Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

31/01/2013

Une molle réactivité

Jean-Marc Ayrault se réveille. Hier, le Premier ministre a adressé un bref communiqué aux médias, les priant d'avertir le grand public qu'«en raison du renforcement du plan Vigipirate, le jardin de l’Hôtel de Matignon ne sera pas ouvert au public le samedi 2 février 2013 après-midi». Il a donc fallu une semaine au chef du gouvernement pour réaliser que, si l'Elysée, pour les mêmes motifs sécuritaires, avait suspendu l'ouverture dominicale de son propre parc – ce dont on parlait l'autre jour, dans ce blog – , il y avait peut-être des raisons pour que le Premier ministre fasse pareil, s'agissant de Matignon.

Une semaine. Personne, entre-temps, n'a profité de cette molle réactivité pour frapper: pour s'attaquer au 57 rue de Varenne et/ou à son locataire. Sans doute les terroristes, jihadistes et autres «loups solitaires» présumés ont-ils, en ce moment, d'autres chats à fouetter.

30/01/2013

Un ou deux rappel(s), bienvenu(s)

Femmes, Histoire, InstitutionsHier après-midi, à l'Assemblée, le grand débat sur l'ouverture à tous les couples du mariage et de l'adoption (le verbatim, c'est ici), a donné lieu à quelques rappels qu'on a trouvé pas inintéressants. Sur l'évolution qu'a été celle du mariage, en France.

Ainsi, grâce la ministre de la Justice, Christiane Taubira – qui a parlé une demie heure sans la moindre note –, on a appris quelque chose qu'on ignorait complètement. A savoir que, jadis en France, toutes les femmes n'étaient pas autorisées à se marier. Ainsi, avant la révision constitutionnelle de 1791, le mariage exluait «des professions, et notamment les comédiens, parce que la religion proclame qu’elle ne saurait reconnaître les pratiques infâmes des acteurs de théâtre. C’est d’ailleurs le comédien Talma qui va saisir la Constituante, parce que le curé de Saint-Sulpice refuse de publier les bans de son mariage avec une «mondaine», comme on disait à l’époque».

Deux autres rappels historiques, qu'a faits cette fois la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti. Et qui, eux, devaient clairement être lus comme une critique du conservatisme et de la ringardise que la gauche reproche à la droite.

Ainsi, il a fallu attendre le régime du Front populaire, dans le milieu des années 30, pour que la France supprime ce qui figurait auparavant, noir sur blanc, dans le contrat de mariage: le devoir d'«obéissance» de la femme envers son époux.

Femmes, Histoire, InstitutionsEt, dans les années 70, quand a été voté le partage de l'autorité parentale entre le père et la mère (et non plus seulement bénéficiant au père), la droite était montée aux barricades, à l'Assemblée. Un de ses députés (Pierre Mazeaud, qui fut très proche de Jacques Chirac) avait agité l'épouvantail du «risque d’aggraver la dissolution de la famille, pourtant cellule de base de toute société». Et, invoquant ce qu'était alors l'avis de pédiatres et de psychanalystes, il avait eu ses phrases: «La mère exerçant l’autorité parentale, n’est-ce pas affirmer que l’enfant devient finalement l’arbitre des décisions qui le concernent? Je crains qu’il n’y ait des effets graves, d’ici quelques années».

En 2013, avec le recul, tout cela apparaît évidemment complètement daté, voire parfaitement dérisoire.

29/01/2013

Une légère contradiction, non?

Autre enseignement du baromètre annuel des médias, qu'on évoquait hier: les Français trouvent qu'au cours de l'année 2012, les médias ont beaucoup trop parlé de la guerre des chefs à l'UMP, des déboires judiciaires lillois du libidineux Dominique Strauss-Kahn, ou du tweet de Valérie Trierweiler contre Ségolène Royal.

Pourquoi pas; on est plutôt d'accord avec cela.

