30.11.2011
Un lapsus (caviardé)
C'était hier après-midi à l'Assemblée nationale. Et c'était un merveilleux lapsus: autrement plus sensible politiquement que ce dérapage inflationniste de Rachida Dati qui, il y a quelques mois, suscita tant de rires gras. Ce lapsus, il a été commis par le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant – qui était visiblement plus touché qu'il ne l'affichait par les attaques socialistes sur son bilan, objectivement très mitigé, en matière de lutte contre l'insécurité.
«Monsieur le député, je ne sais pas dans quel domaine vous excellez le plus: est-ce celui de la prestidigitation ou bien celui de la mystification?» C'était le début de sa contre-attaque au député socialiste Manuel Valls. Deuxième salve: «Une fois de plus, vous essayez de nous démontrer que le bilan du gouvernement depuis 2002 est un échec et que votre échec a été un succès!» Jusque là, rien à redire. Mais, dans la phrase suivante, une lettre a suffit pour que le ministre soudain s'empêtre: «Eh bien moi, je vous répète – une fois de plus, puisque manifestement vous n’entendez pas les arguments et ne voulez pas voir la vérité – que depuis 2002, chaque année, la délinquance a recruté, alors que, sous la gauche, elle a explosé, progressant de 17%!»
«Recruté», donc. Au lieu de «reculé».
Hier soir, les télévisions se sont fait un plaisir de diffuser en boucle cette bourde. Qui, bien sûr, n'apparaît nullement dans le compte-rendu officiel de l'altercation: les petites mains du service de l'Assemblée chargé de la retranscription des débats ont corrigé les propos ministériels, et caviardé le lapsus.
L'histoire ne dit pas si ces scribes ont fait la rectification d'initiative, sur ordre du Président (UMP) de l'Assemblée et/ou sur injonction de l'entourage du ministre.
11:45 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gouvernement, sécurité, langue française, personnalités
29.11.2011
Un «profond sentiment d'injustice»
Ce mardi, le gouvernement divulgue les résultats du premier «Baromètre international sur les points forts et points faibles de l’accueil des touristes en France». Un sujet important, ce pays restant, bon an mal an, la première destination touristique mondiale. Pour l'occasion, le ministre ad hoc organise ce matin un grand raout médiatique dans les salons de... Roissy. Cet aéroport qui, une enquête de satisfaction internationale après l'autre (relire ici ou là), n'en finit plus de se faire descendre en flammes.
Tout récemment encore, Roissy-CDG s'est vu décerner le titre d'«aéroport le plus détesté au monde». Cette distinction lui a été octroyée par une étude pour CNN. Si les aéroports de Los Angeles et de Londres Heathrow ne font guère mieux que lui, le premier aéroport parisien est sanctionné notamment pour la saleté de ses toilettes, la médiocrité de ses restaurants ou le manque de clarté de sa signalétique. Est également épinglé le caractère pas rarement «dédaigneux» qui serait celui de son personnel..
Aéroports de Paris (ADP), la société qui exploite Roissy et Orly, n'a pas officiellement communiqué sur cette distinction. Tout au plus une de ses porte-parole a-t-elle lâché, dans l'un ou l'autre média, que ce titre si peu enviable suscitait un «profond sentiment d'injustice» parmi le personnel d'ADP. Et d'ajouter: «Nous travaillons beaucoup pour nous améliorer».
ADP investit même aussi beaucoup, dans ce domaine. Dans les cinq ans à venir, elle consacrera un milliard d'euros à l'amélioration des installations de Roissy.
Ce chiffre, cela dit, peut prêter à deux lectures. Côté pile: il montre qu'en effet, les choses bougent. Côté face: l'ampleur de ce budget confirme à elle seule combien il y a du pain sur la planche, à Roissy-CDG, en matière de modernisation. Ce qui, finalement, n'est pas anormal, s'agissant d'un aéroport qui à la fois n'est plus tout jeune (1974) et qui, année après année, est de plus en plus sollicité (60 millions de passagers l'an dernier).
