Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

30/09/2011

Un appel à idées

transports,métro,publicité,art de vivre,parisUn peu d'humour, pour bien terminer la semaine. Car c'est «un ton volontairement décalé et humoristique» qu'a choisi la RATP pour sa dernière campagne de sensibilisation en date, qui s'étale en ce moment sur les panneaux publicitaires du métro de Paris et dans des pages de pub des journaux. Et on la trouve plutôt pas mal, cette campagne.

 

Elle vise les incivilités. Ce que la RATP définit comme «le non-respect de l’ensemble des règles du savoir voyager ensemble: manque de propreté, nuisances sonores, bousculade, absence de courtoisie, fraude». Dans les visuels de la campagne, les malotrus sont transformés... en animaux. Il y a donc un lama qui crache partout sur les quais du métro. Un gros buffle qui bouscule tout le monde en rentrant dans une rame. Une grenouille qui saute les portiques. Ou un paresseux qui se prélasse sur un strapontin alors que le wagon, en pleine heure de pointe, est bondé. Il y a une poule, aussi, qui jacasse à tue-tête sur son portable. Au passage, le choix d'un coq se pavanant avec son smartphone aurait moins alimenté le cliché sexiste de la femme incorrigiblement bavarde – comme si, dans le métro de Paris ou d'ailleurs, on ne croisait jamais de mâles insupportablement bruyants, pendus à leur téléphone...

 

«Cette communication veut souligner l’absurdité du comportement de celles et ceux qui commettent des incivilités dans les transports», explique la RATP. «Elle met en avant l’idée que, derrière tout acte d’incivilité, se cache une logique absurde, qui ne nuit pas seulement à la collectivité mais également à l’individu qui le commet».

 

transports,métro,publicité,art de vivre,parisC'est trop rare pour ne pas être souligné: chacun des 10 millions d'utilisateurs quotidiens des transports parisiens peut donner son avis: peut, sur le site web de la campagne, soumettre «une idée concrète à mettre en œuvre pour lutter contre les incivilités».

 

Si donc vous êtes usager, occasionnel ou régulier, de la RATP et êtes inspiré par le sujet, c'est ici.

29/09/2011

Une sanction prévisible

C'est un jugement populaire largement injustifié, mais sans doute était-il couru d'avance avec cette actualité en France qui, depuis, la rentrée, associe si souvent la classe politique à des histoires d'enveloppes d'argent liquide, de valises de billets de banque venues d'Afrique, de commissions occultes, voire d'association de malfaiteurs. La sanction est là: selon un sondage TNS- Sofres, trois quart des Français (72%) jugent désormais que, d'une manière générale, leurs élus et dirigeants politiques sont plutôt corrompus.

 

On atteint un pic en la matière, puisque «ce jugement critique est le plus fort jamais mesuré depuis 1977, date à laquelle la question a été posée pour la première fois par TNS Sofres. Il est en outre en augmentation de 4 points par rapport à juillet 2010, qui était déjà un record». Cette défiance se retrouve majoritairement dans toutes les couches de la population, mais est proportionnellement plus élevée chez les jeunes que chez les séniors.

 

Quelques jours avant cette enquête, un autre sondage avait déjà donné une idée de l'impact que pourrait avoir ce climat délétère sur, cette fois, le résultat du premier tour de l'élection présidentielle, dans sept mois. «Marine Le Pen en nette progression»: là aussi, c'était sans doute couru d'avance. Comme le note Jérôme Sainte-Marie, de l'institut CSA, la présidente du Front national, «portée par une actualité favorable et une forte présence médiatique, progresse, passant de 15% au mois d’août à, selon le candidat socialiste testé, 18, 19 ou 20%. Ce mouvement est remarquablement élevé dans les catégories populaires et chez les jeunes».

28/09/2011

Un respect, ou pas

femmes,gouvernement,artsOn parlait des femmes, hier. Dernièrement, dans nombre de rues de notre onzième arrondissement, un artiste anonyme a apposé des affiches sur lesquelles est dessiné un tronc de femme nue. Sans autre mention, slogan ou inscription donnant au passant une clé pour décoder son oeuvre. Juste un dessin – très beau, au demeurant.