Si ce n'est que, si les médias ont tant et tant parlé de ces sujets, c'est aussi parce que, chaque fois qu'ils le faisaient, c'était le grand succès assuré: nombre astronomique de clics sur ces articles-là, emballement des réseaux sociaux, affluence des tchats ou forums consacrés à ces actus, bons chiffres de vente ou d'audience des médias tartinant sur ces sujets, «buzz» phénoménal, etc. D'ailleurs, dans les rédactions, c'était souvent cette agitation qu'invoquaient les hiérarchies quand elles devaient, souvent, houspiller les journalistes las pour qu'ils réécrivent encore et encore là dessus: l'imparable argument selon lequel «Cela intéresse les gens».

Voilà donc qu'à présent, ces mêmes «gens» trouveraient que, non, finalement, les médias en ont vraiment beaucoup trop fait, sur ces actus.

C'est à n'y plus rien comprendre. A moins que cela renvoie juste au vieil adage animalier: le chat qui se mord la queue – le chat, ou le serpent, ou le chien: c'est comme on veut.

28/01/2013

Un mauvais traitement médiatique?

Presse, Médias, Journalisme, Personnalités, HollandeLes journalistes français s'acharnent-ils sur François Hollande? Le traitent-ils plus mal qu'ils avaient traité Nicolas Sarkozy il y a cinq ans, peu après son élection? Ce sont deux parmi les nombreuses questions qui ont été posées aux sondés, pour la dernière édition du «Baromètre de la confiance dans les médias», que réalise chaque année l'institut TNS-Sofres.

Réponses? Pour les Français en majorité (50%), les médias n'ont pas de parti pris particulier – ni favorable, ni défavorable – à l'égard de l'actuel Président. En revanche, oui, pour une forte minorité de répondants (31%), François Hollande est bel et bien maltraité par les journalistes. Alors que, il y a cinq ans, de l'avis de 37% des sondés, les médias en général étaient plutôt favorables à Nicolas Sarkozy. En cinq ans, donc, la corporation journalistique aurait évolué dans sa manière de traiter le chef de l'Etat.

A moins que?

Ce chiffre de 31% de sondés convaincus d'une maltraitance médiatique de François Hollande, il remonte à la première semaine de janvier. Soit avant l'entrée en guerre de la France au Mali. Or, cette actualité a entraîné un changement de ton assez général de la presse française à l'égard du Président. Exit le «Hollande bashing» (ces couvertures de journaux ou de newsmagazines titrées «Pourquoi sont-ils si nuls?», «Les Amateurs», etc.), bonjour le Hollande soudain décrit comme un fier chef de guerre, dont le bras ne tremble pas. Dès lors, referait-on ce sondage demain qu'il n'est pas sûr qu'il donnerait forcément le même résultat, sur cette question-là en tout cas.

25/01/2013

Une «situation exceptionnelle»

Deuxième conséquence – après celle qu'on évoquait hier – du climat sécuritaire actuel, tendu, pour François Hollande. Il va désormais beaucoup moins la ramener, dans le registre du «Président normal», qui, comme tout le monde, prend le train plutôt que l'avion. C'est, en tout cas, ce que l'on entendait sur une radio, ce matin.

C'est donc en avion, et non en TGV, que l'homme de l'Elysée se rend à Lille, ce vendredi. La présidence assure (ici) qu'il ne s'agit que d'un changement ponctuel, motivé par une «situation exceptionnelle, qui nécessite de la souplesse», et non pas une doctrine nouvelle: «Dans un contexte de conflit international dans lequel sont engagées les troupes françaises, il est indispensable que le président de la République, chef des armées, puisse rentrer plus vite à Paris ou rester plus longtemps en déplacement, sans être dépendant des horaires d'un train».

On peut entendre l'argument. On peut aussi se dire qu'un Président prévoyant y aurait réfléchi à deux fois: avant, il y a neuf mois, d'en faire des tonnes médiatiques sur sa normalité alléguée, pas toujours forcément compatible avec les obligations liées à ses fonctions.

