Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

30/06/2011

Un contraste embarrassant

vosges.jpgChaque fois que l'on passait Place des Vosges – un des nombreux endroits de Paris où leurs portraits avaient été affichés –, on voyait leurs visages. Ceux de ces deux confrères qui, ce matin, sont donc enfin revenus à Paris après avoir été retenus otages pendant 18 mois en Afghanistan. Un an et demi de captivité, juste pour avoir fait son métier: chaque fois qu'on apercevait leurs visages, en ville ou à la télé, on était effaré du sort qui leur était réservé. Leur retour, c'est la meilleure nouvelle de ce début d'été.

Le hasard a voulu que ce même mercredi où leur libération a été annoncée, est tombée une nouvelle elle nettement moins bonne pour la corporation journalistique, voire catastrophique pour son image de marque.

Mercredi matin, en effet, «Le Canard Enchaîné» a relancé et précisé ses accusations sur les compromissions qui auraient été celles de plusieurs grands noms de la presse française – davantage des patrons de groupes de presse que des journalistes, cela dit – avec le régime tunisien du temps du despote Ben Ali. Résumé de l'hebdo satirique: «Billets d'avion, hôtels de luxe et voitures avec chauffeur. En retour, floraison d'articles élogieux sur le généreux dictateur».

Cet hiver, la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, avait dû démissionner vu le tumulte suscité par la révélation de ses accointances avec l'un ou l'autre sbire fortuné du régime benaliste. Cet été, c'est à peine si font quelques vaguelettes des accusations analogues, touchant cette fois plusieurs barons du journalisme parisien.

En tant que journaliste (de base), on trouve ce contraste, disons, embarrassant.

29/06/2011

Une immunité

On aurait pu parler d'une femme, aujourd'hui dans ce blog. De Christine Lagarde par exemple: première femme à être désignée hier directrice générale du Fonds monétaire international (FMI). Ou de Martine Aubry, qui, le même jour, a officialisé son entrée en campagne pour les primaires socialistes pour l'Elysée. Voire de Ségolène Royal, dont l'équipe de campagne, au même moment, a envoyé un communiqué de presse titré de la sorte: «Venez votez et vous saisir des primaires» – mais, sans doute, si elle est élue en 2012, son entourage gérera-t-il mieux la France qu'il ne maîtrise l'orthographe...

Et puis non. On avait plutôt envie de parler d'un homme. D'un homme qui, ce mercredi, retrouve son immunité parlementaire alors qu'il vient d'être mis en examen pour «viols en réunion et viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité».

Il s'agit de Georges Tron. Un ex-ministre assez discret et peu connu des Français, jusqu'à ce qu'il soit poussé à la démission après avoir été accusé par des employées de sa mairie de les avoir violées. Il dément catégoriquement, crie même au complot, et a bien sûr droit à la présomption d'innocence. Si, malgré les charges gravissimes qui pèsent sur lui, il retrouve aujourd'hui son immunité, c'est en vertu de la dernière modification en date de la Constitution. Qui prévoit que les ministres ayant perdu leur portefeuille retrouvent désormais automatiquement leur siège de député, sénateur ou eurodéputé un mois après avoir quitté le gouvernement.

Une immunité donc, malgré des soupçons de viols et agressions sexuelles en réunion.

Il s'agit de l'application stricte, mécanique pour ainsi dire, de la loi. Ni plus, ni moins. Il n'empêche, on ne nous ôtera pas de l'idée qu'une telle pratique ne va pas précisément contribuer à redorer l'image des élites dans cette opinion française où, déjà, la classe politique dans son ensemble ne jouit pas d'un très grand crédit.

28/06/2011

Une scène d'été

fontaine.jpgC'était hier en début d'après-midi, sur le terre-plein central du boulevard Richard Lenoir, aux pieds du bureau, dans notre onzième arrondissement parisien. Au thermomètre, l'on frisait déjà la quarantaine de degrés à l'ombre. N'en pouvant plus, une demi-douzaine de gamines du quartier, 15 ans d'âge à première vue, venaient de prendre d'assaut quelques jets d'eau verticaux et s'y rafraîchissaient à grands cris. Leurs hurlements de joie, hystériques au point d'être cocasses, donnaient au quartier une atmosphère juvénile et estivale adorable. Aurait-on fermé les yeux qu'on se serait cru à la plage en plein mois d'août, et non plus au coeur d'un arrondissement si densément peuplé et rendu encore plus pollué que d'habitude par cette météo soudainement caniculaire.

Aurait-on fermé les yeux, ... mais ils avaient les yeux bien ouverts, en revanche, les mâles du quartier: jeunes et vieux qui, à ce moment, trônaient sur les bancs publics aux alentours de ladite scène aquatique. Ils ne perdaient pas une miette du spectacle de ces ondines aux silhouettes rendues bien apparentes par les jets d'eau collant leurs vêtements à leur peau.

Autant on a trouvé charmante l'insouciance de ces ébats aquatiques, autant on a été gêné par l'insistance de ces regards masculins..

Cela nous a refait penser à ce grand classique des étés et des campings français que sont les concours «Miss t-shirt mouillé», etc. Qui, puisqu'on parlait hier du sexisme dans ce pays, nous ont toujours paru le sommet du machisme beauf le plus primaire  –  si tant est qu'un machisme beauf puisse ne pas être primaire.

Mais ce n'est que notre humble avis.