 

Et, ce qui est vraiment frappant, c'est de voir combien, jour après jour, cette œuvre demeure, la plupart du temps, parfaitement intacte. Ni dégradée, ni arrachée, ni tagguée, ni raturée, ni recouverte par d'autres créations  – comme c’est le lot habituel, à Paris ou ailleurs, de la plupart des œuvres d’art urbain, dont la durée de vie est souvent très courte.

 

Mais là, rien. Pas grand monde ne semble toucher à cette représentation du corps féminin. Qui, dès lors, continue à fièrement embellir la vi(ll)e.

 

Hier, en le constatant une nouvelle fois dans notre quartier, on a pris le parti d'y voir un signe avant-coureur d'un plus grand respect pour les femmes, dans ce pays. Pays où, faut-il le rappeler, l'affaire Strauss-Kahn a remis en lumière l’ampleur encore, dans l'opinion, du machisme, du sexisme et du beaufisme.

 

femmes,gouvernement,artsCet accès soudain d'optimisme (mesuré), on trouvait qu'il était plutôt bienvenu, le jour de la prise de fonctions, au gouvernement, du nouveau ministre des Sports, David Douillet. Quel rapport ? Ce David Douillet eut un jour, il n’y a pas si longtemps, une petite phrase effarante d'irrespect: «On dit que je suis misogyne, mais tous les hommes le sont, sauf les tapettes».

 

Réussir, en quinze mots, à cumuler misogynie et homophobie, cela méritait assurément une promotion gouvernementale.

 

Encore bravo.

27/09/2011

Une portion congrue

Un judoka remplace une karateka au sommet de l'Etat. Ce mardi matin, en effet, Chantal Jouanno, élue dimanche au Sénat, cède son maroquin de ministre des Sports à David Douillet. On change d'art martial, mais on reste, plus que jamais, dans la portion congrue en ce qui concerne la place dévolue aux femmes dans l'équipe gouvernementale.

 

Qu'on en juge: parmi les 33 membres du gouvernement de François Fillon, on ne compte plus désormais que ...4 femmes ministres de plein exercice. 4 sur 33! Il y a bien 5 autres femmes dans l'équipe, mais elles n'ont rang que de ministre déléguée ou de secrétaire d'Etat. Même en comptant large, cela ne fait donc jamais que 9 femmes sur 33 personnes. On reste loin de l'équilibre hommes-femmes au sommet de l'Etat.

 

A part cela, en 2007, avant d'accéder à l'Elysée, Nicolas Sarkozy avait fait cette promesse: «Je constituerai un gouvernement de 15 ministres, pas un de plus. Et, bien sûr, avec la parité».

 

Bien sûr.

 

 

PS: Sinon, le nouveau Sénat élu dimanche compte royalement 22% de femmes. Les médias français, ces 48 dernières heures, ont peu dit que cette chambre restait donc très loin de la parité, insistant plutôt sur le fait que le Sénat, en la matière, faisait mieux que l'Assemblée nationale, où l'on ne compte même pas 22% de députées. C'est, évidemment, une façon de voir les choses.

26/09/2011

Un appel à la vigilance

paris,métro,transports,sécurité,technologieAu-delà des bouleversements affectant les hautes sphères de la politique – le basculement à gauche, hier, de cette vénérable et jusqu’à présent si conservatrice assemblée qu’est le Sénat  –, sur le terrain quotidien parisien, beaucoup plus modestement, il y a aussi des changements. Ainsi, une grande nouveauté à signaler, depuis la rentrée, à la RATP. Un nouveau message a été ajouté à ceux qui, dans les stations du réseau, sont diffusés en boucle, par haut-parleur, à l’attention des voyageurs.

 

On avait, depuis longtemps déjà, en langues étrangères parfois même, les rappels incessants de ne pas fumer dans le réseau et de surveiller ses poches, sacs, bijoux ou portefeuilles, des pick-pockets étant «susceptibles d'agir dans cette station», selon l'expression consacrée. S'ajoute désormais un appel à la vigilance destiné plus particulièrement… aux utilisateurs de smartphones, tablettes tactiles et autres gadgets techno-chics et chers. Dorénavant, un message sonore leur conseille vivement de manipuler leurs appareils avec parcimonie et discrétion.

