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30/03/2012

Un rappel qui tombe bien

Elections présidentielles, Personnalités, MédiasC'est un rappel qui tombe à point nommé, à quelque trois semaines du premier tour des présidentielles. Et à l'heure où l'hystérie sur le sujet continue de plus belle, dans le monde médiatico-politique: un point ou l'autre gagné ou perdu par untel ou untel, la belle affaire – et des heures de commentaires.

Ce rappel a émané, cette semaine, de la très officielle commission des sondages. «A moins d’un mois du scrutin et eu égard à la place qu’occupent les sondages d’intentions de vote dans la campagne électorale», cet organisme «estime nécessaire d’insister sur la grande prudence avec laquelle les résultats de ces sondages doivent être interprétés».

La plupart des médias audiovisuels français ont désormais pris l'excellente habitude, lorsqu'ils relatent les résultats de ces enquêtes, de préciser qu'elles ne sont «que des instantanés de l'opinion: valables uniquement à un temps T, et n'ayant donc aucune valeur prédictive», etc, etc. Les formules du genre étant dorénavant consacrées, la commission, dans son rappel, ne s'étend pas sur ce point. Elle se borne à confirmer que ces enquêtes «ne sont qu’un instrument d’analyse de l’opinion publique, et non un outil de prévision des résultats électoraux». En revanche, elle insiste sur une autre réserve à prendre en compte, et qui, elle, est encore assez peu mentionnée dans les commentaires faits par les médias sur les sondages. Cela concerne ce que l'on a coutume d'appeler leur marge d'erreur.

Marge qui n'est pas mince, et qui, dès lors, peut fameusement modifier la donne. Et «cette marge est d’autant plus élevée que la taille de l’échantillon (des personnes sondées) est faible. La taille et les modalités de constitution des échantillons ont notamment pour effet que les scores publiés par les instituts de sondage sont généralement établis sur la base d’un effectif de l’ordre de 600 personnes. Dans ces cas, les écarts entre des scores (électoraux) attribués (aux différents présidentiables) qui n'excèdent pas un pourcentage de l'ordre de 4 % ne sont pas véritablement significatifs».

Elections présidentielles, Personnalités, MédiasPensez-y la prochaine où vous lisez, entendez ou voyez des commentaires enfiévrés sur tel ou tel sondage qui donnerait un François Hollande et/ou un Nicolas Sarkozy à 28,5% ou 29,5%: en baisse ou en hausse de 0,5% alors que son rival, lui, progresserait ou régresserait de 0,5%. La commission des sondages ne le dit pas aussi cash, mais c'est le sens de son rappel: avec une marge d'erreur de 4%, toute cette agitation à propos d'évolutions microscopiques de ces enquêtes d'opinion, cela n'a absolument aucun sens.

29/03/2012

Une semaine crasseuse

Semaine radieuse à Paris, en ce qui concerne la météo. Mais semaine affreuse, crasseuse, poisseuse, en termes de pollution atmosphérique. On en avait parlé lundi, et c'est de nouveau le cas ce jeudi: les seuils d'alerte risquent une fois de plus d'être dépassés dans le courant de la journée, en matière de pollution aux particules fines.

Ces derniers jours, la préfecture de police de Paris a beaucoup communiqué sur le sujet. Cela donne: 6173 véhicules contrôlés en région parisienne rien que lundi, 2461 infractions constatées pour non-respect de la vitesse de circulation réduite de 20 km/h, mais aussi pour infractions aux normes de pollution ou aux règles relatives au contrôle technique. Sur les quatre jours de mars ayant entraîné, avant lundi, des dépassements du seuil d'alerte de la pollution, plus de 20.000 véhicules ont été contrôlés, la moitié de leurs conducteurs ayant été verbalisés.

Si la préfecture communique à ce point sur le sujet, c'est parce que, au fur et à mesure que les pics de pollution se succèdent, elle est de plus en plus critiquée. Selon ses détracteurs, l'autorité qui représente l'Etat central dans la capitale brille par sa «passivité» et son «inaction» en la matière. La semaine dernière, le maire en personne avait piqué une colère contre le gouvernement. Cette semaine, ce fut autour des Verts. Munis de masques blancs et d'une banderole où l'on pouvait lire «Poumons en détresse», une cinquantaine d'élus et de militants écologistes parisiens ont (brièvement) bloqué la circulation rue de la Cité, sous les fenêtres de la préfecture.

Selon un spécialiste qu'on entendait sur une radio ce matin, les conséquences sanitaires dues à la pollution atmosphérique en région parisienne coûtent en moyenne... 6 mois d'espérance de vie à chacun de ses habitants.

Bienvenue dans la «Ville lumière».

28/03/2012

Une déclaration puérile

Langue française, Gouvernement, Personnalités, Institutions, Sarkozy, Juppé, Police, SécuritéHier matin, on croyait que cela allait passer, donc on avait parlé d'autre chose, dans ce blog. Mais non: 24 heures plus tard, elle ne passe toujours pas, cette petite phrase d'Alain Juppé. Donc parlons-en.

Le ministre des Affaires étrangères était interrogé à propos de Mohammed Benalel Merah, le père du tueur de Toulouse et Montauban, qui a dit vouloir porter plainte contre la France «pour avoir tué» son fils lors de l'opération menée contre lui par le Raid. Dixit donc Alain Juppé: «Si j’étais le père d’un tel monstre, je me tairais, dans la honte». Variantes, pendant toute la journée d'hier: le socialiste François Hollande, qui lui aussi trouve que le père de l'assassin aurait mieux fait de «se taire», ou Nicolas Sarkozy, qui a dit son «indignation» qu'une telle plainte contre l'Etat français puisse être envisagée, de la part du père d'un individu aussi abject et auteur de crimes aussi nauséeux.

