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19/03/2012

Une «insurrection»

Elections présidentielles, Personnalités, ParisBigre. Hier, notre quartier Bastille a donc été le théâtre d'«une insurrection», d'«une révolution» carrément. Une «insurrection civique» et une «révolution citoyenne», avait-il été précisé, tout de même. Mais que voilà des termes historiquement forts. Bientôt, pour enflammer les foules dans cette campagne présidentielle finalement assez morne voire morose, en viendra-t-on à envisager que le sang coule – ou autres métaphores viriles et guerrières du même acabit?

Dimanche après-midi, donc, notre bonne vieille place de la Bastille a été assez spectaculairement pavoisée de rouge, aux couleurs du Front de gauche. Plusieurs dizaines de milliers de sympathisants et militants de ce parti y ont acclamé son candidat à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon. Auparavant, ils avaient manifesté depuis la place de la Nation, scandant notamment «Résistance!» – bigre: là encore, un terme pas anodin. «Nous sommes le cri du peuple!», a lancé le tribun à ses partisans.

Elections présidentielles, Personnalités, ParisMélenchon, qui serait donc «la révélation» de cette présidentielle de 2012, décrètent à l'unisson les médias français. Qui, à chaque présidentielle, adorent décerner pareil titre, comme si on était aux Césars ou aux Oscars.

Ainsi, en 2007, «la révélation» avait été le centriste François Bayrou: il avait entamé sa course à l'Elysée avec les sondages le créditant de 6% des intentions de vote, et avait fini à 18,5% des suffrages. En 2002, on avait eu droit à deux «révélations» pour le prix d'une. Le souverainiste Jean-Pierre Chevènement, d'abord: pendant des semaines, les sondages le présentèrent comme le «troisième homme», mais il termina à un très modeste 5%. Le jeune facteur trotskiste Olivier Besancenot, ensuite. Complètement inconnu du grand public au début de la campagne, il devint la coqueluche des médias et finit par recueillir près d'1,5 million de voix (4%).

Que sont devenues toutes ces «révélations»?

Elections présidentielles, Personnalités, ParisEn 2012, François Bayrou est une fois de plus candidat à la présidentielle, mais il peine à faire aussi bien qu'en 2007, et est crédité d'un score final moindre qu'il y a cinq ans. Olivier Besancenot a abandonné la scène politico-médiatique nationale, à laquelle il a préféré le militantisme de terrain. Et le vieux Jean-Pierre Chevènement ne sort de son formol qu'à chaque pré-campagne électorale: il négocie avec le PS quelques strapontins pour les siens, puis retourne paisiblement se coucher jusqu'à l'élection suivante.

Du coup, serait-on Jean-Luc Mélenchon qu'on ne serait pas trop rassuré d'être ainsi désigné «révélation» de la campagne de 2012. S'il a une trajectoire semblable à celle de ses prédécesseurs de lauréats, ses lendemains vont déchanter.

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