 

C'est, bien sûr, la conséquence de la vague de vols à la tire d'appareils de ce type, dont d'innombrables usagers de la RATP ont été victimes ces derniers mois – on a déjà beaucoup évoqué cela dans ce blog (ici, par exemple), on ne développera donc pas.

 

Et ceux qui sont accros aux smartphones au point de ne pouvoir les laisser en poche le temps de quelques stations de métro? Ils auraient intérêt à se rabattre sur… la  géolocalisation. Car, dernièrement encore, dans notre onzième arrondissement, elle a grandement facilité la tâche des pandores.

 

paris,métro,transports,sécurité,technologieRaconté par la préfecture de police, cela donne ceci:«15 septembre, 1h30, 11ème arrondissement, trois hommes encerclent un passant, le bousculent et lui volent son smartphone. La victime regagne son domicile, géolocalise son bien via son ordinateur, et transmet immédiatement la position des auteurs, dans le 3ème arrondissement, au «17-Police Secours». A 2 heures, les policiers de la brigade anti-criminalité locale interpellent le trio en possession du téléphone volé. Ils ont été déférés au parquet de Paris».

 

On n'arrête décidément pas le progrès.

23/09/2011

Un prix moyen (?)

Le début de l'automne ce vendredi, à Paris comme ailleurs. A 11h04 précisément, paraît-il. Mais une météo si estivale aujourd'hui et toujours autant de touristes dans les rues qu'on ne trouve pas incongru de revenir sur ce qui fut le chiffre de la semaine, concernant le tourisme dans la Ville lumière. 204€. Soit le prix moyen d'une nuit d'hôtel, en chambre double, à Paris. C'est ce qui ressort d'une étude publiée ces derniers jours. Selon elle, en la matière, «la capitale française devient, avec Genève (298€) et Londres (200€), l’une des plus chères d’Europe. En comparaison, le tarif moyen hôtelier parisien coûtait à la même période de l’an dernier 26% de moins, soit 162€».

 

On a (un peu) sursauté en prenant connaissance de ce chiffre. Car – avis aux jeunes routards qui fréquenteraient ce blog, ou aux voyageurs de tous les âges qui ne pourraient claquer un demi-millier d'euros pour un week-end ici – , dans le Paris qu'on fréquente quotidiennement (en gros: République, Bastille, Haut Marais, etc.), il va de soi qu'on trouve quantité d'hôtels affichant des tarifs nettement moins élevés.

 

Ainsi, à Paris comme dans nombre de capitales, les hôtels de grandes chaînes (Ibis, Campanile, etc.) baissent leurs prix quand arrive le week-end: quand les quitte donc leur clientèle professionnelle de la semaine. Et Paris regorge bien sûr de petits hôtels de quartier: sans façon mais le plus souvent très corrects.

 

On se le disait encore pas plus tard qu'hier, en flânant en bordure de Ménilmontant, dans notre onzième arrondissement. Et puis l'autre jour aussi, cette fois dans le quartier Aligre. On y a vu plusieurs petits établissements qui avaient l'air charmants. Certes ni très luxueux, ni aux pieds de la tour Eiffel, mais, familiaux, simples, tranquilles, populaires. Souvent adossés à de très typiques petits bistrots ou restos du coin, ils donnaient vraiment l'impression d'être joliment en symbiose avec leur quartier. Avaient l'air de couler des jours paisibles, en harmonie avec ce Paris (un peu) hors des sentiers battus, que négligent si souvent les visiteurs étrangers pressés et/ou peu imaginatifs.

 

Et puis sinon, et souvent cela ne se sait pas assez à l'étranger, il y a bien sûr toujours les tarifs imbattables des auberges de jeunesse et foyers (ici), ainsi que du camping de Paris (). Camping qui, et oui, ouvre toute l'année. Au grand air et au vert par plus de 20 degrés au thermormètre, comme aujourd'hui, cela doit même ne pas être désagréable.