11:22 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : météo, paris, femmes

27/06/2011

«Un racisme»

Cette phrase prononcée ce matin par une des rares femmes de pouvoir en France, Laurence Parisot, la n°1 du Medef, principale organisation patronale: «Le sexisme est un racisme, comme il existe un racisme contre les Noirs, les juifs ou les musulmans». Et de presser les femmes à enfin élever la voix contre ce beaufisme machiste encore si dominant en France – comme dans d'autres pays certainement aussi, mais pas moins en France qu'ailleurs – : «L’arme numéro un en France contre la parole des femmes, c’est toujours le discrédit. C’est à cause de cela que beaucoup (de femmes confrontées au sexisme) se taisent. Je leur dis: «N’ayez pas peur».

Pas moins en France qu'ailleurs, le sexisme? Dans cette même interview (ici) aussi percutante que pleine de bon sens, Laurence Parisot tente une piste d'explication: «Convaincus de la force des principes issus des droits de l’homme, les Français ont négligé l’égalité réelle entre les hommes et les femmes». On peut d'ailleurs remarquer combien est sexiste rien que l'expression «droits de l'homme» figurant dans cette phrase; ce n'est pas pour rien si, ces dernières années, les activistes lui préfèrent celle de «droits humains».

Cette anecdote aussi, racontée par Laurence Parisot: «Mon tout premier entretien, à ma grande surprise, ne s’est pas déroulé dans un bureau. Celui qui m’embauchait ce jour-là m’a dit: «Nous allons dîner ensemble». J’avoue, sur le coup, ne pas avoir compris. Le dîner a été assez difficile à gérer…» Et cette constatation qu'elle a tirée de son activité: «En tant que présidente du Medef, je suis amenée à travailler avec des ministres. Les relations de travail avec les ministres femmes sont presque toujours plus faciles et plus constructives qu’avec les ministres hommes. Les hommes instaurent plus volontiers des relations de domination».

Sans doute que, pour ne tout de même pas verser dans la caricature, le «Les hommes» de cette dernière phrase aurait-il pu/dû être remplacé par «Nombre d'hommes», ou quelque chose du genre. Mais on trouve largement excusable cette généralisation un peu abusive, puisqu'elle renvoie à un comportement qui, à l'évidence, est encore très largement répandu chez les hommes. Voire, qui est majoritaire chez eux? On laissera chacun(e) juger.

24/06/2011

Une distinction

medaille.jpgUn peu d'humour, pour bien terminer la semaine. Et car il est plus que temps d'en parler, s'agissant d'un prix qui a été décerné à Paris il y a quatre jours déjà – soit il y a une éternité, au rythme effréné où se déroule l'actualité. La distinction en question, c'est le «Prix Humour et Politique» millésime 2011, prix dont on a déjà parlé dans ce blog auparavant (voir ici, , ou encore ).

Cette année, c'est l'ex-Premier ministre socialiste Laurent Fabius qui a été récompensé. Pour ce commentaire à propos de la Tontonmania ayant entouré la commémoration, le 10 mai dernier, des 30 ans de l'élection de François Mitterrand à l'Elysée: «Mitterrand est aujourd’hui adulé, mais il a été l’homme le plus détesté de France. Ce qui laisse pas mal d’espoir pour beaucoup d’entre nous…».

Pas mal, en effet.

Parmi les quinze perles, volontaires ou non, qui avaient été présélectionnées par le jury, on aimait assez celle du porte-parole du gouvernement, François Baroin, sur son ex-collègue MAM alors en plein scandale à propos de ses vacances tunisiennes: «Michèle Alliot-Marie conserve toute sa légitimité à Saint-Jean-de-Luz» (la circonscription basque de l'intéressée). Ou cette métaphore naturaliste, si mignonne, de François Bayrou: «Rassembler les centristes, c’est comme conduire une brouette pleine de grenouilles: elles sautent dans tous les sens». De même que ce constat de Gabriel Cohn-Bendit, le frère de Dany l'écologiste: «Les Verts sont capables du meilleur comme du pire; mais c’est dans le pire qu’ils sont les meilleurs». Mais, aurait-on fait partie du jury que peut-être aurait-on récompensé, ex-aequo avec Laurent Fabius, l'ex-ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, pour sa réflexion amère mais si lucide, dans ce monde impitoyable qu'est la courtisanerie politique: «Passer de ministre à promeneur de son chien suppose un énorme travail sur soi-même».

Encore bravo à tous. Et merci: en politique, en France comme ailleurs, mais en France particulièrement ces derniers temps, on a si peu l'occasion de (sou)rire.

23/06/2011

Une histoire mouvementée

Tout bouge décidément, en France. Puisque, depuis hier, y compris la si vénérable institution républicaine qu'est le baccalauréat est désormais sur la sellette – si vous aviez loupé cela, lire par exemple ici. En bossant sur ce sujet pour «La Libre» hier après-midi, on a retrouvé, dans le fin fond de notre documentation, deux petites anecdotes concernant ce bac.

D'abord, au cours de son histoire mouvementée, il a, en fait, toujours fait l'objet de tentatives de fraude. Dès 1830, des candidats bacheliers peu scrupuleux furent pincés pour avoir envoyé des élèves plus brillants qu'eux, qu'ils rémunéraient, passer l'oral à leur place. Jusqu'en 1920, en effet, les examinateurs ne demandaient pas aux candidats de présenter une pièce d'identité avant de présenter l'épreuve.

