31.05.2011
Un ministre embarrassé?
Cela manifeste pas mal en ce moment, à Paris. Aujourd'hui, les fonctionnaires. Hier, les travailleurs sans-papiers. Dimanche (à Bastille), les «Indignés». Et samedi après-midi, par le plus grand des hasards, on a assisté à une manif sous les fenêtres d'un ministre.
Dans les jardins du Palais Royal, on était en train de somnoler paisiblement au soleil, quand, tout à coup, retentirent des exclamations. Et les vigiles du ministère de la Culture – le cabinet du ministre Frédéric Mitterrand donne sur la place – de s'agiter dans tous les sens, leur talkie-walkie crachotant. Entre les colonnes de Buren, sous l'oeil médusé des touristes, avait fait irruption une poignée d'activistes visiblement assez énervés. «Mitterrand, dans l'arêne!», «Mitterrand, dans l'arêne!» C'était... des militants anti-corrida, protestant contre l'inscription, en avril, de la tauromachie au «patrimoine culturel immatériel» français. La corrida désormais culturellement assimilée à la tarte tatin, au fest-noz breton, à la tapisserie d'Aubusson, ou aux parfumeurs de Grasse: les défenseurs des animaux sont furax.
Leurs associations revendiquent 700.000 adhérents, tous électeurs potentiellement mécontents. Elles se prévalent du soutien de «people» télégéniques, outre Brigitte Bardot évidemment: de Cabu à Cavanna en passant par Mylène Demongeot, Yves Duteil, Geneviève de Fontenay, Mgr Gaillot, Albert Jacquard ou Tomer Sisley. Et ces anti-corrida comptent bien que, cet été, ce sujet bien de saison et même en or – les enfants y compris peuvent donner leur avis – anime les discussions en famille: à la plage, au camping à l'heure de l'apéro, ou aux terrasses des bistrots.
Difficile à gérer, cette agitation, pour des politiques à moins d'un an d'une élection présidentielle? On a déjà connu Frédéric Mitterrand plus à l'aise. L'autre jour, à la radio (ici), il a assez laborieusement évoqué le sujet. Et, ce matin, sur le site web de son ministère, en tapant «corrida» sur le moteur de recherche, on n'obtenait qu'une seule réponse: «Aucun article n'a été trouvé. Merci de renouveler votre recherche»...
12:19 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : culture, folklore, activisme, gouvernement
30.05.2011
Un souvenir embarrassant
Terrible, la vacuité informative de tous ces reportages que continuent de réaliser, en boucle, tous ces pauvres confrères qui doivent se coltiner le pied de grue devant la résidence new-yorkaise des Strauss-Kahn. C'est ce qu'on s'est dit tout le week-end, en les voyant et en les écoutant tenter de meubler, vaille que vaille, cette si évidente vacuité. Faute d'infos significatives – ils avaient même si peu d'allées et venues des intéressés à se mettre sous la dent – , et le filon des «micro-trottoirs» (interviews de voisins, etc.) ayant été épuisé depuis bien longtemps, certains en étaient réduits, pour occuper leur temps d'antenne, à relayer les ragots et/ou gros mots de la presse tabloïd new-yorkaise la plus trash.
Pour, tout de même, compenser un peu cette vacuité journalistique, certains médias français ont pris le parti de se replonger dans leurs archives. Dans l'espoir d'y exhumer un élément susceptible d'alimenter un peu le feuilleton, le temps que survienne un rebondissement. C'est ainsi que, les premiers, RTL et le «Le Figaro» (pas vraiment des médias proches du PS, remarquerez-vous...) ont déniché de quoi pimenter un peu la controverse autour du montant du loyer de la fameuse maison de Tribeca occupée par les Strauss-Kahn-Sinclair: loyer évalué à quelque 35.000 € par mois.
L'anecdote remonte à 2005. Alors que le ministre de l'Economie de l'époque, un certain Hervé Gaymard, était empêtré dans une controverse relative au faste de son logement de fonction parisien (600 m2 dans les beaux quartiers, loués 14.000€ par mois), qui allait finir par lui coûter son maroquin. Mais, avant qu'il soit contraint à la démission, il avait eu droit, un soir à la télé, à un fameux sermon. Et c'était... un certain DSK qui s'était permis de lui faire la leçon.
«Comment se fait-il que vous ne vous soyez pas rendu compte que le fait de louer un appartement qui valait dix fois le salaire minimum était quelque chose d'inacceptable?», lui avait lancé DSK. «Je ne comprends pas que vous n'ayez pas été du tout choqué par le fait de payer un loyer de 14.000 € par mois pour un logement de fonction. Il y a un problème d'éthique personnelle!»
