31.10.2011
Une manifestation
On est tombé sur eux complètement par hasard. Samedi soir, dans le quartier de l’Opéra. On les a entendus avant de les voir, en fait: quand, couvrant les bruits du trafic et des rues bondées, ont résonné… des cantiques, puis des «Notre Père».
C’était une manifestation de catholiques traditionnalistes. Cela valait le coup d’œil. En tête du cortège, un prêtre en soutane brandissait un gigantesque crucifix en bois. Derrière la banderole de tête («La France est chrétienne et doit le rester»), quelques centaines de personnes – beaucoup de vieux, mais aussi beaucoup de très jeunes – scandaient des slogans tels «France, Jeunesse, Chrétienté!» ou «Christianophobie, ça suffit!». Et une forêt de bannières du Sacré cœur.
Depuis dix jours, au Théâtre de la Ville, place du Châtelet, ces catholiques traditionnalistes, chaque soir, perturbent les représentations d’un spectacle qu’ils jugent blasphématoire. Dans leur cortège, samedi, probablement figuraient aussi ces quelques jeunes qui, fin juin, avaient fait de la provoc’ à la Gay Pride: retranchés, sous forte protection policière, derrière les grilles de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, l'église des intégristes de Mgr Lefebvre, ils avaient hurlé, pendant toute l'après-midi, «Nous sommes tous des enfants d’hétéros!». Sans doute dans ce cortège trouvait-on aussi les organisateurs des fameux apéros géants saucisson-pinard qui défrayèrent la chronique, l’été dernier. Voire, qui sait, ces militants «identitaires» qui, ces derniers hivers, avaient mis sur pied une soupe populaire au lard – donc interdite de facto aux SDF de confession musulmane.
Leur manifestation de samedi a eu pas mal de retentissement médiatique. En revanche, c’est dans une indifférence assez générale que ces mêmes catholiques ultras, depuis quelques semaines, manifestent devant l’hôpital Tenon, dans le vingtième arrondissement de Paris. Pour protester contre la réouverture annoncée du centre IVG de cet hôpital, ils viennent, chaque dimanche matin, brandir des crucifix et des pancartes avec des slogans du style : «Maman, papa... ne me tuez pas!». Puis, ni une ni deux, s'agenouillent à même le trottoir et récitent des «Notre Père»…
A part cela, depuis quelques mois, les prières de rue sont interdites en France.
11:53 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : religion, activisme, folklore, paris
28.10.2011
Un double comique
Ils sont comiques, au PS. Hier, ce parti a fustigé l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy avant même qu'elle ait lieu: non sur le fond, mais sur sa forme. Car l'émission a été entièrement réalisée par une boîte de prod' privée. Engagée pour l'occasion par l'Elysée, c'est elle qui l'a conçue, scénarisée, filmée, puis vendue aux chaînes de télé qu'ils l'ont diffusée. Pour le PS, c'est d'autant moins acceptable que cette boîte de prod' est une filiale du groupe Lagardère, dirigé par un proche de Nicolas Sarkozy.
Ce qui est comique, c'est que François Hollande n'est pas loin... d'avoir fait pareil, dernièrement. C'était l'autre jour, dans notre onzième arrondissement de Paris. Il tenait son dernier meeting de campagne dans la salle de spectacles du "Bataclan". Ses communicants y ont interdit toute prise de vue filmée par les médias. C'est une société engagée par le candidat socialiste qui a assuré la captation et la réalisation des images du meeting, ainsi que sa retransmission exclusive en direct, par signal vidéo, aux médias couvrant l'événement. En 2007 déjà, lors de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy faisait pareil pour tous ses grands meetings, afin de contrôler au maximum son image.
Ils sont comiques, à l'UMP. Hier, l'intervention télévisuelle présidentielle a reçu son lot habituel de critiques pour son caractère extrêmement encadré par l'Elysée (qui choisit les journalistes-intervieweurs, etc.). Pour beaucoup, un tel cadenassage de ce programme par le pouvoir fait qu'il relève moins de l'information que de la communication, moins de l'interview que de la tribune.
Ce qui est comique, c'est que les communiqués de presse louangeurs envoyés par l'UMP après l'émission ont eux-mêmes, involontairement et donc si maladroitement, confirmé le caractère artificiel, voire fictif, de cette supposée confrontation entre chef d'Etat et journalistes. En effet, ces communiqués vantaient «l'allocution» de Nicolas Sarkozy. Un terme qui, comme on l'a vérifié ce matin au «Robert», renvoie à celui de «discours», dénué donc de la moindre contradiction...