11:10 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tourisme, international, transports, gouvernement, art de vivre
28.11.2011
Un indicateur, si révélateur
Si d'aventure d'aucuns doutaient encore de la précarisation grandissante de toute une partie de la France – sans doute ne mettent-ils jamais le nez dehors... –, cet indicateur que l'actualité du jour vient nous apporter. Il s'agit d'un pourcentage. Et il concerne l'activité des Restos du Coeur, dont la 27ème campagne d'hiver débute ce lundi.
L'association caritative fondée par Coluche fait état de «25 % de personnes accueillies en plus au cours des trois dernières années». Rien que l'an dernier, ses 60.000 bénévoles ont distribué 109 millions de repas, à plus de 860.000 personnes – soit à 20.000 bénéficiaires de plus qu'un an auparavant. Et il ne fait guère de doutes qu'à la fin de cet hiver 2011-2012, l'association aura, une fois de plus, explosé tous ses records en termes de personnes aidées.
Pareils chiffres relativisent, pour le moins, le bilan des politiques sociales en vigueur. Lorsqu'on les interroge sur cet indicateur, si révélateur, que constitue le succès croissant remporté année après année par les Restos du Coeur, les responsables de la majorité ont l'habitude de botter en touche. Ils assurent que, dans les pays voisins, les associations analogues sont tout autant débordées, la paupérisation galopante n'étant pas l'apanage de la seule France.
Comme si un tel argument rendait le constat moins révoltant.
11:34 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, social, activisme, gouvernement
25.11.2011
«Une hausse très significative»
Ce vendredi, comme chaque 25 novembre, c'est la «Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes». A Paris, il n'y a pas si longtemps, femmes et hommes ont manifesté contre cette plaie (relire ici) – qui nous a déjà pas mal (pré)occupé dans ce blog (relire ici ou là, par exemple).
Si on a choisi d'y revenir à nouveau aujourd'hui, c'est parce que viennent de sortir des chiffres assez mauvais en la matière. Ils confirment qu'en France, la violence envers les femmes ne recule pas, en tout cas ne recule pas fondamentalement. Alors que les autorités avaient désigné cette lutte comme étant la Grande Cause nationale de l'année 2010.
Selon la dernière enquête de victimation que vient de sortir l'Observatoire national de la délinquance, le nombre de vols (ou tentatives) avec violences ou menaces perpétrés contre les femmes a connu «une hausse très significative» en 2010. Une année au cours de laquelle 145.000 femmes en ont été victimes. Principales cibles des agresseurs de femmes: les adolescentes et les personnes âgées.
En ce qui concerne les violences sexuelles faites aux femmes, le constat est mitigé. Globalement, les taux des violences de ce type commises en dehors ou dans le cadre du ménage sont en baisse, «de façon significative, voire très significative» même. C'est sans doute le résultat des nombreuses campagnes de sensibilisation et de prévention du grand public, à la télévision notamment. Mais trois facteurs empêchent de se réjouir de ce chiffre pas trop mauvais.
D'abord, au total, la violence au sein du ménage frappe tout de même encore 560.000 femmes chaque année, ce qui n'est pas rien. Ensuite, la baisse «significative» des violences de ce type «concerne de façon très limitée les actes dont l’auteur est le conjoint». En la matière, le taux n'est passé que de 1,3% à 1,2%; c'est donc moins une amélioration qu'une stagnation. Enfin, ici encore, le chiffre total n'a rien de dérisoire. Puisqu'«on estime à près de 260.000 le nombre de femmes de 18 à 75 ans victimes de violences physiques ou sexuelles de la part du conjoint», en 2009 ou 2010.
Comme le disent et le répètent les campagnes de sensibilisation, dans l'Hexagone, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint. L'an dernier, 146 décès de ce type ont encore été déplorés.
Pas sûr qu'une Journée internationale soit à même d'endiguer ce fléau. Mais au moins donne-t-elle l'occasion d'une fois de plus évoquer le problème, notamment dans les médias. Ce qui, sans doute, ne peut pas faire de mal.
