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21/12/2012

Un fiasco de fin d'année

Sécurité, Santé, Gouvernement, Art de vivreC'est une confirmation qui tombe plutôt mal, en cette période de fêtes de fin d'année propice à toutes les libations: pas sûr qu'on puisse vraiment se fier aux éthylotests. Ces gadgets qui, au passage et mine de rien, ont donc été à l'origine d'un fameux fiasco politique en France, durant cette année désormais finissante.

Pour preuve encore, cette annonce faite hier par les services chargés de la consommation et de la répression des fraudes. Ils ont ordonné le retrait du marché de plus 400.000 éthylotests chimiques ou électroniques. Jugés non-conformes et dangereux, vu leur incapacité à détecter une alcoolémie positive, ou leur sous-évaluation de cette alcoolémie.

Cela ne fait que confirmer ce qu'a montré cette semaine, dans son dernier numéro, le magazine «Auto Plus». Il a testé 17 modèles différents d'éthylotests, disponibles sur le marché. Les résultats ont été assez catastrophiques en ce qui concerne la fiabilité de leurs mesures.

Ce n'est jamais que l'énième pataquès, dans ce dossier des éthylos.

Cet été, déjà (relire ici), avaient été évoqués les problèmes sanitaires et écologiques qu'ils peuvent poser. C'était l'époque où tous les Français couraient les magasins pour en trouver, mais le plus souvent en vain – les fabricants, complètement débordés, n'arrivant pas à faire face à la demande. La pagaille fut telle qu'en fin de comptes, le gouvernement n'eut d'autre choix que d'annoncer le report (de juillet 2012 à mars 2013) de la date de début de verbalisation des automobilistes ne possédant pas d'éthylos dans leur voiture.

Encore bravo. Et bonne chance donc aux automobilistes français qui, sortant de réveillon, auraient le civisme, avant de reprendre le volant, de vouloir vérifier qu'ils sont bel et bien en état de conduire...

 

A ceux-là néanmoins, ainsi qu'à tous les autres, nos souhaits d'excellentes fêtes de fin d'année. Cette note bien de saison, en effet, est la dernière de ce blog, pour l'année 2012. On fait une petite pause, jusqu'à début janvier. Au plaisir de vous retrouver l'an prochain, dans «Paris Libre».

20/12/2012

Une mobilisation, jusqu'à Paris

Environnement, Transports, Gouvernement, ActivismeQuand un dossier urbanistique et environnemental à l'origine purement local finit par s'immiscer dans le paysage de la capitale, après avoir joué les trouble-fêtes en politique nationale. On veut parler du méga-projet d'aéroport régional de Notre-Dame des Landes: dans le fief du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, près de Nantes (Loire atlantique). Depuis la formation de la majorité gouvernementale rose-verte, après la victoire présidentielle de François Hollande, ce dossier empoisonne les relations entre les socialistes (chauds partisans du projet) et les écologistes (farouches opposants à l'«Ayraultport», comme ses détracteurs l'ont rebaptisé).

Après avoir fait les choux gras des médias – qui, ces derniers mois, ont très largement parlé de cela –, le débat est en train de, très visiblement, se déplacer sur le terrain parisien. Ainsi, l'autre jour, les anti-aéroport ont maculé les panneaux publicitaires de plusieurs stations de métro de la capitale. Avec des slogans vindicatifs contre ce qui, selon eux, est le «nouveau Larzac» – par allusion à la mémorable bataille activiste contre le projet d'extension (finalement abandonné) du camp militaire du Larzac: dans l'Aveyron (Midi-Pyrénées), pendant les années 70. Même pour l'usager moyen du métro parisien, désormais très habitué aux barbouillages réguliers des panneaux de réclame par les militants anti-pub, cette opération était, par son ampleur, assez spectaculaire.

Mais, ce jeudi, la coalition anti-aéroport a franchi un pas de plus, dans la visibilité parisienne.

Ce matin, en effet, des militants de Greenpeace ont, sur la grande pyramide du Louvre, déployé une banderole jaune de 250 m2 (une photo ici), proclamant que la place de «Ayraultport» est «au musée». Comme toujours avec Greenpeace, le coup de force a été aussi télégénique qu'efficace. Sans crier gare, déjouant les contrôles de sécurité (renforcés à Paris en ce moment, comme chaque année à la période des fêtes), deux de ses militants alpinistes ont déployé le calicot en descendant en rappel le long d'une des façades de la célèbre tour.

