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30/11/2011

Un lapsus (caviardé)

C'était hier après-midi à l'Assemblée nationale. Et c'était un merveilleux lapsus: autrement plus sensible politiquement que ce dérapage inflationniste de Rachida Dati qui, il y a quelques mois, suscita tant de rires gras. Ce lapsus, il a été commis par le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant – qui était visiblement plus touché qu'il ne l'affichait par les attaques socialistes sur son bilan, objectivement très mitigé, en matière de lutte contre l'insécurité.

«Monsieur le député, je ne sais pas dans quel domaine vous excellez le plus: est-ce celui de la prestidigitation ou bien celui de la mystification?» C'était le début de sa contre-attaque au député socialiste Manuel Valls. Deuxième salve: «Une fois de plus, vous essayez de nous démontrer que le bilan du gouvernement depuis 2002 est un échec et que votre échec a été un succès!» Jusque là, rien à redire. Mais, dans la phrase suivante, une lettre a suffit pour que le ministre soudain s'empêtre: «Eh bien moi, je vous répète – une fois de plus, puisque manifestement vous n’entendez pas les arguments et ne voulez pas voir la vérité – que depuis 2002, chaque année, la délinquance a recruté, alors que, sous la gauche, elle a explosé, progressant de 17%!»

«Recruté», donc. Au lieu de «reculé».

Hier soir, les télévisions se sont fait un plaisir de diffuser en boucle cette bourde. Qui, bien sûr, n'apparaît nullement dans le compte-rendu officiel de l'altercation: les petites mains du service de l'Assemblée chargé de la retranscription des débats ont corrigé les propos ministériels, et caviardé le lapsus.

L'histoire ne dit pas si ces scribes ont fait la rectification d'initiative, sur ordre du Président (UMP) de l'Assemblée et/ou sur injonction de l'entourage du ministre.

29/11/2011

Un «profond sentiment d'injustice»

tourisme,international,transports,gouvernement,art de vivreCe mardi, le gouvernement divulgue les résultats du premier «Baromètre international sur les points forts et points faibles de l’accueil des touristes en France». Un sujet important, ce pays restant, bon an mal an, la première destination touristique mondiale. Pour l'occasion, le ministre ad hoc organise ce matin un grand raout médiatique dans les salons de... Roissy. Cet aéroport qui, une enquête de satisfaction internationale après l'autre (relire ici ou ), n'en finit plus de se faire descendre en flammes.

Tout récemment encore, Roissy-CDG s'est vu décerner le titre d'«aéroport le plus détesté au monde». Cette distinction lui a été octroyée par une étude pour CNN. Si les aéroports de Los Angeles et de Londres Heathrow ne font guère mieux que lui, le premier aéroport parisien est sanctionné notamment pour la saleté de ses toilettes, la médiocrité de ses restaurants ou le manque de clarté de sa signalétique. Est également épinglé le caractère pas rarement «dédaigneux» qui serait celui de son personnel..

Aéroports de Paris (ADP), la société qui exploite Roissy et Orly, n'a pas officiellement communiqué sur cette distinction. Tout au plus une de ses porte-parole a-t-elle lâché, dans l'un ou l'autre média, que ce titre si peu enviable suscitait un «profond sentiment d'injustice» parmi le personnel d'ADP. Et d'ajouter: «Nous travaillons beaucoup pour nous améliorer».

ADP investit même aussi beaucoup, dans ce domaine. Dans les cinq ans à venir, elle consacrera un milliard d'euros à l'amélioration des installations de Roissy.

Ce chiffre, cela dit, peut prêter à deux lectures. Côté pile: il montre qu'en effet, les choses bougent. Côté face: l'ampleur de ce budget confirme à elle seule combien il y a du pain sur la planche, à Roissy-CDG, en matière de modernisation. Ce qui, finalement, n'est pas anormal, s'agissant d'un aéroport qui à la fois n'est plus tout jeune (1974) et qui, année après année, est de plus en plus sollicité (60 millions de passagers l'an dernier).

28/11/2011

Un indicateur, si révélateur

Si d'aventure d'aucuns doutaient encore de la précarisation grandissante de toute une partie de la France – sans doute ne mettent-ils jamais le nez dehors... –, cet indicateur que l'actualité du jour vient nous apporter. Il s'agit d'un pourcentage. Et il concerne l'activité des Restos du Coeur, dont la 27ème campagne d'hiver débute ce lundi.

L'association caritative fondée par Coluche fait état de «25 % de personnes accueillies en plus au cours des trois dernières années». Rien que l'an dernier, ses 60.000 bénévoles ont distribué 109 millions de repas, à plus de 860.000 personnes – soit à 20.000 bénéficiaires de plus qu'un an auparavant. Et il ne fait guère de doutes qu'à la fin de cet hiver 2011-2012, l'association aura, une fois de plus, explosé tous ses records en termes de personnes aidées.

Pareils chiffres relativisent, pour le moins, le bilan des politiques sociales en vigueur. Lorsqu'on les interroge sur cet indicateur, si révélateur, que constitue le succès croissant remporté année après année par les Restos du Coeur, les responsables de la majorité ont l'habitude de botter en touche. Ils assurent que, dans les pays voisins, les associations analogues sont tout autant débordées, la paupérisation galopante n'étant pas l'apanage de la seule France.

Comme si un tel argument rendait le constat moins révoltant.