11:22 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femmes, sécurité, police
24.11.2011
Une croisade, une condamnation
Revenons sur le terrain strictement parigot-parisien. Pour relever que la France compte désormais un ex-Garde des Sceaux... condamné en justice. Comme elle avait déjà un ministre de l'Intérieur ayant connu le même sort (Brice Hortefeux, reconnu coupable d'injure raciale).
Cette fois, c'est de Rachida Dati dont il s'agit. Il y a quelques jours, l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, par ailleurs député européen et maire du septième arrondissement parisien, a été reconnue coupable de diffamation. Elle a été condamnée à une amende (avec sursis) de 2000€ et au paiement de 7000€ de dommages et intérêts et de frais de justice.
C'est le couple Clara et Marek Halter (elle artiste, lui écrivain bien connus) qui est à l'origine de ce camouflet judiciaire. En cause, le "Mur de la Paix", qu'ils ont créé sur le Champ de Mars à l'occasion des festivités pour le passage à l'an 2000. Dû au grand architecte Jean-Michel Wilmotte, inspiré librement du Mur des Lamentations de Jérusalem, il est constitué de douze panneaux de verre déclinant le mot "Paix" en 32 langues et 13 alphabets différents. Des messages peuvent être glissés dans des interstices ménagés entre les panneaux.
Rachida Dati déteste cette oeuvre. Elle a même lancé une pétition contre elle. Elle juge illégal le maintien de ce monument qui, à l'origine, n'était que temporaire. Et considère qu'il obstrue la perspective, classée, qui va de l'Ecole militaire jusqu'à la Tour Eiffel.
Dans sa croisade contre ce Mur, l'ex-ministre de la Justice a publiquement accusé les époux Halter de «méthodes et déclarations mensongères», et leur a reproché de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». A la suite de ses propos, les dégradations infligées au site (graffitis antisémites, etc.) ont redoublé.
En riposte à cette campagne, a vu le jour une association pour la pérennisation de l'installation. Elle regroupe quantité de personnalités du monde artistique (Anouk Aimée, Daniel Mesguich, Marie-Christine Barrault, etc.), intellectuel (Edgar Morin, Philippe Sollers, Julia Kristeva, etc.) ou politique, de gauche (comme Martine Aubry ou Lionel Jospin) et de droite (comme Jean-François Copé, les ministres Bachelot et Bertrand, ou l'ex-Premier ministre Raffarin). Tous prônent le maintien ad vitam, au Champ de Mars, de cet «hymne à la vie, dédié à un mot universel et chaque jour plus nécessaire», d'autant qu'il s'agit là «de l'unique monument pour la paix, dans un pays où abondent les monuments aux victimes des guerres».
Mais Rachida Dati n'est pas du genre à se laisser faire. Elle n'en démord pas. Dès qu'il est tombé, elle a donc fait appel du jugement la condamnant, que son avocat a qualifié de «jugement invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit».
Dès lors, le débat va continuer de faire rage. A Paris, on n'a pas fini de s'énerver sur le sujet, dans les beaux quartiers.
12:19 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, patrimoine, culture, arts, personnalités, dati
23.11.2011
Un hommage (doublement) laborieux
Toujours à propos du décès de Danielle Mitterrand, on a beaucoup ri mardi à Paris, dans le microcosme médiatico-politique. Ri d'une grosse bévue commise par l'Elysée.
En effet, dans la dizaine de lignes que contenait le communiqué d'hommage de Nicolas Sarkozy à la défunte, figuraient... une demi-douzaine de fautes d'orthographe ou de syntaxe. Depuis, le texte officiel (ici) a été corrigé. Reste la leçon que l'on peut tirer de cet incident: soit Nicolas Sarkozy ne relit pas, avant leur envoi, les communiqués censés porter sa parole (qui sont évidemment rédigés par des petites mains), soit il les relit, mais alors il maîtrise assez imparfaitement la langue française.