Le succès médiatique sera, évidemment, au rendez-vous: les images de la scène vont être diffusées en boucle et pendant toute la journée, par le web et sur toutes les télés.

19/12/2012

Un feu vert

Des années que le dossier trainait dans les armoires de l'administration. Et, finalement, sans crier gare, la nouvelle vient de tomber, au débotté. Le feu vert a enfin été donné au méga-projet de restructuration de "La Samaritaine": les mythiques anciens grands magasins parisiens.

Vaste sujet, dont on a déjà pas mal parlé dans ce blog – relire notamment ici ou là. Et vaste enjeu urbanistique pour le quartier, que la reconversion de cet immense vaisseau abandonné depuis tant d'années (2005), et occupant une place centrale – pour ceux qui connaissent: tout l'îlot entre le quai du Louvre, la place de l’Ecole et les rues de Rivoli, de la Monnaie et de l’Arbre Sec.

Patrimoine, Urbanisme, Paris, Economie, Luxe Le dossier d'urbanisme fait miroiter «un projet visant à concilier l’équilibre économique d’une opération privée avec les enjeux économiques, sociaux, architecturaux, patrimoniaux et environnementaux de la capitale». Concrètement, le nouvel ensemble totalisera très précisément 69.284 m² de surfaces. Des commerces, des bureaux, des logements sociaux, une crèche, sans oublier un hôtel, dont l’entrée principale sera sur le quai du Louvre.

Détail qui intéressera les inconditionnels de grandioses vues parisiennes: le toit-terrasse sera accessible à tous, «grâce à un accès encadré, afin de permettre au public de découvrir le panorama exceptionnel de la Seine, de l’Ile de la Cité et de la rive gauche de Paris».

En ce qui concerne le look de cette "Nouvelle Samaritaine", le maître d'oeuvre promet que ses façades feront l’objet «d’une attention particulière et d’un traitement différencié, spécifique et adapté, entre conservation et restauration du XVIIe siècle et de styles majeurs du début du XXe siècle, et création résolument contemporaine du XXIe siècle». En tout, ce sont 460 millions d'euros qu'investira le groupe de luxe LVMH dans ce projet, dont l'ouverture est annoncée pour courant 2015.

On est bien curieux de voir cela.

18/12/2012

Un ultime souvenir

Comme une longue relation amoureuse qui prendrait fin après avoir beaucoup agacé, mais qui, aussitôt achevée, susciterait néanmoins une certaine nostalgie. C'est un peu ce qu'il est attendu cet après-midi, à Paris: sur le parvis de la Cour de Rome, devant la gare Saint-Lazare.

En effet, une vente aux enchères va disperser les derniers souvenirs de celui qui, chaque jour et pendant plusieurs décennies, fut le compagnon de route quotidien de millions de Parisiens. On veut parler du «Petit gris». Ces trains en acier inoxydable qui, depuis la fin des années 60, ont marqué le paysage ferroviaire de la banlieue parisienne, et dont on a déjà eu l'occasion de parler, dans ce blog (relire ici).

La SNCF organise ce mardi, une vente aux enchères de «mobilier vintage» issu de ces «Petits gris» désormais déclassés. Des banquettes de skaï orangées, des porte-bagages en grillage, les mémorables portes-hublot qui séparaient les rames, des lavabos, des poignées de porte ou des marchepieds: qui sait les Parisiens vont-ils s'arracher les derniers souvenirs d'un modèle de train qui, à la fin de sa carrière, a totalisé pas moins de 2 milliards de passagers transportés. Dont tant de Parisiens et de banlieusards pestant contre son inconfort et sa vétusté.

Ces antiques et pataudes machines, bonnes filles finalement, rendront un ultime service avant de disparaître: la SNCF versera l'intégralité du produit de la vente aux Restos du Coeur.

17/12/2012

Un geste, «assez minable»

Economie, Social, Gouvernement, PersonnalitésDans notre vie personnelle en général, et dans le regard professionnel qu'on porte sur l'actualité en particulier, on ne se sent pas complètement dénué d'une certaine faculté à l'empathie. Mais là, on l'avoue, on a vraiment beaucoup de mal à être bouleversé. A être pris aux tripes par les jérémiades énervées d'un certain comédien français qui défraie la chronique, en ce moment: vedette multi-millionnaire ayant choisi l'exil en Belgique, parce qu'une fiscalité censée confiscatoire rendait décidément ses fins de mois trop difficiles en France.