Sur la forme, d'abord, les mots ont un sens. Soyons donc «précis», comme Nicolas Sarkozy n'arrête pas de le réclamer de la part des journalistes. Mohammed Merah n'est pas «un monstre». Ni «un diable», comme on l'a aussi entendu, hier. Les «monstres» et les «diables», laissons cela aux contes pour enfants. Dans un langage non puéril mais adulte, ce tueur était, en termes idéologiques, un extrémiste fanatisé. Et, en termes psychiatriques, un psychopathe. Ce qui, bien entendu, n'enlève rien au caractère monstrueux de ses crimes.

Sur le fond, rendre un père responsable des actes de son fils quand ces actes dépassent à ce point l'entendement, relèvent du fanatisme illuminé et/ou du désordre mental, on trouve cela péniblement puéril. De la part de responsables politiques, on est en droit d'attendre des réflexions dépassant le niveau de propos du café du commerce (les «enfants bien élevés», etc.).

Langue française, Gouvernement, Personnalités, Institutions, Sarkozy, Juppé, Police, SécuritéEt puis, qu'est-ce donc ce 2 poids, 2 mesures? D'un côté, à Paris depuis une semaine, la classe politico-médiatique s'interroge sur le déroulement de l'opération du Raid à l'issue de laquelle Mohammed Merah a été tué. On parle même d'une mission parlementaire d'information. Mais, d'un autre côté, à Alger, le père de l'intéressé, lui, aurait juste le droit de «se taire»? De ne pas poser de questions? De ne pas demander d'éclaircissements?

N'en déplaise à Nicolas Sarkozy, on trouve que ce ne n'est pas insulter la République que de demander des comptes sur les actes posés par ses corps d'élite: c'est à l'honneur de toute démocratie. Ce n'est pas douter a priori du professionnalisme du Raid que d'accepter que ses opérations fassent l'objet d'une enquête a posteriori. Ce n'est pas minimiser les crimes de Mohammed Merah ni souiller la mémoire de ses victimes que d'estimer que la France a tout à gagner à ce que les conditions de la mort du tueur soient éclaircies. En revanche, oui, refuser que la justice, en toute indépendance et impartialité, enquête sur cette mort-là, c'est prendre le risque de nourrir le soupçon qu'il y aurait des choses à cacher.

Ce qui n'empêche qu'on a parfaitement le droit, bien entendu, d'éprouver de «l'indignation» en constatant que le père du tueur, hier, n'a, que l'on sache, pas condamné les crimes de son fils. Pour cela, oui, il devrait avoir «honte».

Mais ne mélangeons pas tout. Même à moins d'un mois des présidentielles.

27/03/2012

Un slogan revisité

Elections présidentielles, Personnalités, Paris, Jeunes, Education, Langue françaiseJean-Luc Mélenchon, encore lui, à nouveau en vedette, ce mardi. Car, dans le dernier sondage Ipsos-Logica, publié ce matin, le tribun populiste progresse encore. Il est désormais crédité de 13% des voix (+1,5%). Sans doute est-ce notamment l'effet du succès de son grand rassemblement à Bastille, dimanche dernier.

Mélenchon, tiens. L'autre jour, dans notre onzième arrondissement, passant devant une ribambelle d'affiches vantant le candidat du Front de gauche, on tombe sur deux ados en arrêt devant sa bobine, et qui se grattent la tête. «Heu... Le verbe prendre, avec tu et à l'impératif, t'écris ça comment? Avec d ou ds, à la fin»?, entend-on l'un des deux demander à son copain. «Ds, je dirais. Mais pas sûr», hésite le deuxième. «Ds», leur confirme-t-on charitablement en passant, avant de poursuivre notre chemin. Vingt minutes plus tard, on repasse devant les affiches. Les deux gamins ont disparu. Le slogan emblématique du Mélenchon, «Prenez le pouvoir», a été rebaptisé au gros marqueur noir. Cela donne: «Prends DU FRIC!» Et ses affiches ont été maculées d'un énorme A en lettre capitale et entouré d'un cercle: la signature des anarchistes.

Les anars recrutent décidément bien jeunes, cette année – ces deux gamins n'avaient même pas l'âge d'être lycéens: tout juste collégiens. Et, au vu de leur maîtrise de la conjugaison, ils n'avaient pas encore tout lu de Bakounine ou de Proudhon.

Mais, qui sait, l'adage sur la valeur qui n'attend pas le nombre des années vaut-il aussi pour l'activisme.

26/03/2012

Un air (une fois encore) irrespirable

La chose est passée complètement inaperçue dans les médias ces dernières semaines, la campagne présidentielle et la tuerie de Toulouse ayant monopolisé l'actualité. Il n'empêche, à Paris au même moment, dans un registre beaucoup plus prosaïque et heureusement moins dramatique, un phénomène continue de prendre des proportions alarmantes.

On veut parler de la vague de pollution atmosphérique qui frappe en ce moment la capitale et sa région. Ces dernières semaines, jour après jour et quasi quotidiennement – et ce matin encore: voir ici – , les autorités chargées de surveiller la qualité de l'air ont dû déclencher la procédure d'alerte de la population, à cause du dépassement des seuils relatifs à tel ou tel polluant (les particules fines ou les poussières, le plus souvent). Ces alertes concernent au premier chef les personnes souffrant d'une pathologie chronique, les asthmatiques, les insuffisants respiratoires ou les cardiaques.