Autre curiosité du jour: l'UMP a mis une dizaine d'heures avant de rendre hommage à la défunte. Il a fallu attendre 19 heures pour que tombe le communiqué du parti présidentiel. Son n°1, Jean-François Copé, y saluait «une femme qui a porté, avec dignité et courage, de nombreux combats tout au long de sa vie», une «figure de la Vème République et du militantisme» – dont, néanmoins, l'«intransigeance» était soulignée.
Un délai de réaction dû à une surcharge de travail ou à une désorganisation du grand parti sarkozyste? C'est oublier le fait que l'UMP dispose d'une réelle force de frappe médiatique. Quand il le veut, il se débrouille parfaitement pour inonder de sa prose les boîtes électroniques des journalistes – chaque jour et à longueur de journées, en fait. Plus vraisemblablement, l'UMP hier matin n'avait pas prévu de saluer publiquement cette personnalité qui, il est vrai, lui était si diamétralement opposée. Mais il s'est ravisé en fin de journée, soucieux sans doute de ne pas être en total décalage avec l'afflux d'innombrables hommages rendus à la défunte – y compris à droite, Bernadette Chirac par exemple.
Dès lors, les louanges sarkozystes de Danielle Mitterrand sont très vraisemblablement opportunistes. Voire carrément hypocrites.
Mais sans doute est-ce de bonne guerre.
12:26 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, parti socialiste, sarkozy, ump
22.11.2011
Une forte tête
La France stupéfaite depuis ce matin, depuis l'annonce de la mort de Danielle Mitterrand. Certes, elle avait été hospitalisée en urgence vendredi, puis placée dans le coma artificiel ce week-end. Mais il y a moins d'un mois, fin octobre, la veuve du Président Mitterrand (1981-1995) était encore apparue en public et avait donné une interview.
«Il y a quinze ans, je fusillais déjà le capitalisme», y avait-elle notamment rappelé, amusée. Se souvenant également, sur un ton malicieux, que, lorsqu'elle était à l'Elysée, du fait de son activisme très tranché en faveur des droits de l'homme, elle s'était «souvent retrouvée en contradiction avec la diplomatie officielle» de son mari.
Elle détestait l'expression «Première Dame». «Avant d'être femme de, j'ai été fille de. Et puis, François ne parlait pas de moi en disant ma femme... », disait-elle. Pareillement, elle avait en horreur le rôle traditionnellement dévolu en France à l'épouse du chef de l'Etat: bonne conscience caritative ou faire-valoir qu'on exhibe. «A partir du moment où vous devenez Première Dame en France, on vous met dans un vêtement. Vite fait. Vite dit. Léger».
Nicolas Sarkozy, ce matin, a rendu hommage au «parcours exemplaire d’une femme qui n’abdiqua jamais ses valeurs et poursuivit jusqu’au bout de ses forces les combats qu’elle jugeait justes». Pour la petite histoire, dans sa dernière interview, Danielle Mitterrand l'avait étrillé (ainsi que son prédécesseur à l'Elysée, Jacques Chirac), pour avoir successivement réduit puis supprimé les subventions de l'Etat à sa fondation, «France Libertés». De même, les leaders socialistes, qui, depuis ce matin, réagissent en boucle à ce décès se gardent bien de rappeler que, ces dernières années, le veuve de leur leader historique avait pris quelques distances avec le parti à la rose.
Samedi, comme dans un dernier signe de farouche indépendance, Danielle Mitterrand, conformément à son souhait, ne sera pas inhumée au cimetière de Jarnac, aux côtés de son illustre époux, mais à Cluny, là où repose le reste de sa famille.
15:37 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
21.11.2011
Un campement
Samedi soir, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, a été démonté un campement de tentes qu'avait installé, trois jours plus tôt, la Fondation Abbé Pierre. Ces tentes militaires étaient les mêmes que celles que l'abbé avait montées à Paris pendant l'hiver 1954, afin, déjà, de protéger des sans-abri et d'interpeller le pouvoir politique. Près de soixante ans plus tard, l'opération visait, encore et toujours, à mobiliser l'opinion sur le logement et la situation des plus démunis – en vue cette fois de la présidentielle de 2012.