24/01/2013

Une fermeture, par sécurité

Institutions, Gouvernement, Sécurité, Police, PersonnalitésCela a été annoncé hier après midi, et c'était couru d'avance. On peut même s'étonner que la décision n'ait pas été prise beaucoup plus tôt: dès le rehaussement, il y a dix jours, du niveau d'alerte du plan de vigilance anti-terroriste. Stress sécuritaire national oblige, François Hollande a décidé de fermer à nouveau les jardins du palais de l'Elysée. Ceux-ci, depuis octobre – grand changement dans les usages du palais présidentiel –, étaient ouverts au public chaque dernier dimanche du mois. L'innovation a rencontré un grand succès de foule. Elle est donc temporairement suspendue, le temps que le climat se calme un peu.

On suppose que le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ne prend pas ombrage du fait que les jardins de Matignon, eux, jusqu'à nouvel ordre, restent ouverts au public. On imagine bien le chef du gouvernement en train de se dire que, si tel est le cas, non non ce n'est pas du tout parce que tout le monde s'en ficherait qu'un attentat, par extraordinaire, soit perpétré contre lui. C'est juste parce que les institutions de la Vème République, régime ultra-présidentiel, consacrent la toute puissance de l'hôte de l'Elysée (le chef du gouvernement n'étant jamais qu'un super chef de cabinet), et parce que, parfois, cette prééminence s'illustre jusqu'à et y compris de petits détails organisationnels comme la gestion des grands jardins républicains.

A moins que cette différence de traitement sécuritaire entre Président et Premier ministre résulte simplement d'un retard à l'allumage de ce dernier, qui serait juste moins rapide sur la balle que le premier, pour réagir à l'actualité.

23/01/2013

Une suggestion lexicale

"Hashtag". Mot très disgracieux, a-t-on toujours trouvé – mais, les goûts et les couleurs... Terme qui, si d'aventure et par extraordinaire cela vous avait échappé, s'utilise, s'agissant de la plateforme de microblogging Twitter, pour regrouper tous les messages parlant d'un même sujet. Dans son édition de ce matin, le très sérieux Journal officiel recommande (ici) de préférer, à ce "hashtag", un terme français.

A savoir, non pas "mot-clé", comme il serait immédiatement venu à l'idée, mais le plus subtil "mot-dièse". En référence au signe # ou dièse, qu'un hashtag d'office comporte.

"Dièse". Mot si musical, et qui nous a toujours semblé délicieusement hexagonal. Quitte à le prendre en grippe, quand un automate l'ânonne en boucle dans des formules pré-enregistrées du type «Pour revenir à tout moment au menu de départ, appuyez sur la touche dièse», etc.

"Mot-dièse". On aime plutôt bien. Mais les férus de médias électroniques ne risquent-ils pas de trouver ce terme trop peu techno, voir un rien suranné?

22/01/2013

Un grand classique, à Paris aussi

Paris, Economie, Energie, Art de vivre, MétéoUn grand classique de l'hiver, n'en déplaise aux partisans du tout-nucléaire – dans le deuxième pays le plus nucléarisé au monde qu'est la France. Quand les températures plongent, la consommation d'électricité s'envole, et le réseau en vient à vaciller. Cela vaut aussi, parfois, pour Paris

Ainsi, hier, dans notre bon vieux quartier du onzième arrondissement, les premiers signes de faiblesse du réseau ont commencé à se manifester en début de soirée: des lumières à l'intensité par moments vacillante à partir de 19h30, soit à l'heure où les Parisiens commencent à rentrer du boulot et, arrivés chez eux, rallument le chauffage. Cela a continué comme cela pendant un petit temps. Jusqu'au grand noir, vers 20h15. C'est à ce moment que l'on mesure les joies du tout-électrique français: plus d'éclairage ni de chauffage ni le moindre appareil qui fonctionne, bien sûr, mais aussi plus d'eau chaude et y compris plus de digicode pour entrer ou sortir de chez soi – bref, plus rien. Il a fallu attendre plus d'une heure avant que le courant soit rétabli.

En province, l'hiver, à peu près à chaque grosse chute de neige ou à chaque coup de vent un peu important, des milliers de gens se retrouvent privés d'électricité, parfois même pendant des jours entiers. Rien d'inhabituel. Moins fréquent, en revanche, est le fait qu'une partie de la capitale, en son hyper-centre en plus, se retrouve ainsi plongée dans le noir. Par des températures extérieures qui, si elles étaient fraîches, n'étaient tout de même pas non plus exceptionnelles pour la saison.