Ensuite, ce n'est pas toujours forcément évident pour tout le monde de décrocher ce sésame. Pour preuve, aux alentours de 1840, le futur célèbre scientifique Louis Pasteur dut s'y reprendre à deux fois pour réussir un bac ès sciences complet: s'il était très bon en sciences, il n'était que moyen en latin et en grec, et carrément médiocre en histoire-géo.

Cela vaut bien ce dont on parlait l'autre jour: Nicolas Sarkozy et son misérable 9/20 en philo.

 

PS: Cela n'a strictement rien à voir, mais on ne résiste pas au plaisir d'en parler vu que, pour nous, c'est LA bonne nouvelle de la journée. L'Elysée... nous respecte! On l'a constaté avec ravissement ce matin, au saut du lit. En prenant connaissance du mail arrivé à 5h59 très exactement ce jeudi, dans notre boîte électronique. C'était un communiqué envoyé par le SPI: le «Service Permanence et information» de la Présidence. Ce service est chargé de surveiller l'actualité pendant la nuit et les week-ends, pour que le chef de l'Etat  puisse y réagir à toute heure, en cas d'urgence. Là, l'urgence, c'était le discours d'Obama sur l'Afghanistan. Et ce mail élyséen si matinal disait ceci: «Bonjour. Veuillez trouver ci-joint un communiqué de la présidence de la République. Respectueusement. Le SPI». «Respectueusement»! Quelle belle journée et quel beau métier que le journalisme, assurément.

22/06/2011

Un bilan pas folichon

METROquai.jpgReparlons un peu d'insécurité, au risque de passer pour obsédé par elle – on ne l'est pas: on n'a jamais eu le moindre problème en la matière depuis la dizaine d'années que l'on vit à Paris. Paris, où, pour autant, le bilan sécuritaire des autorités n'est pas plus folichon que celui concernant le reste du pays. Selon la préfecture, la délinquance dans la capitale est désormais en (légère) hausse (+1,2 %), alors que, depuis 2002, elle diminuait. C'est à cause de l'envolée des atteintes aux personnes (+9,2 %) et de l'explosion des vols avec violence sans arme à feu (+29 %).

 

Mais, s'empresse de nuancer la préfecture, «le taux d’élucidation est également en hausse: de 15,6% pour les vols avec violence sans arme à feu, de 14% pour les cambriolages, et de 38% les vols à la tire».

Mais, ajoute-t-elle aussi, cela commence à aller (un peu) mieux pour certains délits ayant beaucoup retenu l'attention des médias. Par exemple: les vols à l'arraché de téléphones – dont on a déjà pas mal parlé dans ce blog (relire ici, ou ). Alors que, «sur les quatre premiers mois de l’année, plus de 84% des objets volés dans les transports en commun ont été des téléphones portables, plus de 2/3 de ceux-ci étant des smartphones, sur cette même période, les chiffres montrent une tendance nette à la baisse de ces vols». Les autorités y voient l'effet de la campagne de sensibilisation menée auprès du grand public. L'effet, aussi, d'une disposition de la dernière loi sécuritaire, votée en 2011. Elle impose aux opérateurs de téléphonie mobile de bloquer (*) plus rapidement qu'auparavant les téléphones portables déclarés volés. Les détrousseurs de smartphones auraient déjà intégré cette rapidité accrue de réaction.

Chaque Parisien jugera si ces deux nuances compensent, ou pas, ce bilan statistique globalement pas folichon.

(*) Blocage grâce – si vous l'ignoriez encore – à la communication aux autorités, par la victime du vol, du numéro IMEI du portable qui lui a été dérobé. Ce numéro apparaît sur l'écran du téléphone après avoir composé le *#06# sur le clavier.

21/06/2011

Une violence inouïe (encore)

Cela s'est passé hier. Et cela renvoie assez bien – si l'on ose dire – à la sauvagerie contemporaine qu'on évoquait l'autre jour (ici), à propos de ces deux ados de 14 et 15 ans qui, début juin dans notre onzième arrondissement, avaient massacré à coups de marteau un passant qui venait de retirer 20 euros au distributeur. Cette fois, les faits se sont déroulés loin de Paris: devant un collège d'un village jusqu'à présent tranquille proche de Béziers, dans l'Hérault (Languedoc-Roussillon). Une écolière âgée de 13 ans a succombé après avoir été passée à tabac par le grand frère de sa copine avec laquelle elle s'était embrouillée pour une histoire de garçon – une broutille d'ado qui avait fini par s'envenimer sur Facebook. Son meurtrier présumé n'a même pas 15 ans.

Pour en revenir à la région parisienne, la préfecture de police a donné dernièrement quelques chiffres relatifs à la délinquance des mineurs. Selon ces statistiques, la part des mineurs impliqués dans les faits de délinquance recensés à Paris et dans sa banlieue a encore augmenté par rapport à l'an dernier: de 4,9%. Au cours des cinq premiers mois de 2011, près d'un crime et délit sur cinq (19%) a été commis par un mineur. Ce qui donne, sur la même période, près de 15.300 jeunes mis en cause dans des faits de délinquance.

La part prise par les filles dans cette délinquance juvénile est elle aussi en augmentation. Par exemple, la préfecture a noté l'implication de plus en plus grande de ces mineures dans des vols avec violence. C'est donc toujours ce si pénible processus vers l'égalité hommes-femmes, y compris dans la violence voire la sauvagerie, qui est en marche – on en avait parlé (ici), il y a deux mois.