12:19 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, médias, télévision, journalisme, communication, langue française
27.10.2011
Une mémoire courte
Par tradition et par nature, en France comme ailleurs, le langage diplomatique est la quintessence même de la mesure et de la délicatesse, ce qui en fait souvent de la langue de bois par excellence. Parfois, cependant, il y a des exceptions à cette règle séculaire. Ce fut le cas mardi à Paris, lors du briefing de presse quotidien du ministère des Affaires étrangères.
Un «film d’horreur». «Des morts, des gens emprisonnés par milliers, des enfants, des femmes, des vieillards qui sont tués». «Une répression de tous les instants». «Un quadrillage policier du pays tout à fait insupportable». Une «dérive meurtrière, mortifère». «Une situation absolument intolérable». Ces expressions ont été utilisées par le porte-parole du quai d'Orsay pour décrire la situation en Syrie. Dans la foulée, hier matin sur une radio, Alain Juppé s'est affolé d'«une des répressions les plus barbares» que l'on puisse redouter: «On torture des enfants, on tue des dizaines et des dizaines de manifestants pacifiques tous les jours», s'est insurgé le chef de la diplomatie française.
On peut se féliciter d'un langage diplomatique soudain aussi franc. Mais on a aussi le droit de ne pas avoir la mémoire courte.
On est donc autorisé à se souvenir qu'en juillet 2008, le même protagoniste syrien de ce «film d'horreur» avait été reçu avec tous les égards à Paris: il avait même été l'invité d'honneur du défilé militaire du 14 juillet. Ce jour-là, d'ailleurs, les forces de l'ordre avaient interpellé sans ménagement les manifestants «droits-de-l'hommistes» qui, devant l'ambassade de Syrie à Paris, protestaient contre un tel accueil fait à un tel tyran.
Autres temps, autres moeurs, comme dit l'adage.
11:07 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : international, gouvernement, personnalités, juppé
26.10.2011
Un contraste médiatique
C'est le contraste médiatique de la semaine. Et il illustre une fois de plus le grandissant hiatus qui existe dans le secteur de la presse écrite – en France mais aussi dans d'autres pays – : hiatus entre une presse quotidienne qui, de plus en plus, boit le bouillon et une presse magazine qui, elle, se porte plutôt mieux.
Cette semaine donc, il y a d'un côté «Les Inrocks». Qui, ce mercredi, fête en grandes pompes son 25ème anniversaire. C'est incontestablement une belle réussite dans le marché, disons, de la presse périodique culturelle bobo urbaine branchée (pour faire court). Un marché où l'on a déjà connu tant d'échecs retentissants ces dernières années – voir, pour ne prendre que ce seul exemple, le sort qui fut celui du défunt «Zurban».
Et, d'un autre côté, deux jours plus tôt, on a eu cette opération coup de poing qui a été menée lundi matin à Paris par certaines sections du syndicat CGT de la presse. Quelque 15.000 exemplaires de quotidiens ont été déversés sur la chaussée, devant le siège du patronat de la presse quotidienne nationale, rue La Fayette. L'objectif était de protester contre les plans de licenciement ou de restructuration qui touchent nombre d'organes de presse écrite, en ce moment: «Le Parisien», «La Tribune», les journaux régionaux du groupe Le Midi ou «France Soir» surtout – qui, bientôt, ne paraîtra plus dans sa forme papier et sera diffusé exclusivement sur le net. «Cette action est symbolique, car on veut mettre le papier à la rue comme à «France Soir» et à «La Tribune»! C'est un gâchis!», fulminait un syndicaliste, lundi.
Dernièrement, au Parlement, Frédéric Mitterrand, encore lui, était invité par des députés de l'opposition à se bouger un peu plus pour préserver le pluralisme et la diversité de la presse écrite. «Le paysage de la presse française ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui» sans l'action du gouvernement, a rétorqué, piqué au vif, le ministre de la Communication. Pour qui «aucun gouvernement ne fait autant pour la presse que celui-ci!»
Au vu du nombre de plans de réduction de l'emploi qui sont à l'oeuvre ou sont envisagés dans ce secteur, les résultats de cet activisme gouvernemental allégué n'ont pas l'air d'être au rendez-vous – pas complètement, en tout cas.