Vendredi, dans un communiqué énervé, le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, a sermonné le gouvernement. «Il est temps de passer de la parole aux actes. Depuis le début de l'année, le nombre de jours de pollution atmosphérique a dépassé les seuils d'alerte dans la métropole parisienne deux jours sur cinq. Face à cette situation, le gouvernement parle mais n'agit pas. C'est une illustration de la politique environnementale mise en œuvre depuis cinq ans, faite d'annonces jamais suivies d'effet». La capitale réclame notamment que, les jours d'alerte, la vitesse de circulation maximale autorisée soit baissée de 20 km/h et/ou que le trafic de transit des poids lourds soit interdit dans Paris intra muros.

Selon les relevés, en 2011, 2,7 millions d'habitants de la région parisienne ont été potentiellement exposés à des concentrations trop élevées de particules. C'est près de deux fois plus qu’en 2010. Quant à la pollution au dioxyde d'azote, elle touche 3,1 millions d'habitants, dont neuf Parisiens sur dix.

C'est cela aussi, la vie quotidienne dans la «Ville lumière»: pas tous les jours ni forcément reluisante, comme on le voit.

23/03/2012

Une ambiance pesante

Paris, Police, Sécurité, Immigration, Racisme, Histoire, EducationRue des Rosiers, au coeur du Marais juif. Le monde et l'animation commencent à revenir, a-t-on constaté ce matin. Ces derniers jours, en revanche, au moment et dans la foulée de la tuerie antisémite de Toulouse, il était vraiment frappant de constater combien l'ambiance était pesante jusque et y compris dans ce quartier de Paris.

Des rues beaucoup moins fréquentées qu'en temps normal. Des queues beaucoup moins longues que d'habitude devant les comptoirs à falafel. Des policiers qui patrouillent. Des riverains qui, par petits groupes, conversent à voix basse, la mine grave. Rue Pavée, à deux pas, on était passé l'autre jour devant la synagogue au moment où y prenait fin une cérémonie de mariage. Ni flonflons, ni coups de klaxon, ni ostentation: là aussi, des mines graves. A leur sortie de la synagogue, le soleil printanier resplendissait, les jeunes mariés étaient beaux comme des coeurs. Mais on voyait bien que l'heure était à la retenue dans l'expression de leur bonheur.

Triste et pesante aussi, l'ambiance jusqu'à hier aux abords des écoles de notre onzième arrondissement. Des policiers en armes pour surveiller l'arrivée et la sortie des écoliers dans le quartier Oberkampf/Saint-Maur. Quartier sensible: une mosquée, une école juive, etc. Des fourgons de police aussi dans le quartier Saint-Antoine, aux abords de l'église réformée protestante. Pas un policier, par contre, devant l'école catholique à Bastille. Rien que cette répartition géographique des forces de l'ordre placées en état d'alerte maximum rappelait le caractère odieusement stigmatisant des attentats de Toulouse.

Paris, Police, Sécurité, Immigration, Racisme, Histoire, EducationRue des Rosiers encore, pour terminer. C'est là qu'il y a trente ans, le 9 août 1982, avait été perpétré un attentat antisémite meurtrier. Une fusillade et une grenade lancée devant le fameux restaurant juif Goldenberg. Six morts, une vingtaine de blessés.

Le restaurant a fermé. Comme tant de lieux symboliques de la mémoire juive du Marais, il a été remplacé par une boutique de fringues – une de plus. Mais la plaque commémorative en mémoire de cet attentat antisémite figure toujours sur l'immeuble.

Trente ans plus tard et particulièrement cette semaine, cela apparaît comme étant vraiment la moindre des choses.

22/03/2012

Une grande forme

Une matinée avec Marine Le Pen. Trop chouette. Au saut du lit, d'abord: en écoutant l'énième matinale radio dont elle était l'invitée. Puis, hop, un rapide saut au bureau et le métro illico: pour, cette fois, rencontrer l'intéressée de visu. Ce matin, la candidate et présidente du FN était reçue par la presse étrangère basée à Paris.

On a pu le constater: elle est en grande forme. Pendant près de deux heures, sans une pause ni une note ni une hésitation ni un mot bafouillé, elle a débité son discours bien rôdé avec une impressionnante pugnacité. Et sans du tout se démonter quand des questions assez sèches lui étaient posées, par des confrères de médias de pays arabes. Bravache, devant une centaine de représentants de médias du monde entier, la frontiste a descendu en flammes une France qu'elle a décrite comme, en gros, gouvernée par un pouvoir corrompu et mou, inconscient que les barbus sont partout, voire complaisant avec eux.

«Quand je serai Présidente de la République...» Marine Le Pen a commencé plusieurs fois ses phrases de la sorte. A ces moments, le plus instructif était de constater que, dans l'assistance, personne ne pouffait de rire.

A Paris à la mi-avril 2002, Jean-Marie Le Pen avait lui aussi rencontré la presse étrangère. Ce jour-là, il lui avait notamment assuré que, sur foi de sondages privés qu'il détenait, il serait présent au second tour. Le dimanche qui avait suivi, le 21 avril 2002, il avait devancé Lionel Jospin. Dix ans plus tard, ce jeudi matin, l'anecdote a été narrée à sa fille. Qui y a réagi ainsi: «D'après mes informations, les trois candidats en tête des sondages (Nicolas Sarkozy, François Hollande et elle) sont, en fait, beaucoup plus proches les uns des autres qu'on ne le dit...»