Qui sait cela jette-t-il un froid – au propre comme au figuré –, sur l'image de ce pays, censé être la cinquième puissance économique mondiale.

21/01/2013

Une jolie pagaille

Week-end blanc, à Paris. Joli. Pagailleux, aussi. Dans la capitale, hier, pas un bus n'a circulé, le tramway n'a guère mieux fonctionné, et les acheminements vers Roissy et Orly ont été quasi inexistants. Une panne spectaculaire a même frappé le métro: panne en plein ciel, deuxième du genre en quelques semaines seulement.

Elle a frappé la ligne 5, sur le pont enjambant la Seine entre le quai de la Rapée et la gare d'Austerlitz. Le gel d'un câble électrique a entraîné l'arrêt d'une rame au beau milieu du viaduc. Une bonne centaine de passagers ont dû être évacués: ont dû gagner la gare en marchant sur la voie pendant 200 à 300 mètres. Pendant ce temps, vingt mètres plus bas, les gros moyens nautiques avaient été mobilisés. Les sapeurs pompiers, en effet, craignaient que des passagers glissent sur le pont gelé, puis tombent à l'eau. Des hommes-grenouille avaient donc été positionnés sur le fleuve, de manière à pouvoir leur porter secours. L'évacuation, cependant, s'est déroulée sans encombre.

Début décembre, déjà, une rame avait été immobilisée en plein ciel au-dessus de la Seine. Cette fois, c'était sur le pont de Bercy, qu'emprunte la ligne 6. Un «accident grave de voyageurs» avait entraîné une coupure d'alimentation électrique et stoppé un métro au moment précis où il franchissait le fleuve. Là aussi, les passagers avaient fini par être débarqués, et priés de cheminer en plein ciel jusqu'à la station suivante.

Sur le moment, dans un cas comme dans l'autre, pas sûr que beaucoup aient profité du clou du spectacle: la vue que l'on a sur Paris, depuis ces deux ponts. Panorama sublime, se dit-on chaque fois qu'on y passe en métro – époustouflant même, dès la nuit tombée: une des plus belles vues qui soient sur la ville et le fleuve illuminés.

18/01/2013

Un symbole, bien malgré lui

Armée, Défense, InternationalServal. C’est sans doute le mot que les Français ont le plus entendu prononcé cette semaine, et dont la plupart ne connaissaient même pas l’existence auparavant. Serval: le nom de code qui, vendredi dernier, à cette heure, a été choisi par les autorités françaises, pour l’opération militaire au Mali. Une fois n’est pas coutume, on a échappé aux dénominations ouvertement belliqueuses, du style «Plomb Durci», «Liberté immuable», ou «Tempête du désert».

 

Si par extraordinaire l’info vous avait échappé au cours de la semaine, le serval est un petit animal vivant dans le désert. On s’est un peu renseigné sur lui (, notamment), pensant à tous ceux qui, ultra-urbains comme nous, ont une culture générale animalière à peu près limitée au pigeon, au caniche ou à la souris. Cela nous transporte, certes, très loin de Paris, l’objet de ce blog. Mais cela nous donne une touche d’exotisme pas désagréable, en ces temps de froidure extrême.

 

Le serval est donc un félin africain, de taille moyenne: le modèle réduit du guépard, en somme. Dans la famille des félins, c’est celui qui a les pattes et les oreilles les plus longues. Ce qui lui permet, dans la savane où il évolue, de repérer facilement ses proies, et donc d’être un bon chasseur. Il peut atteindre des pointes de vitesse allant jusqu’à 80km/h. Pour observer un serval, même pas besoin d’aller jusqu’en Afrique: il y en a, paraît-il, au parc animalier de Thoiry.

 

Aussitôt ce nom de code choisi par l’armée française, la presse pro-gouvernementale algérienne a souligné que le serval était un animal pouvant «uriner 30 fois par heure, pour marquer son territoire». La mise en lumière de cette particularité en dit long, sans doute, sur l’impopularité de l’opération militaire française, dans certains milieux proches du pouvoir algérien.

