vélo, elle l'avait acheté mais s'en était fatigué très vite, du coup Monsieur devait à nouveau se taper le garde-meubles. C'est Monsieur qui aurait très bien être illustré par cette pub comme ayant très rapidement eu la flemme de ses altères, de sa ceinture à impulsions électriques censée dessiner les abdos, ou de sa machine à gonfler les biceps. Mais non, c'est Madame. Qui, dans ce visuel, incarne donc la légereté, l'inconstance, le manque de détermination, la futilité variant au gré du vent. Pour la deuxième fois, du coup, un slogan de cette campagne pouvait être lu/vu de manière péjorative pour les femmes.

Mais sans doute, les ans passant, est-on devenu très Parisien moyen: donc qui n'aime rien, limite teigneux. Mais, qui sait, les «créatifs» ayant conçu cette com' si brillante n'ont-ils nullement pensé à mal. Mais, peut-être, découvrira-t-on ces prochains jours, dans le métro, des visuels de cette campagne pouvant, eux, être interprétés au désavantage de l'homme.

On les cherche toujours, cela dit.

06/04/2011

Un souvenir douloureux

Cela bouge décidément tous les jours, sur les Champs-Elysées. Le bruit circulait depuis des semaines à Paris, et il a été confirmé officiellement (ici) il y a quelques jours. Le groupe britannique Marks & Spencer s'apprête donc à faire son grand retour en France. Et c'est «la plus belle avenue du monde» qu'il a choisie comme lieu d'implantation. Précisément, c'est au numéro 100 de la fameuse artère que l'enseigne de prêt-à-porter va s'établir, d'ici à la fin de l'année. Son «flagship store» – comme disent les courtiers immobiliers: so chic – se déploiera sur 3 niveaux et près de 1500 m2.

Cette info n'aurait qu'un intérêt assez limité, si elle ne ravivait pas en France un souvenir très douloureux.

Cela remonte à 2001, mais on s'en souvient comme si c'était hier. La nouvelle, à l'époque, avait été annoncée à 7h du matin aux employés concernés, et elle avait suscité un choc terrible. M&S connaissait alors de grosses difficultés financières. Ce jour-là, il avait donc annoncé la fermeture immédiate de toutes ses boutiques en France. Elles étaient au nombre de 17, la plus fameuse étant située à Paris, Boulevard Haussmann si on se souvient bien. Du jour au lendemain, 1700 travailleurs du groupe s'étaient retrouvés sur le carreau en France – plus de 4000 en Europe.

Ces derniers jours, dans sa campagne de com' tapageuse à propos de son arrivée sur les Champs, M&S s'est bien gardé, évidemment, de revenir sur ce pénible événement. Raison pour laquelle on s'est permis de le faire ici, ce mercredi. Le «droit à l'oubli», comme disent les juristes, existe, certes. Mais, à notre humble avis, il ne doit tout de même pas faire oublier totalement l'Histoire, l'Histoire sociale notamment.

05/04/2011

Un besoin?

pubmétro.jpgOn l'avait entendue, cette réflexion à la radio. L'autre jour, en marge du grand débat sur le nucléaire qui a agité la France, comme d'autres pays, après la catastrophe de Fukushima. Et puis, on avait perdu cela de vue. Jusqu'à hier. Jusqu'à ce que, au hasard de nos pérégrinations dans le métro de Paris, on retombe sur un de ces nouveaux panneaux publicitaires qu'on a déjà pas mal évoqués dans ce blog (relire ici, ou ). Un de ces panneaux lumineux et animés qu'on trouve désormais dans d'innombrables stations ici – et qui, au passage, font (un peu) mal aux yeux (*). Ce panneau-là, pour l'anecdote, arborait un slogan rageur («NO PUB») tagué sans doute par un militant d'une association luttant contre l'invasion de la réclame.

La réflexion émanait d'un dirigeant d'une association qui, pour faire vite, milite en faveur d'une société de consommation moins énergivore. «Il serait temps de réfléchir à notre consommation d'énergie», recommandait-il. «Par exemple, on trouve en ce moment, dans le métro de Paris, des écrans publicitaires vidéo lumineux qui consomment énormément d'électricité. En a-t-on vraiment besoin pour notre bien-être?»

Bonne question.

(*) Panneaux publicitaires, qui, toutefois, à ce stade en tout cas, sont silencieux. Mais ne désespérons pas. Un de ces jours, l'un ou l'autre responsable de la régie publicitaire de la RATP proposera certainement qu'on leur ajoute le son. Ce sera vraiment merveilleux. Les dix millions d'usagers quotidiens des transports publics parisiens auront le privilège de profiter à longueur de journées de slogans publicitaires hurlés à tue-tête. Et les espaces sur ces panneaux se vendront encore plus chers aux annonceurs.