25/11/2011

«Une hausse très significative»

femmes,sécurité,policeCe vendredi, comme chaque 25 novembre, c'est la «Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes». A Paris, il n'y a pas si longtemps, femmes et hommes ont manifesté contre cette plaie (relire ici) – qui nous a déjà pas mal (pré)occupé dans ce blog (relire ici ou, par exemple).

Si on a choisi d'y revenir à nouveau aujourd'hui, c'est parce que viennent de sortir des chiffres assez mauvais en la matière. Ils confirment qu'en France, la violence envers les femmes ne recule pas, en tout cas ne recule pas fondamentalement. Alors que les autorités avaient désigné cette lutte comme étant la Grande Cause nationale de l'année 2010.

Selon la dernière enquête de victimation que vient de sortir l'Observatoire national de la délinquance, le nombre de vols (ou tentatives) avec violences ou menaces perpétrés contre les femmes a connu «une hausse très significative» en 2010. Une année au cours de laquelle 145.000 femmes en ont été victimes. Principales cibles des agresseurs de femmes: les adolescentes et les personnes âgées.

En ce qui concerne les violences sexuelles faites aux femmes, le constat est mitigé. Globalement, les taux des violences de ce type commises en dehors ou dans le cadre du ménage sont en baisse, «de façon significative, voire très significative» même. C'est sans doute le résultat des nombreuses campagnes de sensibilisation et de prévention du grand public, à la télévision notamment. Mais trois facteurs empêchent de se réjouir de ce chiffre pas trop mauvais.

D'abord, au total, la violence au sein du ménage frappe tout de même encore 560.000 femmes chaque année, ce qui n'est pas rien. Ensuite, la baisse «significative» des violences de ce type «concerne de façon très limitée les actes dont l’auteur est le conjoint». En la matière, le taux n'est passé que de 1,3% à 1,2%; c'est donc moins une amélioration qu'une stagnation. Enfin, ici encore, le chiffre total n'a rien de dérisoire. Puisqu'«on estime à près de 260.000 le nombre de femmes de 18 à 75 ans victimes de violences physiques ou sexuelles de la part du conjoint», en 2009 ou 2010.

femmes,sécurité,policeComme le disent et le répètent les campagnes de sensibilisation, dans l'Hexagone, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint. L'an dernier, 146 décès de ce type ont encore été déplorés.

Pas sûr qu'une Journée internationale soit à même d'endiguer ce fléau. Mais au moins donne-t-elle l'occasion d'une fois de plus évoquer le problème, notamment dans les médias. Ce qui, sans doute, ne peut pas faire de mal.

24/11/2011

Une croisade, une condamnation

Revenons sur le terrain strictement parigot-parisien. Pour relever que la France compte désormais un ex-Garde des Sceaux... condamné en justice. Comme elle avait déjà un ministre de l'Intérieur ayant connu le même sort (Brice Hortefeux, reconnu coupable d'injure raciale).

Cette fois, c'est de Rachida Dati dont il s'agit. Il y a quelques jours, l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, par ailleurs député européen et maire du septième arrondissement parisien, a été reconnue coupable de diffamation. Elle a été condamnée à une amende (avec sursis) de 2000€ et au paiement de 7000€ de dommages et intérêts et de frais de justice.

C'est le couple Clara et Marek Halter (elle artiste, lui écrivain bien connus) qui est à l'origine de ce camouflet judiciaire. En cause, le "Mur de la Paix", qu'ils ont créé sur le Champ de Mars à l'occasion des festivités pour le passage à l'an 2000. Dû au grand architecte Jean-Michel Wilmotte, inspiré librement du Mur des Lamentations de Jérusalem, il est constitué de douze panneaux de verre déclinant le mot "Paix" en 32 langues et 13 alphabets différents. Des messages peuvent être glissés dans des interstices ménagés entre les panneaux.

Rachida Dati déteste cette oeuvre. Elle a même lancé une pétition contre elle. Elle juge illégal le maintien de ce monument qui, à l'origine, n'était que temporaire. Et considère qu'il obstrue la perspective, classée, qui va de l'Ecole militaire jusqu'à la Tour Eiffel.

Dans sa croisade contre ce Mur, l'ex-ministre de la Justice a publiquement accusé les époux Halter de «méthodes et déclarations mensongères», et leur a reproché de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». A la suite de ses propos, les dégradations infligées au site (graffitis antisémites, etc.) ont redoublé.

En riposte à cette campagne, a vu le jour une association pour la pérennisation de l'installation. Elle regroupe quantité de personnalités du monde artistique (Anouk Aimée, Daniel Mesguich, Marie-Christine Barrault, etc.), intellectuel (Edgar Morin, Philippe Sollers, Julia Kristeva, etc.) ou politique, de gauche (comme Martine Aubry ou Lionel Jospin) et de droite (comme Jean-François Copé, les ministres Bachelot et Bertrand, ou l'ex-Premier ministre Raffarin). Tous prônent le maintien ad vitam, au Champ de Mars, de cet «hymne à la vie, dédié à un mot universel et chaque jour plus nécessaire», d'autant qu'il s'agit là «de l'unique monument pour la paix, dans un pays où abondent les monuments aux victimes des guerres».

Mais Rachida Dati n'est pas du genre à se laisser faire. Elle n'en démord pas. Dès qu'il est tombé, elle a donc fait appel du jugement la condamnant, que son avocat a qualifié de «jugement invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit».