17/01/2013

Un «rappel», maladroit

Léger mouvement de recul en prenant connaissance, hier en fin d'après-midi, d'un communiqué conjoint des ministères français de la Défense et des Affaires étrangères. Ce «Rappel sécurité» prie les journalistes envoyés spéciaux au Mali d'y faire preuve de «la plus extrême vigilance».

On peut trouver que c'est une charmante attention («Vous savez à quel point les autorités françaises sont attachées à votre sécurité», et blabla). Ou juger cela infantilisant, voire insultant. Mais pour qui les autorités prennent-elles donc les journalistes et correspondants de guerre? On peut en témoigner, pour en avoir jadis fait partie: ils sont les premiers à être conscients des risques qu'ils courent, et les soupèsent à longueur de journées. Cela s'appelle le professionnalisme.

Leur adresser pareil rappel à l'ordre, c'est donner l'impression qu'il y a lieu de douter de leur sens des responsabilités. C'est entretenir le cliché qu'un reporter de guerre est d'office une tête brûlée.

Un passage de ce communiqué est particulièrement maladroit. Il attire l'attention des journalistes sur le fait que «le non respect des règles élémentaires de prudence mettrait en péril, non seulement votre sécurité, mais également la sécurité de ceux qui se porteraient à votre aide». Cela rappelle vraiment un fâcheux précédent, en 2010.

Quand le chef d'état-major des armées de l'époque s'était énervé des millions déjà dépensés pour les recherches des journalistes Ghesquière et Taponier, détenus par les Talibans, en Afghanistan. Quand le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, s'était permis de leur faire la leçon, avant même qu'ils aient été libérés («Le scoop ne devrait pas être recherché à tout prix»). Et quand Nicolas Sarkozy lui-même les avait accusés d'avoir commis une «imprudence coupable», dans leur reportage.

Dès leur libération, les deux confrères avaient, légitimement, dénoncé un tel procès d'intention. Les trois autorités, à l'époque, n'avaient pas réagi: penaudes.

16/01/2013

Un soutien, pas forcément durable

défense,armée,international75%. Carrément. Selon un nouveau sondage sur l'intervention française au Mali, paru ce matin, elle est soutenue désormais par 75% de l'opinion, carrément. BVA fait bien, toutefois, de le souligner: «Attention, ce très large soutien pourrait fortement baisser en cas d’enlisement du conflit, comme avait fortement baissé, avec le temps, l’approbation pour la guerre en Afghanistan (de 55% en octobre 2001, à seulement 24% en août 2011) et l’approbation à la guerre en Libye (de 66% en mars 2011, à seulement 49% en août 2011)».

En clair? Pas sûr que, dans l'opinion, cette approbation se maintiendrait – à un tel niveau, en tout cas – si commençaient à tourner en boucle, à longueur de journées dans les médias (comme hier), les images de cercueils de soldats tués au combat, voire d'otages exécutés par leurs ravisseurs.

15/01/2013

Une histoire de mecs?

C'est le premier sondage réalisé depuis l'entrée en guerre de la France au Mali. Publié ce matin, il indique que 63% des Français la soutiennent – même si seuls 22% des sondés y sont tout à fait favorables. Pour retrouver un tel taux d'adhésion populaire à une intervention armée, il faut remonter aux opérations en Libye en 2011, au Darfour en 2007, ou en Bosnie en 1994. A titre de comparaison, en 2010 et 2011, l'intervention française en Afghanistan n'était plus soutenue que par moins d'un Français sur trois.

L'approbation de «Serval» traverse les clivages politiques: elle est est le fait de sondés sympathisants aussi bien du PS que de l'UMP, du Front national, ou du Front de gauche. Deux particularités à noter, toutefois. D'une part, les électeurs lepénistes sont les plus partagés: c'est chez eux que le conflit provoque le plus d'adhésion enthousiaste (31%) comme de rejet catégorique (28%). D'où, sans doute, la position chèvre-choutiste de Marine Le Pen, dans ce dossier. D'autre part, le tribun du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, pour qui l'intervention est «discutable», est désavoué par ses électeurs – ils sont 68% à la supporter.