Pour autant, aurait-on été Premier ministre qu'on n'aurait pas forcément, comme Jean-Marc Ayrault l'a fait l'autre jour, à la télé, qualifié d'«assez minable» le geste fiscal de l'intéressé. Non pas qu'on le trouve glorieux. Mais, en employant un tel terme, on aurait vraiment eu l'impression de tirer sur l'ambulance. Ce qui est rarement charitable.

A propos de charité, et à l'autre bout de l'échelle sociale, le même gouvernement de Jean-Marc Ayrault a confirmé, ce lundi, que le salaire minimum serait revalorisé: de 0,3%. Ce qui fait une augmentation de 3 centimes de l'heure, soit 5€ (bruts, encore bien) dans la poche des smicards à la fin du mois.

A ce stade, personne ne s'attend à ce que Jean-Marc Ayrault trouve un tel geste de Noël «assez minable».

14/12/2012

Un système assez injuste

Chacun jugera si c'est, ou non, paradoxal: au moment où Le Louvre inaugure sa si fameuse et coûteuse extension à Lens – qu'on évoquait l'autre jour – , il lance un appel à dons, à destination du grand public. Pour qu'il l'aide à enrichir ses collections. Il avait déjà fait un tel appel il y a quelques années, avec succès. Cette fois, l'objectif est de récolter 800.000€. Pour acquérir deux statuettes d'ivoire «d'une beauté exceptionnelle», datant du Moyen-Age. A ce stade de la campagne, 60% de la somme recherchée a été récolté.

Le musée remerciera ses mécènes en fonction de la largesse de leur obole. 200€: le droit à une visite privée des collections. 300€: le libre accès pendant un an à l'ensemble du musée. 500€: une invitation à la grande cérémonie de présentation de l'oeuvre acquise. Et ainsi de suite. «Des dispositifs de reconnaissance spécifiques sont proposés pour les dons exceptionnels», a annoncé Le Louvre. Mais sans donner davantage de détails sur la nature de ces gratifications – le peuple n'a sans doute pas à le savoir.

Les mécènes les plus généreux fastueusement mis en avant; les moins fortunés poliment remerciés, mais priés tout de même de rester dans la piétaille des petits donateurs. On trouve peu sympathique – et, pour tout dire, assez injuste – un tel système de renvoi d'ascenseur: basé sur le montant du chèque.

Car, c'est l'évidence: 200€, cela n'a pas la même valeur selon qu'un tel don est fait par un modeste amateur d'art, ou par un nanti assujetti à l'impôt sur la fortune. Nous, on serait président du Louvre qu'on remercierait nos mécènes en fonction non du montant de leur don, mais de la proportion que celui-ci représente par rapport à leurs revenus. Mais bon, on en convient bien volontiers, on ne présidera jamais Le Louvre.

13/12/2012

Un nouvel outil de propreté

Paris, Propreté, Environnement, TabacOn l'écrivait hier: les rues de Paris ne compteront vraisemblablement pas beaucoup moins de pauvres, cet hiver. Mais elles seront peut-être un peu plus propres moins sales. On entendait parler de cela depuis des semaines, mais on ne l'avait encore jamais vu: dans nos pérégrinations, en ville. Jusqu'à ce matin, où l'on est tombé par hasard sur ce fameux nouveau dispositif qui, peut-être, contribuera à réduire un type particulier de pollution qui salit énormement Paris.

Les mégots de cigarette. Cela paraît très anodin comme cela, mais ce l'est moins pour les services municipaux de la propreté: chaque année, ils ramassent... 315 tonnes de mégots, sur la voie publique. Les nouveaux éteignoirs de rue, dont on a enfin aperçu un exemplaire ce matin, permettront aux fumeurs d'avoir désormais une autre alternative que soit de balancer leurs mégots par terre, soit de les jeter à la poubelle mais en risquant d'y mettre le feu.

