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29/07/2011

Un appel à la censure

Prenant prétexte de la dramatique actualité de vendredi dernier en Norvège – on ne voit pas très bien le rapport, mais bon, passons – , un député UMP a donc demandé (voir ici) au gouvernement de prendre «des mesures» pour «censurer» les chansons de «certains groupes de musique rap issus de l'immigration». Groupes qui, selon lui, «sous couvert de la liberté d'expression», «se livrent à de véritables appels à la haine raciale et religieuse en proférant des paroles obscènes, racistes et misogynes». Hier, l'intéressé a fait le tour des médias, évidemment très interloqués par son initiative. Il y a étendu son appel à la censure à toute forme d'expression artistique qui inciterait à «la violence» et à «la remise en cause des institutions».

Il y aurait beaucoup à dire sur pareille préconisation, tout comme sur le contenu, parfois effectivement problématique, de certaines créations artistiques. On se contentera ici de suggérer à ce parlementaire de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Et de se replonger dans le répertoire artistique de ces dernières décennies. Où il pourra, très utilement, utiliser ses ciseaux de censeur.

Car, si on suit son raisonnement, Johnny Hallyday aurait dû voir son si populaire «Allumer le feu!» frappé d'interdiction de diffusion, puisqu'il peut être compris comme une incitation à la révolte. Boris Vian n'aurait pu publier «J'irai cracher sur vos tombes»: rien que le titre de cette oeuvre est si peu respectueux. Renaud, dans les années 80, n'aurait pu chanter «Votre République, moi j'la tringle (...) Plus de slogans face aux flicards, mais des fusils, des pavés, des grenades». Idem pour Brassens, qui, trente ans plus tôt, n'aurait pu rigoler à l'idée de gendarmes tués «à grands coups de mamelle», ni confesser adorer voir des «braves pandores sous la forme de macchabées». Et sans doute peut-on multiplier les exemples à l'infini.

Bref, notre ami député sarkozyste a du pain sur la planche. Très bien: cela lui laissera moins le temps de proférer des âneries.

28/07/2011

Un pastiche

MasTacsignature.jpgCe doit être la rançon de la gloire. Cela concerne Miss.Tic: l'artiste dont on parlait il y a deux jours, qui a participé à la confection du nouveau pochoir géant du quartier Beaubourg. Miss.Tic: la papesse du Street Art parisien, dont les pochoirs de jolies jeunes femmes délurées, aux petites réflexions spirituelles et décalées, font la pluie et le beau temps dans les rues ici, depuis le milieu des années 80. La rançon de la gloire? Miss.Tic a désormais un pastiche.

On en avait déjà entendu parler, mais on ne l'avait encore jamais constaté de visu: sur un mur ou l'autre, dans la ville. C'est désormais chose faite. L'autre soir, en effet, de retour du bureau, flânant le nez en l'air dans une ruelle de notre onzième arrondissement, on est tombé sur la soeur jumelle revendiquée de Miss.Tic: la délicieusement dénommée... Mass.Toc.

Le style des pochoirs signés Mass.Toc rappelle tant ceux de Miss.Tic qu'au début, on s'est demandé si ce n'était pas une auto-parodie de l'intéressée.

Un énième produit dérivé, en quelque sorte, imaginé par une artiste qui en a déjà tant (des fournitures scolaires à la maroquinerie, en passant par la lingerie). Une dernière trouvaille marketing d'une miss née dans la rue certes, mais à présent si institutionnalisée qu'elle figure sur des timbres-poste, est exposée dans les galeries de Saint-Germain des Prés (relire ici), ou sert d'identité visuelle à une marque de voitures de location.

masTacgrosse.jpgMass.Toc n'en est pas encore là, en termes de reconnaissance. Ses silhouettes, il est vrai, loin des sylphides de Miss.Tic, renvoient plutôt à... Beth Ditto, la gironde (et épatante) chanteuse de Gossip. Mais elles aussi aiment les jeux de mots en forme de clin d'oeil: «J'assure en chair», proclamait la dame aux formes généreuses le soir où on l'a croisée, sur son mur carrelé.

Mass.Toc: une critique de la plastique toujours si irréprochable des femmes de Miss.Tic? On lui souhaite, en tout cas, longue vie à elle aussi. Il n'y a pas de raison, trouve-t-on, que l'accès aux murs de Paris soit réservé à un certain tour de taille.

11:38 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arts, culture, femmes

27/07/2011

Un (autre) grand classique de l'été

Avec l'inauguration sous la pluie de Paris-Plage, les protestations des associations d'aide aux SDF contre la fermeture des centres d'hébergement, les riverains de quartiers noctambules tempêtant contre le tapage nocturne, ou les arrêtés interdisant la consommation d'alcool en rue le soir, voilà un autre grand classique parisien du mois de juillet: la chasse aux vendeurs à la sauvette,vendeurs de colifichets touristiques principalement. Ce mois de juillet-ci ne fait pas exception à la règle. Avec, toutefois, une petite nuance.

Cet été, en effet, les autorités ont particulièrement soigné le plan de com' de cette campagne sécuritaire annuelle. Dans l'ordre, on eut d'abord droit à un cri d'alarme de la préfecture de police contre ce «phénomène en recrudescence dans la capitale», et l'annonce qu'elle allait donc impitoyablement sévir. Ensuite, ce furent les applaudissements de l'office du tourisme, qui n'en peut plus de voir ces vendeurs pulluler sur les grands sites touristiques de la Ville lumière. Enfin, cerise sur le gâteau ce mercredi matin: les gros titres du «Figaro» justifiant ce tour de vis estival annoncé. Selon ce quotidien, «la vente à la sauvette devient incontrôlable» à Paris.