22/09/2011

Une idée farce

paris,patrimoine,histoire,luxe,jolyOn la trouve drôle, parfois, Eva Joly. Dans «Le Monde» d’hier soir, la candidate écologiste à la présidentielle de 2012 y est allée d'une petite idée révolutionnaire assez farce, concernant un des lieux emblématiques du patrimoine parisien. A savoir, l'Hôtel de la Marine: l’imposant bâtiment à colonnade qui borde tout le côté nord de la place de la Concorde.

 

A l'horizon 2014, l'édifice sera vidé par la Défense nationale. Aux projets de réaffectation chics, chocs, voire snobs circulant dans le tout-Paris en ce moment, Eva Joly préfère, carrément, ... un Musée de la Révolution. A ses yeux, ce serait une manière, «en accord avec les idéaux des Lumières, (de) retrouver l'esprit de fête de la Révolution, pour créer un nouvel espoir d'émancipation et un nouvel horizon pour notre pays». A ses yeux, pourraient notamment y être transférées les «25 000 pièces relatives à cette époque, qui se trouvent conservées, loin des yeux du public, dans les réserves du Musée Carnavalet».

 

Iconoclaste? Pas du tout, selon Eva Joly. Pour qui, ce qui relèverait de «l'outrage» et «du mauvais goût», ce serait, au contraire, de faire de cet Hôtel de la Marine «un palace pour privilégiés». Etant donné que ce bâtiment «regarde la place de la Concorde, ancienne place Royale, qui fut l'un des hauts lieux de la Révolution française: symbole tout à la fois des excès de la Terreur et de la rupture fondatrice que constitua 1789 dans l'histoire nationale».

 

paris,patrimoine,histoire,luxe,jolyTout de même. Célébrer l'esprit révolutionnaire dans ce haut lieu du grand luxe qu'est la place de la Concorde – où se situe aussi, faut-il le rappeler, le si select l'Hôtel de Crillon, un des palaces les plus chers de Paris –; rien que l'idée risque de faire tousser, en haut lieu.

 

Vénérer les sans-culottes dans cet Hôtel de la Marine qui, jadis, fut le garde-meuble de la Couronne; le Premier ministre François Fillon risque encore d'accuser l'écologiste franco-norvégienne de n'être qu'une espèce de sous-Française manquant totalement de culture et d'identité nationales.

21/09/2011

Un slogan assez gonflé (encore)

Décidément, les pubards ne manquent pas d'air, en ce moment. Après Chanel qui se rend involontairement comique en prétendant descendre dans la rue, voilà une grande banque française qui fait très fort. Elle s'offre, ces jours-ci, des pleines pages de pub dans la presse, donc vous avez peut-être aperçu cette campagne. Le visuel? Une petite fille adorable, à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Le slogan? «Le bon sens a de l'avenir». La base line? «S'engager pour ses clients», «Garder les pieds sur terre», et blablabla.

 

Le problème? Cette campagne vante... le Crédit agricole. A savoir, une des trois grandes banques françaises en train de défrayer la chronique pour être parmi les exposées aux dettes souveraines des pays d'Europe dans le collimateur des agences de notation. Le Crédit agricole est mouillé à hauteur d'une dizaine de milliards d'euros dans ces placements grecs, italiens ou espagnols. Des produits financiers qui apparaissent aujourd'hui si hasardeux qu'on peut douter qu'hier, c'était vraiment faire preuve de «bon sens» et «garder les pieds sur terre» que de s'y risquer.

 

Le Crédit agricole, qui décidément a le sens de l'humour, défend «une campagne publicitaire en rupture». Car, basée sur les témoignages de ses clients, elle veut «donner la parole aux gens... plutôt que de parler de nous».

 

En ce moment, en effet, il vaut peut-être mieux, pour l'état-major de cette banque, que l'on ne s'étende pas trop sur ses stratégies d'investissement.