04/04/2011

Un bilan toujours aussi mauvais

«Contrairement à nos espoirs, les choses s'améliorent, mais pas assez vite ». C'est ainsi que les dirigeants de l'organe de contrôle de la qualité de l'air en région parisienne ont résumé leur dernier bilan annuel, qu'ils viennent de publier. La situation reste préoccupante. Pour preuve, «entre 1,8 et 3,6 millions» d'habitants de la région parisienne «sont potentiellement exposés à des niveaux de pollution qui ne respectent pas la réglementation, principalement le long du trafic et dans le coeur de l'agglomération parisienne».

Cela vaut d'ailleurs de gros ennuis à la France. L'Europe lui réclame des comptes à propos de la pollution au dioxyde d'azote: un gaz très irritant, qui pénètre au plus profond des plus fines ramifications des voies respiratoires. En région parisienne, la teneur moyenne en dioxyde d'azote est deux fois supérieure aux normes européennes, et touche 9 Parisiens sur 10. Idem pour la pollution due aux particules fines. La directive européenne autorise 35 jours lors desquels la barre des 50 microgrammes /m3 est dépassée. Or, dans certaines villes de la région parisienne comme Saint-Denis, on a recensé... 176 jours de dépassement en 2010. Cette situation perdurant depuis 2003, elle vaut désormais à la France un gros contentieux avec l'Europe, qui compte bien lui imposer des amendes d'un montant faramineux.

A propos de ces particules fines, précisément, c'était vraiment frappant, ces dernières semaines à Paris et dans sa région: frappant, le nombre de jours où la pollution de ce type a été telle que la procédure d'information du grand public a dû être déclenchée. Pendant le seul mois de mars, six jours ont été dans ce cas de figure. A en juger à l'historique des alertes pour ce polluant, rien que pendant les trois premiers mois de 2011, a été dépassé le nombre total d'alertes déclenchées pendant les deux années précédentes...

Mais cela n'empêchera assurément pas d'innombrables touristes du monde entier de venir respirer le bon air de la Ville lumière, à la faveur de ces premiers beaux week-ends de printemps.

01/04/2011

Un message

séropo.jpgCoup d'envoi, ce vendredi, du Sidaction, huitième du nom. Les donateurs ont jusqu'au 4 avril pour aider la recherche et les malades. Pour avoir une idée, rien que 40€ – soit à peine le prix d'un resto moyen à Paris – permettent de financer «la prise en charge médicale et le traitement d’un enfant pendant un mois au Burundi».

A propos du sida, l'autre jour dans notre onzième arrondissement, on est tombé en arrêt devant une affiche. «Faites passer le message», disait-elle. Quel message? «On n'attrape pas le sida en embrassant une personne séropositive». En voyant cela, on s'est dit que cette campagne, prise dans un sens ou dans un autre, avait un côté assez déprimant.

Soit n'importe quel Français moyen sait parfaitement bien, comme cela nous paraît, à nous, si évident et depuis si longtemps, que le virus du VIH-sida ne se transmet bien sûr pas par un tel contact physique. Auquel cas, une campagne de ce genre, c'est vraiment de l'argent jeté par les fenêtres. De l'argent qu'on aurait mieux fait de consacrer à faire passer des messages sur d'autres aspects de l'épidémie: le dépistage, les traitements post-exposition, la coinfection VIH-VHC, ou les pratiques sexuelles à risques.

Soit, comme c'est plus probable, les concepteurs de cette campagne ont bien fait leur travail: ils l'ont fait précéder d'études précises et fouillées sur l'état des connaissances du grand public à propos de cette maladie. Auquel cas, si un tel message (*) a été choisi, c'est  parce que ce type d'idées reçues complètement débiles (=on peut choper le sida en embrassant un-e séropo) existe encore bel et bien en France – et probablement ailleurs également.

30 ans après le début de l'épidémie et 25 millions de morts plus tard, cette désinformation populaire a quelque d'assez affolant, a fortiori dans un pays comme la France, où le niveau d'éducation est élevé et l'accès aux moyens d'information généralisé. Affolant, car cela en dit long, et doublement.

Cela en dit long, d'abord, sur les carences de l'Etat français, dans sa politique d'éducation à la santé. En dit long, ensuite et surtout, sur un certain je-m'enfoutisme, et donc un manque d'altruisme, des gens, envers ce qui constitue pourtant un enjeu crucial de santé et de société à l'échelle de la planète toute entière.

(*) Un tel message, ou ses variantes, également visibles sur des affiches à Paris en ce moment: on n'attrape pas le sida «en serrant la main d'une personne séropositive», «en partageant le repas d'une personne séropositive», «en utilisant les mêmes toilettes qu'une personne séropositive».