10 000 de ces éteignoirs ont été fixés sur les cerclages métalliques des poubelles de rue. Ces petits palets de résine sont fabriqués dans un matériau composite (de la polyamide chargée de fibre de verre, pour les amateurs de détails techniques), ce qui les rend ignifuges. Ils remplacent les plaquettes perforées en inox qui, auparavant, équipaient certaines poubelles – avant d'être victimes de vols en cascade, dûs à la flambée du cours mondial de l'inox (relire).

Avec ce nouvel outil, les trottoirs de Paris n'auont plus d'excuse de rester ce qu'ils sont devenus: un vrai cendrier géant. Plus d'excuse, sauf bien sûr dans l'hypothèse où ces 315 tonnes annuelles de détritus tabagiques seraient moins dues à un problème d'équipement qu'à l'indécrottable incivisme/je m'enfoutisme/ qui caractériserait le Parisien moyen. On verra cela.

12/12/2012

Un pur affichage de com'

Décidément, il faut avoir le moral, en ce moment en France. Ou, si on n'a pas trop le moral, prendre des distances avec l'actu: s'éloigner un peu des médias. C'est ce qu'on s'est dit en tombant successivement sur deux petites phrases déprimantes, entendues sur des radios.

La première: ce matin, dans la bouche du président du Secours populaire. «En France, l'enfance va mal, l'enfance vit mal. Il y a 2 millions d'enfants qui ne mangent pas à leur faim, dans ce pays». La seconde petite phrase: hier soir, dans la bouche de Marie-Arlette Carlotti, la ministre déléguée chargée de la lutte contre l'exclusion, à propos du chômage et de la précarité frappant les jeunes: «La jeunesse de ce pays va mal».

C'est pourquoi s'adresse notamment aux jeunes précarisés le plan gouvernemental de lutte contre l'exclusion, qui a été dévoilé hier. Un plan qui, même s'il est jugé insuffisant par nombre d'associations, coûtera tout de même entre 2 et 2,5 milliards d'euros à l'Etat. Une somme que l'on va trouver où, en ces temps d'extrême disette budgétaire? Un confrère posa la question, hier soir à la même ministre. Qui, sans visiblement trop réfléchir à ce qu'elle disait, improvisa du tac au tac, toute en candeur et en spontanéité: «On va voir».

«On va voir». Voilà donc confirmés, par un propre membre du gouvernement, les soupçons de l'opposition: à ce jour, ce dispositif anti-pauvreté n'est pas le moins du monde financé. Donc, pour dire les choses encore plus clairement: à ce stade, il ne s'agit que belles paroles. De la poudre aux yeux. De la com', en somme.

Encore bravo.

11/12/2012

Une escapade langagière

Langue française, Télévision, RadioLes journalistes français/francophones sont parfois impayables, dans leur façon d'utiliser la langue française. Et le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) ne l'est pas moins, dans la manière qu'il a, pas loin d'être scolaire, de faire la leçon aux médias. L'autre jour (relire ici), le gendarme de l'audiovisuel s'était irrité notamment du mélange entre "près de" et "prêt". A présent, c'est une autre confusion langagière médiatique qu'il dénonce (là).

Sur la base de deux incorrections qu'il a relevées, assure-t-il, dans la bouche de journalistes. Des erreurs qu'on trouve, nous, énormes au point d'être cocasses, voire charmantes; mais, comme quoi, tout est toujours possible dans les médias de France, en termes de mésusage de la langue française.

Cela concerne des réformes qui sont remises à plus tard. Des médias – des noms! des noms! – les ont présentées comme ayant été reportées... «aux calanques», ou «aux calendes». Or, rappelle le CSA, la tournure correcte est évidemment "renvoyer aux calendes grecques", soit «à un temps qui ne viendra jamais». L'expression vient de loin: «Pour les Romains, le jour des calendes (d’où vient le mot "calendrier") était le premier jour du mois. Ils ne numérotaient pas les jours séquentiellement, mais comptaient le nombre de jours qui les séparaient de trois points fixes dans le mois: les calendes, les nones (9 jours avant les ides) et les ides (13e ou 15e jour selon les mois). Aux calendes, les débiteurs devaient rembourser leurs dettes. "Payer aux calendes grecques" signifiait qu’ils ne paieraient jamais, les calendes n’existant pas dans le calendrier grec». CQFD.