20/09/2011

Un soupçon de connivence

presse,médias,journalisme,economieOn parlait hier des soupçons populaires de connivence entre politiques et journalistes. Ces soupçons risquent d'être renforcés par une actu qui, ces derniers jours, a eu autrement moins de retentissement médiatique que le vacarme suscité dimanche soir par l'interview de DSK par l'amie de son épouse, Claire Chazal. Pour preuve de la discrétion du traitement médiatique de cette actu-là: ce week-end, on n'a vu, à son sujet dans la presse, qu'un minuscule articulet: 10 lignes, dans le «JDD».

 

C'est à propos de cette «niche fiscale» qui, depuis des lustres, bénéficie aux journalistes en France. Elle leur permet de chaque année déduire 7650€ de leur revenu imposable, au titre d'«allocation pour frais d'emploi». On a déjà dit dans ce blog (relire ici) ce qu'on pensait – pas trop de bien – de ce cadeau fiscal.

 

Et bien figurez-vous qu'en 2012, cet abattement va une fois de plus échapper à l'effort de rigueur budgétaire. En effet, à l'inverse de toutes les autres exonérations fiscales, il ne sera pas raboté de 10% par le gouvernement. Dixit le «JDD»: «Bercy explique que seuls les crédits ou les réductions d'impôts sont concernés (par les mesures d'austérité), pas les modalités de calcul exceptionnelles».

 

Les journalistes ont donc le privilège de passer au travers des mailles du filet de la rigueur budgétaire, sur cet aspect-là en tout cas. Et ils se gardent bien d'en informer très largement l'opinion, si l'on en juge à la taille microscopique du seul entrefilet qu'on a vu dans les médias sur ce sujet.

 

presse,médias,journalisme,economieDès lors, la presse ne devra pas s'étonner si, dans une certaine opinion toujours prompte à casser du journaliste, resurgissent des procès en connivence avec la classe politique. Pas s'émouvoir si ce cadeau gouvernemental est décrypté comme révélateur du souci de politiques d'amadouer – de ne pas trop se mettre trop à dos, en tout cas – une caste influente de commentateurs, éditorialistes ou autres faiseurs (supposés) d'opinions. A la veille de l'année électorale cruciale que sera 2012. Encore bravo.

19/09/2011

Un «soupçon de connivence»

Hier, soir, Claire Chazal aurait-elle dû se mettre en retrait du 20 Heures de TF1 et passer le relais à un(e) collègue pour la fameuse interview de Dominique Strauss-Kahn? Puisque la journaliste a elle-même reconnu publiquement la «tendresse» qu'elle éprouve envers Anne Sinclair, une femme qui, selon elle, a géré de manière «assez admirable» les mésaventures de son époux. C'est évidemment la question qui, pendant tout le week-end, a agité la classe politico-médiatique parisienne. Et qui, ce matin, continuait à alimenter le débat. Ainsi, le néo-centriste Hervé Morin, pour ne citer que lui, a relayé les «soupçons de connivence» existant à ses yeux entre l'interviewé et l'intervieweuse.

 

Chaque journaliste agit selon sa conscience. Nous, en tout cas, aurait-on été dans la situation de Claire Chazal que, clairement, on se serait mis de côté. Mais on est bien conscient d'être dans une position très confortable pour ainsi l'asséner, tant on n'était pas et on ne sera probablement jamais dans ce cas de figure.

 

Ladite interview était-elle connivente? Sur le moment, il ne nous a pas semblé que, globalement, elle avait été menée avec indignité. Sauf qu'à trois moments précis, on a quand même été assez mal à l'aise pour notre éminente consoeur.

 

Quand, d'entrée de jeu, elle a salué son invité avec un «Bonsoir Dominique Strauss-Kahn» dit d'un ton si doucereux qu'il a pu donner l'impression d'être affectueux.

 

Quand, à aucun moment, elle n'a fait grief à son interlocuteur de se livrer, sur des points factuels, à une lecture très personnelle, donc partielle et partiale, du rapport du procureur new-yorkais l'ayant innocenté.

 

Et quand, à la fin de l'entretien, tout le monde a pu constater que jamais la question qui tue n'avait été explicitement posée: «Ce soir, Dominique Strauss-Kahn, présentez-vous vos excuses?» En soi, cette carence si voyante fait naître le soupçon qu'elle résultait d'une négociation préalable avec l'interviewé. Ce qui, le cas échéant, serait bien sûr injustifiable, journalistiquement.