Six ans plus tard, même si les choses ne sont bien sûr pas exactement comparables – les 35.000€ de loyer de la prison dorée de DSK ne sont pas payés par le contribuable –, ces propos ont bien sûr quelque chose d'embarrassant, pour le donneur de leçons d'hier.
11:31 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : médias, journalisme, personnalités, strauss-kahn, sinclair, luxe
27.05.2011
Une chute vertigineuse
C'était à prévoir, mais cela n'en reste pas moins saisissant. Les déboires new-yorkais de Dominique Strauss-Kahn lui font perdre... plus de 30 points dans la dernière livraison du baromètre mensuel Ifop Paris-Match, qui mesure la popularité des personnalités politiques. L'ex-patron du FMI y dégringole de la première à la septième place. Et ne recueille plus que 42% de bonnes opinions – mais 52% de mauvaises. Il conserve un solde d'opinions positives chez les sympathisants de gauche et les ouvriers, mais s'effondre chez les électeurs sans sympathie partisane affirmée: à 19% seulement de bonnes opinions, contre 68% de mauvaises.
Selon une autre enquête publiée cette semaine, réalisée par le même institut, l'«affaire DSK» a dégradé l'image des politiques aux yeux d'un certain nombre de Français. En effet, à la question «Diriez-vous que cette affaire change plutôt en bien, plutôt en mal ou ne change pas l'image que vous avez des personnalités politiques en général?», 39% des personnes interrogées – ce qui n'est tout de même pas rien – répondent «plutôt en mal». Le scandale, cependant, ne modifie en rien le regard porté sur la politique par une majorité de Français (59%).
Curiosité de ce sondage: pour 2% de l'opinion, cette si glauque affaire change plutôt en bien l'image des personnalités politiques. Là, on l'avoue, on ne comprend pas.
11:24 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, politique, strauss-kahn
26.05.2011
Un (autre) féminisme
Carla Bruni en personne aurait donc signé la pétition féministe lancée dans la foulée de l'«affaire DSK», texte que l'on évoquait hier dans ce blog. C'est ce qu'a annoncé (ici) «Le Figaro». Ce matin, cela dit, on n'a trouvé nulle trace du nom de l'épouse de Nicolas Sarkozy dans la liste des signataires de cet appel: ni à la lettre B – le seul Bruni renseigné est un certain «Bruni Sylvain, Ingenieur» –, ni à la lettre S: aucun(e) Sarkozy en vue. Passons.
Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que Carla Bruni n'était pas parmi les manifestantes qui, dimanche après-midi, ont défilé dans les rues de Paris avant de rendre public ce manifeste. Et qu'elle n'était pas davantage – et n'avait vraiment aucun risque d'y être – à l'autre manifestation qui, le même jour et sur le même thème, a précédé ce cortège. Il faut dire que cette manifestation-là, qui a démarré de la place de la Bastille, se voulait un tantinet plus radicale.
Rien que son nom était tout un programme: «La Marche des Salopes». En référence à une «Slut Pride» qui s'est tenue à Toronto, suite «aux déclarations d’un policier qui expliquait que, pour assurer leur propre sécurité, les femmes devraient éviter de «s’habiller comme des salopes» (et non pas d’apprendre l’autodéfense)». Dimanche, ces féministes-là ont, comme leurs concurrentes quelques heures plus tard, marché contre le sexisme, le machisme, le viol et toute forme d'agression contre les femmes. Mais elles ont aussi protesté contre «le patriarcat blanc hétéro-sexiste et sa morale bien intentionnée, (qui vient) mettre son nez dans nos placards». Elles ont revendiqué «le droit de s'habiller comme nous le souhaitons sans être stigmatiséEs et subir le comportement sexuellement agressif de certains (interpellations, sifflets, etc....)». Et, plus globalement, ont dit leur exaspération, «parce qu'il y en a assez de ces flics (de la morale ou de l’Etat) qui nous disent de ne pas nous habiller comme des catins si on ne veut pas d'ennui et se placent ainsi dans une logique de sanction de toute initiative de réappropriation de notre corps, qui passe également par le choix de nos vêtements».