Le soutien à Serval est majoritaire partout, au-delà de la tranche d'âge, de la catégorie socio-professionnelle, ou du lieu de résidence des sondés. Mais les plus de 65 ans sont nettement plus emballés (72%) que les moins de 25 ans (58%). Et, tiens donc, les hommes y sont massivement plus favorables (75%) que les femmes (53%).

Une histoire de mecs, définitivement, la guerre?

14/01/2013

Une «menace probable»

Police, Sécurité«La lutte contre le terrorisme exige aussi de prendre toutes les précautions nécessaires ici en France. J’ai donc demandé au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, de renforcer le plan Vigipirate, pour procéder à la surveillance de nos bâtiments publics et de nos infrastructures de transports. Il fera en sorte que ces instructions puissent être exécutées dans les meilleurs délais». François Hollande dixit, samedi soir, dans sa déclaration relative à l'entrée en guerre de la France, au Mali. Depuis, le degré d'alerte du plan de vigilance antiterroriste a été rehaussé d'un cran. Certes, on reste au niveau dit «rouge», qui correspond à une «menace probable» d'attentats. Mais on atteint cette fois l'échelon «rouge renforcé». Le stade suivant est le niveau d'alerte maximal, dit «écarlate» – désignant une «menace certaine» d'actes terroristes.

Concrètement, cette vigilance accrue concerne, selon le ministère de l'Intérieur (ici), «certains dispositifs visant à la surveillance des transports terrestres et aériens, en particulier en lien avec les pays à risques, et à la protection de sites sensibles: sites militaires, lieux de culte, emprises diplomatiques, ou encore lieux de grande fréquentation». L'échelon «rouge renforcé» implique aussi que des stocks d'eau potable soient constitués par les autorités. En revanche, ce n'est qu'au stade «écarlate» que les mesures les plus spectaculaires peuvent être prises: coupure du circuit de distribution d'eau, fermeture de l'espace aérien, contrôle systématique de l'accès à tous les trains grande ligne, ou interdiction de la circulation dans les tunnels routiers.

Depuis les fêtes de fin d'année, outre les policiers et les services de sécurité de la SNCF, quelque 1200 militaires sont mobilisés en France, dans le cadre de ce dispositif de vigilance.

11:20 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, sécurité

11/01/2013

Une innovation «culinaire»

On s'en voudrait d'achever la semaine sans mentionner la nouvelle. Sans doute essentielle, dans ce pays qui, en cette époque de goûts et de couleurs mondialisés, se pique de pratiquer une exception culturelle qui s'étend y compris jusqu'à sa gastronomie.

C'est une innovation que vient d'annoncer le géant mondial de la restauration rapide Mc Do (plus de 1200 établissements en France, tout de même). Au moment précis où son concurrent Quick fait une campagne de pub pour relancer son sandwich au foie gras – mais oui, si vous l'aviez oublié, cela existe (relire ici). McDo, donc, lance en France sa version de ce qui est une institution nationale de la pause-déjeuner: le jambon-beurre (*). Ce sera même le seul produit de toute sa gamme qui ne sera pas servi automatiquement avec des frites. Précédemment, déjà, la multinationale avait lancé un Mc-Baguette en France. Pays qui aura bientôt aussi droit à Mc-Camembert.

On est sans doute prié de considérer ces innovations comme un grand progrès pour l'humanité.

 

(*) Une fois n'est pas coutume, on s'abstient aujourd'hui de faire des liens, dans cette note. Ce sera notre contribution de l'année au souci collectif pour une alimentation saine et équilibrée.

10/01/2013

Une colère, et une galère

Transports, Sécurité, Social, ActivismeGros embarras de circulation dans et autour de Paris ce matin, et plus particulièrement entre la capitale et les aéroports de Roissy et Orly. Ce jeudi, en effet, est la journée nationale de mobilisation des chauffeurs de taxi, qui organisent des opérations escargot dans tout le pays. Ils protestent tout à la fois contre la concurrence des moto-taxis et des taxis low-cost, et contre la volonté de la Sécu, toujours à la recherche d'économies dans l'assurance-maladie, de leur retirer la fonction de transport de malades.