16/09/2011

Une (double) modernisation

gouvernement,technologie,internationalLa haute administration française qui se met au goût du jour, suite. Au début de l'année , Christine Lagarde, alors ministre de l'Economie, avait invité ses concitoyens à voyager (informatiquement) avec elle dans les nuages (relire ici). A présent, c'est au tour des Affaires étrangères de choyer «les mobinautes», comme il dit. Après Twitter et Facebook, le vénérable quai d'Orsay «arrive sur Foursquare, réseau social de micro-blogging basé sur la géolocalisation». A l’adresse foursquare.com/francediplo, l'on trouvera des «conseils pratiques selon la localisation de l’utilisateur»: recommandations aux voyageurs, coordonnées d'ambassades et de consulats, etc. Trop chouette.

 

On trouve que, pour rendre ce nouveau techno-gadget encore plus utile et attractif, les Affaires étrangères devraient l'alimenter avec les exploits de l'inénarrable Boris Boillon.

 

L'hiver dernier, ce jeune et fringant ambassadeur de France, proche de Nicolas Sarkozy, avait fait sensation. A peine nommé en Tunisie, il avait dû présenter ses excuses pour avoir publiquement rudoyé une journaliste de ce pays. Ensuite, on avait pu admirer sa plastique irréprochable grâce à une photo de lui en maillot de bain figurant sur sa page «Copains d'avant». A présent, voilà qu'il a les honneurs du «magazine people des Tunisiens»: Tunivisions. Ni speedo ni biscottos, mais un titre sublime («Le James Bond de la diplomatie»), une accroche mémorable («My name is Boillon, Boris Boillon!»), et une photo amenée à devenir mythique (le montrant posant à la manière du célèbre espion 007). Cela aussi, c’est une fameuse modernisation de la vénérable diplomatie française.

 

gouvernement,technologie,international«Boris Boillon pose façon James Bond dans le magazine people Tunivisions. Cela correspond-il à une nouvelle méthode de communication des ambassadeurs de France?» C'est la question qu'a posée, hier, un téméraire confrère au briefing de presse du porte-parole des Affaires étrangères. «Il s’agit d’un choix d’illustration photographique d’un magazine tunisien, qui consacre une édition aux relations franco-tunisiennes», a sobrement répondu le porte-silence.

 

C'est petit bras, comme commentaire. En ces temps de crise, les Français ont besoin de rêves. Fi donc de l'avarice de compliments. Boris Boillon, c'est le Roger Moore de Nicolas Sarkozy, c'est Daniel Craig from Paris.

15/09/2011

Un vrai procès, enfin

Le procès d'un drame épouvantable s'ouvre ce jeudi, à Paris. Le procès de la catastrophe du Boulevard Auriol. En août 2005, dans cette rue du 13ème arrondissement, s'était embrasé un immeuble vétuste dans lequel s'entassaient 130 Africains en attente d'un relogement. Cet incendie avait fait 17 morts – dont 14 enfants. Il avait d'autant plus choqué l'opinion qu'à l'époque, Paris vivait une série noire d'incendies meurtriers touchant des immeubles délabrés occupés en majorité par des étrangers ou des Français issus de l'immigration.

 

En mars dernier, l'indignité était venue se rajouter à l'horreur.

 

En effet (relire ici), un premier procès de cette catastrophe s'était ouvert. Mais il avait tourné court. Car, prévu pour être expédié en deux demi-journées et se tenir en catimini dans une salle exiguë du Palais de justice, il avait provoqué la colère des familles des victimes. Qui, en larmes parfois, avaient dénoncé la désinvolture et l'improvisation de la Justice dans le traitement de leur dramatique dossier. La présidence du tribunal correctionnel avait fini par convenir que les conditions d'accueil de ce procès étaient peu dignes. Et avait reporté le début des audiences à ce jeudi.

 

Enfin, donc, ce procès du mal-logement à Paris  –  un de plus... –  peut-il à présent débuter. Six ans après les faits, ce n'est pas trop tôt.