De janvier à juin 2011, selon les chiffres officiels, 600 opérations de police ont été menées contre les vendeurs à la sauvette dans Paris. Elles ont abouti au placement de 562 personnes en garde à vue. La vente à la sauvette constituant un délit en France, ces délinquants présumés sont passibles de 6 mois de prison et 3750 euros d'amende.

L'été dernier déjà, exactement à la même époque, (relire ici), un gros coup de filet policier était censé avoir permis le démantèlement d'une vaste filière de vendeurs à la sauvette sévissant notamment à la tour Eiffel. L'opération avait permis la saisie de «dizaines de mètres cubes» de tours Eiffel miniatures, montres bas de gamme, foulards fantaisie et autres jeux de cartes postales.

Un été plus tard et malgré ce coup de filet réussi de l'été dernier, donc, on est reparti pour un tour. Et l'on prend déjà les paris que, dans ce blog en juillet 2012, on parlera à nouveau de ces vendeurs à la sauvette «incontrôlables»...

26/07/2011

Un quartier que l'art embellit

CALDER.jpgUn peu de culture aujourd'hui: cela ne fait jamais de mal. D'autant qu'en l'occurrence, on est super en retard: les deux initiatives dont on va parler datent déjà de plusieurs semaines, mais, autres actus plus chaudes obligent, on n'avait pas encore eu l'occasion de les évoquer dans ce blog.

La première est une gigantesque oeuvre d'art qui trône désormais sur le parvis Beaubourg. Cette sculpture monumentale, baptisée «Horizontal», pèse la bagatelle de six tonnes. Elle est due à l'artiste américain Alexander Calder, qui, avant sa mort (en 1976), avait acquis une renommée mondiale avec ses immenses mobiles appelés aussi stabiles. «Horizontal», qui figurait depuis 1983 dans les collections du Musée national d'art moderne, n’avait plus été présenté au grand public depuis plus de vingt ans.

Calder, donc. On peut apprécier cet artiste, mais néanmoins juger que son choix n'est pas fou-dingue d'originalité. Ses oeuvres rehaussent déjà les parvis de quantité de centres culturels dans le monde. Et les Parisiens connaissent déjà ce sculpteur sur le bout des doigts: il y a plusieurs années, ils avaient été un demi-million à visiter la rétrospective que Pompidou lui avait consacrée. Peut-être, donc, aurait-on pu profiter de l'occasion pour populariser un artiste moins connu. En outre, on trouve «Horizontal» moins spectaculaire que «Le grand stabile rouge» (75 tonnes d'acier, 15 mètres de haut) du même sculpteur, installé depuis plus de 35 ans à La Défense. Mais sans doute ne faut-il pas faire la fine bouche: une oeuvre d'art qui sort des réserves d'un musée pour aboutir dans la rue, c'est toujours une bonne nouvelle.

La deuxième initiative artistique qui a vu le jour dans le quartier Beaubourg se distingue elle aussi par son gigantisme. Ce serait même le plus grand pochoir au monde. Son auteur, le surnommé Jef Aérosol, est un artiste lillois, vieux routier du Street Art français. Ce pochoir, haut de 22 mètres et large de 14,  compte 350 m² de surface. Sa réalisation a demandé quatre jours de travail, nécessité 200 bombes aérosol, et mobilisé plusieurs autres artistes de rue réputés comme Blek le Rat ou Miss Tic. Selon la mairie du quatrième arrondissement, cet autoportrait monumental a vu le jour sur ce mur aveugle «à la demande des habitants du quartier Saint-Merri-Beaubourg, qui ne veulent pas laisser les pignons aux tags».

CHUTTT.jpgBaptisée «Chuuutttt!», cette fresque «est une invitation à se poser cinq minutes, à tendre l’oreille à des choses que vous n’avez pas l’habitude d’entendre. La ville, ce ne sont pas seulement les sirènes de police et le bruit des moteurs. C’est aussi les cris des enfants, le chant des oiseaux et la mélodie des langues des touristes, nombreux aux abords du Centre Pompidou».

Contiguë à la belle église St-Merri , «Chuuutttt!» fait face aussi à l'épatante fontaine Stravinski, de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle. Cette sculpture elle-même a été restaurée, elle qu'on avait si longtemps laissé pourrir, les pieds dans l'eau.

Mine de rien, donc, c'est tout un bout de quartier de Paris qui, grâce à l'art, progressivement s'embellit. Bien.

11:29 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arts, culture, paris

25/07/2011

Une animalité

La nouvelle de ce fait divers, qui était survenu la veille à Paris, est tombée en fin d'après-midi, vendredi. Elle y a fait un peu de bruit. Avant d'être complètement balayée par la tuerie en Norvège, il est vrai sans commune mesure en termes de gravité et de sauvagerie. Revenons-y, pourtant, à ce fait divers parisien. Qu'on ne trouve pas anodin.