Dès lors, le débat va continuer de faire rage. A Paris, on n'a pas fini de s'énerver sur le sujet, dans les beaux quartiers.

23/11/2011

Un hommage (doublement) laborieux

personnalités,parti socialiste,sarkozy,umpToujours à propos du décès de Danielle Mitterrand, on a beaucoup ri mardi à Paris, dans le microcosme médiatico-politique. Ri d'une grosse bévue commise par l'Elysée.

En effet, dans la dizaine de lignes que contenait le communiqué d'hommage de Nicolas Sarkozy à la défunte, figuraient... une demi-douzaine de fautes d'orthographe ou de syntaxe. Depuis, le texte officiel (ici) a été corrigé. Reste la leçon que l'on peut tirer de cet incident: soit Nicolas Sarkozy ne relit pas, avant leur envoi, les communiqués censés porter sa parole (qui sont évidemment rédigés par des petites mains), soit il les relit, mais alors il maîtrise assez imparfaitement la langue française.

Autre curiosité du jour: l'UMP a mis une dizaine d'heures avant de rendre hommage à la défunte. Il a fallu attendre 19 heures pour que tombe le communiqué du parti présidentiel. Son n°1, Jean-François Copé, y saluait «une femme qui a porté, avec dignité et courage, de nombreux combats tout au long de sa vie», une «figure de la Vème République et du militantisme» – dont, néanmoins, l'«intransigeance» était soulignée.

Un délai de réaction dû à une surcharge de travail ou à une désorganisation du grand parti sarkozyste? C'est oublier le fait que l'UMP dispose d'une réelle force de frappe médiatique. Quand il le veut, il se débrouille parfaitement pour inonder de sa prose les boîtes électroniques des journalistes – chaque jour et à longueur de journées, en fait. Plus vraisemblablement, l'UMP hier matin n'avait pas prévu de saluer publiquement cette personnalité qui, il est vrai, lui était si diamétralement opposée. Mais il s'est ravisé en fin de journée, soucieux sans doute de ne pas être en total décalage avec l'afflux d'innombrables hommages rendus à la défunte – y compris à droite, Bernadette Chirac par exemple.

Dès lors, les louanges sarkozystes de Danielle Mitterrand sont très vraisemblablement opportunistes. Voire carrément hypocrites.

Mais sans doute est-ce de bonne guerre.

22/11/2011

Une forte tête

La France stupéfaite depuis ce matin, depuis l'annonce de la mort de Danielle Mitterrand. Certes, elle avait été hospitalisée en urgence vendredi, puis placée dans le coma artificiel ce week-end. Mais il y a moins d'un mois, fin octobre, la veuve du Président Mitterrand (1981-1995) était encore apparue en public et avait donné une interview.

«Il y a quinze ans, je fusillais déjà le capitalisme», y avait-elle notamment rappelé, amusée. Se souvenant également, sur un ton malicieux, que, lorsqu'elle était à l'Elysée, du fait de son activisme très tranché en faveur des droits de l'homme, elle s'était «souvent retrouvée en contradiction avec la diplomatie officielle» de son mari.

Elle détestait l'expression «Première Dame». «Avant d'être femme de, j'ai été fille de. Et puis, François ne parlait pas de moi en disant ma femme... », disait-elle. Pareillement, elle avait en horreur le rôle traditionnellement dévolu en France à l'épouse du chef de l'Etat: bonne conscience caritative ou faire-valoir qu'on exhibe. «A partir du moment où vous devenez Première Dame en France, on vous met dans un vêtement. Vite fait. Vite dit. Léger».

Nicolas Sarkozy, ce matin, a rendu hommage au «parcours exemplaire d’une femme qui n’abdiqua jamais ses valeurs et poursuivit jusqu’au bout de ses forces les combats qu’elle jugeait justes». Pour la petite histoire, dans sa dernière interview, Danielle Mitterrand l'avait étrillé (ainsi que son prédécesseur à l'Elysée, Jacques Chirac), pour avoir successivement réduit puis supprimé les subventions de l'Etat à sa fondation, «France Libertés». De même, les leaders socialistes, qui, depuis ce matin, réagissent en boucle à ce décès se gardent bien de rappeler que, ces dernières années, le veuve de leur leader historique avait pris quelques distances avec le parti à la rose.

Samedi, comme dans un dernier signe de farouche indépendance, Danielle Mitterrand, conformément à son souhait, ne sera pas inhumée au cimetière de Jarnac, aux côtés de son illustre époux, mais à Cluny, là où repose le reste de sa famille.

21/11/2011

Un campement

logement,social,pauvreté,etrangers,activisme,parisSamedi soir, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, a été démonté un campement de tentes qu'avait installé, trois jours plus tôt, la Fondation Abbé Pierre. Ces tentes militaires étaient les mêmes que celles que l'abbé avait montées à Paris pendant l'hiver 1954, afin, déjà, de protéger des sans-abri et d'interpeller le pouvoir politique. Près de soixante ans plus tard, l'opération visait, encore et toujours, à mobiliser l'opinion sur le logement et la situation des plus démunis – en vue cette fois de la présidentielle de 2012.

«82% des Français considèrent qu’il est difficile de trouver un logement. Un sur cinq déclare avoir des difficultés à faire face au paiement de son loyer ou au remboursement de son emprunt immobilier. 69% des Français jugent que l’action des pouvoirs publics n’est pas satisfaisante pour résoudre ces difficultés», a rappelé la Fondation. Pour qui, «à quelques mois des élections présidentielles et législatives, il faut agir!» Le texte de sa «Mobilisation générale pour le logement» préconise notamment la taxation voire la réquisition des logements vacants,ou l'encadrement des loyers comme celui des des plus-values immobilières.