«82% des Français considèrent qu’il est difficile de trouver un logement. Un sur cinq déclare avoir des difficultés à faire face au paiement de son loyer ou au remboursement de son emprunt immobilier. 69% des Français jugent que l’action des pouvoirs publics n’est pas satisfaisante pour résoudre ces difficultés», a rappelé la Fondation. Pour qui, «à quelques mois des élections présidentielles et législatives, il faut agir!» Le texte de sa «Mobilisation générale pour le logement» préconise notamment la taxation voire la réquisition des logements vacants,ou l'encadrement des loyers comme celui des des plus-values immobilières.
Ces derniers jours, les médias, locaux en tout cas, ont accordé un peu d'attention à cette manifestation devant l'Hôtel de ville. En revanche, c'est dans une indifférence générale que, place de la Bastille, depuis plusieurs semaines maintenant, quelques familles – Rom, semble-t-il – ont établi un petit campement, lui de fortune.
On est tombé en arrêt devant cela plusieurs soirs de suite dernièrement, après avoir pris le dernier métro pour rentrer à la maison et avoir quitté la station 'Bastille' par la sortie débouchant sur la rue de la Roquette. Il y a avait là des hommes, des femmes, des adolescents et même des enfants. Regroupés sur des matelas ou recroquevillés dans une cabine téléphonique, ils entamaient leur nuit.
Autour d'eux, la vie parisienne se poursuivait le plus normalement du monde. Les terrasses des bars étaient bondées de clients occupés à siroter des consommations bien chères, des clochards faisaient la quête, des copains se donnaient rendez-vous à la sortie du métro, des gens sortaient de la représentation de l'Opéra, des jeunes fêtards avinés braillaient, des danseurs de capoeira se donnaient en spectacle, etc.
Et, dans le même temps donc, à quelques mètres à peine, à leurs pieds pour ainsi dire, nos naufragés du logement tentaient, vaille que vaille, de trouver le sommeil dans l'agitation festive ambiante. Cette cohabitation indolente entre leur infortune et la poursuite routinière de la vie de quartier avait quelque chose de choquant.
Selon la Fondation Abbé Pierre, en France – cinquième puissance économique mondiale, comme chacun sait –, près de 10 millions de gens «sont touchés de près ou de loin par la crise du logement», dont «3,6 millions de personnes (qui sont) non ou mal logées».
11:28 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : logement, social, pauvreté, etrangers, activisme, paris
18.11.2011
Une (autre) apathie agaçante
Pour en finir, à ce stade, avec cette censure – puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom – du film «L'Ordre et la Morale» en Nouvelle-Calédonie, censure commerciale en tout cas, soulignons tout de même que Frédéric Mitterrand n'a pas été le seul à s'illustrer par sa mollesse.
Ainsi, on attend toujours la réaction des associations de défense de la création artistique (comme celle-ci), d'habitude très promptes à monter au créneau. Sans doute est-il plus consensuel, en ce moment en France, de dénoncer les catholiques traditionalistes qui font du grabuge devant les théâtres où se jouent des pièces qu'ils jugent blasphématoires.
L'opposition ne s'est pas davantage bougée sur le sujet. Cela fait des semaines qu'au Parlement par exemple, elle aurait pu ne serait-ce que demander au ministre de la Culture son avis sur les obstacles mis à la distribution de ce film dans l'archipel. Mais non: rien. Pas la moindre allusion à cette affaire aux dernières séances d'interpellation du gouvernement sur l'actualité, ni à l'Assemblée, ni au Sénat – séances où, pourtant, ont eut tout le temps d'évoquer des sujets a priori plus anodins.
