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14/06/2011

Une autre usurpation

savonmarseille.jpgUne note un peu légère, aujourd'hui. Pour bien commencer la semaine, et car cela faisait longtemps, dans ce blog. On a déjà évoqué (relire ici) la mobilisation des défenseurs de l'AOC camembert de Normandie contre le business de l'agroalimentaire, qui appâte le client en présentant ses fromages industriels comme des camemberts «fabriqués en Normandie»: une appellation qui ne correspond à rien. L'autre jour au Parlement, une usurpation du même acabit a été dénoncée. Frappant un autre produit phare d'un certain art de vivre à la française, qui, lui, n'a rien de gastronomique, mais qui s'appuie tout autant sur une vieille tradition. C'est... le savon de Marseille.

Si l'on veut respecter les règles de l'art, ce savon traditionnel doit être fabriqué avec 72 % d’huiles végétales et sans aucune graisse animale, parfum ou colorant. Cette règle remonte à loin: elle figure dans un édit de Colbert datant de 1688. Elle a été précisée en 1812 par Napoléon Bonaparte en personne. Par décret, il a octroyé à Marseille sa propre marque de savons à l’huile d’olive et a décrit la présentation de celle-ci: un pentagone dans lequel apparaît, en son milieu, les mots «huile d’olive», le nom du fabricant et celui de la ville de Marseille.

Mais selon Valérie Boyer, députée (UMP) des Bouches du Rhône, «certaines industries de savon et de détergent utilisent la dénomination «savon de Marseille» sur des savons composés de graisses animales et fabriqués en dehors de la région marseillaise. Cette situation constitue non seulement une concurrence déloyale vis-à-vis des fabricants de l’authentique savon de Marseille, mais également une tromperie à l’égard des consommateurs!»

Prié de se prononcer vite fait sur le sujet, le secrétaire d'Etat au Commerce a fait préciser à l'Assemblée que le savon de Marseille ne bénéficiait d'«aucun des dispositifs protégeant une appellation d’origine ou d’indication géographique». En revanche, «le décret (napoléonien) du 22 décembre 1812 semble toujours en vigueur, bien que les amendes n’aient pas été actualisées». La Direction de la concurrence et de la répression des fraudes a mené l'enquête sur ce sujet en 2007, «afin de vérifier la qualité des savons, en particulier du savon de Marseille, auprès de vingt-huit entreprises de fabrication ou de distribution». Résultat? «Des écarts ont effectivement été constatés entre les caractéristiques du savon de Marseille telles que définies dans le code des usages précité et la plupart des produits contrôlés. Les anomalies les plus graves ont fait l’objet de procès verbaux pour pratique commerciale trompeuse, et des contacts ont été pris avec les professionnels de la filière afin d’appeler leur attention sur les problèmes rencontrés».

savonmarseille2.jpgOuvrons l'oeil, donc.

PS: Pour les lecteurs que passionne le sujet – on ne sait jamais – , cette précision encore, de ladite députée. «Deux arrêts de la cour d’appel d’Aix-en-Provence – celui du 28/12/1927 et celui du 12/11/1928 – disposent que la dénomination savon de Marseille (...) s’applique à un produit fabriqué avec un mélange d’huiles végétales contenant, après la fabrication, approximativement 62% à 64% d’acide gras et de résine, 8% à 8,5% d’alcalis combinés, 1,35% d’alcali libre – soude –, du chlorure de sodium et de la glycérine, 28% à 29 %d’eau».

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