On verra ça le 22 avril. Dans un mois, pile. On verra ça, ou pas.

21/03/2012

Une stupéfiante différence de traitement

Médias, Télévision Journalisme Stupéfaction à la vue d’un sujet du 20 Heures de TF1, mardi soir. Un sujet à propos de la minute de silence qui a été observée le matin même dans toutes les écoles de France, en hommage aux quatre personnes assassinées lundi dans une école juive de Toulouse.

 

Après des plans montrant cette minute de silence, tournés dans différentes écoles du pays, le sujet donnait la parole à quelques-uns des élèves qu’on venait de voir. Les enfants des écoles publiques apparaissaient naturellement à l’image: témoignaient à visage découvert. Mais les écoliers filmés dans les écoles juives, eux, étaient présentés de manière à ne pas être reconnaissables: filmés de dos, en plongée, avec des plans cadrés sur une partie seulement de leur visage, etc.

 

Pourquoi cette différence de traitement? Différence dans la manière de présenter à l’écran un enfant interviewé, selon qu’il appartient à telle ou telle communauté? Différence que, cela dit, on n’a vue nulle part ailleurs qu’au 20 Heures de TF1 – mais peut-être cela nous a-t-il échappé.

 

Soit ce sont les écoliers juifs interviewés et/ou leurs parents et/ou leurs enseignants qui, mardi matin, ont demandé à l’équipe de TF1 que leurs visages soient filmés et cadrés de manière à ne pas être identifiables. Auquel cas, cela aurait dû être dit aux téléspectateurs. Et développé journalistiquement. Car, dans le contexte actuel, ce ne serait pas une mince information que des membres de la communauté juive de ce pays ne souhaitent plus, par peur par exemple, apparaître et être reconnus comme tels dans le JT le plus regardé de France.

 

Médias, Télévision Journalisme Soit cette différence de traitement résulte d’une initiative prise par le journaliste de TF1, son cameraman et/ou leur rédaction en chef. Le cas échéant, cela aurait dû être expliqué aux téléspectateurs. Et justifié. Car ce choix rédactionnel serait tout sauf léger, dans ce pays et dans le climat actuel qu’il connaît.

 

Mardi soir, les millions de téléspectateurs du 20 Heures de TF1 qui ont pu, comme nous, s’interroger sur une telle différence télévisuelle de traitement entre enfants n’ont pas eu droit au moindre mot d’explication de de Laurence Ferrari.

 

On en est encore stupéfait.

20/03/2012

Une marche silencieuse

Plusieurs milliers de personnes ont participé lundi soir, dans le onzième arrondissement de Paris, à une marche silencieuse en hommage aux quatre victimes de la fusillade survenue le matin même devant une école juive de Toulouse. Organisée à l'initiative de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), la manifestation est partie de la place de la République en début de soirée, à l'issue de la cérémonie qui venait de se tenir dans une synagogue toute proche.

Assez incompréhensiblement, s'agissant d'une manifestation qui avait été annoncée dès le milieu de l'après-midi, la préfecture de police n'avait pas totalement interdit la circulation sur le boulevard du Temple. Le cortège s'est donc élancé en plein milieu du trafic, dans une certaine confusion. Assez rapidement, les troupes de l'UEJF ont été devancées par les jeunes radicaux de la très controversée Ligue de défense juive(LDJ). Brandissant les drapeaux de leur organisation – un poing serré dans une étoile noire sur fond jaune –, ces jeunes militants ont squatté la tête du cortège. «Notre place est ici!», a justifié un de leurs leaders: «Car nous, la LDJ, on est toute l'année dans la rue, à la pointe du combat contre l'antisémitisme!»

Plusieurs de ces jeunes étaient visiblement très remontés. Quelques-uns arboraient la tenue traditionnelle du casseur (casques de moto, cagoules, ou visages masqués), voire étaient accompagnés de molosses. Il n'en a pas fallu plus pour faire monter la tension. Les propres leaders de la LDJ ont eu toutes les peines du monde à ralentir leurs troupes, qui accéléraient le pas au fur et à mesure que l'on se rapprochait de Bastille. A un moment, boulevard Beaumarchais, les (nombreux) policiers en civil ont semblé dépassés par la situation. Nombre de jeunes manifestants exprimaient ouvertement leur écoeurement. «Le type, il a pris la petite (fille) par les cheveux et lui a mis une balle en pleine tête! Mais comment c'est possible, ça!», s'indignait un manifestant. «Après ce qu'ils avaient déjà fait à Ilan Halimi!», renchérissait un autre. En référence au jeune juif parisien qui, en 2006, fut enlevé, séquestré, puis torturé à mort dans une cave de banlieue, par le «Gang des Barbares».

Dans le reste du cortège, moins tendu, régnait un silence impressionnant. Les drapeaux français côtoyaient les drapeaux israéliens. A peine l'une ou l'autre banderole, mais aux slogans éloquents: «En France, on tue des noirs, des juifs et des arabes», ou «Juifs assassinés, République en danger». «On a touché à quelque chose d'extrêmement important: les enfants», commentait l'écrivain Marek Halter. Qui évoquait le souvenir personnel qu'il avait gardé des attentats anti-juifs meurtriers des rues Copernic et des Rosiers, à Paris au début des années 80. «A l'époque, on avait accouru sur place. On s'était dit que cela n'arriverait plus jamais. C'est pour cela qu'il faut être vigilant. Parce que les hommes ne sont que des hommes».