Les faits se sont déroulés dans le vingtième arrondissement, entre Père Lachaise et Nation. L'AFP les a relatés de la sorte: «Une femme a été retrouvée à terre, au pied de son fauteuil roulant, rue des Orteaux. Elle a été retrouvée en bas de chez elle par un voisin, qui a prévenu la police. Elle a raconté aux policiers avoir été frappée et poussée à terre par un inconnu, qui lui a dérobé son sac à main. Elle souffre de plusieurs hématomes, a précisé la source policière. Le 2ème district de police judiciaire (DPJ) a été saisi de l'enquête»

Cette histoire a beau se terminer par quelques bleus seulement pour l'intéressée, elle en dit long, trouve-t-on. S'attaquer à une femme, à une handicapée en plus, et, pour couronner le tout, à une personne immobilisée dans un fauteuil roulant, donc peu à même de se défendre. «L'homme est un loup pour l'homme», dit l'adage. Parfois, en effet, l'humain n'est pas plus évolué que la bête. Il s'attaque d'abord et avant tout au plus faible.

22/07/2011

Une initiative (suspecte?)

voisins.jpgA Paris cet été, aussi curieux que cela puisse paraître à première vue, supermarché rime avec... solidarité. On a vu cela en faisant nos courses, hier: les magasins «Franprix»de la capitale ont rejoint le réseau «Voisins solidaires», né dans le sillage de la «Fête des Voisins». Ils ont lancé une opération baptisée «Portage d'eau». Concrètement, jusqu'au 30 août, les commerces de cette enseigne proposent aux plus de 75 ans la livraison gratuite de bouteilles d’eau à domicile. Il suffit, pour ces séniors, de s'inscrire au magasin de leur choix puis d'y acheter leur eau minérale préférée. Ensuite, chaque mardi, deux packs de 6 bouteilles d'eau d'1,5 litre leur sont gracieusement livrés à la maison.

On peut faire deux lectures de cette initiative.

La première est bienveillante, voire lénifiante. A l'échelle locale, cela ne peut que contribuer à tisser du lien social, comme on dit. Qui sait, cela pourra-t-il même éviter que, cet été, trop de personnes âgées esseulées sombrent dans un isolement périlleux pour leur santé. Pour rappel, 15.000 décès prématurés ont été déplorés en France pendant la canicule de l'été 2003, dont nombre de séniors isolés victimes de coups de chaleur et de déshydratation.

La seconde lecture possible est dubitative, voire cynique ou carrément teigneuse. Si la grande distribution voulait vraiment se rendre socialement utile, elle pourrait aider ses clients confrontés à de problèmes de pouvoir d'achat – dont, souvent, les personnes âgées: petites retraites, etc. – en revoyant à la baisse ses marges bénéficiaires, et donc ses prix au rayon. En outre, dans la plupart des supermarchés de Paris déjà, à partir d'un certain montant, chaque client, âgé ou pas, peut, lors de son passage en caisse, demander que lui soient gratuitement livrés ses achats. Enfin, la crise économique actuelle a entraîné des modifications dans les comportements d'achat des Français. Qui, par exemple, achètent beaucoup moins qu'avant les produits de consommation jugés pas essentiels. Les eaux minérales font clairement partie de cette catégorie: les chiffres de vente de toutes les grandes marques sont en chute libre. Dès lors, derrière son vernis solidaire et social, cette initiative est peut-être aussi (surtout?) une opération commerciale, visant à... relancer les ventes d'eau minérale.

On laissera à chacun, selon son humeur du jour, le choix de telle ou telle lecture.

12:10 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : economie, social

21/07/2011

Une fête (un peu surréaliste?)

La fête nationale en Belgique, ce jeudi. Les Parisiens n'étant pas rarement taquins, il ne nous étonnerait pas que, en cette journée du 21 juillet, on se fasse un peu chambrer. On entend déjà la boutade, du genre: «La fête nationale!?! Il n'y a plus de gouvernement depuis plus d'un an dans ta Belgique, mais il y a encore une fête nationale?!?» Le cas échéant, n'ayant eu ni l'énergie, ni le temps de préparer une argumentation convaincante, on improvisera une répartie, qui vaudra ce qu'elle vaudra...

En attendant, et en tout cas, «Meilleurs voeux» – comme on dit le 21 juillet au Palais royal de Belgique – aux internautes belges qui passeraient par ce blog aujourd'hui.

20/07/2011

Une autre prohibition

Même si c'est un brin incongru vu la météo du moment, demain jeudi c'est la grande ouverture de «Paris Plage», dixième opération du nom. La préfecture de police, toujours elle – et qui, décidément, multiplie les mises en garde, ces jours-ci – vient d'en profiter pour rappeler quelques règles de bienséance aux futur(e)s estivant(e)s parisien(ne)s.

 

Textuellement: «L’été est là, le thermomètre monte, les tenues se font plus légères, mais Paris peut-il être un nouvel Eden pour Adam et Eve? Et bien non! Toute tenue qui laisserait entrevoir les parties génitales ou la poitrine constitue une exhibition sexuelle». Dès lors, toute personne n'ayant pas «un comportement conforme aux bonnes mœurs et à l’ordre public» s'expose à une amende de 38€. Voire carrément à une amende de 3 750€ et à deux mois de prison, si son «attitude équivoque» permet de soupçonner un «racolage passif».

 

Voilà prévenues notamment les adeptes du monokini.

 

Il y a quelques étés, en juillet 2006 précisément, l'écologiste Denis Beaupin, adjoint au maire Bertrand Delanoë, avait dénoncé un tel règlement vestimentaire, selon lui d’un autre âge. «Sur une plage, il est normal que les gens souhaitent profiter du soleil et porter un string ou se mettre en monokini!», s'était-il indigné. Dans la foulée, sur le site même de «Paris Plage», une poignée de manifestantes avaient, la poitrine découverte, protesté contre cette prohibition. Ce qui leur avait valu, outre une convocation à la police, un franc succès médiatique.