Ces derniers jours, les médias, locaux en tout cas, ont accordé un peu d'attention à cette manifestation devant l'Hôtel de ville. En revanche, c'est dans une indifférence générale que, place de la Bastille, depuis plusieurs semaines maintenant, quelques familles – Rom, semble-t-il – ont établi un petit campement, lui de fortune.

On est tombé en arrêt devant cela plusieurs soirs de suite dernièrement, après avoir pris le dernier métro pour rentrer à la maison et avoir quitté la station 'Bastille' par la sortie débouchant sur la rue de la Roquette. Il y a avait là des hommes, des femmes, des adolescents et même des enfants. Regroupés sur des matelas ou recroquevillés dans une cabine téléphonique, ils entamaient leur nuit.

logement,social,pauvreté,etrangers,activisme,parisAutour d'eux, la vie parisienne se poursuivait le plus normalement du monde. Les terrasses des bars étaient bondées de clients occupés à siroter des consommations bien chères, des clochards faisaient la quête, des copains se donnaient rendez-vous à la sortie du métro, des gens sortaient de la représentation de l'Opéra, des jeunes fêtards avinés braillaient, des danseurs de capoeira se donnaient en spectacle, etc.

Et, dans le même temps donc, à quelques mètres à peine, à leurs pieds pour ainsi dire, nos naufragés du logement tentaient, vaille que vaille, de trouver le sommeil dans l'agitation festive ambiante. Cette cohabitation indolente entre leur infortune et la poursuite routinière de la vie de quartier avait quelque chose de choquant.

Selon la Fondation Abbé Pierre, en France – cinquième puissance économique mondiale, comme chacun sait –, près de 10 millions de gens «sont touchés de près ou de loin par la crise du logement», dont «3,6 millions de personnes (qui sont) non ou mal logées».

18/11/2011

Une (autre) apathie agaçante

Pour en finir, à ce stade, avec cette censure – puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom – du film «L'Ordre et la Morale» en Nouvelle-Calédonie, censure commerciale en tout cas, soulignons tout de même que Frédéric Mitterrand n'a pas été le seul à s'illustrer par sa mollesse.

Ainsi, on attend toujours la réaction des associations de défense de la création artistique (comme celle-ci), d'habitude très promptes à monter au créneau. Sans doute est-il plus consensuel, en ce moment en France, de dénoncer les catholiques traditionalistes qui font du grabuge devant les théâtres où se jouent des pièces qu'ils  jugent blasphématoires.

L'opposition ne s'est pas davantage bougée sur le sujet. Cela fait des semaines qu'au Parlement par exemple, elle aurait pu ne serait-ce que demander au ministre de la Culture son avis sur les obstacles mis à la distribution de ce film dans l'archipel. Mais non: rien. Pas la moindre allusion à cette affaire aux dernières séances d'interpellation du gouvernement sur l'actualité, ni à l'Assemblée, ni au Sénat – séances où, pourtant, ont eut tout le temps d'évoquer des sujets a priori plus anodins.

Le PS lui-même a attendu mercredi, jour de la sortie du film en salles, pour se fendre d'un rapide communiqué. Il y prié la ministre de l'Outre-mer de «veiller» à ce que les Néo-Calédoniens puissent voir «L'Ordre et la Morale», au moins pour qu'ils puissent «débattre et se faire une opinion» sur ce qui fut un événement marquant de leur histoire contemporaine.

A noter que le PS prit bien soin de préciser que, dans ce communiqué, il n'exprimait pas le moindre avis «sur la thèse soulevée par le film, ni sur le traitement par celui-ci des responsabilités des différents acteurs des événements». Et pour cause. Il n'y a pas que la droite qui a de quoi être embarrassée par cette évocation cinématographique du drame d'Ouvéa. A l'époque, c'était certes Jacques Chirac qui était à Matignon, mais c'était François Mitterrand qui était à l'Elysée.

Cette gêne assez généralisée de la classe politique, à droite comme à gauche, à l'égard des faits relatés dans ce film explique d'ailleurs probablement – évidemment? – le peu de bruit fait par sa censure commerciale.

17/11/2011

Une apathie agaçante

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrandMais à quoi donc Frédéric Mitterrand occupe-t-il ses journées? Il y a de quoi être passablement agacé, à propos du ministre de la Culture – une fois de plus (relire ici, ou ).

Depuis hier, dans un territoire entier de France, un film de cinéma n'est pas diffusé dans le circuit commercial. Il est visible partout ailleurs dans le pays, mais là pas. Cela fait suite à la décision prise par le seul et unique exploitant de salles de l'endroit. On savait depuis des semaines que cela allait arriver. Mais, à moins que cela nous ait échappé, le ministre s'est tu dans toutes les langues sur ce dossier. Et, que l'on sache, n'a pas bougé le plus petit doigt pour éviter qu'on en arrive là.

On veut bien sûr parler du dernier film du réalisateur et acteur français Mathieu Kassovitz: «L'Ordre et la Morale». Très controversé, il revient sur un épisode dramatique de l'histoire de l'outre-mer français: le drame d'Ouvéa (*), en Nouvelle-Calédonie. Le seul cinéma de Nouméa a décidé de ne pas le mettre à l'affiche, son propriétaire le jugeant trop polémique. Du coup, les habitants de l'archipel en sont quittes pour le voir dans des conditions artisanales: dans des médiathèques, des salles de spectacle, en tribu, etc.