20/06/2011

Un avis de recherche (bidon)

VESPAperdue.jpgOn l'aimait bien, Romain. Il avait une bonne bouille de jeune Parisien rigolard, voire facétieux. On avait fait sa connaissance il y a quelques jours, en apercevant les affichettes qu'il avait placardées un peu partout dans les rues du quartier Bastille. Elle le montrait juché sur son scooter; avec, en légende, cet avis de recherche: «J'ai perdu mon irremplaçable Vespa PX et ça me rend bien triste. Aidez-moi à la retrouver. Forte récompense: je suis prêt à vous offrir une Vespa neuve. Merci. Romain».

 

La première fois qu'on avait vu cet appel, on s'était dit que, le pauvre Romain, il ne la reverrait jamais, sa Vespa. Clair qu'elle n'était pas perdue mais qu'elle lui avait été volée. Et puis, jour après jour, on avait observé cet avis de recherche placardé également dans des tas d'autres quartiers de Paris. Son scoot perdu, décidément, il l'aime bien, notre pauvre Romain, s'était-on dit. Même réflexion ce week-end, quand, devant une aire de stationnement pour scooters de notre boulevard Richard Lenoir, on aperçut l'avis de recherche de Romain sous la forme carrément d'un grand pochoir peinturluré directement sur le macadam du trottoir.

 

Amusé par les tribulations de ce jeune Parisien rendu inconsolable par la perte de son scoot, on a fini par aller faire un tour sur la page web à laquelle ses avis de recherche renvoyaient: une page intitulée "ouestmavespapx.fr". C'est là qu'on a pigé qu'en fait, Romain... n'avait jamais existé.

 

Ce n'est qu'une créature, un concept, publicitaire.

Ledit lien, en effet, aboutit à la page Facebook de la filiale française de Piaggio, la marque de scooters bien connue. Y est faite la promo d'une nouvelle Vespa qui vient d'être mise sur le marché, en l'honneur du 65ème anniversaire du lancement de la première Vespa. Romain n'est qu'une accroche imaginée par des pubards pour susciter un peu de buzz urbain autour du retour d'«une légende vivante»: le retour d'«un style inimitable, fonctionnel, une solidité légendaire grâce à sa carrosserie en acier, la fiabilité d'un moteur simple et indestructible et sa célèbre roue de secours dissimulée sous l'aile gauche. Une pièce unique. Des lignes simples et minimalistes». En cliquant sur «J'aime» (ce matin, plus de 600 personnes l'avaient déjà fait), les internautes s'inscrivent à une «chasse au trésor» qui leur permettra peut-être de gagner la récompense que promettait Romain, sur ses affichettes: un scooter de ce nouveau modèle.

VESPAtrottoir.jpgOn a (très peu) hésité, mais, finalement, on n'a pas cliqué.

Subitement, on trouvait ce coup de pub certes pas mal pensé et plutôt réussi (car visible et accrocheur), mais aussi, comment dire, un peu minable. Un peu comme la fin d'une belle petite histoire urbaine. Un peu comme la récupération, par les camelots de la pub, d'un petit bout de la vie (rêvée?) de notre quartier.

17/06/2011

Une épreuve, des résultats

«Ressentir l'injustice m'apprend-il ce qui est juste?», «L'homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même?», ou «L'art est-il moins nécessaire que la science?» Quelques-unes des questions existentielles qui figuraient donc parmi les sujets de dissertation du bac de philo, hier. Si vous voulez élire votre sujet préféré parmi ceux-ci et d'autres qui ont été proposés ces dernières années, une radio française organise une consultation: ici.

A l'occasion de ce bac 2011, la presse française, qui parfois peut être malicieuse, s'est amusée à aller retrouver les résultats qu'avaient obtenus à l'épreuve de philo les bacheliers qui, aujourd'hui, briguent ou pourraient briguer l'Elysée. Nicolas Sarkozy, décidément peu philosophe, n'a obtenu que 9/20 à cette épreuve. Jean-Louis Borloo, son ex-ministre et futur possible rival à droite pour 2012, a fait deux fois mieux: 18/20. Quant à François Hollande et Martine Aubry, aujourd'hui au coude à coude dans les sondages pour l'investiture socialiste, à l'époque déjà, ils étaient à égalité: 13/20.

Interrogé sur ses performances d'adolescent, le ministre de l'Education, Luc Chatel, a fait sangloter dans les chaumières en révélant qu'il n'avait pu passer cette épreuve de philo en juin, cette année-là. Car, à ce moment, il était hospitalisé pour une méningite foudroyante. Il passa donc le bac de rattrapage en septembre. Avec succès, mais cela ne l'a pas empêché, l'autre soir sur un plateau de télé, de sécher misérablement sur un problème figurant au programme des élèves de CM2 – pour les lecteurs non-français de ce blog: des écoliers âgés de 9 ou 10 ans. Ce n'était pourtant qu'une banale règle de trois.

Au moins ledit ministre sait ce qu'il lui reste à faire si d'aventure en 2012 il était, comme son Président, renvoyé dans l'opposition: un bon petit recyclage.