 

Cinq étés plus tard, pas le moindre raffut de la sorte. S'assagirait-on, à Paris?

19/07/2011

Un grand classique (pour la forme)

CANAL1erpanneau.jpgChaque été cela revient: c'est un grand classique de la saison. Un grand classique de l'été parisien mais pas seulement: de l'été français, plus largement. On veut parler des arrêtés interdisant la vente d'alcool après une certaine heure de la soirée: mesures destinées à limiter les libations nocturnes et alcoolisées en plein air, et donc à calmer un peu la colère des riverains des quartiers noctambules qui, à cette saison, ne ferment plus l'oeil.

Ces derniers jours, les médias français ont énormément parlé d'une telle prohibition que vient de décréter la mairie de Lyon. Ils ont moins dit que, depuis plusieurs semaines déjà, à Paris, des panneaux interdisant la consommation d'alcool après 21 heures ont fait leur apparition sur les rives de notre bon vieux Canal Saint-Martin. Canal qui, chaque été, est un haut lieu parisien de pique-nique, de musique et de convivialité, jusqu'à pas d'heure. Dans la foulée, a-t-il été confirmé hier, la préfecture de police de Paris a étendu cette interdiction en amont: autour du bassin de La Villette.

Pour La Villette on ne sait pas (on n'y est pas allé ces derniers soirs), mais pour le Canal Saint-Martin et le boulevard Richard Lenoir, son prolongement jusqu'à Bastille, pas de doute: cette prohibition n'est absolument pas respectée. Jusque tard le soir, des groupes de joyeux fêtards continuent d'y refaire le monde au coin de bouteilles de vin et de canettes de bière ou de faire des parties de pétanque aussi disputées que sonores.

Ah oui, aussi, ce témoignage lu avant-hier, dans un journal du dimanche, du gérant d'un bar fameux du quai de Loire: le «Bar Ourcq». C'est là où nombre d'usagers nocturnes du Canal ont l'habitude d'aller se réapprovisionner en alcool, avant de retourner continuer à faire la fête au bord de l'eau. «C'est le flou total autour de cet arrêté» préfectoral estival, selon l'intéressé. «Il est écrit noir sur blanc que l'on ne peut plus vendre d'alcool à emporter en soirée, mais les autorités nous assurent que ce texte ne sera pas appliqué».

CANAL2ndpanneau.jpgDe qui se moque-t-on?

PS. Sinon, Canal Saint-Martin toujours, on a remarqué que, cet été, avaient été installés des urinoirs provisoires, en plein air. Bien: cela réduira les puanteurs matinales insupportables. Juste: et les demoiselles, elles font comment? Pas le moindre lieu d'aisance, comme on disait jadis, ne semble prévu pour elles. Encore bravo, Messieurs de l'Hôtel de Ville.

18/07/2011

Un interdit très théorique

Poursuivons dans ces interdits estivaux que vient de rappeler la préfecture de police de Paris.

Et d'abord, cet avertissement adressé aux touristes qui seraient trop fauchés pour s'offrir une nuit à l'hôtel. «Rien ne vous interdit de dormir à la belle étoile» dans la capitale, informent les pandores. Qui, toutefois, nuancent illico: «Pour des raisons de sécurité, évitez de dormir dehors». Et, de toute manière, pas question de dormir à la belle étoile dans les parcs et jardins, car «il est interdit d’utiliser les équipements existants dans les espaces verts de façon non conforme à leur destination». Enfin, «planter votre tente ou stationner votre caravane, oui, mais (uniquement) dans les lieux aménagés à cet effet». A part cela, belle nuit à la belle étoile dans la plus belle ville du monde.

Tant qu'à faire, la préfecture avertit aussi les amateurs d'un des plaisirs les plus populaires de l'été parisien. «Un petit creux? Avant de déployer votre nappe à carreaux, vérifiez que les lieux sont aménagés pour les pique-nique. Une envie de sardines? Optez pour la version en boîte, car le barbecue est strictement interdit».

Ah oui? Autant, c'est vrai, on voit rarement des barbecues fumer sur les trottoirs de Paris, autant les pique-nique dans des lieux pas conçus pour, dès la fin du printemps on peut en croiser à longueur de soirées et un peu partout: des berges du canal St-Martin jusqu'au Champ de Mars en passant par le bassin de la Villette ou le Pont des Arts.

Mais sans doute la préfecture de police se dit-elle que cela ne fait jamais de mal de rappeler les règles, même et y compris quand elles ne sont pas le moins du monde respectées.

15/07/2011

Un avertissement (cocasse)

FONTAINErome.jpgIls sont cocasses, décidément, les communiqués de la préfecture de police de Paris, en ce moment. Un des derniers en date s'adresse rien de moins qu'aux Parisien(nes) qui voudraient singer Anita Ekberg en train de s'ébattre dans la fontaine de Trevi à Rome, dans «La Dolce Vita» de Felini.

Dixit la préfecture, donc: «Si un coup de chaud vous guette et que l’eau d’une fontaine vous tente, cherchez un autre endroit pour vous rafraîchir: la baignade y est interdite. Il en va de même pour les lacs, étangs, pièces d’eau, rivières, canaux. A 38 euros l’amende, l’option piscine sera moins salée...»