Imaginons l'un ou l'autre cas de figure hypothétiques: certes peu vraisemblables, mais qui seraient parfaitement analogues dans leur impact.

Toutes les salles obscures de la capitale qui boycotteraient un film consacré à la Commune de Paris. Les Corses qui seraient dans l'incapacité d'aller au cinéma voir un long métrage sur l'assassinat du préfet Erignac. Ou un film controversé sur la méga-catastrophe AZF, à Toulouse en 2001, qui ne serait projeté dans aucune salle de la Ville Rose. Aurait-on eu droit à la même apathie ministérielle? Non, bien sûr.

Il est vrai que, vu de Paris, la Nouvelle-Calédonie, c'est si loin. Et que ce n'est jamais que l'outre-mer.

Encore bravo.

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrand(*) Petite explication, à l'attention des lecteurs les plus jeunes de ce blog.

En Nouvelle-Calédonie en avril 1988, dans la grotte dite d'Ouvéa, s'était replié un commando d'indépendantistes après avoir pris des otages lors de l'attaque meurtrière d’une gendarmerie. En mai, à l'avant-veille du second tour de l'élection présidentielle (entre Mitterrand et Chirac), ordre avait été donné à l'armée de donner l'assaut. Deux gendarmes avaient péri dans l'opération, ainsi que dix-neufs mélanésiens – dont plusieurs, ont attesté nombre de témoignages, ont été abattus de sang-froid et a posteriori, par des militaires.

16/11/2011

Un incident diplomatique

Voilà qui risque de ne pas réchauffer les relations franco-israéliennes. Dans la nuit de dimanche à lundi, le responsable de l'antenne consulaire française dans la bande de Gaza ainsi que des membres de sa famille ont été blessés lors d'un raid de l’armée israélienne. Le logement du diplomate, qui n'était situé qu'à 200 mètres de la cible visée, a été touché par des éclats de missile. A la suite de l'incident, son épouse, qui était enceinte de deux mois, a fait une fausse couche et a perdu son bébé.

Hier soir, sur une radio, on a entendu le porte-parole du quai d'Orsay sortir de son flegme habituel. «Nous avons dit de la manière la plus ferme aux autorités israéliennes combien nous avions été émus et choqués!», a-t-il asséné. En langage officiel, cela donne ceci: «La France déplore vivement les conséquences de ce raid aérien. Tout en étant engagée en faveur de la sécurité d’Israël, la France rappelle l’impérieuse nécessité d’éviter toute atteinte à des civils. Cet impératif a été rappelé aux autorités israéliennes».

Mais encore? Des excuses en bonne et due forme ont-elles été exigées par Paris? Bonne question. Elle a été posée hier, au briefing de presse quotidien des Affaires étrangères. Mais il n'y a pas été répondu de manière très claire. En témoigne le verbatim qui suit – et qui, au passage, illustre assez bien toutes les subtilités du langage diplomatique.

Question: «Est-ce que vous avez demandé des excuses à Israël? Est-ce que vous avez convoqué l’ambassadeur israélien à Paris?» Réponse: «Non, nous sommes bien sûr en contact avec les autorités israéliennes sur ce qui s’est passé». Question: «Vous indiquez que vous n’avez pas demandé des excuses et que par ailleurs vous êtes en contact avec les autorités israéliennes…» Réponse: «Je n’ai pas dit que nous n’avons pas demandé d’excuses, j’ai dit que, sur cette affaire, nous sommes en contact avec les autorités israéliennes et que nous leur disons ce que nous avons à leur dire». Question: «Est-ce que cela signifie que les autorités israéliennes ont présenté d’elles-mêmes des excuses?» Réponse: «Je vous recommande vivement de le leur demander directement».

15/11/2011

Une mansuétude (assez curieuse)

luxe,tourisme,economie,gouvernement,art de vivreEn ces temps de plans de rigueur successifs et de mesures d'austérité en cascade, mentionnons ce geste particulier de mansuétude fait dernièrement, en toute discrétion, par le gouvernement. Un geste en faveur du secteur du grand luxe.

Il bénéficie aux établissements hôteliers facturant plus de 200 euros la nuitée à leurs clients. En septembre, le gouvernement, soucieux d'accroître ses recettes fiscales, avait décidé de frapper chacune de ces nuitées d'une taxe supplémentaire, de 2 %. Cette taxe devait s'appliquer dès le début novembre. En fait, elle n'a vécu... qu'une semaine. En effet, le syndicat des hôteliers et des restaurateurs a obtenu (ici) la promesse de son abrogation. Le gouvernement considère que l'hôtellerie sera déjà assez touchée par la hausse (de 5,5 à 7%) du taux réduit de TVA, qui a été décidée entre-temps.

Alors, on peut parfaitement partager le souci des autorités de veiller à la bonne santé du secteur du tourisme. Puisque, d'après les chiffres du gouvernement, ce secteur «emploie directement en France un million de personnes, dans 235.000 entreprises, et un autre million indirectement».

On peut néanmoins douter que cette petite (ex-)taxe de 2% allait vraiment menacer la compétitivité de la France en la matière, l'Hexagone étant depuis belle lurette la première destination touristique mondiale. On peut douter aussi que cette contribution supplémentaire allait mener le secteur de l'hôtellerie de grand luxe à la faillite: à Paris ou à la côte d'Azur, et à longueur d'années, il affiche des taux d'occupation insolents.