La corporation, très remontée, promet (ici, notamment) de ne «pas mourir sans combattre», de «rentrer en résistance», et de «refuser la spoliation». En décembre, déjà, un rassemblement de plus de 150 taxis devant la gare de Paris-Nord avait provoqué des incidents, ainsi que des embouteillages d'anthologie dans une bonne partie de la capitale. A l'époque, il s'agissait de dénoncer notamment les verbalisations excessives dont les membres de cette profession s'estiment victimes.

Puisqu'on évoque les transports, signalons ce bilan énervé que vient de dresser () la fédération des usagers des transports publics. Il concerne la manière dont les transports ont fonctionné pendant la période des fêtes de fin d'année, et particulièrement les soirs de réveillon.

A Paris, les services spéciaux mis en place ont, comme chaque année, plutôt bien fonctionné. En revanche, dans quantité de villes de province, ce fut une galère sans nom pour les non-motorisés.

Transports, Sécurité, Social, ActivismeAinsi, dans des villes aussi nombreuses qu'Aix-en-Provence, Amiens, Angers, Annemasse, Arras, Bourges, Évry, Lens, Montbéliard, Mulhouse, Orléans, Rouen, Saint-Brieuc, Strasbourg, Tours ou Valenciennes, l'offre de transports publics a été réduite pendant cette période. Avec, cerise sur le gâteau, un «réseau complètement paralysé le 25 décembre» à Boulogne-sur-Mer, et «inexistant le 25 décembre et le 1er janvier» à Aubagne, Belfort et Pau. Alors que, paradoxe, à cette période de l'année, dans tous les médias, en boucle et à longueur de journées, tournent les messages officiels de prévention contre les accidents de la route, incitant les gens à privilégier les transports en commun.

Encore bravo.

09/01/2013

Une certaine confusion

L’argent ne fait pas le bonheur. C'est ce qu'assure l'adage, et c'est que que vient de confirmer le très sérieux Institut français de la statistique. Qui a enquêté (ici) sur la question auprès de 10 000 Français, en leur demandant d'évaluer leur degré et critères de satisfaction par rapport à leur existence quotidienne.

Résultat? Une note moyenne de 6,8 sur 10, pour l'ensemble de la population. Et davantage d'insatisfaits chez les personnes socio-économiquement aisées (23,4%) que chez les moins favorisées (22,5%). L'Insee en déduit que «d'autres aspects de la qualité de vie, comme la faiblesse des liens sociaux ou le stress dans la vie courante, jouent autant voire davantage que les contraintes financières», dans le degré de satisfaction que l'on a envers sa propre existence.

L'argent ne fait pas le bonheur, mais, selon un sondage Ifop publié ce matin, dans «L'Humanité», «à l’heure actuelle, la lutte des classes est une réalité» en France. C'est ce que pensent 64% des Français. «La lutte des classes n’est pas un mythe», se réjouit le quotidien communiste: «malgré les apparences et le discours dominant, ce jugement a pris de l’ampleur depuis les années 1960: en 1964, seuls 40% des Français interrogés jugeaient qu’elle était une réalité, et 44% en 1967».

En somme, si l'on s'autorise à rapprocher ces deux études publiées au même moment, ce pays a le sentiment d'être le théâtre d'une lutte, mais pour un objectif collectif d'ascension sociale vers un niveau socio-économique où, à titre particulier, on n'est pas forcément plus heureux. Une bataille pour quelque chose de pas d'office folichon, pour le dire autrement – cherchez l'erreur.

Décidément, rien n'est jamais simple.

08/01/2013

Une inexorable évolution

Paris, Economie, Culture, Art de vivreIl se joue en ce moment: le sort du Virgin Megastore des Champs-Elysées. Il se joue au comité d'entreprise extraordinaire du groupe Virgin, qui se déroule ces deux jours-ci à Paris. Et il faudrait vraiment un miracle pour que la procédure de dépôt de bilan entamée par Virgin épargne la grande surface de produits culturels qui, depuis son ouverture en 1988, au numéro 52-60 de la célèbre artère, était devenue un des symboles des Champs.