Si l'on peut se permettre, c'est de la vaste blague, cet avertissement policier. Et triplement.

Un: depuis des lustres dans la capitale française, dès que le thermomètre frise les 40 degrés, des Parisien(ne)s par centaines, de tous âges, prennent joyeusement d'assaut les fontaines pour s'y rafraîchir. Que l'on sache, ces innocentes ablutions n'ont jamais donné lieu au moindre procès-verbal.

Deux: on s'en souvient comme si c'était hier, de ce mémorable soir de juillet 98 où des dizaines de supporters de foot hystérisés avaient fêté à moitié nus, dans les fontaines de la place de l'Hotel de Ville (où le match venait d'être retransmis sur écran géant), la victoire des Bleus au Mondial. A l'époque, les pandores, présents en masse rue de Rivoli, s'étaient contentés d'observer ce spectacle en souriant.

FONTAINEmanaudou.jpgTrois: plus récemment, deux jeunes filles ont batifolé en toute impunité dans une célèbre fontaine de Paris. Leurs ébats ont même été immortalisés, et les clichés attestant de leur infraction ont fait le tour du monde, par panneaux publicitaires interposés. C'était une pub pour une marque française de sac à mains très chers. Alice Taglioni et Laure Manaudou, sacoches au bras, y faisaient les folles dans une fontaine. A «5h du matin, place de la Concorde», précisaient, en légende de la photo, les affiches publicitaires. Il n'a jamais été dit que la préfecture  avait infligé 38 euros d'amende à l'actrice et à l'ex-championne de natation. Ni que les deux naïades avaient été placées en garde à vue. Mais cela nous a peut-être échappé.

13/07/2011

Une mise en garde

Comme chaque été, on croise des myriades de touristes dans les rues de Paris. Mais, à en croire la préfecture de police, «si l’été incite à une certaine nonchalance», il y en a qui, en ce moment, sont en pleine effervescence: les... pickpockets. En effet, «surfant sur la déferlante touristique», ils seraient «particulièrement aux aguets», en ce mois de juillet. Hier, dès lors, la préfecture a lancé une mise en garde au bon peuple. Le Parisien moyen, qu'il soit de souche ou de passage ici, est invité notamment à «ne pas mettre son portefeuille dans la poche arrière d'un pantalon», à «avoir un sac à main avec un système de fermeture dissuasif (ouverture positionnée près du corps)», ou à «éviter de ranger des valeurs dans les poches extérieures de sacs à dos». Chacun jugera si ces conseils policiers sont avisés ou infantilisants.

Parlant de techniques de vol, certaines ont débarqué dans la Ville lumière ces derniers mois, provenant du bout du monde et ne datant pas d'hier. C'est le cas du «vol à la tache»: un modus operandi qu'on avait déjà vu à l'oeuvre... en Amérique latine, dans les années 80.

Décrit par la préfecture de police, cela donne ceci: «Une personne, après avoir retiré de l’argent dans un distributeur, est aspergée par derrière, au niveau des épaules et de la tête, avec un liquide poisseux et jaunâtre. Un homme se présente alors à lui comme étant un riverain et indique avoir été victime des mêmes faits très récemment. Il lui propose une brosse de ménage et de l’essuie-tout, et l’aide même à nettoyer son pantalon au niveau des poches arrières. L’incident réparé, chacun reprend son chemin. Une fois seule, la victime constate la disparition de sa carte bancaire».

Une variante de cette technique vise particulièrement les touristes transportant, comme si souvent, un sac à dos. Cette fois, c'est celui-ci qui est maculé: de mayo, de moutarde, de graisse, d'huile de moteur, etc. Le brave touriste, pour nettoyer son bagage devenu dégoulinant et immonde, est obligé de se déséquiper et de le poser par terre. C'est le moment que choisit le «sauvageon», comme dirait Jean-Pierre Chevènement, pour surgir, se saisir dudit sac, et déguerpir à toutes jambes.

Cela a l'air tartouille, cette technique du «vol à la tache», mais cela marche à tous les coups. Et fonctionne d'autant mieux avec les touristes débarqués pour la première fois dans la capitale: victimes si aisées à semer, dans une ville qui leur est étrangère et dont ils ignorent tous les recoins susceptibles de servir de cachette à un malandrin après un tel larcin.

12/07/2011

Une réelle nuisance

oreille.jpgVous êtes Parisien(ne) et n'en pouvez plus du bruit? La mairie lance une «concertation citoyenne» (ici) sur le sujet, pour son «Plan de Prévention du Bruit dans l’Environnement». Est concerné «le bruit lié aux transports routiers, ferroviaires, aériens et aux activités industrielles». Si c'est le bruit dû «au voisinage, aux travaux, aux terrasses de cafés, à la diffusion de la musique etc» qui vous gêne, sachez qu'il est censé être déjà géré par un «Plan de lutte contre le bruit» (là).

Elaboré au printemps, ce programme comprend une quarantaine de mesures. Qui vont du renouvellement des revêtements de chaussée par des produits moins bruyants jusqu'à la couverture du périphérique à certains endroits, en passant par le recours progressif à des colonnes à verre insonorisées, des contrôles plus fréquents des deux-roues trop bruyants, ou la création de structures de médiation pour les bruits de voisinage.