Enfin, vu les tarifs que pratiquent ces palaces – en gros, plusieurs centaines d'euros la nuitée – et vu donc les moyens qu'il faut avoir pour y séjourner, on peut douter que 2% en plus ou en moins, sur le montant final de l'addition ou de la réservation, cela allait fondamentalement mettre sur la paille leurs richissimes clients, et donc les faire hésiter à la dépense.

Mais ce n'est que notre avis.

14/11/2011

Une cour de récréation

Nicolas Sarkozy se dope. Comme beaucoup de sportifs de haut niveau, de cadres supérieurs surmenés, et de leaders politiques en fin de campagne électorale. C'est ce que l'on pouvait déduire des propos du ministre Luc Chatel, hier soir sur une radio, où il était l'invité d'une grande émission politique dominicale. Il se dope, puisque, révélait ce ministre, le chef de l'Etat a... «une potion magique»!

Et puis non, finalement, il ne se dope pas. Car, précisait l'intervenant, la potion magique du chef de l'Etat, ce n'est pas un produit remontant illicite. C'est un élixir magique qu'il a en lui, de manière innée: l'élixir de l'énergie, de la ténacité, du volontarisme, et blablabla. D'ailleurs, ajoutait ce ministre un peu fayot, s'il fallait comparer Nicolas Sarkozy à un personnage de BD, ce serait assurément au Gaulois Astérix. En revanche, le socialiste François Hollande, ce serait plutôt «Babar, le roi des éléphants».

Ce matin sur une autre radio, un proche du candidat socialiste à l'Elysée ne décolérait pas. «Franchement... Quand on est ministre de l'Education, on n'est pas dans une cour de maternelle!», s'époumonait-il. «Cette campagne présidentielle doit avoir une autre tenue », et cette histoire de Babar «en dit long sur la situation de la droite».

Un niveau de cour d'école? L'an dernier, un éminent baron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, n'avait rien trouvé de mieux que de moquer le côté «un peu balourd, un peu gauche» du chef de file des députés UMP, Christian Jacob, en le rebaptisant Rantanplan, du nom du cabot niais de Lucky Luke.

De part et d'autre, donc, encore bravo.

10/11/2011

Un gros coup de blues

journalisme,médias,presseOn n’a pas du tout le moral, en ce moment. Alors, précisons illico: le «on» ne concerne pas notre petit individu – on ne se permettrait pas d’étaler nos états d’âme personnels dans un blog professionnel… –  mais notre corporation. Les journalistes, en effet, n’ont pas le moral. C’est ce qu’on a découvert dans le Baromètre du moral des journalistes  – mais oui, ça existe… –  réalisé par l’institut CSA, qui a sondé 5930 confrères français.

 

Il en ressort que, si 85% des journalistes adorent toujours, à la base, leur métier, une majorité (53%) sont insatisfaits des conditions dans lesquelles ils l’exercent. «En quatre ans, cet indicateur enregistre une très forte hausse, de 23 points», note CSA. Ce taux majoritaire d’insatisfaction enregistre ses plus hauts niveaux dans, tiens donc, la presse écrite (57%).

 

Au global, 76% des journalistes interrogés considèrent que l'exercice de leur métier a évolué plutôt négativement ces dernières années. Dans l’ordre décroissant, ils attribuent cette évolution aux difficultés économiques que connaissent les groupes de presse, à l'essor du journalisme multimédia, ou à la dégradation concrète et quotidienne de leurs conditions de travail. Les atteintes à la protection du secret des sources des journalistes ne sont citées que par 20% des répondants, mais six confrères sur dix considèrent que les garanties apportées à leur liberté dans leur travail se sont plutôt déteriorées.

 

«Pensez-vous qu'en matière d'éthique et de déontologie, les journalistes français font bien ou mal leur travail?». A cette question, seule une courte majorité de sondés (49%, contre 47%) a répondu positivement. A titre de comparaison, en 2007, une nette majorité de journalistes (68%) estimait que la profession faisait bien son travail.

 

Ce n'est pas qu'on veuille à tout prix faire et penser comme tout le monde, mais là, en l’occurrence, aurait-on été sondé qu'on aurait répondu exactement comme la majorité de nos confrères.

09/11/2011

Une libéra(lisa)tion

30 ans. Ce mercredi, cela fait exactement trente ans qu'a été signée, le 9 novembre 1981, la grande loi ayant mis fin au monopole d'Etat sur la radiodiffusion en France. Trente ans donc, jour pour jour, de libéra(lisa)tion de la bande FM.

Cela paraît tout bête aujourd'hui, mais, à l'époque, cela avait été un sacré chambardement. A la fin des années 70, en effet, chaque irruption sur les ondes, sans autorisation, d'une radio privée – qu'on appelait alors «radio pirate» – mettait l'Etat en fureur. Pour la petite histoire, et pour nos lecteurs les plus jeunes, les écologistes avaient été parmi les premiers à enfreindre le sacrosaint monopole, avec leur «Radio verte». Et, avant de devenir Président, François Mitterrand en personne avait joué les forbans radiophoniques: au titre de premier secrétaire du PS, avec «Radio Riposte», «la radio des socialistes».