11:28 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : economie, social, presse, médias, gouvernement, personnalités, mitterrand
25.10.2011
Une légèreté déplacée
Quelle mouche a piqué Frédéric Mitterrand? L'autre jour, au Sénat, le ministre de la Culture était interrogé sur une des pages les plus sombres de l'Histoire de Paris: le massacre – puisqu'il faut bien l'appeler ainsi – du 17 octobre 1961. Ce soir-là, des dizaines de sympathisants du FLN algérien, manifestant contre le couvre-feu qui leur était imposé, avaient été tués par les forces de l'ordre du préfet Maurice Papon: gazés, bastonnés, ratonnés donc, abattus à bout portant, jetés et noyés dans la Seine (*). Cinquante ans plus tard, devant le Parlement, Frédéric Mitterrand n'a rien de trouvé de mieux que d'aborder ce drame par le biais d'«une anecdote personnelle» qu'on trouve d'une insignifiance et d'un nombrilisme complètement déplacés.
«Chacun, ici, comme moi, a pu avoir un contact personnel avec cette période difficile et passionnelle de notre histoire», a-t-il ainsi brodé. «À 13 ans, je tournai dans un film, et tombai éperdument amoureux d'une actrice, jeune femme exquise et d'une qualité humaine et intellectuelle remarquables. Quelques jours plus tard, je vis sa photo en première page de France-Soir; elle venait d'être arrêtée, pour avoir été à la tête d'un réseau de porteurs de valises. Imaginez le choc pour l'adolescent que j'étais! Quelques mois plus tard, c'était le 17 octobre». Et d'en terminer sur le sujet en niant que ce massacre policier fasse toujours l'objet d'une chape de plomb en France: «Quand on voulait savoir ce qui s'était passé le 17 octobre, on le pouvait. Je l'ai toujours su. Il n'a jamais été impossible de consulter des documents. Aujourd'hui, toutes les archives sont ouvertes».
L'opposition en attendait bien plus. Attendait, au minimum, «des mots» plus appropriés. Puisque les plus hautes autorités de l'Etat, la semaine dernière, n'ont pas daigné assisté aux cérémonies de commémoration qui étaient organisées à Paris. Et puisque ce massacre, contrairement à ce que réclament des associations (ici), n'est toujours pas reconnu comme un «crime d'Etat». Mais non, rien: le Parlement n'a donc eu droit qu'aux émois de jeunesse d'un adolescent de l'époque et à la sentimentalité mièvre de l'adulte qu'il est aujourd'hui.
«Quelle lâcheté!», «Lamentable!», «C'est nul!», «Pitoyable», «Minable». Le compte-rendu de l'incident en fait foi: les sénateurs n'ont pas du tout apprécié cette légèreté ministérielle.
D'habitude, les invectives et les quolibets, en politique comme ailleurs, on n'aime pas du tout cela. Mais là, trouve-t-on, l'intéressé ne les a pas volés.
(*) Si vous voulez mieux connaître ces dramatiques événements parisiens du 17 octobre 1961, deux films sont sortis en salles, qui leur sont consacrés: voir ici.
11:07 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, histoire, personnalités, gouvernement, mitterrand
24.10.2011
Un comble (encore)
Pendant toute leur campagne des primaires, les présidentiables socialistes n'ont eu de cesse de railler Nicolas Sarkozy sur sa grande promesse de «République irréprochable», qu'il avait faite en 2007. Car, selon le PS, cinq ans plus tard en guise de République exemplaire, en haut lieu en France c'est le règne de l'argent facile, du copinage, des réseaux opaques et de l'impunité à tous les étages. Bref: «un système corrompu», comme l'a répété à l'envi Ségolène Royal – avec ce grand sens de la nuance qui l'a toujours caractérisée.
A cet égard, mentionnons le comportement irréprochable qu'a eu ce week-end, une semaine donc après l'issue des primaires, un des hiérarques de ce PS pour qui les dirigeants du pays ont un «devoir d'exemplarité».
Il s'appelle Jean-Paul Huchon. C'est le président socialiste de la Région Ile de France: ex-strauss-kahnien de choc ayant rallié Martine Aubry. Dimanche après-midi, sur l'autoroute A13 en direction de Paris, il circulait au volant d'une grosse Saab, véhicule de fonction du Conseil régional. Les gendarmes l'ont contrôlé. Résultat: il roulait à 171 km/h, au lieu des 130 km/h autorisés. Son permis de conduire lui a été confisqué sur le champ.
Encore bravo.