Depuis le début de l'été, par exemple, dès 23 heures dans les rues de certains quartiers très noctambules, des «médiateurs-artistes» invitent les fêtards à baisser le ton. Ne vous étonnez pas si, un de ces soirs à Oberkampf, Butte-aux-Cailles ou Pigalle, vous croisez ces médiateurs costumés... en clowns. Pareille expérience menée en Espagne aurait démontré qu'au-delà d'une certaine heure (et, sans doute, d'un certain taux d'alcoolémie), la sensibilisation contre le tapage est «plus audible en passant par l'art ou l'humour qu'en uniforme avec l'air sévère».

clown.jpgLe bruit n'est vraiment pas un mince problème, à Paris – comme dans toute mégapole exiguë et densément peuplée. Selon des études, 20% de la population de la capitale et sa banlieue, soit 2 millions d’habitants, sont «exposés potentiellement à des niveaux de bruit en façade de leur habitation jugés excessifs au regard des valeurs réglementaires».

On compatit au calvaire de tous ces gens. Qui n'ont pas, comme nous, l'immense privilège d'habiter entre deux quartiers aussi noctambules que Bastille et le Marais, mais de pouvoir, malgré tout, passer des nuits toutes fenêtres ouvertes et sans bruit. Un privilège qui n'a pas de prix a fortiori en période de canicule, comme c'est si souvent le cas l'été ici.

11/07/2011

Un caractère bien trempé

Elle est cash, Martine Aubry, que cela plaise ou pas. Elle s'embarrasse assez peu des conventions. Au passage, ce caractère bien trempé lui vaut la mésestime de pas mal de journalistes – qu'à plusieurs reprises, elle a envoyé balader sans ménagement. Pour ses détracteurs, son côté brut de décoffrage illustre son caractère revêche, teigneux, voire acariâtre. Pour ses partisans, cette singularité de ton est rafraîchissante à l'heure où la parole politique est en permanence si formatée au consensuel par les communicants.

Toujours est-il qu'on vient encore d'avoir une illustration de son tempérament. Avec l'avis, très peu dans l'air du temps, qu'elle a donné sur les réseaux sociaux. Même si elle reconnaît qu'ils ont été utiles lors des révolutions arabes, Martine Aubry ne les aime pas. «Facebook et Twitter, j'ai horreur de ça. C'est typique de cette société où chacun pense à son nombril. Et puis, tous ces faux amis... Ce n'est pas mon truc d'expliquer mes états d'âme». Et son entourage de renchérir: elle «ne va pas utiliser Twitter pour raconter sa vie. Elle est en adéquation avec son identité politique. Aubry n'est pas dans l'autoglorification».

Ce week-end, toute la galaxie tweetée et facebookée de l'UMP a moqué cette tirade. Qui confirmerait l'incroyable ringardise d'une socialiste déjà accusée par la droite d'avoir un projet politique digne des années 80.

Une chose est sure: qu'elle les aime ou pas, Martine Aubry ne pourra faire sans les réseaux sociaux, d'ici à la présidentielle de 2012. On l'entendait ce matin encore, sur une radio, à propos de la dernière livraison du «Twittoscope»: ce baromètre mensuel des personnalités en fonction du nombre de leurs citations sur les réseaux sociaux: «C'est l’explosion de la twittosphère politique! En juin, les 140 personnalités suivies dans ce baromètre ont suscité plus de 675.000 tweets, soit 250% de plus qu’en décembre!» Neuf mois avant le scrutin, donc, les réseaux sociaux sont d'ores et déjà, et plus que jamais, «en ébullition». Et cela ne fait sans doute que commencer.

08/07/2011

Une dangereuse simultanéité

TAGoiseau.jpgFin de semaine. Lors de laquelle, décidément, sont tombées en France plusieurs petites nouvelles relatives au niveau de vie et au pouvoir d'achat, nouvelles n'ayant rien à voir entre elles mais qui, par leur simultanéité, risquent de se télescoper dans la tête du Français. Et de lui laisser un laisser un arrière-goût très amer.

D'un côté, Dominique Strauss-Kahn a donc dégusté des pâtes aux truffes: à 100$ l'assiette. Mais, de l'autre côté, a indiqué un sondage le même jour, 45% des Français ne partiront pas en vacances, cet été. Et ceux qui partiront feront attention: passeront des vacances économiques en famille (33%), au camping (14%), ou chez des amis (9%).

Autre événement de la semaine: la Française Christine Lagarde a remplacé DSK à la direction générale du FMI. Son salaire? 551.700$ l'an, soit quelque 30.000€ par mois. Le tout, 100% net d'impôts. Le jour de sa nomination, est tombé un autre chiffre, lui moins chic. La Banque de France s'attend à ce que, d'ici au 31 décembre, plus d'un million de familles lui aient introduit un dossier de surendettement. Essentiellement des foyers de la classe moyenne. Rien que sur les six premiers mois de 2011, le nombre de ces dossiers a déjà crû de 12%.

Cerise sur le gâteau: cette semaine encore, le Sénat français a décidé d'attribuer une prime exceptionnelle de 3.531€ euros à chacun de ses membres. Ce rabiot est présenté comme «un rattrapage exceptionnel sur un complément d’indemnité représentative de frais de mandat». Hier, plusieurs sénateurs, de la majorité y compris, ont annoncé qu'ils refuseraient ce bonus, qui ne leur semble «pas un bon signal, dans le contexte actuel». Le même jour, a fait grand bruit la mésaventure survenue à un dénommé Kader, honnête père de famille âgé 58 ans, employé d'un Monoprix de Marseille. Il a été mis à pied à titre conservatoire, avant un possible licenciement. Ce qu'on lui reproche? Avoir enfreint le règlement intérieur de son supermarché, en récupérant, dans les poubelles de celui-ci, six melons et trois salades périmés, pour les ramener chez lui.