16/06/2011

Une «sécheresse sans précédent»

pochoirCIEL.jpg«Regarde le ciel», nous conseillait ce matin, sur le chemin du bureau, un pochoir aperçu sur le bitume, dans notre quartier du onzième arrondissement. On se disait que l'auteur de ce slogan avait bien raison. On a toujours trouvé incomparablement déstressant de s'octroyer une petite pause pour contempler le ciel, qu'il soit uniformément azur ou rempli de nuages. Les Parisiens, souvent si énervés, devraient faire cela plus souvent.

Ciel changeant voire un peu morose cela dit sur Paris, ces derniers jours. En le constatant ce matin, on se prenait à déjà regretter le printemps si sublimement estival auquel on a eu droit. Puis, on s'est ravisé: pensant à tous ces gens qui, dans cette région aussi, ont été très heureux qu'il pleuve un peu.

Car, oui, la région parisienne – en dépit de la caricature qu'on s'en fait souvent à l'étranger (en gros: la «Ville lumière» entourée de banlieues horribles et délinquantes) –, a elle aussi son agriculture. Et donc des gens qui, actuellement, sont touchés de plein fouet par la sécheresse. Très exactement 228.000 hectares du territoire de la région-capitale sont consacrés à l'agriculture: pour 60% à la culture des céréales. Ce paysage risque de ne pas perdurer éternellement. Selon la chambre régionale de l'agriculture (ici), «100.000 hectares de terres fertiles ont disparu en l’espace de 50 ans au profit de l’expansion parisienne. Ces dernières années, ce sont 1 300 hectares de terres agricoles qui sont transformées chaque année en espaces urbains».

Et, cette année, ces agriculteurs parisiens souffrent eux aussi de la sécheresse. Sécheresse qui ne date pas d'hier, du reste: cela fait plusieurs années (relire ici, par exemple) que sont mal en point les nappes phréatiques de la grande banlieue Est de Paris, qui alimentent la capitale en eau. Mais cette année, les céréaliers de l'Essonne, des Yvelines et du Val d'Oise trinquent plus que jamais. Ils estiment que le manque d'eau leur a déjà fait perdre... 40% de leur production! L'autre jour, la majorité de gauche qui gouverne la région parisienne a été sommée par la droite de réagir de manière «immédiate et adaptée» à cette «sécheresse sans précédent», en étant «aux côtés des agriculteurs». L'UMP demande au Conseil régional «de mettre en place une aide au transport et à l'achat de fourrage, d'intervenir auprès des banques pour bonifier les prêts aux agriculteurs, et de participer financièrement à la création de bassins de stockage des écoulements d'eau».

nuagesencore.jpgEn guise de chute à cette note, quelques précisions qu'en bon Parisien moyen, donc indécrottablement urbain, on trouve délicieusement bucoliques. L'agriculture de la région parisienne est la première productrice nationale de cresson, de persil et d'azalées, et la deuxième pour ce qui concerne les plantes en pot. Elle produit aussi d'énormes quantités de «pois protéagineux» et de «féverole» – on ne voit pas même ce que c'est, donc rien que ces noms nous semblent furieusement exotiques.

15/06/2011

Une modernisation (incomplète)

L'administration française a évolué, depuis Courteline. On a pu s'en rendre compte dernièrement, puisqu'on avait des problèmes de paperasserie à régler avec la préfecture de police de Paris. Ainsi, celle-ci s'est mise à l'heure des nouveaux médias. On peut désormais prendre rendez-vous par mail avec un fonctionnaire. Qui vous avertit par texto quand le document officiel qu'on lui a demandé (carte d'identité, passeport, certificat d'immatriculation, etc.) est prêt et que vous pouvez donc venir le retirer. Mais...

Mais, pour l'anecdote, ledit SMS renvoie... à un numéro surtaxé, commençant par un 08. Dès lors, pour prendre connaissance du message de l'administration, il faut payer. Sans doute que, dans la fonction publique également, il n'y a pas de petit profit: le moindre centime d'euro compte.

Mais, plus fondamentalement, cette modernisation n'évite pas les files d'attente au guichet: elle ne fait que les réduire (un peu). Et ces queues si souvent interminables énervent les gens. Pour preuve, on a remarqué hier un avis placardé bien en vue, dès l'entrée, à l'antenne de police de notre onzième arrondissement. Il avertit l'usager de ce service public que toute insulte, menace ou acte de violence de sa part envers un fonctionnaire sera systématiquement poursuivi et puni. Le fait qu'un tel écriteau ait été apposé là atteste probablement que de tels cas s'y sont déjà présentés.

A la préfecture de Paris comme dans tant d'administrations en France, une meilleure répartition des fonctionnaires voire quelques embauches supplémentaires permettraient certainement de réduire les délais d'attente au guichet, de servir plus dignement le public, et d'améliorer les conditions de travail des agents. Mais c'est évidemment plus compliqué voire onéreux que de se mettre au goût du jour (pour la frime l'alibi?) en recourant aux nouvelles technologies...

14/06/2011

Une autre usurpation

savonmarseille.jpgUne note un peu légère, aujourd'hui. Pour bien commencer la semaine, et car cela faisait longtemps, dans ce blog. On a déjà évoqué (relire ici) la mobilisation des défenseurs de l'AOC camembert de Normandie contre le business de l'agroalimentaire, qui appâte le client en présentant ses fromages industriels comme des camemberts «fabriqués en Normandie»: une appellation qui ne correspond à rien. L'autre jour au Parlement, une usurpation du même acabit a été dénoncée. Frappant un autre produit phare d'un certain art de vivre à la française, qui, lui, n'a rien de gastronomique, mais qui s'appuie tout autant sur une vieille tradition. C'est... le savon de Marseille.