 

Reste, tout de même, une question: ultra-délicate, mais qu'on est en droit de poser. La Justice française aurait-elle été à ce point lente, pénible et laborieuse si, à l'époque, l'incendie avait ravagé un immeuble cossu du 16ème et tué 17 Parisiens – dont 14 enfants – blancs et aisés?

14/09/2011

Un slogan assez gonflé

publicité,luxe,art de vivre,banlieuesOn la trouve gonflée, la maison de haute couture Chanel. On se le dit chaque fois qu'on tombe sur un des nombreux panneaux publicitaires qui, à Paris en ce moment, relaient sa dernière campagne de pub. On y voit une jeune femme au saut du lit, look rebelle-cool: la chemise de son homme, pas maquillée ni coiffée, et ce slogan peinturluré au feutre sur son visage: «Il n’y a pas de mode si elle ne descend pas dans la rue!»

 

Chanel-rebelle descend dans la rue, donc. C'est vraiment se moquer du monde.

 

D'abord, vu les prix pratiqués par cette marque, on peut sérieusement douter que ses créations soient accessibles à «l'homme/la femme de la rue», comme on dit. A fortiori en ces temps de crise, faut-il le préciser.

 

Ensuite, il faut rappeler que cette grande maison ne descend tout de même pas dans n'importe quelle rue. On l'avait vu il y a quelques mois, à l'occasion d'une affaire qui avait fait un certain bruit dans la banlieue de Paris. Du jour au lendemain, les produits Chanel avaient purement et simplement disparu des rayons des parfumeries de plusieurs villes pas vraiment symboliques de luxe et de glamour: Bobigny, Meaux ou Chilly-Mazarin. Le porte-parole de la marque avait invoqué la «qualité insuffisante» de ces boutiques, et le non-respect de ses «critères d’exigence, en termes de présentation et d’environnement». «Nous sommes un produit de luxe. Nous avons un cahier des charges très précis avec nos distributeurs», avait-elle argumenté. A Bobigny, des responsables d'associations, «particulièrement choqués», avaient dénoncé cette décision: «Ce départ signifie que Bobigny n’est pas assez bien pour Chanel, que nous sommes des clients de seconde zone». Tentant de couper court à cette délicate polémique, l'enseigne avait assuré que, dans son esprit, il n'avait, bien sûr, «jamais été question de discriminer» quiconque.

 

Quelques mois plus tard, voici donc Chanel qui se la joue rebelle et descend dans la rue. Ceux et celles qui se demandent dans quelles rues et de quelles villes ont sans doute le droit d'écrire à Karl Lagerfeld pour lui poser la question.

13/09/2011

Un souvenir (toujours) douloureux

Sur les Champs-Elysées bientôt, il n'y aura plus de mendiants, a fortiori si ce sont des Roumains. C'est en tout cas l'engagement qu'a pris hier le ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant. A la mairie de Paris, on n'y croit pas du tout. Pour l'équipe du maire socialiste, Bertrand Delanoë, «cet arrêté ne va faire que délocaliser cette délinquance. Encore une fois le ministre de l'Intérieur fait un coup de communication. Il va faire la chasse aux Roms sur les Champs-Elysées pendant un temps, comme il l'a fait pour les vendeurs à la sauvette à la Tour Eiffel, et d'ici quelques semaines, la situation sera la même. Ce type de sanction est totalement inadapté». L'avenir le dira, ou pas.

 

En revanche, sur les Champs-Elysées toujours mais dans un tout autre domaine, ce qui est sûr et certain, c'est qu'une grande enseigne va prochainement faire son retour. On en avait parlé dans ce blog au printemps (ici), quand la nouvelle avait été ébruitée. Depuis, cela a été confirmé et précisé: le goupe britannique Marks & Spencer revient donc dans l'Hexagone, dix ans après y avoir fermé, du jour au lendemain, ses 17 boutiques et licencié leurs 1700 travailleurs, en 2001.