TAGchien.jpgVoilà donc, en si peu de temps, une accumulation de nouvelles qui, on le répète, n'ont rien à voir entre elles, mais qui, toutes, n'en demeurent pas moins, disons, sociologiquement très contrastées. 

Cela ne va pas réduire le fossé entre les élites et les citoyens. Ni contribuer à ce que ces deux catégories de la population se regardent moins en chiens de faïence.

07/07/2011

Une (si bruyante) préparation

C'était hier, en début d'après-midi. Subitement, c'était le vacarme dans notre quartier Bastille. Le tapage semblant venir d'en haut, on levait les yeux au ciel. Et là, on n'en revenait pas.

Etait en train de nous survoler, à très basse altitude, un avion de ligne. Serré de très près, sur ses flancs, par deux avions de chasse. Etrange. Une alerte de sécurité à bord d'un vol à l'approche de Roissy ou d'Orly, alerte qui aurait nécessité l'intervention de l'armée de l'air? On n'y croyait pas trop, mais on se hâtait toute de même vers le bureau. Pour aller vérifier sur les dépêches d'agence de presse et les télés d'info continue que rien de grave ne s'était produit depuis ces dix minutes où, tentant une rarrissime pause-déjeuner, on s'était autorisé à interrompre le suivi en permanence et en temps réel de l'actualité.

Mais à peine avait-on fait trois pas que, dans le ciel, surgissait cette fois un énorme avion-radar de type Awacs, avec une espèce de grand plateau le surmontant. Puis, toujours dans un vacarme inouï, une escadrille de chasseurs, de gros avions cargo, des jets à nouveau, etc., etc. On comprenait alors. A une semaine du 14 juillet, c'était sans doute une sorte de répétition pour le grand défilé militaire sur les Champs.

Deux heures plus tôt, dans la Ville lumière, avait déjà retenti le hurlement, si lugubre, de toutes les sirènes d'alerte de la sécurité civile. Pas à cause d'une alerte, mais parce que, à Paris chaque premier mercredi du mois, à midi pile, ces sirènes sont actionnées à deux (interminables) reprises, pour que leur bon fonctionnement puisse être vérifié.

Les avions partis, le calme revenu dans le ciel azur de Paris, on poursuivait notre chemin. Se disant tout de même que ce boucan infernal, si belliqueusement connoté, ne conférait pas précisément à la capitale cette ambiance légère, insouciante et décontractée qui est le propre de la période estivale.

06/07/2011

Un deuil

cy-twombly-5.jpgOn est en deuil, aujourd'hui. Enfin, on l'aurait été si on avait été du genre à se plier à cette tradition désuète qui consiste à se vêtir de noir pour honorer la mémoire d'un défunt.

Ce mercredi, une fois n'est pas coutume, une note qui n'a pas grand lien avec Paris. Puisque la disparition dont question, que l'on a apprise hier soir, est celle de l'artiste américain Cy Twombly. Aucun lien avec Paris, si ce n'est, tout de même, que c'est dans cette ville qu'un jour, par le plus grand des hasards, on eut le bonheur de découvrir cet immense peintre et dessinateur abstrait. C'était il y a plusieurs années déjà, à la faveur d'une rétrospective magistrale à Beaubourg.

Au passage, c'est l'occasion de rendre hommage à la qualité, décidément, du travail mené par cette grande institution culturelle parisienne. Et, tant qu'on y est, de saluer le pari fait par le galeriste Yvon Lambert, qui, ces dernières années, à Paris comme à Avignon, a beaucoup exposé Twombly.

Comme Olivier Debré, Pierre Soulages ou Gérard Schneider, Cy Twombly est typiquement le genre de peintre dont on rêvera toujours de pouvoir, un jour qui sait, accrocher une oeuvre dans notre salon. Pas pour frimer. Juste pour admirer. S'y perdre du regard à longueur de journées. Vu le prix de ses toiles, on sait pertinemment bien que ce ne sera jamais possible, mais, sans trop savoir pourquoi, on aime conserver cette idée quelque part dans le coin de la tête.

En somme, ce serait le plaisir d'une vie. Un peu comme le publicitaire Jacques Séguéla, pour qui, quand on n'a pas sa Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie. Chacun ses goûts, sans doute.

11:21 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arts, culture

05/07/2011

Un menu toujours aussi débattu

Gros embarras, hier soir sur une radio. A l'issue d'une interview assez ronron, un lieutenant de DSK, Jean-Christophe Cambadélis, était soudain titillé par des auditeurs-internautes, là de manière un peu plus musclée, sur... les fameuses pâtes aux truffes dégustées ce week-end par son mentor – ce dont on parlait hier. «Il avait faim...», répliqua-t-il, d'une petite voix. «Oui mais quand même: des truffes!», insistait en substance un deuxième auditeur. «C'est bien, les pâtes: ce sont des sucres lents, cela donne de l'énergie», poursuivait le strauss-khanien. «Donc, après la gauche-caviar, la gauche-truffe?», assénait un troisième auditeur. «Dominique dînait avec un ami qui avait les moyens de lui payer cela», botta en touche le lieutenant de DSK. Qui, sans doute, avec de tels arguments, n'aura convaincu que ceux qui l'étaient déjà.