Si l'on veut respecter les règles de l'art, ce savon traditionnel doit être fabriqué avec 72 % d’huiles végétales et sans aucune graisse animale, parfum ou colorant. Cette règle remonte à loin: elle figure dans un édit de Colbert datant de 1688. Elle a été précisée en 1812 par Napoléon Bonaparte en personne. Par décret, il a octroyé à Marseille sa propre marque de savons à l’huile d’olive et a décrit la présentation de celle-ci: un pentagone dans lequel apparaît, en son milieu, les mots «huile d’olive», le nom du fabricant et celui de la ville de Marseille.

Mais selon Valérie Boyer, députée (UMP) des Bouches du Rhône, «certaines industries de savon et de détergent utilisent la dénomination «savon de Marseille» sur des savons composés de graisses animales et fabriqués en dehors de la région marseillaise. Cette situation constitue non seulement une concurrence déloyale vis-à-vis des fabricants de l’authentique savon de Marseille, mais également une tromperie à l’égard des consommateurs!»

Prié de se prononcer vite fait sur le sujet, le secrétaire d'Etat au Commerce a fait préciser à l'Assemblée que le savon de Marseille ne bénéficiait d'«aucun des dispositifs protégeant une appellation d’origine ou d’indication géographique». En revanche, «le décret (napoléonien) du 22 décembre 1812 semble toujours en vigueur, bien que les amendes n’aient pas été actualisées». La Direction de la concurrence et de la répression des fraudes a mené l'enquête sur ce sujet en 2007, «afin de vérifier la qualité des savons, en particulier du savon de Marseille, auprès de vingt-huit entreprises de fabrication ou de distribution». Résultat? «Des écarts ont effectivement été constatés entre les caractéristiques du savon de Marseille telles que définies dans le code des usages précité et la plupart des produits contrôlés. Les anomalies les plus graves ont fait l’objet de procès verbaux pour pratique commerciale trompeuse, et des contacts ont été pris avec les professionnels de la filière afin d’appeler leur attention sur les problèmes rencontrés».

savonmarseille2.jpgOuvrons l'oeil, donc.

PS: Pour les lecteurs que passionne le sujet – on ne sait jamais – , cette précision encore, de ladite députée. «Deux arrêts de la cour d’appel d’Aix-en-Provence – celui du 28/12/1927 et celui du 12/11/1928 – disposent que la dénomination savon de Marseille (...) s’applique à un produit fabriqué avec un mélange d’huiles végétales contenant, après la fabrication, approximativement 62% à 64% d’acide gras et de résine, 8% à 8,5% d’alcalis combinés, 1,35% d’alcali libre – soude –, du chlorure de sodium et de la glycérine, 28% à 29 %d’eau».

10/06/2011

Un déploiement

On a encore pu le constater hier soir, en y passant par hasard: les CRS ne quittent plus la place de la Bastille. Une demi-douzaine de fourgons sont stationnés en permanence sur le flanc de l'Opéra. Les plantons montent la garde devant l'édifice. L'accès à son grand escalier extérieur, qui donne sur la place, est désormais interdit: plus question de même s'asseoir paisiblement sur les marches, comme avaient pris l'habitude de le faire, à longueur de journées/soirées et depuis nombre d'années, tant et tant de Parisiens du quartier et de touristes du monde entier.

Visiblement, les autorités craignent comme la peste que ces marches de l'Opéra deviennent une place forte des «Indignés» parisiens – qui les avaient brièvement squattées, fin mai (lire ici, par exemple). Bastille ne sera pas la Puerta del Sol.

En observant ce déploiement hier soir, on se disait qu'on avait loupé un épisode: que ces quelques «Indignés» devaient vraiment être très très dangereux, pour que l'Etat mobilise de tels moyens policiers contre eux.

On se demandait néanmoins si tous ces pandores n'auraient pas mieux à faire. Plutôt que de surveiller un bout de place vide pour prévenir son hypothétique occupation par quelques jeunes idéalistes, être déployés, pourquoi pas, dans ces deux villes de la banlieue parisienne qui ont marqué l'actualité, ces derniers jours – si vous avez loupé cela, lire ou écouter ici, par exemple. Là où une gamine de 9 ans a été grièvement blessée: victime collatérale d'affrontements entre jeunes et policiers. Et là où des écoliers ont été privés de cour de récréation à cause des tirs d’armes à feu échangés dans le voisinage par des bandes rivales.

Mais sans doute, en politique comme dans la vie en général, se donne-t-on les priorités que l'on peut/veut.

09/06/2011

Un épisode historique essentiel

tagcommune.jpgC'est le portrait d'un jeune vendeur de journaux à la criée, aperçu l'autre jour sur un mur de notre quartier Saint-Sébastien, dans notre onzième arrondissement, qui nous l'a rappelé. La capitale française célèbre, en ce moment, un anniversaire important. C'est le 140ème anniversaire de la Commune de Paris. Ce grand soulèvement populaire de 1871, contre «les Versaillais», est aussi un jalon essentiel dans l'histoire des mouvements et des idées de gauche en France. Aux lecteurs qui connaîtraient peu ce moment historique passionnant qu'a été la Commune, on conseille vivement la lecture de deux livres, parus en Poche, qui le romancent à merveille: «Le cri du peuple» de Jean Vautrin (ou la BD qu'en a tirée Tardi), et «L'insurgé» de Jules Vallès.

