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08/02/2013

Un poète très courtisé

Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et ces vers qu'on a beaucoup entendus, à Paris cette semaine: «Nous les gueux/ nous les peu/ nous les rien/ nous les chiens/ nous les maigres/ nous les Nègres/ Qu’attendons-nous/ pour jouer aux fous/ pisser un coup/ tout à l’envi/ contre la vie/ stupide et bête/ qui nous est faite?» Signé Léon-Gontran Damas. Un poète guyanais qu'adore la ministre de la Justice Christiane Taubira, elle aussi d'origine guyanaise. Poète qui – mais oui, tout arrive – a eu droit de cité... à l'Assemblée nationale.

La droite UMP, en effet, a tenté de récupérer ce chantre de la négritude. A voulu l'annexer à son combat contre le «mariage gay» et contre, plus globalement, la volonté des minorités de «chercher à imiter les majorités», dans une «volonté d’identification jusqu’à l’artificiel, jusqu’au factice». «Ce poète a très souvent exprimé l’idée que les différences entre les personnes ne devaient pas être niées, mais assumées, acceptées et promues», a ainsi plaidé le député et ex-ministre UMP Hervé Mariton. «Bref, il considérait que la différenciation était préférable à l’identification». Et d'interpeller Christiane Taubira: «Vous qui citez un poète prônant que, face à des situations différentes, l’on refuse une assimilation ne correspondant pas à la réalité des choses, pourquoi cautionnez-vous cette construction extravagante» du «mariage gay»?

Le sang de la bouillante garde des Sceaux n'a fait qu'un tour. «Je n’avais jamais assisté à tel détournement de son œuvre!», a-t-elle fulminé. «Effectivement, Damas est le poète de la différence et du respect. Mais, chez lui, jamais la différence n’est un prétexte justifiant l’inégalité des droits! Ne pas accorder l’égalité des droits, ne pas reconnaître la liberté, cela revient à dire aux Français: "Qu’attendez-vous pour jouer aux fous contre la vie stupide et bête qui vous est faite"!»

Soucieux de ne pas allonger encore un peu plus des débats qui, déjà, n'en finissent pas, le président de l'Assemblée a alors clos cette petite discussion littéraire, remerciant l'UMP d'avoir «permis la rencontre de la justice et de la poésie». Et les députés ont repris leurs travaux parlementaires, autrement plus austères.

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