Assez curieusement ce matin, trente ans donc après le Jour J, on n'a pas entendu la moindre radio commémorer cette libéralisation. Qui, en termes quantitatifs en tout cas – en termes qualitatifs, c'est plus discutable, trouve-t-on – est un vrai succès. En effet, la bande FM est plus que jamais plébiscitée dans l'Hexagone: plus la moindre de ses 6 000 fréquences n'est disponible, et pas moins de 43 millions de Français l'écoutent chaque jour.

08/11/2011

Une rapacité

social,economieParfois – souvent? –, l'homme est décidément un loup pour l'homme. Ou un requin, ou une hyène, comme on veut. Il s'acharne sur lui y compris quand il est au plus bas, quand il est à terre. C'est ce qu'on s'est dit la semaine dernière. Comme chacun sait, c'était la semaine de la Toussaint, et une étude très d'actualité a confirmé la rapacité de certaines pratiques commerciales, au détriment de clients pourtant déjà particulièrement fragiles, et donc vulnérables.

Cela concerne le secteur des pompes funèbres. Selon l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, nombre de professionnels funéraires en France ne respectent pas leurs obligations légales. Ainsi, «plus de six mois après l’entrée en vigueur de l’arrêté fixant un modèle de devis obligatoire, dans 18% des cas, nos enquêteurs sont repartis sans le moindre devis! Pire, seuls 3% des devis récoltés respectent les modèles de devis obligatoires, et 39% s’en rapprochent sans être conformes pour autant». Or, bien évidemment, «sans modèle de devis universel, il est impossible pour les familles endeuillées de comparer les services fournis par différents opérateurs funéraires».

Cette opacité est «un terreau fertile pour renchérir les prestations». Et elle est d'autant plus malvenue que, sur le terrain, le coût d'obsèques peut considérablement varier. Selon cette enquête, hors caveau et concession, ce coût «s’établit à 3098 euros en moyenne. Mais d’un opérateur à l’autre, pour une demande similaire, la facture totale peut considérablement varier: de 1300 euros pour le plus économique à plus de 6101 euros pour le plus onéreux». Un «grand écart tarifaire» qui est notamment dû à la surfacturation, par les sociétés de pompes funèbres, des démarches et formalités administratives, qui sont pourtant des opérations standardisées.

L'Office de la répression des fraudes est donc prié de se bouger: de multiplier ses contrôles et de sanctionner les contrevenants. D'autant qu'on est évidemment là dans le secteur commercial par excellence où l'on peut parler de clients captifs, l'enterrement étant une transaction à laquelle, le moment venu, on ne peut échapper – à l'inverse de la plupart des autres dépenses de la vie courante.

11:35 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : social, economie

07/11/2011

Un air du temps

Sans doute y a-t-il plus motivant pour débuter la semaine, mais c'est comme cela: à Paris, ce lundi est entièrement placé sous le signe de l'austérité. Ce midi, en effet, le Premier ministre François Fillon détaille un nouveau plan de rigueur, destiné à économiser une bonne demi-douzaine de milliards d'euros. C'est le deuxième plan de la sorte en trois mois seulement, un premier tour de vis budgétaire (lui pour une dizaine de milliards) ayant été annoncé cet été.

L'annonce de ces mesures d'austérité survient alors que, ce week-end, un sondage (ici, ou ) est venu confirmer qu'en France également, la population ressent les effets du marasme économique ambiant.

A en croire cette étude, désormais deux Français sur trois (68%) subissent les effets de la crise économique dans leur vie personnelle et celles de leurs proches. Le nombre de sondés déclarant être «beaucoup» affectés par cette crise a crû de 21 à 30% depuis février 2009. Comme toujours, les catégories socio-professionnelles moyennes (artisans, commerçants, employés, etc.) sont davantage touchées que les cadres supérieurs, ce qui est aussi le cas des femmes par rapport aux hommes.

Plus neuf, et toujours s'il faut en croire les enquêtes d'opinion (ici): aux yeux des Français, la dette et les déficits publics constituent désormais le problème le plus important pour le pays (33% de citations), loin devant le pouvoir d’achat (23%) et l’emploi (23%).

C'est bien dans l'air du temps.

04/11/2011

Une violence quotidienne

femmes,activismeDemain à Bastille, s'élancera une grande marche «contre les violences faites aux femmes». «Au pays des droits de l’Homme, où sont les droits des Femmes?», interroge le manifeste signé par les nombreuses associations appelant à cette manifestation. L'initiative n'est pas sans lien avec les pénibles scandales ayant défrayé la chronique, ces derniers mois. Car ces «affaires récentes impliquant des hommes politiques ont mis en évidence un déni profond des violences faites aux femmes. Les insultes sexistes, les propos méprisants ont fusé et occupé écrans et colonnes de journaux. A l’heure actuelle, la confusion est grande entre libertinage et violence sexuelle, entre drague et harcèlement sexuel, entre relation sexuelle et viol».

Loin de l'hyper-médiatisation de ces affaires, «les violences envers les femmes sont quotidiennes» en France également, rappellent les organisateurs de la manifestation.