Explication de texte? «En enjoignant les femmes, afin de les «protéger», à se conformer à un pseudo modèle vertueux d'un autre âge de «La-Femme»©, hétérosexuelle, blanche, avec une jupe ni trop longue ni trop courte, libérée mais pas trop, qui peut «concilier vie de travail et vie de famille» (c’est-à-dire continuer à effectuer sans sourciller 80% des tâches ménagères), les autorités ne font que ravaler celles qui ne s'y rangent pas au rang d'objet sexuel, puisque selon leur logique, une femme habillée «comme une salope» ne le fait que pour attirer l'attention des hommes, et n'a donc pas à se plaindre si ceux-ci répondent à ses «sollicitations passives».
Conclusion? «Nous revendiquons nos atours de filles de joie, notre propension à montrer ou pas nos genoux, nos bas résilles et nos oripeaux polissons, sans devoir subir de violences sexuelles, car la révolution se fait aussi en talons!»
Remarquez que, dimanche, cette manifestation féministe-là a eu un écho médiatique infiniment moindre que sa concurrente «officielle». Sans doute les médias français ont-ils jugé que le message qu'elle véhiculait n'était pas assez consensuel pour intéresser le commun des mortels.
11:37 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : femmes, activisme, personnalités, bruni
25.05.2011
Une «réalité méconnue»
Audrey Pulvar, Florence Foresti, Gisèle Halimi, Clémentine Autain, Virginie Despentes, Christine Ockrent, Isabelle Alonso et quelque 23.000 personnes ont déjà signé l'appel lancé samedi par plusieurs associations féministes. Le texte s'intitule «Sexisme: ils se lâchent, les femmes trinquent». Et se veut une réaction «au déferlement quotidien de propos misogynes tenus par des personnalités publiques» à la suite de l'«affaire DSK».
Les signataires de ce manifeste disent avoir constaté, ces derniers jours, «un florilège de remarques sexistes». Du «il n’y a pas mort d’homme» au «troussage de domestique» – on en parlait l'autre jour dans ce blog – «en passant par «c’est un tort d’aimer les femmes?», ou les commentaires établissant un lien entre l’apparence physique des femmes, leur tenue vestimentaire et le comportement des hommes qu’elles croisent» ont été «largement relayés sur nos écrans, postes de radios, lieux de travail comme sur les réseaux sociaux». Selon eux, un tel déferlement consacre une «fulgurante remontée à la surface de réflexes sexistes et réactionnaires».
Ces tirades ne posent pas pour seul problème de faire «apparaître une confusion intolérable entre liberté sexuelle et violence faite aux femmes». Elles tendent aussi «à minimiser la gravité du viol», à «en faire une situation aux frontières floues, plus ou moins acceptable, une sorte de dérapage». Dès lors, elles «envoient un message simple aux victimes présentes et futures: «Ne portez pas plainte».
75.000 femmes sont violées chaque année en France. 75.000. Ce qui fait plus de 200 viols chaque jour – sans compter, sans doute, tous les viols qui ne sont pas suivis d'un dépôt de plainte. Pour les signataires de cet appel, le déferlement de sexisme auquel a donné lieu «l'affaire DSK » illustre «à quel point la réalité des violences faites aux femmes est méconnue». Méconnue notamment «de la part d’élites qui prétendent diriger notre société», ce qui «est particulièrement inquiétant».
11:17 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : femmes, activisme, personnalités
24.05.2011
Une suspension
Quatre lignes, rédigées hier. «Vous avez été très très très nombreux à m'adresser des messages. Je ne peux répondre à chacun mais sachez qu'ils m'ont touchés et aidés. Vous comprendrez que les circonstances m'imposent de suspendre temporairement ce blog. Je vous dis simplement: à bientôt». Quatre lignes signées Anne Sinclair. Qui, hier donc, a annoncé que son blog serait désormais aux abonnés absents.
Les commentaires devant être modérés avant d'être publiés, aucun n'apparaît encore, et n'apparaîtra sans doute jamais, sous cette note d'au revoir. Ce blog, l'épouse de DSK l'avait lancé en 2008. Elle y intervenait assez régulièrement. C'est notamment par cet outil qu'elle avait dit son soutien à son mari lorsque, à Washington, un précédent scandale, sexuel déjà, l'avait déstabilisé. En revanche, plus récemment, elle n'y avait touché mot de l'anecdote de «La Porsche tranquille». La dernière note publiée, avant celle d'hier, remontait au 12 mai. C'était un jeudi soir. Trente-six heures plus tard, au Sofitel de New York, le destin de son mari allait basculer, et le retentissant scandale éclater.
Anne Sinclair juge donc avoir désormais d'autres chats à fouetter que d'alimenter son blog. Personne, effectivement, ne lui en tiendra rigueur. Avec la procédure si longue et périlleuse telle qu'elle s'annonce pour son mari, on peut d'ailleurs se demander si ce blog reprendra bel et bien un jour.
