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26/02/2013

Un jour oui, l'autre jour non

Grosse surprise et donc grosse bousculade au Palais de Justice de Paris, ce matin. Où Dominique Strauss-Kahn est apparu en personne, pour assister à l'audience qui se déroule en ce moment, au tribunal de grande instance. L'on s'attendait plutôt à ce qu'il laisse ses avocats plaider contre l'éditeur Stock et l'essayiste Marcela Iacub. Si d'aventure et par extraordinaire cela vous avait échappé, ils vont tenter ce matin d'obtenir au minimum la publication d'un encart dans le livre «Belle et Bête» à paraître demain – qui narre la liaison entre l'auteure et DSK, en 2012 –, voire, au maximum, la saisie de cet ouvrage avant sa parution. Les avocats de DSK vont donc argumenter sur le thème de la liberté éditoriale devant impérativement être limitée par le respect de la vie privée.

Pourquoi pas. Notons tout de même, pour l'anecdote, que l'un de ces ténors du barreau qui défendent aujourd'hui DSK plaida jadis la thèse... exactement inverse. Il y a quelques années, et dans un autre contentieux relatif lui aussi à un livre à paraître.

C'était en 2008. Le livre, publié aux éditions du Cherche-Midi, s'appelait «L'avocat à abattre». Il était signé Karim Achoui: le sulfureux «avocat du milieu», comme on l'a surnommé, en raison de ses fréquentations avec des ténors du grand banditisme. Dans cet ouvrage, l'auteur mettait nommément en cause un commissaire de police, qu'il accusait d'avoir été indirectement mêlé à une tentative de meurtre contre lui, un an plus tôt. Ledit policier réclamait la saisie de l'ouvrage avant sa sortie en librairie. Les avocats de l'auteur, qui obtinrent gain de cause, avaient hurlé contre la «mesure liberticide» que constituerait la «censure» de cet ouvrage. Et un des avocats de DSK qui aujourd'hui bataillent contre Marcela Iacub et son éditeur avait alors défendu, et vigoureusement, le droit inaliénable de tout écrivain, et donc de l'auteur, à livrer «un témoignage personnel» via un livre. Droit passant y compris par celui d'y «émettre des jugements, mêmes excessifs». Cinq ans plus tard, ce mardi, c'est probablement ce genre d'arguments qui va lui être retourné, par les défenseurs de Marcela Iacub.

Sur le même sujet, ou à peu près, un jour pour, et l'autre jour contre. Avec la même éloquence, voire la même emphase. C'est parfaitement le droit des avocats. C'est même la base de leur métier. Et c'est sans doute ce qui en fait le charme.

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