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29/06/2012

Un hommage, une réparation

Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Cela s’est passé le jour de la Fête de la musique, à Paris. Dans le 18ème arrondissement, a été inauguré un square au nom d’Alain Bashung. Avant sa mort, en mars 2009, l’auteur d’«Osez Joséphine» et de «Ma petite entreprise» habitait une ruelle pas loin du quartier populaire de la Goutte d'Or. Cet espace vert de 1500 m2 honore donc, désormais, sa mémoire.

 

C’est un hommage que Paris lui fait, mais on peut aussi le voir comme une sorte de réparation. En 2009, en effet, un pénible sort avait été réservé à la sépulture du chanteur, au Père Lachaise.

 

A l’époque, la mairie de Paris a moins communiqué sur cette question-là, mais, après l’enterrement fastueux, qui avait été retransmis sur écran géant, le caveau du défunt s’était réduit, pendant des semaines, à de vulgaires et très anonymes plaques de béton. Chloé Bashung, sa veuve, avait dû saisir le Tribunal de grande instance pour que l’entrepreneur de pompes funèbres consente à poser, sur la  sépulture, la stèle qui lui avait été commandée et payée. Auparavant, toutes les mises en demeure que lui avait adressées la famille étaient restées sans réponse. Chloé Bashung, «atterrée et attristée» que «la mémoire d'Alain (soit) bafouée, trahie», n’avait eu d’autre choix que d’alerter les médias et de saisir la justice, pour que le différend soit réglé.

 

Ce n’est dorénavant plus qu’un mauvais souvenir. Outre une sépulture digne, l’artiste disparu a désormais un lieu qui rappelle à tous son talent.

15:03 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, musique, paris

28/06/2012

Un aléa du matin

Métro, Transports, Paris, Police, SécuritéA Paris, on connaissait déjà les pousseurs du métro: les malades qui précipitent les gens sur les voies, à l'approche du train. Ou les voleurs à la tire de smartphones: ils ont beaucoup sévi, ces dernières années. A en croire la préfecture de police, il faut désormais compter aussi avec une autre sorte de malandrins. Qu'on pourrait appeler... les détrousseurs du petit matin.

Pour preuve, ce récit de la préfecture.

«Les 23 et 24 juin, aux alentours de 7h dans le métro parisien, des policiers de la sous-direction régionale de police des transports ont interpellé quatre individus alors qu’ils faisaient les poches d’usagers endormis. Une recrudescence de vols commis lors de l’ouverture du métro avait été constatée, ces dernières semaines. Les victimes, somnolentes, se voyaient dérober leurs effets: téléphones, portefeuilles, numéraires… et ce principalement dans les stations du nord de la capitale. Grâce à la mise en place de dispositifs spécifiques, les policiers ont donc interpellé deux hommes au niveau du quai de la station Pigalle (18ème) ainsi que deux autres le lendemain, dans une rame de la ligne 7 en direction de la station Opéra (9ème) alors qu’ils s’en prenaient à des hommes endormis».

A Paris y compris, donc, on vit dans un monde de brutes. On n'y a même pas la paix pendant les rares moments où, grâce au sommeil, l'on peut s'échapper de la dure réalité quotidienne.

Métro, Transports, Paris, Police, SécuritéOn compatit d'autant plus à l'infortune des détroussés que les usagers des premiers métros ou RER sont généralement les plus pauvres des Parisiens. Pas les privilégiés, qui habitent et travaillent au centre-ville. Mais, par exemple, ceux qui nettoient les bureaux au petit jour, avant l'arrivée des premiers employés. Ceux qui prennent leur service dès l'ouverture des magasins. Ceux qui travaillent à horaires décalés (aux aéroports de Roissy ou d'Orly, par exemple). Et les innombrables banlieusards qui, pour bosser, doivent se taper chaque jour et deux fois par jour d'interminables trajets en transports en commun.

Cela dit, pour parvenir à s'endormir dans et malgré le chahut permanent du métro, pour, en plus, ne pas se rendre compte qu'on vous fait les poches, il faut vraiment être exténué. Ce qui, on l'imagine, doit être fréquemment le cas de ces usagers les plus matinaux de la RATP.

27/06/2012

Un effet d'entraînement?

Le début des soldes d'été, ce mercredi en France. A Paris, cela a été la ruée dans les grands magasins dès... 8 heures du matin.

On l'écrivait hier: décision de justice oblige, il n'y aura pas de nocturnes exceptionnelles cet été, ni au BHV, ni aux Galeries Lafayette-Haussmann. Et pas non plus au Printemps? L'info circule (ici, notamment), depuis 24 heures. Le groupe Galeries Lafayette aurait décidé d'étendre à cette enseigne aussi le jugement rendu par le tribunal. Jugement qui aurait donc un effet d'entraînement. Le groupe aurait également convenu de ne pas faire appel. Cependant, les horaires d'ouverture du Printemps-Haussmann pour cette semaine () annoncent toujours des nocturnes ces jours-ci: jusqu'à 21, voire 22 heures.

En tout cas, ce qui est frappant depuis le début de la semaine, c'est la grande discrétion médiatique, sur ce sujet, du géant du commerce français qu'est le groupe Galeries Lafayette.

Qui sait ses communicants ont-ils estimé que faire du bruit dans le médias sur des questions aussi prosaïques que les horaires de travail ou les grilles salariales risquait de faire de l'ombre (un peu) à leur campagne de com' – elle très massive, comme à chaque fois – sur l'ouverture des soldes. Qui sait ont-ils jugé qu'en termes d'image, il valait finalement mieux, pour une société se revendiquant (ici) «éthique, responsable et équitable», de ne pas trop s'étendre sur cette actualité juridico-syndicale.

26/06/2012

Un «coup de pouce», et un «coup d'arrêt»

Economie, Social, Justice, Paris, Art de vivre, LuxeCela déménage décidément, en ce moment, dans les grands magasins parisiens. Après l'agitation sociale de ces derniers jours relative aux bas salaires – dont on parlait hier –, la justice vient de prendre une décision qui va faire grimacer les Parisien(ne)s atteints de fièvre acheteuse.

Cela concerne les soldes, dont c'est l'ouverture cette semaine. Ces derniers temps, les grands magasins parisiens avaient tendance à repousser chaque fois un peu plus tard leurs heures de fermeture, pendant cette période. Ce qui permettait aux "shopping addicts" de, par exemple, faire les soldes jusque tard dans la soirée – jusqu'à minuit, parfois. Dans deux des grands magasins les plus fameux de la capitale, ce ne sera pas possible cet été.

Hier, en effet, le tribunal de grande instance de Paris a interdit au BHV-Rivoli et aux Galeries Lafayette-Haussmann d'étendre leurs horaires d'ouverture en soirée. Sous peine d'astreintes astronomiques: pouvant aller jusqu'à 100.000 voire 300000€. Les juges ont fait droit à la requête des syndicats du commerce parisien. Pour qui ces horaires d'ouverture à rallonge constituent «une dérive qui accroît la flexibilité du travail, pose des problèmes insolubles aux salariés, et nuit à leur santé». A leurs yeux, ce «coup d'arrêt pour les nocturnes dans les grands magasins» est particulièrement bienvenu, dans le cadre de l'«offensive des enseignes du commerce pour tenter d'imposer le travail de nuit».

Selon une employée d''un de ces deux grands magasins, qu'on entendait sur une radio ce matin, ces enseignes se livraient à «une concurrence sur le dos des salariés», concernant leurs horaires de fermeture. Ces nocturnes ne fonctionnaient qu'avec du personnel volontaire? «Oui, mais c'était vraiment du volontariat forcé. Quand vous êtes au Smic et que travailler la nuit vous rapporte 200 à 300€ de plus à la fin du mois, vous n'hésitez pas: vous n'avez pas le choix».

Economie, Social, Justice, Paris, Art de vivre, LuxeLe salaire minimum, on y revient. On l'annonçait hier, le gouvernement l'a officialisé ce matin: il sera revalorisé le 1er juillet: de 2%. Cela porte le «coup de pouce» – comme on dit en langage technocrate à Paris – à 0,6%. Puisque, de ces 2%, il faut déduire 1,4%, correspondant à l'inflation.

Pas sûr, du coup, que les 2,5 millions de travailleurs concernés auront les moyens d'aller faire flamber la carte bleue dans ces deux grands magasins, cet été – soldes ou pas, nocturnes ou non.

25/06/2012

Un (petit) coup de pouce

Quand l'actualité gouvernementale entraîne un petit tumulte sur le terrain parisien.

Cette semaine, le gouvernement tranche la question d'une augmentation éventuelle du salaire minimum (Smic). Une hausse d'environ 2% est envisagée. A 1398€ mensuels bruts le Smic (1000€ nets, en gros), cela représenterait une augmentation d'une dizaine d'euros par mois et par travailleur. Pas Byzance, donc. Mais sans doute est-ce déjà cela, dans le contexte ambiant. Cela dit, ce coup de pouce ne vaudra que pour les smicards travaillant à temps plein: tous ceux au temps partiel contraint seront moins revalorisés. Et, on l'oublie trop souvent: dans 15% des secteurs professionnels, en France, les salaires les plus bas sont inférieurs au Smic. Selon de récents chiffres officiels, 1,6 million de travailleurs – ce qui n'est tout de même pas rien – gagnent moins que le Smic.

Les grands magasins sont un de ces secteurs. C'est un des vieux combats des syndicats (voir ici, par exemple). Syndicats pour qui, «dans le commerce, la grande majorité des salariés sont cantonnés dans des niveaux de salaires très bas, constituant un des gros bataillons de travailleurs pauvres de notre pays».

Vendredi en fin d'après-midi, la question a troublé la quiétude consumériste habituelle d'un des grands magasins les plus connus de Paris: les Galeries Lafayette, boulevard Haussmann. En effet, les employés de cette enseigne ont manifesté pour des augmentations de salaires et l'amélioration de leurs conditions de travail. «Nous étions près de 300 grévistes à manifester dans le magasin, près du stand Louis Vuitton, et dans la rue de Provence: pour entraver l'arrivée des bus de touristes chinois, qui constituent 50% de la clientèle», s'est félicitée une déléguée syndicale – qu'on entendait sur une radio, vendredi soir.

Réclamer le salaire minimum. Devant des présentoirs de sacs à mains dont le prix de vente à l'unité, souvent, dépasse le montant mensuel d'un Smic...

22/06/2012

Une info «insuffisante ou inexistante»

Police, SécuritéA Paris, les anti-«big brother» ne désarment pas. Témoins, ces stickers vus en rue, dans notre 11ème arrondissement, appelant carrément – si on les comprend bien – à démolir les caméras de vidéo-surveillance.

On en compte quasiment un million, en France: 935000. C'est le chiffre qu'a donné hier la Commission de l'informatique et des libertés (CNIL), à l'occasion d'un rapport qu'elle a rendu public. On y découvre notamment qu'a explosé le nombre de contentieux à propos de ces dispositifs de surveillance. Ainsi, l'an dernier, chaque jour ou presque une plainte est parvenue à la CNIL: 360 demandes d'intervention en un an – c'est deux fois plus qu'en 2008, à titre de comparaison. En règle générale, de l'aveu même de la CNIL, une «clarification du régime juridique» s'impose. Et l'information du grand public en la matière reste «insuffisante ou inexistante». Ainsi, plusieurs signalements ont montré que des employeurs utilisaient ces caméras pour fliquer leur personnel. Cela s'est produit dernièrement à La Poste, par exemple.

D'où, les fiches de bonnes pratiques que la CNIL vient de sortir. Elles rappellent par exemple que «seules les autorités publiques (les mairies notamment) peuvent filmer la voie publique». En ce qui concerne les entreprises, elles «peuvent seulement filmer les abords immédiats de leurs bâtiments et installations: la façade extérieure par exemple, mais pas la rue en tant que telle». Quant aux particuliers, ils «ne peuvent filmer que l’intérieur de leur propriété», et «pas la voie publique, y compris pour assurer la sécurité de leur véhicule garé devant leur domicile». Dans un lieu de travail, les caméras peuvent contrôler les accès, mais elles «ne doivent pas filmer les employés sur leur poste de travail, sauf circonstances particulières (employé manipulant de l’argent, par exemple)». Dans les commerces, enfin, «des caméras peuvent filmer les zones de circulation et les zones marchandes à des fins de sécurité», mais «il est interdit d’installer des caméras à l’intérieur des cabines d’essayage ou dans les toilettes».

Cela paraît l'évidence même? Si un organe officiel prend la peine de rappeler ces interdictions, c'est qu'elle a pu constater que, sur le terrain, elles n'étaient pas évidentes pour tout le monde.

Ce n'est vraiment pas rassurant.

21/06/2012

Une première conséquence

Pour les Parisiens, c'est la première conséquence très concrète de l'alternance politique printanière au sommet de l'Etat. Le nouveau préfet de police de Paris vient de désavouer, assez spectaculairement, son prédécesseur: l'ancien préfet, qui était proche de Nicolas Sarkozy, et a été remercié par le nouveau pouvoir. Ce désaveu porte sur la manière dont les autorités gèrent la mendicité, dans la «Ville lumière».

En décembre (relire ici), l'ex-préfet de police avait étendu aux quartiers du Louvre et des grands magasins (Haussmann-Caumartin) l'arrêté qui, depuis plusieurs mois, interdisait toute mendicité sur les Champs-Elysées. La mesure avait fait soupirer la mairie de Paris et les associations. Qui y voyaient du pur affichage politique, dénué de la moindre efficacité pour réduire la misère. Six mois plus tard, virage à 180 degrés de la préfecture: le nouveau préfet vient de décider de ne pas reconduire ces arrêtés anti-mendicité. Ses services vont d'abord se livrer à un «bilan très approfondi» de leur efficacité, puis prendront une décision «en fonction de l'évolution de la situation sur le terrain». A la mairie de Paris, on est ravi (ici): avec ce genre de mesures, selon elle, «la mendicité se déplaçait plutôt qu'elle ne se résorbait».

Evidemment, la mise au frigo de ces arrêtés anti-mendiants ne réduira en rien le nombre de pauvres, dans Paris. Mais, qui sait, les autorités auront-elles à l'avenir moins tendance à se contenter de repousser cette misère chaque fois un peu plus loin des lieux-phares de la capitale, dans l'espoir de créer l'illusion qu'elle n'existe pas.

Sans doute est-ce déjà cela.

20/06/2012

Un exemple, qui sait

Femmes, Immigration, Institutions, Elections législatives, ParisElle est jeune, brillante, belle. Elle vient de Paris. On trouve qu’elle est l'exemple le plus visible de ces nouveaux députés issus de l'immigration, qu'on évoquait hier dans ce blog. Mardi, jour de rentrée des parlementaires, elle deviendra la première, et l'unique, députée noire et d'origine africaine.

 

La socialiste Seybah Dagoma a été élue haut la main (70% des voix), dimanche à Paris. Fille d'immigrés tchadiens, née à Nantes il y a 34 ans, elle a grandi à Sarcelles – pas la banlieue la plus favorisée de Paris. Puis a gravi un à un les échelons. Jusqu'à devenir adjointe au maire de Paris, Bertrand Delanoë: chargée de l'économie solidaire et sociale. Et avocate spécialisée en droit des affaires, dans un grand cabinet américain. Sa carrière professionnelle, elle va la mettre entre parenthèses ces cinq prochaines années, pour siéger à l'Assemblée.

 

Elle ne se reconnaît pas dans l'étiquette de représentante de «la diversité». Ne veut pas s'y laisser cantonner. Elle dit encore moins souhaiter «passer pour la nouvelle Rama Yade de gauche» – en référence à l'ex-secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme et aux Sports: icône ultra-métiatisée du sarkozysme jusqu'à sa disgrâce, puis sa rupture avec l'UMP. Seybah Dagoma, plutôt que de revendiquer une étiquette, veut contribuer à «mettre en place une politique de justice sociale, de progrès partagé et d'émancipation des individus».

 

L’anti-Rama Yade, Seybah Dagoma? Elle ne la ramène pas. A l’air d’être dans le registre de la modestie et de la retenue. Et dit qu’elle ne cherchera pas spécialement à attirer l’attention des médias. On verra. Qui sait, malgré tout, cette jeune femme pourrait-elle, ces prochaines années, devenir un exemple pour tant d’autres, en France.

19/06/2012

Une nouveauté (à relativiser)

Kader, Seybah, Razzy, Malek, Kheira, Chaynesse ou Pouria. Ainsi se prénomment quelques-uns des nouveaux députés élus à la faveur des législatives qui se sont achevées dimanche. Leur particularité? Incarner «la diversité», comme on dit. Faire partie des «minorités visibles», comme on dit aussi. Bref: être issus de l'immigration.

Kader, Seybah, Razzy, Malek, Kheira, cela change des Dominique, Mathieu, Françoise, André, Jérôme ou autres prénoms bien français de souche qu'on avait plutôt l'habitude d'entendre jusqu'à présent, à l'Assemblée. Qui n'a jamais compté autant de députés aussi ostensiblement issus de l'immigration. Et qui plus est jeunes: certains n'ont pas même 40 ans.

Ces nouveaux venus font donc l'objet d'une intense couverture médiatique en France, depuis dimanche. On aurait aimé qu'à cette occasion, deux choses soient davantage rappelées, qui, trouve-t-on, relativisent fameusement cette nouveauté.

Un: il était vraiment temps que l'Hexagone à son tour colore enfin sa représentation parlementaire, tous les pays européens l'ayant fait depuis belle lurette – voir, notamment, la Belgique.

Deux: l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Ces députés issus de l'immigration sont, à tout prendre, au nombre d'une dizaine. Sur les... 577 membres de l'Assemblée. Celle-ci, dès lors, demeure ultra-majoritairement mâle (on l'écrivait hier), âgée, et... blanche – pour dire les choses telles qu'elles sont.

18/06/2012

Une portion si congrue

Femmes, Institutions, Elections législativesC'est un léger mieux, mais il n'y a pas de quoi pavoiser. Les législatives qui se sont achevées hier soir ont porté 155 femmes à l'Assemblée nationale. Contre 107 qui y siégeaient dans la législature précédente. Jamais la France n'avait compté autant de députées.

Mais ce pays des droits de l'homme, comme on dit – puisque le terme droits humains peine à s'imposer dans le langage courant – reste encore très loin, si loin, de la parité: 155 femmes pour 422 hommes. L'Assemblée nationale sortante était à 81% masculine, écrivait-on l'autre jour (relire ici). Celle qui rependra ses travaux bientôt le sera à peine moins: 73%.

Sans surprise – vu qu'elle s'en était elle-même excusée par avance – , c'est l'UMP sarkozyste qui coiffe le bonnet d'âne: parmi ses 194 députés, on compte... 167 hommes. A l'autre extrémité, figurent Les Verts. Qui font même mieux que la parité: 9 femmes pour 17 députés. Entre les deux, le PS: 106 de ses 280 élus sont des élues.

Les deux plus grands partis de France, qui trustent à eux seuls neuf dizièmes des sièges de l'Assemblée, n'ont donc même pas été fichus d'y élire autant de femmes que d'hommes.

Encore bravo.

15/06/2012

Une fin, ou un commencement

Dernière ligne droite de ce si long marathon électoral français de 2012: le deuxième tour des élections législatives, ce dimanche. Ce week-end, du reste, ce pourrait bien être la dernière fois que, dans ce pays, l'on organise ce type d'élections de cette façon.

En effet, des projets existent de modifier les modalités de ce scrutin – sans même reparler de la dose de proportionnelle que François Hollande a promis d'y instaurer, alors qu'il est aujourd'hui majoritaire. Qui sait la concrétisation de ces réflexions institutionnelles pourrait même être accélérée par le taux d'abstention astronomique qui a été enregistré dimanche dernier. Ainsi, on a beaucoup reparlé, ces dernières semaines, d'organiser dorénavant le même jour les scrutins législatif et présidentiel. Mais cela se heurterait au droit de dissolution de l'Assemblée dont dispose le chef de l'Etat, qui donc est susceptible de convoquer à tout moment des législatives.

Cette séquence électorale de 2012, du reste, a montré qu'il y avait d'autres sujets de réforme potentielle sur lesquels on pourrait utilement se pencher. Celui, par exemple, des 500 signatures de parrainage d'élus, réclamées de chaque candidat à l'Elysée – des parrainages à remplacer plutôt par une pétition de citoyens? Ou les inextricables difficultés que posent aux médias audiovisuels les règles si pointilleuses régissant le calcul et la répartition des temps de parole et d'antenne entre candidats.

Dimanche, donc, ce sera la dernière étape d'un interminable processus électoral. Mais ce sera aussi un commencement: le coup d'envoi donné au chantier de réforme éventuelle des règles électorales, chantier qui risque lui-même d'être très long, fastidieux, voire harassant.

14/06/2012

Un plaisir pas très partagé

Paris, Elections législatives, Personnalités, Femmes224. Ils sont 224 à avoir voté, dans notre 11ème arrondissement dimanche dernier, pour le si improbable Parti du plaisir, et en l'occurrence pour sa candidate: Isabelle Laeng, alias Cindy Lee – dont on parlait l'autre jour (relire ici).

224 électeurs, sur les quelque 44000 qui ont pris part au scrutin; ce n'est pas énorme (0,5% des suffrages). Et c'est quasi moitié moins que le score qu'avaient réalisé ce parti et sa candidate aux législatives de 2007, dans le même arrondissement. Le «vent d'hédonisme» n'a donc pas soufflé en rafales, dans l'est de Paris. La «société tolérante, fraternelle, solidaire et sans tabou» attendra.

Motifs de consolation, qui sait, pour Cindy Lee: elle a réuni bien plus de suffrages que ses adversaires du Nouveau parti anticapitaliste, de Lutte ouvrière, du Parti des Libertés, et de La Gauche anticapitaliste. Et elle a fini quasiment à égalité, à une poignée de voix près, avec les candidats du Nouveau centre (le courant de l'ex-ministre Hervé Morin), de Debout la République (le parti souverainiste de Nicolas Dupont-Aignan), et de Cap 21 (le mouvement écolo de l'ex-ministre Corinne Lepage). Comme quoi...

13/06/2012

Un message, en boucle

Impressionnant, combien les autorités mettent le paquet: pour tenter que, dimanche, au second tour des élections législatives, le taux d’abstention soit moins historique qu’au premier tour.

 

Pour preuve, ce «message du gouvernement»: «Le dimanche 17 juin, vous allez élire votre député à l’Assemblée nationale. N’oubliez pas de voter: c’est important». Depuis trois jours, cette communication officielle est diffusée en boucle, sur toutes les radios de France. Sur les radios publiques comme privées. Et diffusée vraiment à longueur de journées: pas moyen d’y échapper – un vrai matraquage.

 

Ce rappel de la dernière échéance électorale de 2012 n’est pas inutile, à Paris y compris.

 

Certes, dans la capitale, dimanche dernier, on a un peu plus voté que dans le reste du pays. Comme aux législatives de 2007, le taux d’abstention a été de 40%, soit quasiment trois points de moins qu’à l’échelle nationale. Mais, dans la «Ville lumière» également, la chute de la participation a été énorme par rapport à l’élection présidentielle des deux mois derniers. Les Parisiens avaient pris part à concurrence de 80% au premier tour élyséen, en avril. Et, début mai, ils avaient été 83% à participer au match final entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. En un mois, donc, à peu près un électeur parisien sur cinq a choisi de ne pas retourner voter.

12/06/2012

Un changement? Pas vraiment

Paris, Elections législatives, Personnalités«Le changement, c'est maintenant», promettait le slogan présidentiel de François Hollande – cet appel au changement étant repris par les socialistes pour leur campagne législative. En l'occurrence, ce slogan risque peu de s'appliquer à notre brave 11ème arrondissement de Paris.

Le député sortant, en effet, le socialiste Patrick Bloche – par ailleurs maire du 11ème – s'achemine vers une confortable réélection. Dimanche, il est arrivé très largement en tête, avec 46,6% des suffrages. C'est quasiment dix points de plus que son score de premier tour des législatives de 2007 (37%). Et c'est plus de vingt points de plus que les maigre résultat (23%) réalisé dimanche par la candidate UMP. Il n'y aura donc probablement pas photo, au second tour de dimanche prochain.

Dans la capitale dans son ensemble, du reste, le paysage électoral se distingue par sa grande stabilité. Il ne sera pas bousculé, le clivage politique qui fracture depuis plus de vingt ans la «Ville lumière». A savoir, pour le résumer vite fait, la droite forte dans les arrondissements les plus cossus (l'ouest et le sud de Paris), la gauche majoritaire dans le nord (les arrondissements les plus populaires) ainsi que dans l'est et le centre parisiens (le «Paris bobo», pour faire court).

Le changement donc, à Paris, ce n'est visiblement pas pour maintenant.

11/06/2012

Un grand gagnant

C'était couru d'avance (voir la note de vendredi), et cela s'est bel et bien produit. Depuis le premier tour des législatives, dimanche, le premier parti de France, ce n'est ni le PS, ni l'UMP. C'est le parti ... des abstentionnistes. Hier, avec une participation autour de 57% seulement, on a de nouveau battu tous les records de démobilisation.

43% d'abstention, c'est assez abstrait et désincarné à première vue, comme chiffre. Mais on peut en tirer des conséquences qui, elles, sont politiquement vertigineuses.

A ces 43%, en effet, il faut ajouter les 6 à 7% de Français qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales, et qui ne votent donc jamais. Plus les habituels 1 à 2% de votes blancs ou nuls, qu'il y eut sans doute à nouveau dimanche.

Au total? Cela signifie que moins d'un Français sur deux a participé au scrutin. Autrement dit? Si cette démobilisation se confirme dimanche prochain, au second tour, la majorité parlementaire de demain – qui, en gros, sera élue avec la moitié des suffrages exprimés – ne serait désignée, en fait, que par... un quart des Français.

Cela promet.

08/06/2012

Un grand gagnant?

elections législatives; histoireSi notre entourage est représentatif de l'électorat français en général – on n'aurait pas la prétention de le présumer –, le grand gagnant des élections législatives de ces deux prochains dimanches, ce sera... l'abstention. En effet, très peu parmi toutes les connaissances que l'on a interrogées sur le sujet, ces dernières semaines, nous ont paru motivées par ce scrutin, et donc fermement décidées à y prendre part. Ce qui dominait, chez elles, c'était le sentiment que les jeux étaient faits, avec la présidentielle d'avril-mai. Et/ou une certaine lassitude envers ce feuilleton électoral de 2012 qui n'en finit pas. Une saga qui a débuté, il est vrai, il y a... plus d'un an: en mars 2011, moment où François Hollande a annoncé qu'il briguerait l'Elysée.

Une faible participation, du reste, ne ferait que doublement confirmer un processus qui ne date pas d'hier.

D'une part, hormis les présidentielles, tous les scrutins qui ont été tenus en France depuis 2007 ont eu en commun d'avoir battu des records d'abstention. Ce fut le cas aussi bien des élections municipales que des régionales, des européennes ou des cantonales.

D'autre part, en ce qui concerne l'abstention aux législatives proprement dites, elle aussi progresse, depuis trente ans. Par exemple, en 1981, 29,7% des électeurs inscrits s'étaient abstenus au premier tour législatif. En 1988, ils avaient été 34,3%. Et ainsi de suite: 35,6% en 2002 et 39,6% en 2007.

Le parti des abstentionnistes, grand vainqueur de ces législatives de juin? Première réponse dimanche.

07/06/2012

Une manne financière

Elections législatives, Institutions, Paris18! Reçu ce matin, dans la boîte aux lettres, 18 dépliants électoraux, correspondant chacun à un candidat briguant le seul et unique siège de député de notre circonscription parisienne, aux élections législatives de ces deux prochains dimanches, en France. Ils le briguent plus pour la beauté du geste qu'avec un réel espoir de l'emporter, du reste. Notre 11ème arrondissement étant un fief socialiste, il faudrait vraiment une énorme surprise pour que ne soit pas réélu le député PS sortant: Patrick Bloche, par ailleurs maire de cet arrondissement.

Deux choses frappent, en survolant ces tracts électoraux.

D'abord, le nombre de candidats se réclamant de partis dont on n'a pas gardé le souvenir qu'ils aient été très présents et/ou actifs dans la vie de notre quartier, ces dernières années: Cap 21 de Corinne Lepage, le Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin, ou l'Alliance écologiste indépendante de l'impayable chanteur Francis Lalanne, par exemple (*). Ensuite, l'existence de formations dont on ignorait jusqu'à l'appellation, avant ce matin. C'est le cas de «La Gauche anticapitaliste-Courant unitaire pour l'écosocialisme», ou du «Parti des libertés – Centre national des indépendants et paysans».

Cette inflation de candidats aux législatives ne doit pas qu'au désir civique irrépressible qu'ils auraient de participer au débat d'idées, et donc à la vie démocratique du pays. De basses considérations financières peuvent également entrer en ligne de compte.

En effet, chaque parti concourant aux législatives, même s'il ne parvient pas à faire élire le moindre député à l'Assemblée, est susceptible de bénéficier du financement public des partis. Pour avoir accès à cette dotation, il leur suffit de recueillir au minimum 1% des voix, et ce dans 50 circonscriptions différentes. Auquel cas, chaque suffrage porté sur ce parti lui rapportera en moyenne 1,60€ chaque année, et ce pendant cinq ans.

Ceci explique donc peut-être, en partie en tout cas, cela.

 

(*) Mais il nous revient que Cindy Lee, du si improbable «Parti du plaisir», elle, a distribué des tracts l'autre jour, au marché de Bastille...

06/06/2012

Un état «normal»

Cela vaut mieux, pour un Président qui vient à peine d'être intronisé. Et c'est sans doute normal, s'agissant d'un «homme normal». Hier soir, un très bref communiqué du service médical de l'Elysée a indiqué que «l'examen médical et biologique», «clinique et para-clinique», qui avait été réalisé sur François Hollande, à sa demande, s'était «révélé normal».

Anecdotique? Si ce n'est que, précédemment, tous les bulletins de santé concernant un Président socialiste français avaient été... totalement mensongers.

Le 20 mai 1981, dix jours après l'élection de François Mitterrand, le Dr Gubler, ancien externe des hôpitaux de Paris, et son médecin personnel depuis les années 1970, avait signé le premier bilan clinique rendu public, relatif à l'état de santé du nouveau Président. Il disait ceci: «Les différents tests biologiques pratiqués ne montrent aucune anomalie des paramètres habituellement contrôlés au niveau chimique et hématologique. L'état général est tout à fait satisfaisant, et aucune anomalie n'est décelable». Le 7 novembre de la même année, François Mitterrand avait subi une série d'examens à l'hôpital militaire parisien du Val-de-Grâce – pour la petite histoire, il y avait été admis sous un nom d'emprunt: Albert Blot. Neuf jours plus tard, le Pr Albert Steg, spécialiste mondial du cancer de la prostate, lui avait annoncé qu'il était atteint d'un cancer: déjà largement diffusé dans les os. Mais l'opinion publique n'en fut pas informée. A peine, le 15 décembre 1981, un communiqué de l'Elysée annonça-t-il que François Mitterrand souffrait d'«arthrose légère au cou». Le mensonge d'Etat perdura plus de dix ans: précisément jusqu'au 16 septembre 1992. Ce jour-là, après cinq jours d'hospitalisation à l'hôpital Cochin, le chef de l'Etat annonça qu'il était atteint d'un cancer de la prostate. Mais là encore, la dissimulation était de mise. Son affection y était qualifiée de «bénigne».

Sinon, et dans un registre moins dramatique, François Hollande innove par rapport à ses deux prédécesseurs. Car, malgré les engagements qu'il avait pris lors de sa campagne, Nicolas Sarkozy cessa rapidement (dès 2010) de communiquer sur son état de santé. Et car Jacques Chirac ne le fit jamais, estimant que ces matières relevaient du secret médical, et avaient donc un caractère confidentiel.

05/06/2012

Un «abordage»

PIRATE.jpgUn fier vaisseau plutôt que des visages souvent blafards et aux sourires figés: on peut dire qu'ils tranchent, les panneaux électoraux en faveur du Parti pirate, qui s'est lancé «à l'abordage de la République et du Palais Bourbon»: le siège de l'Assemblée nationale.

Les 101 candidats constituant l'«escouade» de ce parti pour les législatives de juin «ont surgi de toutes les mers, bravé des océans de paperasse, formé leurs équipages, remué code électoral et imprimeurs» pour pouvoir se présenter aux suffrages des électeurs. Ce sont «des vieux loups de mer pour certains, pour la plupart des moussaillons, aucun n'est politicien professionnel, tous sont des citoyens venus relancer la démocratie».

«Le 10 juin, hackez les élections: votez pirate»: c'est le slogan de cette formation techno-bobo-libertaire – pour résumer vite fait. Son programme législatif? «Libérer l’accès à la culture et au savoir», «lutter contre les monopoles privés et le système des brevets», légaliser «le partage hors marché, l’ouverture des données publiques». Et promouvoir «la lutte contre le fichage abusif, le renforcement de l’indépendance de la justice, la transparence de la vie politique». Cela passe par pas mal de mesures techno (suppression de la redevance pour copie privée, assouplissement du droit des marques, etc.) mais aussi par l'un ou l'autre engagement concernant des grands thèmes de société (ouverture du mariage à tous les couples, limitation de la vidéo-surveillance, ou développement des alternatives au nucléaire).

A l'étranger ces dernières années, le Parti pirate a déjà remporté certains succès électoraux. En Suède, il a conquis deux sièges d'eurodéputés. En Allemagne, il est parvenu à avoir quelques élus dans plusieurs assemblées régionales. Et en France? Réponse dimanche.

04/06/2012

Un «sexisme ordinaire»

En région parisienne, les inégalités hommes-femmes n'ont pas vraiment évolué, ces dernières années. C'est ce que pensent 61% des habitants de cette région, à en croire un sondage Viavoice paru ce week-end, sur les discriminations dans la capitale française et sa banlieue. Pas même un Parisien sur trois (27%) considère que les inégalités hommes-femmes ont régressé. Le constat critique de la situation est fait beaucoup plus fréquemment par les femmes (68%) que par les hommes (55%). Plus on est jeune, plus on estime que les choses évoluent plutôt bien en la matière.

Femmes, Elections législatives, Personnalités, Paris, BanlieuesOn l'a déjà écrit dans ce blog: en ce qui concerne particulièrement l'égalité hommes-femmes dans la représentation politique, la France est à la traîne, et certains partis spécifiquement. A cet égard, «Le Monde» de samedi contenait un fameux coup de gueule, poussé par une élue parisienne: la députée UMP sortante et ex-ministre Françoise de Panafieu.

Car, dans la capitale, le parti sarkozyste n'a investi que des hommes, pour ses candidats aux législatives de ces deux prochains dimanches. Françoise de Panafieu trouve cela intolérable. «On n'a jamais vu ça! Aucune femme de droite ne sera élue à Paris en 2012! Depuis trente ans que je fais de la politique, je n'ai jamais connu Paris sans une femme députée (de droite). Ma mère, qui a été députée, non plus. L'UMP, ce grand parti du pays des droits de l'homme et du citoyen, s'assoit sur la loi qui exige la parité. Nous ne respectons pas la loi que nous avons nous-même élaborée et votée, et on s'étonne que les citoyens ne nous respectent pas!»

Selon un recensement effectué jeudi dernier par le collectif «Osez le féminisme», depuis le redécoupage électoral de 1988, plus de 70% des 577 circonscriptions françaises n'ont jamais élu de femme. A côté de ces 413 circonscriptions ayant, ces 25 dernières années, toujours envoyé un homme à l'Assemblée, seules 8 ont désigné cinq fois consécutivement une femme pour les représenter.

Femmes, Elections législatives, Personnalités, Paris, BanlieuesL'Assemblée nationale sortante était à 81,5% masculine, ce qui place la France au 18ème rang européen. Les estimations pour la nouvelle Assemblée donnent environ 30% de femmes élues. On progresse, donc. Mais on reste encore très loin de l'égalité.

Et, en attendant, pour «Osez le féminisme», le monde politique français continue à se distinguer par son «sexisme ordinaire».

Encore bravo.