Si tout se passe comme il est attendu, les 27000 m2 de surfaces du Megastore devraient être occupées prochainement soit par un show-room de Volkswagen, soit par l'enseigne londonienne Harrod's. L'affaire sera sans doute très profitable pour le propriétaire du bâtiment: le fonds d'investissement qatari QIA, qui a racheté l'édifice (pour la bagatelle d'environ 500 millions d'euros) à la mutuelle française d'assurances Groupama – qui, après la crise de la dette grecque, avait un besoin urgent de liquidités. Très profitable, car le nouveau locataire se verra probablement imposer un loyer beaucoup plus élevé que son prédécesseur; on parle de 6 millions d'euros par an.

Outre qu'une disparition du Megastore serait fatale à ses 185 employés actuels, elle constituerait un nouveau mauvais coup porté à la place de la culture dans la «Ville lumière». Après, déjà, la fermeture du centre Virgin du Louvre, la reconversion de la FNAC Bastille en Club Med Gym, et la disparition ou les menaces pesant sur les cinémas «UGC Triomphe», «Le Balzac» ou «Le Lincoln».

Paris, Economie, Culture, Art de vivreEn revanche, sur les Champs, l'univers de la fripe mondialisée (Gap, Levi's, Abercrombie, Adidas, etc.) continue de se porter à merveille, merci pour lui. Tout comme à Saint-Germain des Prés il est parvenu à phagocyter une bonne part des surfaces culturelles, ce qu'il est en train de réussir aussi dans le Marais – dans une indifférence quasi-générale.

Sans doute a-t-on la capitale que l'on mérite.

07/01/2013

Une si belle victoire

Impossible de commencer la semaine sans mentionner cette bonne nouvelle, d'une importance capitale, survenue en France ce week-end. L'Hexagone, cinquième puissance économique de la planète, vient de conquérir un titre de champion du monde.

Cela s'est passé à Nantes. La compétition a opposé des sportifs venus de 33 pays, d'horizon aussi divers que la République démocratique du Congo ou la Bulgarie. La Belgique, aussi, cela dit: pays qui, paraît-il, avait été sacré champion, l'an dernier.

Cette année donc, c'est à la France qu'est revenu le titre. Celui de pays champion du monde de... baby-foot: de football de table, autrement dit – oui, il existe une coupe du monde pour cette activité.

Sans doute est-ce déjà cela.

04/01/2013

Une étourderie fatale

Police, Sécurité, Paris, Art de vivreUne anecdote futile et légère, pour bien terminer la semaine. Elle relate des faits qui se sont déroulés à Paris il y a une dizaine de jours déjà, mais, comme on n'a pas encore eu le temps, depuis, d'en parler dans ce blog, allons-y. D'autant que cela a trait à un péché capital (la gourmandise) et à un trait de caractère (l'étourderie), pour lesquels on a toujours eu une certaine sympathie.

L'affaire a été rendue publique par la préfecture de police de Paris. On livre tel quel son communiqué de presse officiel – le ton utilisé par les pandores est au moins aussi farce que le fond dont il est question.

«A l’heure où le carrosse de Cendrillon se transforme en citrouille, les policiers ont suivi les traces du Petit Poucet et ont interpellé Hansel et Gretel…
Samedi 22 décembre, peu avant minuit, un appel «17 police secours» signale le cambriolage d’une boulangerie-pâtisserie: rue Henri Duvernois, dans le 20ème arrondissement. Les policiers de la brigade anti-criminalité (BAC) locale se rendent immédiatement sur place.
A leur arrivée, ils constatent que la porte d’entrée a été dégondée, les lieux fouillés, et la caisse enregistreuse dérobée. Les voleurs ont disparu, mais leur gourmandise va leur être fatale. En effet, en plus de ce butin, ils se sont emparés de friandises dont ils ont répandu bon nombre dans la rue. Les policiers suivent la piste qui les conduit jusqu’à un stade situé à proximité, où ils découvrent plusieurs personnes qui se dispersent à leur vue; six d’entre elles sont néanmoins interpellées et placées en garde à vue.
La caisse a été retrouvée, de même que des pièces de petite monnaie et de nombreux emballages de sucreries».