Le cortège arrivé place de la Bastille, des jeunes coiffés de la kippa ont allumé des cierges et les ont fixés sur les grilles entourant le socle de l'immense colonne commémorant la révolution de 1830. Un rabbin les a rejoints. Il a psalmodié une prière en hébreu, la foule scandant des «Amen» à intervalles réguliers. Mais, après quelques minutes, le religieux s'est interrompu, les larmes aux yeux. «Je suis ému, excusez-moi», a-t-il balbutié, avant de s'en aller.

19/03/2012

Une «insurrection»

Elections présidentielles, Personnalités, ParisBigre. Hier, notre quartier Bastille a donc été le théâtre d'«une insurrection», d'«une révolution» carrément. Une «insurrection civique» et une «révolution citoyenne», avait-il été précisé, tout de même. Mais que voilà des termes historiquement forts. Bientôt, pour enflammer les foules dans cette campagne présidentielle finalement assez morne voire morose, en viendra-t-on à envisager que le sang coule – ou autres métaphores viriles et guerrières du même acabit?

Dimanche après-midi, donc, notre bonne vieille place de la Bastille a été assez spectaculairement pavoisée de rouge, aux couleurs du Front de gauche. Plusieurs dizaines de milliers de sympathisants et militants de ce parti y ont acclamé son candidat à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon. Auparavant, ils avaient manifesté depuis la place de la Nation, scandant notamment «Résistance!» – bigre: là encore, un terme pas anodin. «Nous sommes le cri du peuple!», a lancé le tribun à ses partisans.

Elections présidentielles, Personnalités, ParisMélenchon, qui serait donc «la révélation» de cette présidentielle de 2012, décrètent à l'unisson les médias français. Qui, à chaque présidentielle, adorent décerner pareil titre, comme si on était aux Césars ou aux Oscars.

Ainsi, en 2007, «la révélation» avait été le centriste François Bayrou: il avait entamé sa course à l'Elysée avec les sondages le créditant de 6% des intentions de vote, et avait fini à 18,5% des suffrages. En 2002, on avait eu droit à deux «révélations» pour le prix d'une. Le souverainiste Jean-Pierre Chevènement, d'abord: pendant des semaines, les sondages le présentèrent comme le «troisième homme», mais il termina à un très modeste 5%. Le jeune facteur trotskiste Olivier Besancenot, ensuite. Complètement inconnu du grand public au début de la campagne, il devint la coqueluche des médias et finit par recueillir près d'1,5 million de voix (4%).

Que sont devenues toutes ces «révélations»?

Elections présidentielles, Personnalités, ParisEn 2012, François Bayrou est une fois de plus candidat à la présidentielle, mais il peine à faire aussi bien qu'en 2007, et est crédité d'un score final moindre qu'il y a cinq ans. Olivier Besancenot a abandonné la scène politico-médiatique nationale, à laquelle il a préféré le militantisme de terrain. Et le vieux Jean-Pierre Chevènement ne sort de son formol qu'à chaque pré-campagne électorale: il négocie avec le PS quelques strapontins pour les siens, puis retourne paisiblement se coucher jusqu'à l'élection suivante.

Du coup, serait-on Jean-Luc Mélenchon qu'on ne serait pas trop rassuré d'être ainsi désigné «révélation» de la campagne de 2012. S'il a une trajectoire semblable à celle de ses prédécesseurs de lauréats, ses lendemains vont déchanter.

16/03/2012

Une réputation injustifiée, l'autre pas

Puisqu'on parlait des femmes hier, un des clichés qui leur collent à la peau, en France comme ailleurs, est le fait qu'elles conduiraient mal, et nettement plus mal que les hommes. Et bien non. La préfecture de police de Paris l'a confirmé, dernièrement: «Les statistiques prouvent qu’il faut en finir avec l’adage "Femme au volant, la mort au tournant"».

Des chiffres? Les femmes représentent la moitié des conducteurs, mais «elles occasionnent en moyenne trois fois moins d’accidents que les hommes». Pour preuve, à Paris ces cinq dernières années, ce sont des hommes, et non des femmes, qui ont été responsables de la majorité des accidents causés à la fois à des scooters ou motos (86%), à des vélos (70%), et à des voitures (75%).

En revanche, la proverbiale incivilité des automobilistes parisiens, elle, ne relève pas du cliché.

C'est ce qu'a encore confirmé une enquête réalisée il y peu par «Auto Plus», sur la façon de conduire dans dix villes de l'Hexagone. En est sorti un classement (voir ici, notamment) allant de la ville «la plus cool» du pays à la ville «la plus inhospitalière» en termes de conduite automobile. Le résultat «ne tord pas vraiment le cou aux clichés, au contraire», reconnaît le magazine. Ainsi, «la conduite à Lille, ville réputée pour sa chaleur humaine, a été de tout repos». «A l'inverse, sur la côte méditerranéenne (Marseille et Nice) et à Paris, sauve-qui-peut!» La capitale et les deux villes méridionales se partagent donc le podium de l'incivilité routière. Dans la «Ville lumière», à en croire cette étude, les conducteurs se soucient très peu des piétons, refusent souvent aux autres automobilistes de changer de file, et ne sont pas «relax au feu» – en clair: klaxonnent dès que le feu passe au vert.

On n'est plus motorisé, depuis qu'on habite à Paris – ville où moins d'un habitant sur deux, désormais, possède une voiture. Mais, comme par hasard, ils nous semblent assez familiers, les comportements que prête cette étude aux automobilistes parisiens.

15/03/2012

Un palmarès, pénible

Femmes, Personnalités, Activisme, Strauss-KahnOn parlait des femmes jeudi dernier, à la faveur de la Journée internationale du 8 mars. Mais on n'a pas encore eu l'occasion d'évoquer le prix qui a été décerné à l'occasion de cette Journée: le Prix du «Macho de l'année», que remet tous les 8 mars la remuante association féministe «Les chiennes de garde». Une fois de plus, ce palmarès donne une image peu reluisante, voire franchement déprimante, de la manière, préhistorique, dont certains hommes conçoivent et vivent leur masculinité: en sombrant dans le machisme et le sexisme crétins.

Le journaliste Jean-François Kahn, bien sûr, figure parmi les lauréats. Lui qui, avant de se confondre en excuses, avait comparé à un «troussage de domestique» le comportement de Dominique Strauss-Kahn envers Nafissatou Diallo. «Quelle banalisation du mépris pour les femmes et le féminin! Ces déclarations relèvent de la violence machiste ordinaire», estime l'association.

Récompensé également, l'ancien footballeur Eric di Meco. En octobre dernier, interrogé sur une radio à propos des accusations de harcèlement sexuel portées contre des joueurs de l'équipe de rugby d'Angleterre, il avait eu ces mots: «On a tous fait des horreurs. Ça soude le groupe. La vie de groupe, c'est d'aller sortir le chichi à la femme de ménage. On est trois, on rigole».

Femmes, Personnalités, Activisme, Strauss-KahnEnfin, le macho de l'année est un créateur de sites internet. Parlant de Tristane Banon, qui avait accusé DSK de tentative de viol, il n'avait rien trouvé de mieux que de faire ce commentaire: «La seule façon pour qu’elle la ferme, c’est la violer». Et «Les Chiennes» de s'effarer: «Cette phrase est révélatrice d’une pensée qui considère le viol comme un instrument punitif. Elle minimise le viol, alors que 75 000 femmes sont violées tous les ans en France».

En effet: tout cela absolument, et péniblement, pitoyable.

14/03/2012

Un ton assez juste

Ce matin, en direct sur une radio, Nicolas Sarkozy était invité à réagir au dramatique accident de la route qui, en Suisse hier soir, a coûté la vie à une vingtaine d'enfants belges, de retour de classe de neige. Il l'a fait sur un ton assez juste, a-t-on trouvé en l'écoutant.

«Je voudrais, en tant que Président de la République, dire toutes nos condoléances à nos amis belges. Imaginons ces familles, leur douleur... Il n'y a pas de drames plus épouvantables». Et de relever que ce genre de drame humain relativisait vraiment tout le reste: toute l'actualité par ailleurs, toutes ses péripéties continuelles, toutes ses hystéries du moment, et particulièrement en France ces temps-ci, évidemment – voir l'agitation quotidienne, dans ce pays, à propos du point en plus ou en moins gagné ou perdu par tel ou tel, dans tel ou tel sondage, etc. Dans un sens, c'est évidemment très compréhensible, mais, dans un autre, tout cela est vraiment très très dérisoire.

13/03/2012

Un «coup de tonnerre»

Elections présidentielles, Personnalités, Hollande, Sarkozy«REVONS, C'EST L'HEURE...», nous invite ce pochoir étoilé, qu'un artiste de rue a apposé sur un mur de notre quartier Bastille. Sans doute doit-il refléter l'état d'esprit régnant ce matin chez les partisans de Nicolas Sarkozy. Puisque, pour la première fois hier soir, un sondage a donné le Président-candidat vainqueur du premier tour de la présidentielle, dans 39 jours. C'est «un coup de tonnerre dans la campagne», selon «Paris Match», qui le publie ce matin. Cette étude Ifop crédite Nicolas Sarkozy de 28,5% des intentions de vote (+1,5%), contre 27% pour François Hollande (-1,5%). Jusqu'à présent, et de manière interrompue depuis son investiture, en octobre 2011, le socialiste avait toujours été donné gagnant du premier tour.

Les sarkozystes auront d'autant plus la tête dans les étoiles que, d'après les enquêtes d'opinion, l'électorat accueille de manière pareillement favorable les propositions contre «l'Europe-passoire» faites par leur mentor dimanche, lors de son monumental meeting de Villepinte.

Sûr, cependant, que les stratèges de campagne du Président, eux, attendront tout de même encore un peu avant de se mettre à rêver. Les autres instituts de sondage, ces prochains jours, seront-ils à l'unisson de l'Ifop? Ce ne serait pas la première fois qu'ils divergent, lors de cette campagne. Du reste, outre le fait que les indications fournies par les enquêtes d'intentions de vote n'ont pas forcément de valeur prédictive sur le résultat le Jour J, Nicolas Sarkozy est toujours donné largement battu au second tour.

12/03/2012

Une faute de goût

C'est certainement un détail par rapport à l'ampleur de la mobilisation du camp sarkozyste dimanche – ils ont été plusieurs dizaines de milliers à acclamer leur champion en meeting à Villepinte, aux portes de Paris. Mais, 24 heures après, on est toujours effaré par ce dérapage, donc on en parle.

C'était avant même le commencement de ce meeting monumental. Hier matin, sur une radio, un hiérarque de l'UMP – dont, par charité, on taira le nom: ne pas tirer sur l'ambulance – avertissait la gauche qu'une contre-attaque d'anthologie venait d'être lancée contre elle, par la droite. Et, pour en convaincre l'auditeur moyen, d'avoir recours à une image. Selon lui, c'est carrément «un tsunami» qui, d'ici au premier tour, dans 41 jours, va s'abattre sur les anti-sarkozystes.

«Un tsunami», donc. Terme utilisé un 11 mars 2012. Soit le jour même où le monde commémorait la catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2011, et honorait la mémoire de ses 20.000 victimes. En entendant une métaphore aussi péniblement déplacée, on était pantois.

09/03/2012

Un face-à-face

C'était hier soir, place de la Bastille, en marge et au terme des cortèges tenus à Paris dans le cadre de la Journée de la femme. Deux camps opposés de manifestantes ont terminé en chiens de faïence, face-à-face, se défiant avec pugnacité.

D'un côté, les féministes que l'on appelle abolitionnistes. Pour le dire vite, elles veulent voir la prostitution interdite car, selon elles, c'est le symbole par excellence de la marchandisation des corps et de l'exploitation de la femme. Selon ce point de vue, le fait qu'il y ait transaction financière entre clients et prostitué(e)s rend automatiquement impossible l'exercice libre et consenti, par les intéressé(e)s, de cette activité. De l'autre côté, des prostitué(e)s et des féministes opposées à la pénalisation du racolage et à la mise à l'amende des clients de la prostitution. Pour résumer, selon ce point de vue, il faut certes lutter contre les exploiteurs proxénètes et autres mafias du sexe, mais la liberté de disposer de son propre corps inclut l'exercice libre et consenti de la prostitution. La répression de cette activité ne fera que précariser et insécuriser encore un peu plus les «travailleurs du sexe», qui devraient être reconnus comme des travailleurs comme les autres.

Cela fait des années, voire des décennies, que le mouvement féministe français se déchire sur cette question. A Bastille hier soir, on en a eu une parfaite illustration.

Pendant les quelques dizaines de minutes qu'a duré ce face-à-face, les manifestant(e)s des deux camps ont rivalisé de slogans antagonistes. D'un côté, c'était «Ni à vendre, ni à prendre: le corps des femmes n'est pas une marchandise!». De l'autre, c'était «Où, quand, comment, combien je prends: le choix me revient, mon corps m'appartient!» Ou «Fières d'être putes!» Ou «Liberté de parole pour les travailleurs du sexe!»

Hier soir, de guerre lasse, les abolitionnistes ont fini par laisser tomber: ont laissé la place de la Bastille aux «travailleurs du sexe» et à leurs défenseurs. Leur reculade ne fait toutefois pas oublier que le camp abolitionniste a remporté une grande victoire politique, lors de cette législature qui s'achève. L'Assemblée nationale, en effet, a voté une résolution UMP-PS réaffirmant notamment que «la non-patrimonialité du corps humain est l’un des principes cardinaux de notre droit et qu’il fait obstacle à ce que le corps humain soit considéré, en tant que tel, comme une source de profit».

08/03/2012

Un manque de panache

Femmes, Activisme, Elections présidentielles, Personnalités, Hollande, Strauss-Kahn, Parti socialisteLe prince de l'esquive. Le roi de l'évitement. Le futur Président de l'accommodement et du renoncement permanents. C'est un des portraits que la droite dresse de François Hollande. Au vu des sondages, l'opinion n'a pas l'air de trop croire à cette description. Mais hier soir, en tout cas, le candidat socialiste à l'Elysée n'a pas saisi l'opportunité qui s'offrait à lui de nuancer ce portrait peu flatteur. En faisant preuve de panache.

C'était à La Cigale: la salle de spectacles du 18ème arrondissement de Paris. On y était, et on a trouvé que c'était assez instructif sur le tempérament de l'intéressé.

En cette veille de la Journée du 8 mars, un collectif d'associations féministes avait invité les présidentiables à venir présenter aux femmes le volet de leur projet les concernant. Le populiste Jean-Luc Mélenchon s'est prêté à l'exercice, comme l'écologiste Eva Joly et l'anticapitaliste Philippe Poutou. Dès que François Hollande ouvrit la bouche, ce fut l'incident. «DSK!», «DSK!», «DSK!» Des féministes radicales, d'un mouvement né dans la foulée des «affaires Strauss-Kahn», tentèrent de déployer une banderole, et balancèrent des brassées de tracts. Tracts où l'on pouvait notamment lire l'une ou l'autre petite phrase prononcée par François Hollande au moment de cette sordide actualité. Son «Tout cela n'est pas une affaire politique, cela n'implique pas le PS», ou son «DSK fait partie des voix que l'on veut entendre».

Le candidat socialiste aurait pu en profiter pour crever l'abcès de cette vilaine affaire. Qui, au PS, donna lieu à tant de remarques déplacées envers les femmes, à tant de commentaires complaisants envers DSK. Mais non, rien. François Hollande fit semblant de n'entendre ni les sifflets, ni les huées, ni les trois initiales fatales. Il fit mine de pas voir que les trublionnes étaient expulsées sans ménagement de la salle. Il continua à discourir, comme si de rien n'était.

femmes,activisme,elections présidentielles,personnalités,hollande,strauss-kahn,parti socialistePolitiquement, dans le chef d'un candidat socialiste dont le propre état-major de campagne comprend nombre de strauss-kahniens, c'était certainement très prudent. Surtout ne pas s'étendre sur le sujet qui fâche, surtout ne pas rouvrir les plaies, surtout faire comme si, oui oui, elles sont désormais cicatrisées.

Cependant, en observant l'homme au moment de cet incident, on trouvait que, humainement, il manquait fameusement de cran.