En revanche, Sormiou, Sugiton, En-Vau, ou Port-Miou, cela constitue certes souvent un joli «souvenir de vacances passées sur la côte», mais cela n'a rien à voir. On ne peut donc parler des calanques de Marseille, dans un tel contexte.

Merci au CSA pour cette escapade lexicale méditerranéenne: si réchauffante, en plein hiver.

10/12/2012

Un front, urgent

L'ouverture ce matin d'une grande «Conférence nationale contre la pauvreté». A l'issue de laquelle, demain, le gouvernement présentera un plan d'action. L'autre jour, au Sénat, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, n'a pas tourné autour du pot. Le phénomène de pauvreté «perdure et s'est aggravé, ces dix dernières années», a-t-il reconnu, avant d'estimer qu'«il faut faire front, agir dans l'urgence». Selon un récent sondage (ici), les Français sont 11% à se considérer comme pauvres, et 37% à penser qu’ils sont en train de le devenir. Ce qui donne 48% de citoyens paupérisés ou craignant de l'être, ce n'est tout de même pas rien.

A Paris la semaine dernière, des associations de lutte contre la pauvreté ont fait un coup d'éclat: sur le Pont des Arts, qui enjambe la Seine. Déjouant la surveillance policière, sous l'oeil médusé des touristes et des badauds, elles y ont monté une trentaine de petites tentes de camping, similaires à celles qu'utilisent des SDF. «Il y a deux ans déjà, on était sur le Pont des Arts», s'est souvenu un responsable de la Fonction Abbé Pierre: «En deux ans, de l'eau a coulé sous les ponts. Mais, pour les plus démunis, la situation n'a pas changé».

En trois mois, en tout cas, rien n'a changé au 115: le numéro de téléphone gratuit mis à la disposition des SDF à la recherche d'un hébergement pour la nuit. Début septembre, déjà (relire), ce dispositif avait enregistré un taux de réponses positives assez médiocre. Depuis, cela ne s'est pas arrangé. Selon les dernières données (là), «le taux de réponses négatives pour absence de places disponibles a atteint 78%», carrément, en novembre.

Sur dix requêtes d'hébergement d'urgence, seules deux, donc, sont satisfaites. Il serait peut-être plus que temps, en effet, pour ce gouvernement, de commencer à «faire front».

07/12/2012

Un côté préhistorique

Société, Famille, Personnalités, BelgiqueSur la forme, il n'y est pas allé de main morte, Elio di Rupo. Cette semaine, le Premier ministre belge a évoqué en ces termes le débat en France sur le projet du «mariage pour tous»: «En France, pays de la liberté ou des libertés, pays de la Révolution et des Lumières, les débats témoignent d’un conservatisme et d’une ignorance absolument inimaginable».

On est donc loin de la langue de bois diplomatique: de cet usage qui veut que, quand un officiel s'exprime publiquement sur un pays ami, il y mette les formes. Au passage, que n'aurait-on dit en Belgique si c'était un Premier ministre français qui, en de tels termes, avait sous-entendu l'arriération du pays voisin, sur telle ou telle réforme en train d'y être débattue? On les entend déjà d'ici, les dénonciations d'une France arrogante, méprisante, donneuse de leçons, etc. Passons.

Sur le fond, c'est vrai que, vu de Belgique, ce débat français est complètement rétrograde, voire préhistorique. Cela fait tant d'années que pareille réforme y est entrée en vigueur. Et, bien sûr, sans que cela ait ouvert la porte... à la polygamie, à la zoophilie, à l'inceste voire au terrorisme politique. Pour reprendre des arguments que brandissent, sans rire, les plus excités des politiques ou religieux français opposés au «mariage pour tous». Si tant est, cela dit, que l'on puisse parler d'arguments, tant ils sont ineptes: cela se saurait si, en Belgique ou ailleurs, une telle réforme avait contribué à «ébranler les fondements majeurs de la société», comme s'en épouvantent des Français anti-«mariage gay». A cet égard, et a fortiori vu de Belgique, ce débat français a un côté si nombriliste qu'il en devient, c'est vrai, très fatiguant.