Autre réflexion sur le même sujet gastronomico-politique, hier encore: celle de Jérôme Fourquet, directeur adjoint de l'institut de sondages Ifop. A ses yeux, le rapport de DSK à l'argent peut vraiment, politiquement, être «problématique, surtout pour un possible candidat de la gauche». Car «on a en France un rapport ambigu à l'argent et à la réussite sociale; c'est notre vieux fond catholique et révolutionnaire». Et car «on a vu que DSK avait des moyens financiers qui n'ont rien à voir avec ceux des Français moyens». Et le sondeur de s'effarer: «Ses ennuis avaient commencé avec la Porsche et le prix de ses costumes. Et voilà qu'à peine sorti, il recommence: ses premiers pas de liberté sont pour aller manger des pâtes aux truffes à 100$ l'assiette! S'il revient en politique, la question de son train de vie sera l'une des grilles de lecture (de sa popularité)».

C'est aussi cette sortie si médiatisée du couple Strauss-Kahn-Sinclair dans l'Upper East Side qui a été invoquée, hier toujours, par Tristane Banon. Ce mardi, cette jeune femme poursuit DSK devant la justice française, pour tentative de viol en 2003. «Voir Strauss-Kahn libéré puis aussitôt dîner dans un restaurant de luxe entre amis, ça me rend malade», a-t-elle déclaré hier.

L'addition, là, pour DSK, pourrait être vraiment salée, voire indigeste. Si d'aventure il était jugé aux assises puis reconnu coupable et condamné, c'est carrément de... 15 ans de prison qu'il pourrait écoper.

04/07/2011

Un menu (révélateur?)

patesauxtruffes.jpgMelon au jamon serrano, pâtes aux truffes noires, Pinot gris: tel a donc été le menu des époux Strauss-Kahn pour leur première sortie resto samedi soir, dans l'Upper East Side new-yorkais. Avec les papparazzi dans les jambes, mais, pour Monsieur, sans bracelet électronique à la cheville. Juste deux remarques, en passant.

 

Un: sans être le moins du monde nutritionniste, juste journaliste, pareil menu nous semble tout de même exagérément calorique, riche et gras. Mais sans doute la ligne n'est-elle pas une priorité quand on a croupi à Rikers Island et été menacé de 74 années de prison...

 

Deux: au prix de la truffe melanosporum, un tel menu est très politiquement incorrect. Pour une personnalité dont, d'après un sondage ce week-end, 60% des Français de gauche espèrent le retour en politique. Selon la presse – qui, en ce moment, n'a visiblement rien de mieux à faire –, le couple Strauss-Kahn s'en est tiré avec une addition entre 600 et 700$. Et le resto qu'il ont choisi est pour le moins bling: fréquenté par des stars comme Rihanna, Madonna, etc.

 

Pour de fins analystes politiques, la truffe, après la Porsche Panamera et la prison dorée de Manhattan louée à 50.000$ par mois: tout cela montre bien que DSK n'en a plus rien à faire de la présidentielle de 2012. Sinon, il dépenserait sa fortune avec moins d'ostentation, histoire de ne pas choquer l'électeur socialiste qui, comme beaucoup de Français en ce moment, a du mal à nouer les deux bouts.

 

Juste: s'attendait-on vraiment à ce que DSK et Anne Sinclair aillent fêter cette libération sur parole au kebab du coin? Et que n'aurait-on dit s'ils l'avaient fait?

01/07/2011

Une grande cruauté

L'actualité est décidément d'une grande cruauté. Cruelle, par son côté rouleau compresseur qui n'arrête jamais: écrase en permanence, en continu voire en temps réel toute certitude, par ses nouveaux et incessants développements. Cruelle, parce que, par définition, avec elle rien n'est jamais définitif ni immuable: tout est toujours susceptible d'être remis en question par de nouveaux événements. Cruelle, parce que cette machine qui s'alimente au combustible de toujours possibles rebondissements peut, du jour au lendemain, remettre complètement les choses à plat. Rendre ridicules les thèses qui, la veille encore, semblaient ne pas faire le moindre doute. Et, ce faisant, laisser tout le monde a quia, comme on dit en français daté: sans répartie, sans voix.

On en a un exemple parfait – ou effroyable, c'est selon – ce matin, avec l'«affaire DSK ». Et c'est spécialement «Le Figaro» qui, spectaculairement, en fait les frais.

Il a vraiment l'air malin, ce matin, le grand quotidien de droite. Qui, sur une page entière, revient sur ce feuilleton DSK qu'il a «reconstitué minute par minute», sur base de la thèse de l'accusatrice «femme sérieuse et fiable». Problème? Le procureur lui-même trouve désormais que l'intéressée a un côté tellement louche que, cette nuit, il a convoqué en urgence une comparution de DSK, cet après-midi. Audience à l'issue de laquelle l'ex-n°1 du FMI «pourrait être remis en liberté» – ainsi que devait bien l'admettre ce matin... le même «Figaro», en Une de son site internet, cette fois.

Le mot de la fin – fin de cette note, pas de la saga – à Eric Fottorino, l'ex-grand patron du quotidien «Le Monde», qu'on entendait ce matin sur une radio. En substance, ce rebondissement spectaculaire «nous amène (nous, journalistes) à nous interroger et à réfléchir sur comment donner et traiter l'information à chaud, ce qui est évidemment compliqué».

On est vraiment curieux de voir si telle réflexion de la presse française il y aura, et, si oui, ce qu'elle donnera – ou pas.