A Paris en ce moment, à l'initiative de gens issus notamment du milieu du cinéma – on y retrouve la comédienne Ariane Ascaride –, un projet épatant permet de se familiariser avec la Commune. C'est un projet multimédia. Un journal illustré retrace pas à pas le cheminement des événements de l'époque. Sur lesquels se penche également une émission hebdomadaire diffusée par une radio locale (pour les lecteurs parisiens: le vendredi à 15h, sur Fréquence Paris Plurielle, 106.3 FM). Surtout, des interventions de street-art sont réalisées un peu partout dans la capitale. In situ, comme on dit: aux endroits précis où ont eu lieu des événements marquants pendant la Commune.

COMMUNESTMARTIN.jpgCe projet veut valoriser un épisode «occult黫Paris s’invente une image de ville propre et policée pour mieux oublier certains épisodes de son histoire agitée. En 1871, pendant plus de deux mois, la ville se donne un gouvernement populaire, une armée civile et démocratique, expérimente la démocratie directe, et entreprend des réformes sociales».

Qu'on ne s'y trompe pas: à un an de l'élection présidentielle de 2012, une telle commémoration citoyenne d'un événement politiquement si marqué a aussi, évidemment, une dimension politique. Ainsi, les auteurs de ce projet entendent, par son biais, «impulser une réflexion sur l’actualité des thèmes développés sous la Commune, et sur le devenir de notre société». Cette société de 2011 où, à leurs yeux, «les espaces de liberté se réduisent sensiblement». Ils notent aussi que le Paris insurgé de l'époque était «accueillant pour les étrangers, qu’ils soient Italiens, Polonais ou Algériens. Encore un trait qui l’oppose au Paris de 2011».

COMMUNEGUILLOTINE.jpgChacun jugera de la pertinence, ou non, de cette mise en parallèle historique, 140 ans plus tard. En attendant, le Parisien moyen, dans ses parcours quotidiens dans la ville, a l'occasion de voir pas mal de lieux habituellement anodins qui, subitement, sont égayés par des interventions graphiques souvent réussies. Rien que cela, c'est déjà bien.

08/06/2011

«Une violence inouïe»

Sidéré, pour reprendre le mot d'hier. Sidéré, on l'est encore et toujours, non pas tant par cette si tapageuse «affaire DSK», mais par un fait divers qui s'est déroulé l'autre jour dans notre onzième arrondissement de Paris. On parle rarement, dans ce blog, de faits divers. Sauf quand, dans notre vie quotidienne de Parisien, on remarque qu'un grand nombre de gens (nous) en parlent, l'incident nous semblant prendre, du coup, une autre dimension. Très clairement, c'est le cas ici: visiblement, on n'est pas le seul à Paris à avoir trouvé ce fait divers complètement sidérant.

Il s'est déroulé à deux pas de la place de la Nation, à 1h du matin dans la nuit de jeudi à vendredi derniers. Nicolas, 30 ans et sans histoire, retire 20€ à un distributeur. Lorsque lui tombent dessus deux ados (15 et 16 ans), bien décidés à le dépouiller. Pour ce faire, ils lui fracassent le crâne... à coups de marteau. Le massacrent, littéralement. Selon les syndicats policiers, ce fut vraiment un «déchaînement de violence inouï». Interpellés peu après, les deux gamins ont été déférés pour tentative d'homicide volontaire. Très grièvement blessé, toujours en soins intensifs à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Nicolas, aux dernières nouvelles, demeure entre la vie et la mort. Pour 20€.

Que dire et écrire encore, après cela? On n'est pas sociologue: juste journaliste. On laissera donc chacun juger. Et répondre à cette double question qui, depuis bientôt une semaine, nous trotte dans la tête. Cette histoire est-elle juste, fût-ce tragiquement, anecdotique – «au mauvais endroit au mauvais moment», etc – et donc, finalement, pas très intéressante? Ou, au contraire, est-elle emblématique: d'un certain état de la société française et/ou des relations humaines, dans cette ville, dans ce pays?

07/06/2011

Une découverte (lexicale)

dictionnaire.jpgCes jours-ci, à l'occasion de la sortie du nouveau «Robert illustré», les médias français font une grande découverte. Ils réalisent que, ces dernières semaines, ils ont employé à tort le terme «sidération», pour parler de l'état de l'opinion face à l'«affaire DSK». En effet, à en croire ce dictionnaire, «sidération» ne peut être utilisé comme synonyme de «stupeur» ou de «stupéfaction». Car il s'agit exclusivement d'un terme médical. Précisément, il décrit un «anéantissement soudain des fonctions vitales, avec état de mort apparente, sous l’effet d’un violent choc émotionnel». Or, si les Français ont légitimement été estomaqués par les déboires new-yorkais de l'ex-n°1 du FMI, rares sans doute ont été ceux qui en ont succombé sous le choc, leurs fonctions vitales soudain anéanties.

«Le substantif "sidération" date du XVIe siècle», a expliqué, ces derniers jours, le toujours passionnant linguiste Alain Rey. «On l'utilisait pour parler de maladies graves comme la gangrène. Avec l'idée d'une force supérieure qui domine l'homme et le fige sur place, liée à une pensée occulte. Je ne suis pas certain que ceux qui l'ont utilisé (en parlant de l'«affaire DSK») ont perçu qu'ils ranimaient des croyances magiques et occultes, une pratique où il est largement affaire d'inconscient et de ce qui terrifie l'inconscient».