10:57 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, sinclair, strauss-kahn, médias, internet
23.05.2011
Une excellente affaire
Les médias français tardent, non pas à tourner la page de l'«affaire DSK » – comment le pourraient-ils? Elle est retentissante et ne fait que commencer – , mais, du moins, à revenir à un traitement rédactionnel quantitativement normal de cette actualité. Dimanche soir, c'était vraiment flagrant.
Ce week-end n'a pas apporté beaucoup d'éléments factuels fondamentalement neufs, dans cette affaire. Hier, néanmoins, les JT de 20 Heures en ont à nouveau fait des tonnes à son propos. La palme est revenue au 20 Heures de TF1. Qui a consacré 4 minutes – soit une éternité, dans la conduite ultra-minutée d'un JT – à un rappel en images de cette affaire. Alors que, si récente, elle est bien sûr toute fraîche encore dans la mémoire du public. La séquence n'apprenait strictement rien de neuf: faite d'images et de commentaires déjà servis tant de fois aux téléspectateurs ces derniers jours. Mais elle a sans doute permis à TF1 de garder pendant quelques précieuses minutes supplémentaires pas mal de téléspectateurs devant le petit écran.
Car, comme on le pressentait dans ce blog dès lundi dernier, le «cas DSK» est évidemment une aubaine pour les médias. Et ils ont bien cela à l'esprit, au moment de déterminer leurs choix rédactionnels.
Dès le lendemain de l'arrestation de l'ex-patron du FMI, les quotidiens français ont vu s'envoler leurs ventes au numéro: +93% pour «Libération», par exemple. Les sites web d'information ont enregistré des records de fréquentation: ainsi, 12 millions de pages vues (deux fois plus que d'habitude) en une seule journée sur lefigaro.fr. Le soir où la chaîne d'info continue BFMTV a retransmis en direct l'audience du tribunal new-yorkais amené à statuer sur la remise en liberté provisoire de l'intéressé, elle a été regardée par plus d'1 million de téléspectateurs: deux fois plus qu'habituellement à cet horaire. Le même engouement a profité aux JT des télés traditionnelles: les premiers jours du scandale, les 20 Heures de TF1 comme ceux de France 2 ont gagné chacun un million de téléspectateurs supplémentaires.
C'est enfoncer des portes ouvertes que de le rappeler, mais sans doute cela ne fait-il jamais de mal non plus: les entreprises du secteur des médias ne sont pas des philanthropes. Comme toutes les autres sociétés, elles veulent et doivent au minimum être rentables, au mieux faire des profits. Dès lors, en période d'actu chaude comme aujourd'hui, l'info, plus que jamais, c'est, aussi, du business.
10:40 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, journalisme, télévision, economie
20.05.2011
Une double palme (à nouveau)
Puisqu'on est toujours en plein festival de Cannes, décernons, comme la semaine dernière, une double palme. En rapport, cette fois, avec la fameuse «affaire DSK». La double «Palme de la Déclaration la Plus Effarante de Stupidité de la Semaine». Ces propos sont même si idiots qu'ils auraient amplement mérité la palme de la stupidité de l'année, mais soyons prudents: a priori, on voit mal comment ce serait possible, mais n'excluons pas d'emblée des déclarations encore plus stupides dans les six mois à venir.
Cette double palme de la stupidité va donc, bien sûr, à Jack Lang et à Jean-François Kahn.
«Il n'y a pas (eu) mort d'homme!», s'est énervé l'ex-ministre, au moment de se scandaliser du placement en détention provisoire de Dominique Strauss-Kahn. En effet, pas eu mort d'homme. Juste, possiblement, viol de femme. Mais sans doute est-ce anecdotique et accessoire.
Quant à Jean-François Kahn, alors qu'il contestait vigoureusement jusqu'à la seule éventualité que son ami DSK ait pu commettre une tentative de viol, il a tout au plus envisagé une simple «imprudence» de sa part: un... «troussage de domestique». Mais le journaliste, lui au moins, s'est ensuite excusé pour ses propos.
Il n'empêche, encore bravo.
PS: Mercredi, «La Barbe», mouvement féministe énervé voire atrabilaire – et, ici, on lui donne mille fois raison –, est allé applaudir Jack Lang devant l'Assemblée nationale et le siège du PS. Et il compte bien, prochainement, aller féliciter Jean-François Khan. C'est, certainement, le minimum.