Société, Famille, Personnalités, BelgiqueNous, toutefois, on est autrement plus préoccupé par le côté si fréquemment haineux de ce débat en France, ce pays qui se pique de «Liberté, Egalité, Fraternité». Car, tout de même, brandir l'épouvantail de la polygamie, de la zoophilie ou de l'inceste, ce n'est pas rien. Ces derniers mois en France, et encore pendant tous ces mois que prendra l'adoption de cette réforme, combien donc de jeunes gens, en recherche ou en souffrance sur leur orientation sexuelle, ont-ils dû être blessés, meurtris, voire durablement perturbés? De voir ainsi leur identité peu ou prou assimilée à de telles pratiques?

Pour tout dire, et au risque de passer pour vraiment tartouille, on pense souvent à eux, en ce moment.

06/12/2012

Un si grand homme

Dans une autre vie, on aurait sauté dans le premier taxi, ce matin. Après avoir été réveillé par la radio annonçant la mort d'Oscar Niemeyer. Le taxi, direction Roissy. Puis le premier avion pour Brasilia. Une dizaine d'heures plus tard, on aurait à nouveau poussé les portes de cette sublime cathédrale que le grand architecte brésilien y construisit, notamment. Sûr que, comme il y a longtemps, on aurait une fois de plus été subjugué par la lumière bleutée diffusée par ses vitraux. Un bleu si beau qu'il donne envie de croire en Dieu.

Plus prosaïquement, on sera attentif, ces prochains jours, aux annonces que fera le Parti communiste français. Puisque son chef, ce matin sur une autre radio, a promis qu'en hommage au Brésilien, il organiserait des journées portes ouvertes: pour que les Parisiens puissent visiter le siège de ce parti, place du Colonel Fabien, que l'on doit aussi à Niemeyer. Allez-y, si vous en avez l'occasion. Depuis son toit, on a l'impression d'être sur une vague gracieuse de béton, qui contemple la ville. Et, en son coeur, dans la salle du comité central, on ne peut qu'être impressionné par les dizaines de milliers de petites plaquettes métalliques qui ornent la voûte de son grand dôme.

En attendant, on a ressorti ce matin, du fin fond de notre bibliothèque, «Les Courbes du Temps»: la version française des Mémoires de l'architecte, qui parut chez Gallimard en 1999. Chacune de ses pages est agrémentée de croquis, touchants, du grand hommme. Qui y conte notamment ses années à Paris, ses rencontres avec Sartre, Genet, Aron ou Malraux, et son amour pour cette ville. Pour la Seine, aussi, qui revient plusieurs fois dans ses lignes. La Seine «qui coule tranquillement, indifférente à la vie et aux hommes», la Seine «avec ses bateaux et ses ponts, illuminée et miroitante comme un tableau de Monet».

05/12/2012

Un imbroglio diplomatique

International, Diplomatie, HollandeUn peu de politique étrangère, aujourd'hui: une fois n'est pas coutume, dans ce blog. Pour évoquer cet imbroglio diplomatique auquel est confrontée la France, en ce moment. Concernant la Syrie. Un pataquès que le porte-parole des Affaires étrangères a détaillé, lors d'un de ses derniers briefings de presse quotidiens.

A la mi-novembre, le Président Hollande a innové sur la scène internationale. En annonçant (ici) que, pour la France, «le seul représentant légitime du peuple syrien» n'était désormais plus Bachar el-Assad. Mais le chef de l'opposition qui le combat: le président de la Coalition nationale syrienne, Ahmad Moaz al-Khatib. Conséquence de sa reconnaissance officielle par Paris, «il y aura un ambassadeur de la Syrie en France qui sera désigné par le Président de la Coalition».

Pourquoi pas. Il n'empêche qu'en attendant, le régime officiel syrien est toujours représenté à Paris, par un ambassadeur en titre. Mais alors, quel est donc le statut de ce diplomate? C'était la question, pas idiote, qu'a posée un confrère l'autre jour, au porte-parole du quai d'Orsay. Et ses explications valent leur pesant d'or.

«Nous avons déclaré l'ambassadeur de Syrie à titre bilatéral à Paris persona non grata», a-t-il confirmé. Mais, pour autant, l'Hexagone n'a «pas rompu les relations diplomatiques» avec la Syrie du dictateur. Dès lors, son «ambassade reste ouverte». «Des diplomates accrédités (y) travaillent encore, notamment des personnels consulaires». En outre, ce fameux ambassadeur «persona non grata» est... toujours à Paris. Car, jusqu'à nouvel ordre, il est ambassadeur de son pays auprès de l'Unesco: l'agence onusienne, qui a son siège dans la capitale française. Du coup, ce diplomate indésirable ne peut être expulsé par la France.