Le PS lui-même a attendu mercredi, jour de la sortie du film en salles, pour se fendre d'un rapide communiqué. Il y prié la ministre de l'Outre-mer de «veiller» à ce que les Néo-Calédoniens puissent voir «L'Ordre et la Morale», au moins pour qu'ils puissent «débattre et se faire une opinion» sur ce qui fut un événement marquant de leur histoire contemporaine.
A noter que le PS prit bien soin de préciser que, dans ce communiqué, il n'exprimait pas le moindre avis «sur la thèse soulevée par le film, ni sur le traitement par celui-ci des responsabilités des différents acteurs des événements». Et pour cause. Il n'y a pas que la droite qui a de quoi être embarrassée par cette évocation cinématographique du drame d'Ouvéa. A l'époque, c'était certes Jacques Chirac qui était à Matignon, mais c'était François Mitterrand qui était à l'Elysée.
Cette gêne assez généralisée de la classe politique, à droite comme à gauche, à l'égard des faits relatés dans ce film explique d'ailleurs probablement – évidemment? – le peu de bruit fait par sa censure commerciale.
12:09 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : histoire, culture, cinéma, parti socialiste
17.11.2011
Une apathie agaçante
Mais à quoi donc Frédéric Mitterrand occupe-t-il ses journées? Il y a de quoi être passablement agacé, à propos du ministre de la Culture – une fois de plus (relire ici, là ou là).
Depuis hier, dans un territoire entier de France, un film de cinéma n'est pas diffusé dans le circuit commercial. Il est visible partout ailleurs dans le pays, mais là pas. Cela fait suite à la décision prise par le seul et unique exploitant de salles de l'endroit. On savait depuis des semaines que cela allait arriver. Mais, à moins que cela nous ait échappé, le ministre s'est tu dans toutes les langues sur ce dossier. Et, que l'on sache, n'a pas bougé le plus petit doigt pour éviter qu'on en arrive là.
On veut bien sûr parler du dernier film du réalisateur et acteur français Mathieu Kassovitz: «L'Ordre et la Morale». Très controversé, il revient sur un épisode dramatique de l'histoire de l'outre-mer français: le drame d'Ouvéa (*), en Nouvelle-Calédonie. Le seul cinéma de Nouméa a décidé de ne pas le mettre à l'affiche, son propriétaire le jugeant trop polémique. Du coup, les habitants de l'archipel en sont quittes pour le voir dans des conditions artisanales: dans des médiathèques, des salles de spectacle, en tribu, etc.
Imaginons l'un ou l'autre cas de figure hypothétiques: certes peu vraisemblables, mais qui seraient parfaitement analogues dans leur impact.
Toutes les salles obscures de la capitale qui boycotteraient un film consacré à la Commune de Paris. Les Corses qui seraient dans l'incapacité d'aller au cinéma voir un long métrage sur l'assassinat du préfet Erignac. Ou un film controversé sur la méga-catastrophe AZF, à Toulouse en 2001, qui ne serait projeté dans aucune salle de la Ville Rose. Aurait-on eu droit à la même apathie ministérielle? Non, bien sûr.
Il est vrai que, vu de Paris, la Nouvelle-Calédonie, c'est si loin. Et que ce n'est jamais que l'outre-mer.
Encore bravo.
(*) Petite explication, à l'attention des lecteurs les plus jeunes de ce blog.
En Nouvelle-Calédonie en avril 1988, dans la grotte dite d'Ouvéa, s'était replié un commando d'indépendantistes après avoir pris des otages lors de l'attaque meurtrière d’une gendarmerie. En mai, à l'avant-veille du second tour de l'élection présidentielle (entre Mitterrand et Chirac), ordre avait été donné à l'armée de donner l'assaut. Deux gendarmes avaient péri dans l'opération, ainsi que dix-neufs mélanésiens – dont plusieurs, ont attesté nombre de témoignages, ont été abattus de sang-froid et a posteriori, par des militaires.
11:04 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : culture, cinéma, histoire, gouvernement, mitterrand