10:50 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femmes, activisme, médias, parti socialiste, lang
19.05.2011
Un flux tendu
Le grand public ne s'en rend peut-être pas toujours compte, mais, en France comme ailleurs, quand l'actualité est vraiment très intense – et l'«l'affaire DSK» en fournit un bon exemple –, les médias travaillent souvent à flux extrêmement tendu. Du coup, parfois, la précipitation leur fait commettre des erreurs de béotien.
On se l'est redit à plusieurs reprises depuis dimanche. En voyant incorrectement orthographié le patronyme de Dominique Strauss-Kahn. Dans des légendes de photo ou sur le banc-titre à la télé par exemple, il devenait subitement Strauss-Khan. On jette d'autant moins la pierre à ces confrères que nous aussi, par le passé, il nous est arrivé une fois d'écrire Strauss-Khan dans un article. Désormais, on essaie de bien retenir: c'est Strauss-Kahn et Gengis Khan, Helmut Kohl et le khol cosmétique. Cela peut paraître complètement tartouille vu de l'extérieur, mais c'est typiquement le genre de piège dans lequel tombent les journalistes quand ils doivent boucler dans l'urgence et/ou quand ils commencent à être vraiment épuisés par l'actualité.
Toujours dans ce registre des erreurs journalistiques dues au rythme de travail à flux tendu dans les rédactions en périodes de crise, on a pu noter d'autres erreurs, ces dernières semaines. Ainsi, dans les médias, on a lu aussi bien Khadafi que Kadhafi. Et Libye était même parfois orthographié Lybie.
Des détails? Ces erreurs d'inattention ne doivent tout de même pas contribuer à la crédibilité du journalisme dans le grand public. Mais elles sont juste, bêtement, très humaines. Les journalistes ne sont pas (pas toujours, pas tout le temps, pas encore) des droïdes.
11:32 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, médias, presse, langue française
18.05.2011
Un défoulement
Ce matin enfin, on a eu/pris/ le temps d'aller traîner un peu sur le net, pour voir ce qu'il s'y disait sur cette fameuse «affaire DSK». Et on n'a pas été surpris de constater que, trois jours plus tard, c'y était toujours la folie. Folie des plaisanteries grivoises, des pastiches, des chansons, des jeux de mots, parodies, complots ou autres moqueries à deux balles. Du genre, et pour s'en tenir à ce qui est mentionnable dans un tel blog: «La débandade», «DSK dans de sales draps», «Il a cassé sa pipe», «Le festival de Kahn» ou «Dominique nique nique»...
Il y a sans doute plusieurs lectures possibles à ce défoulement planétaire.
La première est lénifiante. Ce défoulement n'illustre jamais qu'un certain côté potache d'internet, auquel il ne faut pas prêter plus d'attention ni accorder plus d'importance que cela.
La deuxième lecture est plus psychologisante. On ne cesse de l'entendre et de le lire dans les médias français, depuis trois jours: cette «affaire DSK», si hors-norme, si spectaculaire, si inattendue et si violente dans sa représentation visuelle, a de quoi créer, en France singulièrement, «un traumatisme». Rien que par la symbolique, ce n'est tout de même pas rien de voir quelqu'un passer, du jour au lendemain, du statut d'ex-futur Président à celui de prisonnier le plus célèbre de la planète. Vu sous cet angle, ce défoulement généralisé sur la toile permettrait, pour certains, d'évacuer le traumatisme. Il aurait valeur et fonction d'exutoire. Tourner en dérision un événement permet de le dédramatiser, de se sentir moins touché par lui, de se rassurer.
Troisième lecture possible à ce défoulement généralisé, elle carrément déprimante. Par nature, l'être humain est mauvais, moqueur, méchant. Il saisit la moindre occasion qui se présente pour déverser son fiel. Chez l'homme, le cynisme l'emporte, par nature, sur la compassion.
Il y a des moments où on regrette (un peu) de n'être que journaliste. Et pas psy ou sociologue, ce qui nous aurait permis d'appréhender plus finement ce phénomène. Mais pourquoi donc un tel défoulement? Là, franchement, on ne sait pas.
Ce qu'on sait, en revanche, c'est qu'internet n'est pas l'unique média servant de défouloir. Depuis dimanche, les plaisanteries graveleuses – ou comiques, c'est selon – circulent y compris dans les médias traditionnels et les rédactions des journaux les plus respectables. Les journalistes sont des êtres humains comme les autres.
11:33 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : internet, humour, presse, médias, personnalités, strauss-kahn



