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28/02/2013

Une préférence nationale

Faisons écho tout de même à cette petite nouvelle agro-alimentaire tombée en début de semaine, qui a été un peu éclipsée par tout le buzz autour des tribulations politico-judiciaires de ce petit cochon littéraire, qu'on évoquait dans ce blog hier et avant-hier. Une nouvelle qui concerne la France, mais aussi la Belgique. Et qui n'est pas trop bonne pour l'agriculture de ce dernier pays.

Puisque McDonald's-France vient d'annoncer que, d'ici à la fin 2013, dans ses 1 260 fast-food de l'Hexagone, on ne servirait plus que des frites 100% françaises. Aujourd'hui, 70% seulement de ces frites viennent de France, les 30% restants provenant de Belgique.

Ce changement entraînera la plantation en France – principalement dans les départements du Nord et du Pas de Calais – de 4 000 hectares supplémentaires de cultures dévolus à la pomme terre. Et fera passer de 250 à 350 le nombre d'agriculteurs français sous contrat avec Mc Cain: le groupe qui fournit les frites surgelées à la filiale française du géant américain du burger. En revanche, ce sera une perte sèche pour les cultivateurs belges concernés.

A moins que cela nous ait échappé, l'ambassadeur de France à Bruxelles n'a pas été convoqué au ministère belge des Affaires étrangères, pour y être sermonné.

27/02/2013

Un drôle de bestiaire

Justice, Littérature, Personnalités, Strauss-KahnOn risque de croiser pas mal d'huissiers dans les librairies en France, ce mercredi. Puisque, comme en a décidé hier soir le tribunal de grande instance de Paris, le livre «Belle et Bête» ne peut y être vendu sans un encart informant le lecteur qu'il attente à la vie privée de Dominique Strauss-Kahn.

Les éditions Stock ont lancé l'impression dudit encart dès le prononcé du jugement. Cela risque tout de même d'être un tour de force d'éviter que le moindre exemplaire soit vendu sans l'inséré – sous peine de 50€ d'amende par infraction constatée. Au passage, une astreinte d'un même montant avait été imposée en 2003 aux éditions Arthème Fayard. Quand la cour d’appel de Paris leur avait ordonné l’insertion d’un encart dans tous les exemplaires de «Marie, ma fille»: le livre de Nadine Trintignant, sur la mort de sa fille Marie. Cet encart rappelait le droit à la présomption d'innocence de Bertrand Cantat – qui, à l'époque, n'avait pas encore été jugé ni condamné, mais que le livre traitait à 85 reprises de meurtrier.

Plus spectaculaire avait été le jugement qui, en 2004, avait frappé l'éditeur Michel Lafon/Jean-Claude Gawsevitch. Pour le livre «Mes nuits noires dans la ville rose». Ecrit par une prostituée toulousaine, Florence Khelifi dite «Fanny», il revenait sur la rocambolesque «affaire Baudis». Du nom de l'ex-homme politique et maire de Toulouse Dominique Baudis, qui avait été faussement accusé d'avoir pris part à des ballets roses ayant donné lieu à des actes de torture et de barbarie sur des enfants.

Justice, Littérature, Personnalités, Strauss-KahnDans son bouquin, «Fanny» mettait en scène un personnage de magistrat. Qu'elle surnommait «Le Cobra», et accusait d'avoir commis des meurtres et d'être acoquiné avec le grand banditisme. La justice, saisie par un haut magistrat toulousain s'étant senti visé, avait carrément ordonné à l'éditeur le retrait de dix passages entiers du livre.

Le cobra, donc. Qui a indisposé davantage la justice que le «mi-homme-mi cochon» Strauss-Kahn – et «caniche», en prime: imaginez à quoi une telle créature peut ressembler... –, ainsi que le dépeint «Belle et Bête». Tout cela, en tout cas, nous fait un drôle de bestiaire.

26/02/2013

Un jour oui, l'autre jour non

Grosse surprise et donc grosse bousculade au Palais de Justice de Paris, ce matin. Où Dominique Strauss-Kahn est apparu en personne, pour assister à l'audience qui se déroule en ce moment, au tribunal de grande instance. L'on s'attendait plutôt à ce qu'il laisse ses avocats plaider contre l'éditeur Stock et l'essayiste Marcela Iacub. Si d'aventure et par extraordinaire cela vous avait échappé, ils vont tenter ce matin d'obtenir au minimum la publication d'un encart dans le livre «Belle et Bête» à paraître demain – qui narre la liaison entre l'auteure et DSK, en 2012 –, voire, au maximum, la saisie de cet ouvrage avant sa parution. Les avocats de DSK vont donc argumenter sur le thème de la liberté éditoriale devant impérativement être limitée par le respect de la vie privée.

Pourquoi pas. Notons tout de même, pour l'anecdote, que l'un de ces ténors du barreau qui défendent aujourd'hui DSK plaida jadis la thèse... exactement inverse. Il y a quelques années, et dans un autre contentieux relatif lui aussi à un livre à paraître.

C'était en 2008. Le livre, publié aux éditions du Cherche-Midi, s'appelait «L'avocat à abattre». Il était signé Karim Achoui: le sulfureux «avocat du milieu», comme on l'a surnommé, en raison de ses fréquentations avec des ténors du grand banditisme. Dans cet ouvrage, l'auteur mettait nommément en cause un commissaire de police, qu'il accusait d'avoir été indirectement mêlé à une tentative de meurtre contre lui, un an plus tôt. Ledit policier réclamait la saisie de l'ouvrage avant sa sortie en librairie. Les avocats de l'auteur, qui obtinrent gain de cause, avaient hurlé contre la «mesure liberticide» que constituerait la «censure» de cet ouvrage. Et un des avocats de DSK qui aujourd'hui bataillent contre Marcela Iacub et son éditeur avait alors défendu, et vigoureusement, le droit inaliénable de tout écrivain, et donc de l'auteur, à livrer «un témoignage personnel» via un livre. Droit passant y compris par celui d'y «émettre des jugements, mêmes excessifs». Cinq ans plus tard, ce mardi, c'est probablement ce genre d'arguments qui va lui être retourné, par les défenseurs de Marcela Iacub.

Sur le même sujet, ou à peu près, un jour pour, et l'autre jour contre. Avec la même éloquence, voire la même emphase. C'est parfaitement le droit des avocats. C'est même la base de leur métier. Et c'est sans doute ce qui en fait le charme.

25/02/2013

Un vieux cliché sexiste

Personnalités, Publicité, FemmesLes personnalités politiques recyclées comme argument de vente et détournées dans des campagnes de pub – suite. Cette fois, c'est sur Valérie Trierweiler que cela tombe. D'après les échos/ragots, la compagne de François Hollande a un tempérament passablement emporté, voire carrément volcanique. Du coup, depuis quelques jours, une épicerie fine en ligne «propose une sélection de Thés "Zen" pour la Première Dame». Qui n'a pas réagi: qui laisse faire, donc. Sans doute se dit-elle que demander réparation pour l'atteinte à son droit à l'image fera plus de tort que de bien: aura surtout pour effet de donner de la notoriété à cette initiative commerciale.

Parlant d'épicerie fine, on laisse chacun juger de la finesse, ou non, de cette récupération publicitaire. On remarque juste qu'une fois de plus, le fait de manquer de calme et de sérénité est associé à une figure féminine, bien conformément au vieux cliché sexiste selon lequel l'hystérie est, par nature, réservée aux femmes. La classe politique française, pourtant, ne manque pas de mâles assez régulièrement voire chroniquement énervés/agités. Autant de personnalités dont l'image, dès lors, aurait parfaitement pu être utilisée dans le cadre d'une telle campagne de publicité.

Pour l'égalité des sexes, à quand une campagne invitant Jean-Luc Mélenchon, pour ne prendre que ce seul exemple, à «Keep calm & drink tea»?

22/02/2013

Une ville où l'on se marie peu

Puisqu'on a tant et tant parlé du mariage en France, ces derniers mois, cette spécificité parisienne, que vient de rappeler (ici) l'Institut national de la statistique (Insee). A Paris, en dépit de son cliché de ville ultra-romantique, on se marie beaucoup moins qu'ailleurs: moins que dans sa banlieue – et, par extension, qu'en province.

A Paris intra muros, 61% des gens vivant ensemble sont mariés; ils sont 71% dans ce cas en région parisienne. Dans la capitale, un couple sur trois (33%) vit en union libre, contre seulement 24% en banlieue et 22% en province.

Pourquoi donc le mariage a-t-il moins la cote dans la «Ville lumière»? L'Insee explique cela par deux caractéristiques de la population parisienne. D'abord, elle est proportionnellement plus jeune que celle de banlieue et de province: les 18-34 ans sont plus nombreux dans la capitale que partout ailleurs, et plus d'un Parisien sur trois (35%) a moins de 35 ans, contre 30% en banlieue et 25% en province. Ensuite, parmi ces nombreux jeunes qui habitent Paris, on compte beaucoup plus d'étudiants qu'ailleurs: 73% des Parisiens de 18 à 24 ans sont scolarisés, contre seulement 57% des banlieusards et 49% des provinciaux.

Cela confirme donc que le mariage demeure une institution majoritairement vue/vécue comme étant destinée avant tout aux couples qui se sentent prêts à entrer dans la vie active: ont atteint un certain âge, et achevé leur formation.

Frigide Barjot n'a pas encore réagi.

21/02/2013

Un «métier exceptionnel»

armée,défense,communicationDes soldats français ont beau mourir au combat, en ce moment – on l'évoquait hier –, les forces armées de ce pays n'en poursuivent pas moins leurs campagnes de recrutement. Avec sans doute l'espoir que ces actualités dramatiques n'entameront pas le volontarisme des candidats au service de la patrie.

Après, dernièrement, l'armée de terre (relire ici), c'est à présent la marine qui met les gros moyens, pour tenter d'attribuer 2984 postes disponibles. Cela va du plongeur démineur au mécanicien naval, en passant par le matelot fusilier marin, le guetteur de la flotte, le météorologiste océanographe, ou le... professeur d'anglais.

Gros moyens financiers: cette campagne a été confiée à Euro RSCG carrément, une des plus grosses (et coûteuses) agences de pub de la place. Gros moyens iconographiques: les visuels montrant des marins en pleine action, rien qu'à les voir on sent l'air du grand large, le mazout et la testostérone. Gros moyens argumentaires: les salaires proposés n'étant pas toujours mirobolants – 734€ nets par mois, soit moins que le SMIC, pour un volontaire matelot (mais l'hébergement et la nourriture sont gratuits) –, monts et merveilles sont promis aux candidats. Du coup, après «la vie hors du commun» promise par l'armée de terre, voilà la marine qui vante «un métier exceptionnel, permettant de découvrir d'autres rivages».

Avec la proportion de jeunes Français qui sont au chômage (un sur quatre, en gros), il devrait bien s'en trouver quelques dizaines ou centaines prêts à se lancer dans cette aventure. Bon vent, donc, aux gars/filles de la Marine en devenir.

20/02/2013

Une identique pudeur

"Le changement, c'est maintenant", mais, qu'ils soient de gauche ou de droite, les gouvernants font preuve des mêmes pudeurs, quand il leur faut annoncer une douloureuse nouvelle à l'opinion. On en a eu un exemple éclatant hier, en fin de journée. Quand a été confirmée la mort au Mali du deuxième militaire français tué dans ce pays, depuis que la France y est engagée.

Il s'appelait Harold Vormezeele, et était sergent-chef au deuxième régiment étranger de parachutistes de Calvi. Son visage est dans tous les médias français, depuis hier soir. En revanche, remarquez que, à première vue, nulle part n'est mentionné l'âge de l'intéressé. Et pour cause: les communiqués d'hommage à sa mémoire, diffusés hier soir par l'Elysée, le Premier ministre et le ministre de la Défense, ne donnent pas cette information.

Ce faisant, François Hollande et les militaires suivent la tendance qu'avait impulsée Nicolas Sarkozy. Qui, au fur et à mesure que les pertes s'accumulaient dans les troupes françaises engagées en Afghanistan, avait fini par ne plus mentionner l'âge de ces militaires tués au combat. S'il est besoin de le préciser, ces soldats étaient souvent très jeunes (relire par exemple ici ou ).

De gauche comme de droite, donc, les autorités et/ou leurs communicants jugent probablement que, en de pareilles circonstances et en dépit des exigences de transparence, cet élément d'information n'a pas forcément à être rappelé à l'opinion.

19/02/2013

Une action pas trop lisible

Presse, Médias, SocialJournée sans presse écrite pour nombre de Parisiens, ce mardi. En effet, les kiosquiers et autres points de vente de presse mènent une «opération rideau baissé». Ils gardent porte close pour protester contre l'impact, sur cette profession, du gros conflit social qui s'éternise chez Presstalis: les ex-Messageries de la presse. Depuis octobre, ce conflit a occasionné aux kiosquiers 30 jours successifs de non-distribution des journaux et magazines. A force, le manque à gagner leur devient difficilement supportable. «C'est un grand cri d'alarme de la profession. Les kiosquiers risquent de disparaître», selon le syndicat de la librairie et de la presse.

Hier lundi, déjà, les kiosquiers de Paris faisaient signer une pétition à leurs clients, réclamant que la ministre de la Culture se saisisse en urgence du dossier, et fasse en sorte que la profession et le grand public cessent d'être ainsi «pris en otages» par le contentieux chez Presstalis.

Si l'on peut comprendre l'exaspération des kiosquiers, on peut se demander s'ils avaient vraiment besoin de subir ce mardi, du fait de leur opération «rideau baissé», un 31ème jour de chômage technique, en quatre mois. Et s'interroger si, ce faisant, ce ne sont pas eux qui, à leur tour, prennent «en otages» les clients et les entreprises de presse.

Notre kiosquier du 11ème arrondissement, à qui l'on posait la question ce matin, convenait bien volontiers de la cohérence peu lisible de cette action. Mais, en même temps, il se disait vraiment dégoûté d'avoir eu à subir trente très mauvaises journées de travail depuis la rentrée, à cause d'un conflit social qui le dépasse complètement. Du coup, notre homme a coupé la poire en deux: ce matin il est ouvert, et cet après-midi fermé. Il en profitera pour tenter d'avancer dans «la masse de corvées administratives» en retard qui l'attend, du fait du déstockage auquel il doit procéder. Pas question pour lui aujourd'hui, donc, de se croiser les bras.

De toute manière, il pourrait difficilement rester inactif toute la journée, dans les 3 minuscules m2 qui lui tiennent lieu d'espace de travail, tant il y fait froid, en cette saison. Aussi froid qu'il y fait étouffant pendant les mois d'été. C'est sans doute ce que, en langage syndicalo-technocrate, l'on appelle la pénibilité du travail.

11:39 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : presse, médias, social

18/02/2013

Une «saturation»

«Dire non, ça nous arrache le cœur». Et pourtant, à partir de ce lundi, le Secours populaire de La Courneuve (Seine-Saint-Denis: banlieue nord de Paris) dit «Non» aux miséreux qui débarquent chez lui pour bénéficier de colis alimentaires. «Non», parce que les stocks de nourriture que gère cette association sont proches de «la saturation»: ils sont juste suffisants pour continuer à nourrir les 400 personnes auxquelles elle vient déjà en aide. «Il y a un raz-de-marée de la misère. Aucune région n'est à l'abri», explique l'association – qui, l'an dernier, a distribué 181 millions de repas, à 2,5 millions de bénéficiaires. A La Courneuve le comité local, «débordé», ne peut plus faire face. Il a donc décidé «la fermeture des inscriptions», pour «un temps indéterminé».

Dernièrement, le Secours populaire avait alarmé sur l'impact d'une réduction du budget européen de l'aide alimentaire aux plus démunis. Cela n'a pas empêché l'Union d'amputer cette enveloppe de 28%. Le Secours avait aussi fait sensation en demandant que stocks de viande de cheval, retirés du circuit depuis le scandale de la «lasagne folle», lui soient donnés, pour qu'elle puisse à son tour les distribuer aux plus démunis. «On ne peut pas gâcher ces stocks, quand des gens ont faim!», avait-elle justifié. On attend toujours, manifestement, la réponse des autorités.

Et donc, en attendant, les pauvres qui, à partir d'aujourd'hui, débarquent à La Courneuve dans l'espoir de recevoir à manger sont priés d'aller frapper à la porte à côté. S'ils en trouvent une.

Sinon, ce lundi en France est aussi le jour où sort la nouvelle édition du Guide Michelin, qui récompense les meilleures tables du pays.

15/02/2013

Une candidature désormais officielle

Paris, Personnalités, Langue française, FemmesA Paris, aux prochaines élections municipales (en 2014), deux femmes pourraient donc se disputer la mairie. Puisque, c'est officiel depuis hier soir, Nathalie Kosciusko-Morizet se voit bien mener la droite à ce scrutin. L'ex-ministre et porte-parole de Nicolas Sarkozy ambitionne de battre celle que le maire actuel, Bertrand Delanoë (qui ne briguera pas un troisième mandat) a adoubée pour sa succession: sa première adjointe, la socialiste Anne Hidalgo. Un duel entre ces deux femmes, donc, à moins qu'une troisième vienne perturber cette prévision: l'ex-ministre Rachida Dati est également candidate à l'investiture de l'UMP.

Cette échéance électorale est encore lointaine, la droite n'est absolument pas sûre de l'emporter dans la capitale, mais la perspective d'un duel Kosciusko-Hidalgo excite déjà visiblement beaucoup les médias français. «Un choc de femmes», «un duel de dames», etc.: depuis hier soir, on a droit à un florilège d'expressions guerrières. Et, bien sûr, certains commentateurs ou chroniqueurs en sont rapidement venus à parler d'un «crêpage de chignons».

Se serait-il agi, dans le cas d'espèce, d'un affrontement entre deux personnalités mâles se disputant le même siège de maire, on aurait parlé de «combat des chefs» ou de «choc des titans». Mais, là, non: c'est donc un «crêpage de chignons».

Le sexisme et la misogynie ont l'air d'avoir encore de beaux jours devant eux: dans ce pays, comme dans sa langue.

14/02/2013

Une décontraction, si bienvenue

La Saint-Valentin, ce 14 février. C'est l'occasion qu'a choisie l'humoriste Muriel Robin pour annoncer, dans un grand quotidien, qu'elle ferait son «coming out» le jour où elle se découvrirait et s'assumerait... hétérosexuelle.

On trouve cela très bien envoyé. Délicieusement provoc', même, dans le chamboulement des repères habituels/majoritaires qu'une telle déclaration amène. Finalement, qui, dans sa vie, est dans la norme et qui ne l'est pas, où une société doit-elle placer le curseur de la différence, etc. – vaste débat.

Surtout, au-delà du côté farce de ce trait d'humour, on la juge vraiment bienvenue, cette décontraction ainsi affichée. Alors que, en ce moment en France, le thème de l'orientation sexuelle est si péniblement dramatisé/hystérisé.

13/02/2013

Une «culture de mort»

Société, Police, Justice, Activisme«Je n'ai aucun doute, cette loi restera comme une des grandes lois de la République, parce qu'elle s’inscrit dans une longue lignée de réformes républicaines pour l’égalité et contre les discriminations». Hier, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a ainsi commenté le vote du «mariage gay» (en première lecture) par l'Assemblée. Pour mesurer le fossé qui sépare les partisans de ce texte de ses opposants, il suffit de se reporter à ce qui fut, le même jour quasiment à la même heure, le commentaire du «Collectif Famille Mariage» (ici). A savoir, «les défenseurs de la civilisation de la Vie doivent s’unir contre les tenants de la culture de mort».

Bigre, l'heure est donc si grave; ce texte a carrément un caractère mortifère – cela nous avait échappé.

Hier, ces opposants ont disputé une partie de bras de fer avec les autorités. Ils avaient prévu d'organiser un «vote symbolique» devant l'Assemblée, pour illustrer le référendum national qu'ils réclament, sur la question. Mais un arrêté préfectoral leur a interdit de se réunir. Raison invoquée par la préfecture: la présence d'un rassemblement de partisans de la réforme dans le même quartier faisait courir un risque de troubles à l'ordre public. Les anti-«mariage gay» ont alors recouru en référé contre cet arrêté, devant le tribunal administratif. Mais leur requête y a été rejetée. Aussi, c'est sur l'esplanade des Invalides qu'ils ont fini par se réunir, en soirée.

Pour fustiger notamment le «pseudo débat», ou «simulacre de débat», auquel, selon eux, cette réforme a donné lieu. Un argument que, pour le coup, on trouve vraiment très spécieux. Au vu, outre des dix jours non stop de discussions que l'Assemblée vient de lui consacrer, des centaines voire des milliers de reportages, d'analyses, de commentaires ou de témoignages que ce sujet de société a inspirés, dans tous les médias de France, ces derniers mois.

12/02/2013

Un avis de disparition

Cet après-midi, donc, le vote solennel du «mariage pour tous»: par l'Assemblée, en première lecture. Au cours des 110 heures de débats que les députés ont consacrées à ce texte, par moments, il y avait de quoi se demander si on n'assistait pas plutôt au tournage d'une séance de la caméra cachée.

Ainsi, lorsque la droite a – le sourire en coin, tout de même – mis la majorité en garde contre une des conséquences que pourrait avoir, selon elle, cette réforme. A savoir, la création en France d'une nouvelle espèce (humaine) en voie de disparition: les... belles-mères.

Car, pour l'UMP, «ce texte a pour effet de supprimer les belles-mères (du Code civil), en les remplaçant par des beaux-parents 1 et 2». Aussi, convoquant «les mânes de Courteline, Feydeau, Labiche et Guitry», un député sarkozyste a imploré la gauche de ne «pas porter un coup terrible au théâtre de boulevard». Le verbatim des débats en atteste: à ce moment-là, une clameur s'est élevée des bancs de l'UMP: «Vive les belles-mères!» Ensuite, ce parti a tenté de réclamer la convocation illico en séance de la ministre de la Culture, pour qu'elle s'exlique sur «le préjudice que cela représentait pour tout le théâtre de boulevard: que serait-il sans belles-mères?»

La gauche a peu apprécié la plaisanterie. «Nous tombons dans le mauvais théâtre de boulevard!», s'est énervée la communiste Marie-George Buffet: «Sans doute votre prochaine intervention portera-t-elle sur l’adultère et les amants dans le placard!» Sans état d'âme, l'amendement ad hoc qu'avait présenté l'UMP a été rejeté.

RIP, donc, les belles-mères.

11/02/2013

Un coût, à compenser

Institutions, Economie, Société, Histoire5h40. Il était donc 5h40 samedi matin, lorsque les députés ont enfin achevé l'examen du projet de loi sur le «mariage pour tous» – qu'ils adopteront en première lecture demain mardi. Il leur a fallu quelque 110 heures de discussions pour arriver au bout de ce texte. Dont d'innombrables heures de séance en soirée, la nuit et le week-end. Ce qui, au sens propre, va leur coûter cher.

Non pas que les parlementaires soient payés au tarif horaire. Mais tous les agents qui, la nuit ou le week-end, ont bossé dans les coulisses de l'hémicycle ont, eux, effectué des heures supplémentaires: les huissiers, greffiers, personnels chargés de l'intendance, de la technique, de la sécurité, etc. Le président de l'Assemblée, Claude Bartolone (PS), a déjà averti ses collègues: lorsqu'il s'agira de leur payer toutes ces heures sup', «pas un euro supplémentaire ne sera réclamé» pour la dotation budgétaire dont bénéficie l'institution. «S’il devait y avoir un coût supplémentaire, il sera compensé sur d’autres dépenses» inscrites au budget de l'Assemblée.

Tout au long de ce débat-marathon, les médias français ont beaucoup glosé sur ce rythme infernal de travail de l'Assemblée nationale. Ils ont la mémoire courte. En effet, c'est loin d'être une première que, par exemple, les députés siègent le dimanche.

Ce fut déjà le cas en 1995: pour le grand débat sur le projet de réforme de la sécurité sociale du Premier ministre de l'époque, Alain Juppé. Ce fut pareillement le cas en 1997: lors des bagarres sur les mémorables lois Debré, concernant les étrangers. Et ce fut toujours le cas en 1998: lorsque les députés s'étripèrent sur ...– tiens... – le Pacte civil de solidarité: le Pacs, le prédécesseur, en somme, du «mariage gay».

Il y a quinze ans déjà, donc, un tel sujet de société valut, outre des hauts cris, un rythme de travail échevelé à l'Assemblée, et lui occasionna un très coûteux paquet d'heures sup'. Comme en 2013. Rien ne change en France, décidément.

08/02/2013

Un poète très courtisé

Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et ces vers qu'on a beaucoup entendus, à Paris cette semaine: «Nous les gueux/ nous les peu/ nous les rien/ nous les chiens/ nous les maigres/ nous les Nègres/ Qu’attendons-nous/ pour jouer aux fous/ pisser un coup/ tout à l’envi/ contre la vie/ stupide et bête/ qui nous est faite?» Signé Léon-Gontran Damas. Un poète guyanais qu'adore la ministre de la Justice Christiane Taubira, elle aussi d'origine guyanaise. Poète qui – mais oui, tout arrive – a eu droit de cité... à l'Assemblée nationale.

La droite UMP, en effet, a tenté de récupérer ce chantre de la négritude. A voulu l'annexer à son combat contre le «mariage gay» et contre, plus globalement, la volonté des minorités de «chercher à imiter les majorités», dans une «volonté d’identification jusqu’à l’artificiel, jusqu’au factice». «Ce poète a très souvent exprimé l’idée que les différences entre les personnes ne devaient pas être niées, mais assumées, acceptées et promues», a ainsi plaidé le député et ex-ministre UMP Hervé Mariton. «Bref, il considérait que la différenciation était préférable à l’identification». Et d'interpeller Christiane Taubira: «Vous qui citez un poète prônant que, face à des situations différentes, l’on refuse une assimilation ne correspondant pas à la réalité des choses, pourquoi cautionnez-vous cette construction extravagante» du «mariage gay»?

Le sang de la bouillante garde des Sceaux n'a fait qu'un tour. «Je n’avais jamais assisté à tel détournement de son œuvre!», a-t-elle fulminé. «Effectivement, Damas est le poète de la différence et du respect. Mais, chez lui, jamais la différence n’est un prétexte justifiant l’inégalité des droits! