20/07/2012
Une occasion manquée
Comme un malaise, cette semaine, aux Affaires étrangères françaises. Il fait suite à la condamnation à mort, en Afghanistan, du soldat afghan qui, en janvier, tua cinq militaires français alors qu'ils étaient en train de faire un footing. La peine capitale, donc. Or, comme chacun sait, la France y est, par principe, farouchement opposée.
Que pense le quai d'Orsay de cette condamnation à mort? Interrogé lors d'un de ses briefings de presse quotidiens, cette semaine, le porte-parole des Affaires étrangères a biaisé. En résumé – le verbatim est ici – : «Nous prenons note du verdict. S'agissant de la position de la France sur la peine de mort, vous connaissez notre position, en tous lieux et en toutes circonstances».
Dans cette affaire, donc, Paris n'a qu'implicitement condamné le recours à la peine de mort. C'est très exceptionnel. Habituellement, en effet, lorsque des condamnations de ce type surgissent dans l’actualité et que le quai d'Orsay est invité à les commenter, il s'astreint systématiquement à un double rappel, explicite. Un: l'«engagement constant» de la France en faveur de «l'abolition de la peine de mort, quels que soient les lieux et les circonstances». Deux: l'appel de Paris «à un moratoire universel, comme première étape vers l'abolition définitive de la peine de mort».
Une communication différente a donc été choisie, dans ce cas précis. Parce que les victimes du condamné à mort sont Françaises. Et parce que, comme l’a dit le porte-parole du quai d’Orsay, «nous pensons aujourd'hui non seulement à nos soldats, mais également à leurs familles, toujours dans le deuil».
La compassion est parfaitement louable: en général, et dans ce cas particulier plus que jamais. On trouve très dommage, toutefois, que l’occasion n’ait pas été saisie, en haut lieu, de montrer qu’il est possible d’être sensible au sort des victimes et, dans le même temps, indigné par la mise à mort de leur assassin. Depuis quand la compassion exonère-t-elle du courage? En vertu de quoi contraindrait-elle d’office à l’incohérence?
D’autant que la langue française est riche, et que l’on sait infinies les subtilités caractérisant par nature le langage diplomatique. Sans trop d'efforts, dès lors, la France aurait parfaitement pu, dans son commentaire officiel de cette actualité, faire preuve d’une cohérence politique qui ne soit pas humainement insultante.
12:50 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : international, défense, justice, communication, langue française




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