Les lecteurs de ce blog qui seraient sidérés par cette découverte lexicale se déculpabiliseront d'avoir incorrectement utilisé «sidération» en allant lire les notices du «Robert» relatives aux termes «sidérer» ou «sidérant». Et en constatant que, contrairement à «sidération», ces deux mots, eux, renvoient bel et bien, dans une acception présentée comme familière, à abasourdir ou à stupéfier.

Sans doute est-ce déjà cela.

06/06/2011

Une violation flagrante

Encore une journée importante pour DSK aux Etats-Unis, ce lundi. Et donc encore une journée d'agitation, voire de cirque, médiatique en France. Les journalistes français, qui fustigent à longueur de journées la presse tabloïde new-yorkaise pour sa facon de traiter cette actu, feraient bien, parfois, de s'interroger sur leurs propres pratiques. On se l'est encore dit pas plus tard que ce matin.

En entendant une radio (RMC, pour ne pas la nommer) inviter avec enthousiasme les auditeurs de sa tranche matinale d'info à donner leur avis sur le cas DSK, au moyen par exemple de votes par SMS – surtaxés, bien sûr: il n'y a pas de petits profits. La question du jour qui était posée à ces auditeurs était la suivante: «Est-ce que vous pensez DSK coupable ou pas?» Problème? Procéder à un tel «sondage» est totalement illégal: c'est une violation flagrante de la loi française protégeant la présomption d'innocence – une violation de plus de la part des médias français, dans cette saga DSK. Cette loi, en effet, interdit explicitement (ici) «de réaliser, de publier ou de commenter un sondage d'opinion, ou toute autre consultation, portant sur la culpabilité d'une personne mise en cause à l'occasion d'une procédure pénale ou sur la peine susceptible d'être prononcée à son encontre».

Une violation flagrante, donc. Mais sans doute le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) se contentera-t-il tout au plus d'un vague rappel à l'ordre. Dont tous les médias, sans doute, se ficheront totalement.

Encore bravo.

PS: Une fois n'est pas coutume, aucun lien ne figure dans cette note, renvoyant à cette misérable consultation. Car, outre qu'on n'en a aucune envie, on n'en a pas le droit. La même loi, en effet, interdit aussi «de publier des indications permettant d'avoir accès à des sondages ou consultations» de cet acabit.

03/06/2011

Un (pénible) palmarès

Exit «Y'a bon Banania», donc: on l'écrivait avant-hier. Mais les «Y'a bon Awards», eux, se portent toujours comme un charme. Pour rappel (on en avait parlé ici), ces trophées récompensent, au second degré, «les propos les plus racistes de l'année». Pour bien terminer la semaine, rendons hommage à quelques-uns parmi les (hélas si) nombreux lauréats du palmarès 2011, qui a été dévoilé il y a quelques jours,

Dans la catégorie «Finalement, c'est pas si dur d'être raciste», c'est le couturier et parfumeur Jean-Paul Guerlain qui, bien sûr, l'a emporté haut la main. Avec sa petite phrase télévisée qui suscita un tollé: «Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un Nègre. Je ne sais pas si les Nègres ont toujours tellement travaillé, enfin…». Dans la catégorie «L'Islam ne passera pas par moi», c'est Robert Ménard qui a été distingué. Cet ex-dirigeant de l'ONG «Reporters sans frontières», reconverti en polémiste télévisuel énervé, a vu cette petite phrase saluée: «Je n'ai pas envie qu'il y ait autant de mosquées que d'églises dans mon pays (…) Je n'ai pas envie qu'il y ait un minaret dans tous les villages de France».

Enfin, la «Banane» d'honneur à été décernée au brillant journaliste-polémiste Eric Zemmour, «pour l'ensemble de son oeuvre». Mais cela n'étonnera sans doute personne.

Encore bravo à tous ces lauréats. Sans doute représentants d'un certain courant de pensée si présent en ce moment en France. Et si rance.

01/06/2011

Une victoire

BANANIA.jpgOn avait évoqué cela dans ce blog (ici), à l'époque: la plainte en justice déposée par l'association antiraciste MRAP contre la société Nutrimaine, qui commercialise en France la boisson chocolatée Banania. Une plainte contre le visuel du tirailleur sénégalais figurant sur les produits de cette marque, et contre son slogan: «Y’a bon Banania». Pour le MRAP, tous deux véhiculent une image du Noir tellement caricaturale et stéréotypée qu'elle en devient «contraire aux principes de respect de la dignité humaine». Si on en reparle à présent, c'est parce que du neuf est intervenu dans cette procédure, dernièrement.

 

En effet, alors qu'elle avait été déboutée en première instance, l'association a récemment obtenu gain de cause en appel. La justice a enjoint Nutrimaine, sous peine d'astreintes, de «faire cesser, sous quelque forme et quelque soit le moyen, la fabrication et la commercialisation de toute illustration sur laquelle apparaîtrait la mention «Y'a bon» seule ainsi que la mention «Y’a bon» accompagnée de la marque Banania et/ou un personnage de couleur noire ». Le MRAP a salué un arrêt «historique». .

 

Eric Zemmour et ses amis vont encore hurler au «politiquement correct»...