«C'est la main aux fesses dans le métro et les sifflets méprisants dans la rue. C'est la fille obligée de s’habiller en jogging pour avoir la paix. C'est la femme qui rentre à 2 heures du matin et regarde sans cesse derrière elle pour voir si personne ne la suit. Ce sont les coups, injures, insultes, menaces, humiliations, viols par le conjoint. C'est la copine, au travail, harcelée constamment par son chef qui veut la faire «passer à la casserole». C'est la lesbienne qui est violée pour lui apprendre ce qu’est «un homme, un vrai». C’est la voisine qu’on entend crier et pour laquelle on hésite encore à appeler les flics. C'est la femme qui n’a jamais pu dire que son père l’a violée dans sa jeunesse et que cela a fichu sa vie en l’air». Pour ne citer que ces exemples. 

femmes,activismeDemain, les marcheuses et, espérons-le, marcheurs battront le pavé parisien pour réclamer «des campagnes d’information et de sensibilisation pérennes auprès de tous les publics», «la mise en place d’une véritable éducation non sexiste à tous les niveaux de l’éducation nationale», l'octroi du statut de réfugié «pour toute femme demandant l’asile parce que victime de violences sexistes, sexuelles ou lesbophobes», ou encore «une réelle politique de logements prioritaires pour les femmes en danger».

Les manifestant(e)s achèveront leur marche aux environs de Matignon, et ont sollicité un rendez-vous avec François Fillon.

On est curieux de voir si le Premier ministre prendra la peine d'interrompre son week-end, pour cette occasion.

11:47 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : femmes, activisme

03/11/2011

Un mépris affolant

Puisqu'on parlait hier d'enfantement et de bébé, ces propos d'un proche de Nicolas Sarkozy, qui datent d'il y a plusieurs jours déjà, mais dont on n'est toujours pas revenu.

Le sujet? Les Roms. L'orateur? Arno Klarsfeld, qui préside l'Office français pour l'intégration et l'immigration. Cela donne ceci – et on n'invente rien: c'était notamment dans une interview, ici. Les Roms «vivent avec huit enfants dans une pièce. Ils devraient s'abstenir d'avoir huit enfants! Lorsqu'on n'a qu'une pièce, on ne fait pas huit enfants!» Ou cela: «Pour que les enfants puissent s'intégrer, il faut que les parents puissent s'en occuper (...). (Les Roms) doivent savoir que leurs enfants vont être pris par les mafias, mis sur le trottoir». Et cette touche de psychologie du café du commerce: chez les Roms, «c'est inconscient. Ils sont de longue date les Misérables avec un grand M, chassés, pourchassés, mais ils sont aussi victimes d'eux-mêmes: responsables de ne pas avoir su susciter une véritable élite qui ne soit pas cette ploutocratie qui vit de trafics et n'a pas intérêt à sortir son peuple de l'horreur».

Donc, pour l'Office français de l'immigration, c'est clair, c'est net, c'est tranché: si on est Rom, on n'a d'office que deux possibilités, dans la vie. Soit on est «Misérable avec un grand M», victime de soi-même au point de mériter le psy, enfant de parents sexuellement obsédés et irresponsables (à stériliser, tant qu'on y est?). Soit on est mafioso-ploutocrate-proxénète-exploiteur sans scrupules. Il n'y a pas à sortir de là.

Dans la bouche d'un si haut responsable français, de tels propos auraient évidemment suscité un tollé s'ils avaient concerné non des Roms mais d'autres citoyens de l'Union européenne, et/ou d'autres groupes de population – au hasard: les Noirs, les juifs ou les arabes. Mais là, rien. Ces déclarations sont passées comme une lettre à la poste. A moins que cela nous ait échappé, pas l'ombre d'un tumulte. A peine la réaction de l'une ou l'autre association (ici).

Les Roms vus comme un sous-peuple non seulement en Roumanie et en Bulgarie, mais également en France – et en haut lieu, y compris?

 

PS: Actualisation, quelques heures plus tard. Tiens, non, en fait: cela a l'air de commencer à réagir, voire  

02/11/2011

«Une obligation humaine»

paris,social,pauvreté,sarkozyCela nous mène évidemment très loin des fastes de Cannes, où se tient ces jours-ci le sommet du G20, qui réunit les représentants des 20 puissances les plus riches du monde. Mais c'est cela aussi, Paris – «Ville lumière» oui, mais pas pour tout le monde.

Ce week-end-end, une femme SDF, âgée de 38 ans, a accouché dans la tente qui lui servait d'abri, dans une rue du quatorzième arrondissement. Mais son bébé, une petite fille, n'a pas survécu, malgré les secours que lui ont prodigués les pompiers et une équipe du SAMU appelée en renfort. Avant leur intervention, ont précisé les agences de presse, «la maman appelait au secours et portait son enfant dans ses bras», en pleine rue.

S'il est besoin de rafraîchir les mémoires, cet engagement pris par Nicolas Sarkozy en décembre 2006, alors qu'il briguait l'Elysée: «Je veux, si je suis élu Président, que d’ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. Parce que le droit à l’hébergement, je vais vous le dire, c’est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez le bien: si on n'est plus choqués quand quelqu’un n’a pas un toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société qui s’en trouvera remis en cause».

Ce n'est pas très charitable, voire c'est assez minable, de rapprocher cette promesse non-tenue et ce drame atroce?

Difficile d'avoir des scrupules quand, l'autre jour, l'ex-ministre sarkozyste Patrick Devedjian s'est frotté les mains en faisant, si cyniquement, des spéculations électorales sur le dos de la misère. Pour lui, il sera très facile à la droite de reprendre Paris à la gauche, aux élections municipales de 2014. Il lui suffira d'«expliquer que le Paris de Bertrand Delanoë se résume, avec la flambée de l'immobilier et celle de la pauvreté, à ISF et SDF».