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25/10/2011

Une légèreté déplacée

Quelle mouche a piqué Frédéric Mitterrand? L'autre jour, au Sénat, le ministre de la Culture était interrogé sur une des pages les plus sombres de l'Histoire de Paris: le massacre – puisqu'il faut bien l'appeler ainsi – du 17 octobre 1961. Ce soir-là, des dizaines de sympathisants du FLN algérien, manifestant contre le couvre-feu qui leur était imposé, avaient été tués par les forces de l'ordre du préfet Maurice Papon: gazés, bastonnés, ratonnés donc, abattus à bout portant, jetés et noyés dans la Seine (*). Cinquante ans plus tard, devant le Parlement, Frédéric Mitterrand n'a rien de trouvé de mieux que d'aborder ce drame par le biais d'«une anecdote personnelle» qu'on trouve d'une insignifiance et d'un nombrilisme complètement déplacés.

 

«Chacun, ici, comme moi, a pu avoir un contact personnel avec cette période difficile et passionnelle de notre histoire», a-t-il ainsi brodé. «À 13 ans, je tournai dans un film, et tombai éperdument amoureux d'une actrice, jeune femme exquise et d'une qualité humaine et intellectuelle remarquables. Quelques jours plus tard, je vis sa photo en première page de France-Soir; elle venait d'être arrêtée, pour avoir été à la tête d'un réseau de porteurs de valises. Imaginez le choc pour l'adolescent que j'étais! Quelques mois plus tard, c'était le 17 octobre». Et d'en terminer sur le sujet en niant que ce massacre policier fasse toujours l'objet d'une chape de plomb en France: «Quand on voulait savoir ce qui s'était passé le 17 octobre, on le pouvait. Je l'ai toujours su. Il n'a jamais été impossible de consulter des documents. Aujourd'hui, toutes les archives sont ouvertes».

 

L'opposition en attendait bien plus. Attendait, au minimum, «des mots» plus appropriés. Puisque les plus hautes autorités de l'Etat, la semaine dernière, n'ont pas daigné assisté aux cérémonies de commémoration qui étaient organisées à Paris. Et puisque ce massacre, contrairement à ce que réclament des associations (ici), n'est toujours pas reconnu comme un «crime d'Etat». Mais non, rien: le Parlement n'a donc eu droit qu'aux émois de jeunesse d'un adolescent de l'époque et à la sentimentalité mièvre de l'adulte qu'il est aujourd'hui.

 

«Quelle lâcheté!», «Lamentable!», «C'est nul!», «Pitoyable», «Minable». Le compte-rendu de l'incident en fait foi: les sénateurs n'ont pas du tout apprécié cette légèreté ministérielle.

 

D'habitude, les invectives et les quolibets, en politique comme ailleurs, on n'aime pas du tout cela. Mais là, trouve-t-on, l'intéressé ne les a pas volés.

 

(*) Si vous voulez mieux connaître ces dramatiques événements parisiens du 17 octobre 1961, deux films sont sortis en salles, qui leur sont consacrés: voir ici.

Commentaires

Il a commence à travailler à 12 ans, sous le pseudo de Frédéric Robert, jouant le fils de Michèle Morgan,
dans le célèbre Fortunat (1960) d’Alex Joffé…
Et il n' a jamais dû s'en remettre !
Frédéric Mitterand est le seul de nos politiques qui fut acteur (certes, moins longtemps que Reagan…).

Comme son tonton, c’est un grand bosseur et il n’hésite pas à donner de son temps et de sa personne.
Emputant ses loisirs, courageusement, il vient de participer à un Diner Presque Parfait… pour lancer, depuis ses modestes bureaux de la rue de Valois, la Semaine de la Gastronomie.
Pour célébrer le repas à la française, promu au patrimoine de l’Unesco l’an dernier (comme le pain d’épice croate et le paradoxe Michoacàn mexicain), Mitterand junior avait concocté son menu de gastronome :

- potage froid aux petits pois et à la menthe,
- tajine,
- mousse au chocolat à la canelle.

Quand on fait tout ca !
On est capable de faire ceci...

Écrit par : Hipstagazine.com | 26/10/2011

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