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17/01/2013

Un «rappel», maladroit

Léger mouvement de recul en prenant connaissance, hier en fin d'après-midi, d'un communiqué conjoint des ministères français de la Défense et des Affaires étrangères. Ce «Rappel sécurité» prie les journalistes envoyés spéciaux au Mali d'y faire preuve de «la plus extrême vigilance».

On peut trouver que c'est une charmante attention («Vous savez à quel point les autorités françaises sont attachées à votre sécurité», et blabla). Ou juger cela infantilisant, voire insultant. Mais pour qui les autorités prennent-elles donc les journalistes et correspondants de guerre? On peut en témoigner, pour en avoir jadis fait partie: ils sont les premiers à être conscients des risques qu'ils courent, et les soupèsent à longueur de journées. Cela s'appelle le professionnalisme.

Leur adresser pareil rappel à l'ordre, c'est donner l'impression qu'il y a lieu de douter de leur sens des responsabilités. C'est entretenir le cliché qu'un reporter de guerre est d'office une tête brûlée.

Un passage de ce communiqué est particulièrement maladroit. Il attire l'attention des journalistes sur le fait que «le non respect des règles élémentaires de prudence mettrait en péril, non seulement votre sécurité, mais également la sécurité de ceux qui se porteraient à votre aide». Cela rappelle vraiment un fâcheux précédent, en 2010.

Quand le chef d'état-major des armées de l'époque s'était énervé des millions déjà dépensés pour les recherches des journalistes Ghesquière et Taponier, détenus par les Talibans, en Afghanistan. Quand le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, s'était permis de leur faire la leçon, avant même qu'ils aient été libérés («Le scoop ne devrait pas être recherché à tout prix»). Et quand Nicolas Sarkozy lui-même les avait accusés d'avoir commis une «imprudence coupable», dans leur reportage.

Dès leur libération, les deux confrères avaient, légitimement, dénoncé un tel procès d'intention. Les trois autorités, à l'époque, n'avaient pas réagi: penaudes.

Commentaires

Ben voyons, et quand un journaliste imprudent se fait chopper par des terroristes et qu’ensuite ses collègues pleurnichent pendant des mois, sommant les autorités de « faire n’importe quoi » pour les libérer ? Quitte à payer des rançons.

Quand un quidam est raflé, comme les malheureux chtis du Niger, brûlés vifs après une poursuite dans la savane, les journalistes félicitent le gouvernement s’il attaque, et ne verse pas de rançon et montre sa fermeté. Mais si c’est un copain qui est détenu, alors là, faites sauter la banque !

Écrit par : cp | 17/01/2013

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