07/03/2012

«Une tuerie» à venir?

Toutes les télés de France, hier soir, en ont évidemment fait leurs choux gras. Les députés qui étaient présents à l'Assemblée nationale dans l'après-midi ont passé le plus clair de leur temps... à se photographier. En effet, c'était la dernière séance de la législature. Du coup, toutes celles et ceux qui ne sont pas certain(e)s d'être réélu(e)s aux législatives de juin ont hier, dans l'hémicycle, sorti leur smartphone. Pour, par précaution, immortaliser leur présence dans ces honorables travées – ce sera joli, dans l'album-photos familial.

A en croire les échos, nombre d'élus de la majorité sarkozyste ne donnent pas cher de leur peau. «Ça va être une tuerie!», aurait même confié l'un d'eux (ici) hier. Avant de prédire qu’un tiers seulement des 317 députés UMP sortants retrouveront leur siège, fin juin.

On verra. En attendant, c'est l'heure du bilan du travail législatif accompli.

Très exactement 264 lois ont été votées, ces cinq dernières années. Mais toutes sont-elles bien entrées en application? Bonne question. «Nous en sommes, à ce jour, à 88,2% des décrets d’application (des lois) publiés», s'est félicité, hier, le ministre des Relations avec le Parlement. «Il reste encore 34 mesures en instance. Au mois d’avril, nous aurons pris 90% des décrets d’application de toutes les lois votées depuis 2007. C’est le meilleur résultat obtenu par un gouvernement depuis le début de la Ve République».

Au moins ils trouveront là un motif de consolation, tous ces députés qui seront sanctionnés par l'électorat, dans trois mois. Sans doute, pour elles et eux, est-ce déjà cela.

06/03/2012

Un déguisement

Elections présidentielles, Perosnnalités, Sarkozy, Hollande, HumourA défaut d'être en tête des sondages pour l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy figure au moins en bonne place dans... la vitrine du magasin de farces et attrapes de notre quartier Bastille.

Il y a plusieurs semaines déjà qu'on avait vu cela, dans ce commerce du boulevard Beaumarchais, mais on a remarqué ce matin que cela y figurait toujours. Au milieu des masques de carnaval, des serpentins, des boas et des cotillons, trône une parure d'un personnage intitulé «Mister Bling Bling». Elle comprend, outre un masque à l'effigie de l'hôte de l'Elysée, d'inévitables lunettes solaires imitation Ray-Ban.

Jusqu'à la fin de son quinquennat, décidément, et au-delà des postures électorales du moment (le candidat du «peuple», etc.), le Président sortant aura traîné comme un boulet l'image qu'ont donnée de lui les frasques de son début de mandat: le dîner au «Fouquet's» avec les plus gros revenus du CAC 40, le séjour sur le yacht «Paloma» du milliardaire Vincent Bolloré, etc.

Juste: si les chiffres de vente de ce masque de «Mister Bling Bling» sont à la hauteur de la popularité de l'intéressé, notre commerçant du boulevard Beaumarchais ne fait pas de bonnes affaires.

Elections présidentielles, Perosnnalités, Sarkozy, Hollande, HumourCommerçant qui, pour appâter le client, a aussi mis en vitrine un masque à l'effigie de François Hollande. Parmi les déguisements de carnaval, le candidat socialiste trône, lui, souriant. Et il n'est affublé d'aucun sobriquet dénigrant.

Mais sûr que, s'il est élu en mai, il n'échappera pas davantage que son prédécesseur aux caricatures, dans les magasins de farces et attrapes et partout ailleurs. Sans doute est-ce la rançon de la gloire: le prix à payer pour le pouvoir.

05/03/2012

Une perception toujours aussi négative

L'avis des Français sur la campagne présidentielle en cours: d'un mois à l'autre, décidément, cela ne s'arrange pas.

Dès janvier (relire ici), plus de sept sondés sur dix (72%) se plaignaient que cette campagne n'apporte pas de réponses concrètes à leurs préoccupations majeures, essentiellement d'ordre socio-économique (chômage, etc.). En février (là), nouveau jugement négatif: 59% des Français considéraient que cette présidentielle ne donnait pas lieu à une campagne de qualité. Confirmation hier, si besoin en était: en mars, le jugement de l'opinion sur cette campagne continue d'être négatif.

Pour preuve, ce sondage (ici) publié dimanche. Certes, pour une majorité d'électeurs (64%), la campagne aborde des sujets intéressants. Mais moins d'un électeur sur trois (32%) considère que, ce faisant, des réponses sont apportées aux problèmes des Français; en revanche, 68% des sondés sont de l'avis inverse. Quant à l'espoir pour l'avenir que pourrait apporter cette campagne élyséenne, il n'est pas au rendez-vous pour 66% des électeurs. Un nombre encore plus élevé de Français (70%) juge que la compétition électorale se déroule dans un climat qui n'est ni sain, ni respectueux.

Cette insatisfaction persistante à l'égard de la campagne est telle que certains analystes entrevoient déjà (là) un fort taux d'abstention les 22 avril et 6 mai prochains. Si leur pronostic se confirme, ce serait un changement majeur par rapport à la dernière élection présidentielle en date, en 2007. Pour rappel, celle-ci avait connu un taux de participation extrêmement élevé: 83,77% au premier tour, 83,97% au second.

Il y a cinq ans, plus de 37 millions d'électeurs avaient pris part à chacun des deux tours du scrutin. Beaucoup moins cette année? Réponse bientôt: dans moins de 50 jours, désormais.