Décidément, rien n'est jamais simple.

04/12/2012

Une inauguration, réjouissante

Dix ans qu'on l'attendait, et il sera inauguré aujourd'hui, par François Hollande: le Louvre-Lens, l'annexe du plus grand musée du monde, délocalisée dans le pays minier du Nord-Pas de Calais.

L'unanimisme est rarement ce qu'il y a de plus intéressant en politique. Il n'empêche, pour le coup, on n'a rien à redire à ce projet. Sans même avoir encore eu le temps de faire un saut à Lens pour visiter ce nouveau musée, on applaudit des deux mains à sa création. Tout comme on avait trouvé très bien son jumeau: le Centre Pompidou-Metz. On voit même quelque chose de fondamentalement rassurant dans le fait que ces deux projets d'extension en régions d'institutions culturelles nationales aient été lancés à l'époque par le Président Chirac, et soient aujourd'hui assumés par son successeur Hollande. Cela veut dire que, par delà la traditionnelle fracture politique gauche-droite, il y a une double conviction commune.

Celle que, en Culture comme dans tout le reste, il n'y a rien de plus pénible que le parisianisme – et c'est un parigot qui l'admet, bien volontiers. Et la conviction que, oui, la Culture aussi peut servir comme outil de revitalisation économique de territoires longtemps délaissés, et effectivement léprosés. Pour être déjà allé quelque fois à Lens, on connaît un peu cette ville et cette région difficiles, et on ne peut que leur souhaiter de connaître une ascension aussi fulgurante que, par exemple, celle que connut ces dix dernières années l'Espagnole Bilbao, grâce au Guggenheim.

Alors, oui, il y a bien, entendait-on ce matin, sur l'une ou l'autre radio, les réserves qu'émettent quelques esprits chagrins. Qui s'irritent du coût de tels grands projets, en ces temps d'austérité budgétaire extrême. Ou qui s'attendent déjà à ce que le nouveau musée nordiste serve péniblement, ces prochains mois, de faire-valoir à tous les barons socialistes locaux ou régionaux, qui s'y précipiteront dans l'espoir de ramener la couverture politicienne à eux. Peut-être. Sans doute.

Mais, face aux enjeux qu'un tel investissement représente pour ces régions, face à l'importance symbolique que revêt aujourd'hui cette inauguration, ces controverses ne parviennent pas à entamer notre satisfaction.

03/12/2012

Un espoir à oublier, ou pas

Paris, Personnalités, HollandeC'est le premier pochoir à l'effigie de François Hollande qui vit le jour dans notre quartier du onzième arrondissement de Paris. Apposé par des sceptiques de l'heureux élu, le soir même de son élection (relire ici), alors qu'il était en train de la fêter, à deux pas: avec ses dizaines de milliers de partisans massés place de la Bastille. Plus de six mois plus tard, ce pochoir est toujours là. Comme si les agents municipaux de la propreté, qui, chaque jour et à longueur de journées, effacent quantité d'illustrations murales, ne voulaient ou n'osaient faire disparaître celle-là. Parce que le visage d'un Président, fût-il censé «normal», est intouchable?

Toujours est-il que, depuis six mois, la physionomie très changeante de ce pochoir hollandiste – qu'on avait déjà évoquée ( relire ) – donne une idée de l'évolution de la popularité de l'homme de l'Elysée, auprès d'un certain petit peuple des rues de Panane. On eut ainsi droit au «Président des bisous»: cet été, alors qu'il n'avait pas encore trop dégringolé dans les enquêtes d'opinion.

Cet hiver, François Hollande voit ses partisans et opposants du onzième continuer à s'affronter par ce pochoir interposé, sur la question de savoir s'il incarne toujours, ou non, l'espoir. Dernièrement, les détracteurs du chef de l'Etat avaient ajouté un «forget» devant le «NO HOPE» du pochoir originel, dont le «NO» avait déjà été raturé par les zélateurs du socialiste. Ceux-ci, si mois plus tard, ont immédiatement et de nouveau réagi: rectifiant à leur tour la rectification, ils ont rajouté un «OR NOT» à la fin du message. Et ainsi de suite?