11:16 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, police, transports, sécurité
21.10.2011
Une collision déconcertante
Difficile d’achever la semaine, dans ce blog, sans évoquer ce qui fut l'événement, dans notre quartier du onzième arrondissement. A savoir? Une... prise d'otages. Lundi midi, à deux pas du bureau: dans les locaux de l'agence pour l'emploi. Heureusement, elle s'acheva sans effusion de sang (voir ici).
Il n'empêche, pendant plusieurs heures, tout le quartier a été complètement bouclé par les forces de l'ordre. Et les embarras ont perduré pendant deux jours, pour les riverains. En effet, ladite agence de Pôle Emploi est restée fermée. Son personnel a exercé son droit de retrait, furieux qu'y compris après un tel événement, leur direction «continue de prendre à la légère la dégradation des conditions de travail». Une dégradation qui serait due à «des effectifs largement insuffisants» et qui se répercuterait «sur la qualité du service rendu aux usagers». D'où, d'après pas mal de témoignages, de fréquentes tensions entre usagers et fonctionnaires, dans cette administration.
Pendant deux jours, donc, les chômeurs du quartier ont trouvé porte close. A la vue de la mine que tiraient certains qu'on a croisés devant le volet métallique baissé, cela leur était vraiment pénible, en termes par exemple de délai d'attente avant de toucher une allocation.
Tout cela, vu de l'extérieur, donnait l'impression d'une déconcertante collision entre deux droits très légitimes. Le droit des usagers du service public d'exiger de l'administration un fonctionnement correct et efficace. Et le droit du personnel de cesser le travail quand il juge que ne sont plus réunies les conditions élémentaires de sa sécurité.
Selon une étude publiée en avril dernier par l'Inspection générale des finances, le service public de l'emploi en France est «moins doté en effectifs» que ses homologues allemand et britannique. Pour s'occuper de 10.000 chômeurs, l'Allemagne mobilise 420 fonctionnaires, le Royaume-Uni 221, et la France seulement 215. Et cette «large sous-dotation» en personnel aurait empiré avec la crise, qui a grossi le public de Pôle Emploi. Au point que, dans certaines de ses antennes locales, chaque agent devrait désormais gérer à lui tout seul rien moins que 110 demandeurs d'emploi.
14:14 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : administration, social, sécurité, paris
20.10.2011
Un comble
Cela vaut bien la peine que les petites mains du service de presse de la préfecture de police de Paris se décarcassent: envoient à longueur de journées des communiqués se félicitant de la diminution supposée de la délinquance dans la Ville lumière. Hier, tous ces beaux efforts de com' ont été largement assombris par l'annonce de la mésaventure survenue au grand patron de la pref' en personne.
Samedi, en effet, le préfet de police de Paris lui-même, Michel Gaudin, s'est fait voler son portable. Il s'apprêtait à prendre un train en gare de Paris-Lyon. Des pickpockets lui ont subtilisé son smartphone, après avoir détourné son attention en faisant mine de lui faire signer une pétition. En août dernier, déjà, à Paris toujours, un autre grand flic de la Sarkozie avait été victime de malandrins: le coordinateur national du Renseignement, Ange Mancini, s'était fait piquer son portable en terrasse d'un restaurant du huitième arrondissement.
Mais à part cela, tout va bien. Hier encore, la préfecture a annoncé triomphalement que, dans la capitale, «les violences contre les personnes ont diminué sur les neuf premiers mois de l'année 2011, avec une baisse de 7,6% par rapport à la période correspondante en 2010. Ces chiffres s'inscrivent dans le cadre d'une baisse de 2% des infractions constatées à Paris sur cette même période en 2011 par rapport à 2010 (173.435 infractions constatées contre 176.848)».
11:13 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, police, sécurité, personnalités
19.10.2011
Une «insistance»
Guilad Shalit désormais libre, il reste encore un Français binational détenu dans cette région: le Franco-Palestinien Salah Hamouri. Ce jeune homme de 26 ans est emprisonné en Israël depuis 2005, après sa condamnation pour une tentative d'assassinat – qu'il a toujours niée – contre un rabbin. Hier soir, dans une interview notamment à Radio J, la radio de la communauté juive de France, Nicolas Sarkozy a dit son espoir qu'il fasse partie de la deuxième vague de prisonniers palestiniens qui seront bientôt libérés, dans le cadre de l'accord passé entre Israël et le Hamas. «Nous l'avons demandé avec insistance» aux Israéliens, a assuré le chef de l'Etat, car «comme tout citoyen français», ce jeune homme «a le droit à la protection et à l'attention du gouvernement» français.
Que Nicolas Sarkozy ait pris soin de mentionner ce cas s'explique par le fait que, dans la mouvance pro-palestinienne, on l'a toujours accusé de pratiquer le deux poids, deux mesures: de s'être beaucoup bougé pour Guilad Shalit, mais de ne s'être jamais soucié de Salah Hamouri.
Tant à l'Elysée qu'au quai d'Orsay, on a toujours catégoriquement réfuté une telle différence de traitement. Pas plus tard que la semaine dernière, le porte-parole des Affaires étrangères avait encore insisté: «A de nombreuses reprises, la France a demandé aux autorités israéliennes la libération anticipée de Salah Hamouri. Nous continuerons de faire passer ce message. Je rappelle qu'Alain Juppé avait rencontré les parents de Salah Hamouri lors de son déplacement en Israël, en juin dernier».
Il n'empêche, Paris n'a jamais caché qu'à ses yeux, il n'y avait «pas lieu de faire un parallèle» entre les situations endurées par ces deux jeunes gens.
Entre Salah Hamouri qui, «depuis son incarcération, reçoit, dans le cadre de la protection consulaire, des visites régulières des agents consulaires français», et qui fait donc «l'objet d'un suivi constant de la part des autorités politiques et diplomatiques». Et Guilad Shalit, qui, lui, était détenu dans un endroit inconnu de tous, auquel même la Croix-Rouge internationale n'avait pas accès. «Toutes les règles du droit international» ayant, dans son cas, été violées, les Affaires étrangères ont toujours estimé qu'il s'agissait «d'une situation différente, et oh combien dramatique».
PS: Actualisation, quelques heures plus tard. Pour le coup, Nicolas Sarkozy aurait-il mieux fait, hier soir, de... se taire? Son "insistance" à ce que Salah Hamouri figure parmi les prochains Palestiniens libérés par Israël relève-t-elle en fait... de la grosse bourde?
C'est ce que pense le comité de soutien du jeune Franco-Palestinien (lire et écouter ici).
Comité qui voit là l'illustration du grand désintérêt qu'auraient toujours eu les autorités pour ce dossier. Dossier que le ministre de la Défense, ce matin, a avoué benoîtement... ne même pas connaître.
12:07 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : international, sarkozy
18.10.2011
Une différence de traitement
Le jeune Franco-Israélien Guilad Shalit a recouvré la liberté, ce matin. Le Hamas le détenait dans la bande de Gaza depuis le 25 juin 2006: jour où un commando palestinien l'avait fait prisonnier lors d'une incursion dans le sud d'Israël – où le jeune homme effectuait son service militaire, dans l'armée israélienne.
Si on en parle ici, c'est parce que, pendant sa détention, Guilad Shalit a fait, en France, l'objet d'une différence de traitement par rapport aux autres Français (ou Français de double nationalité) détenus contre leur gré. Et parce que cette discrimination était très perceptible à Paris notamment, en particulier dans notre onzième arrondissement.
Ainsi, chaque année aux alentours du 25 juin, la mairie du onzième apposait sur sa façade une grande banderole réclamant la «liberté» pour cet «otage». Mais, quelques jours après cette date-anniversaire, cette banderole était invariablement enlevée. Jusqu'au 25 juin suivant. En revanche, au même moment à Paris ou ailleurs, les portraits géants d'autres otages français (la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, les deux journalistes de France 3 détenus par les Talibans, etc.) étaient, eux, affichés en permanence dans les rues ou sur des édifices publics.
Pourquoi cette différence de traitement?
Parce que, pour dire les choses comme elles sont, une bonne part de l'opinion publique mondiale et française, donc de l'opinion parisienne sans doute aussi, n'a jamais considéré le jeune Franco-Israélien comme un otage à proprement parler. Mais comme un prisonnier de guerre. Voire comme le symbole de la résistance palestinienne à la politique territoriale d'Israël. Du coup, jugeaient sans doute des mairies comme celle du onzième, il était politiquement trop délicat, vis à vis de cette opinion, de rappeler en permanence, à longueur de journées, de saisons et d'années, quel était le triste sort subi par ce jeune homme.
Cette différence de traitement méritait, selon nous, d'être rappelée aujourd'hui. Jour où des tas de personnalités et d'institutions en France vont, dans leurs communiqués se félicitant de cette libération, en profiter pour rappeler combien elles s'étaient mobilisées pour cette cause. Et complètement passer sous silence le fait que, bien souvent, et en particulier dans notre onzième arrondissement, cette mobilisation était incomplète. Comme embarrassée. Voire honteuse.
11:31 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : international, paris