 

L'autre jour, n'évoquant que du bout des lèvres ce pénible passé, «Le Figaro» s'est extasié sur ces projets parisiens de M&S. «L'ouverture du magasin amiral des Champs-Elysées est prévue, très stratégiquement, avant décembre et... la ruée des courses de Noël. On y trouvera mode féminine, lingerie et un rayon alimentaire, répartis sur trois étages et 1400 m2. Comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, de nouveaux magasins devraient ouvrir prochainement en France, notamment des «M&S Food», à Paris et dans ses environs».

 

«Le Figaro» ne le dit pas, mais sans doute parce que cela tombe sous le sens: sûr que toutes les caissières et autres petites mains de M&S jadis remerciées sans ménagement recevront par la poste un joli bristol les invitant personnellement à participer aux festivités d'inauguration.

12/09/2011

Un progrès à faire

tourisme,transports,art de vivreRetour à Paris, donc. Au risque de passer pour irrémédiablement teigneux, la première impression qu'on a eue de la France, il y a quelques jours en y posant à nouveau le pied, n'était franchement pas terrible. On s'est dit que ce pays avait décidément encore des progrès à faire en ce qui concerne l'accueil des visiteurs étrangers.

 

On débarquait à Roissy aux alentours de 4h15 du matin. Si vous n'avez jamais fait l'expérience, on vous l'assure: Charles de Gaulle à cette heure, c'est loin d'être techno-bling comme Orly désormais – si d'aventure le dernier gadget qui y a été inauguré cet été vous a échappé, c'est ici. Couloirs déserts, lugubres à force d'être si peu éclairés, escalators chaotiques, poubelles qui débordent, toilettes à la propreté perfectible, absence de tout personnel pour renseigner les nouveaux arrivants, fonctionnement laborieux des billetteries automatiques de la gare RER, et ces RER passablement crasseux: cela donnait assez envie de redécoller illico vers d'autres contrées.

 

Cela dit, 84% des usagers de CDG, paraît-il, sont satisfaits de cet aéroport. C'est ce qu'a affirmé un sondage, cet été. Les clients apprécieraient notamment le système de contrôle des bagages à mains: «organisation de la file d’attente, durée de l’attente, accueil du personnel, prévenance, sentiment de sécurité». Dans le même registre, mercredi en Conseil des ministres, le gouvernement Fillon s'est félicité du fonctionnement, à Roissy, du passage au contrôle transfrontière: «La proportion des passagers attendant moins de 15 minutes à ce contrôle est passée de 58% en septembre 2010 à 94% en mai 2011».

 

Peut-être. Ce qu'on n'a pas encore bien compris, en revanche, c'est l'intérêt du système d'enregistrement appliqué depuis un petit temps, à Roissy comme ailleurs, par des compagnies aériennes comme Air France.

 

tourisme,transports,art de vivreAvant, les passagers ne faisaient qu'une fois la queue: pour accéder au comptoir qui, dans le même temps, à la fois prenait en charge leur bagage et délivrait la carte d'embarquement. A présent, on la fait deux fois, la queue. D'abord pour accéder à une borne électronique délivrant la carte d'embarquement. Ensuite pour déposer le bagage au comptoir ad hoc. Où donc est le progrès?

 

Air France aurait-elle eu des remarques de passagers mécontents? En tout cas, elle la ramène moins qu'avant, à propos de ce système d'enregistrement. Jusqu'à il y a peu, elle utilisait l'appellation «Dépose bagages minute». Ce qui est curieux, quand, vu la foule, on doit poireauter des dizaines de minutes pour effectivement déposer son bagage. A présent, a-t-on vu cet été, on ne parle plus à Roissy que de «Dépose bagages». Cela ne règle pas le problème, mais c'est déjà plus réaliste.

09/09/2011

Un retour

Après un mois de congé – passé évidemment trop vite –, retour à Paris et au boulot. Depuis quelques jours déjà, mais pas encore eu le temps de reprendre ce blog. On se promet de faire cela dès lundi matin.

En attendant, on espère que l'été vous a été agréable, en France, en Belgique ou ailleurs. Et on vous remercie pour votre patience et, déjà, pour votre fidélité à ce blog. A lundi. B.DL.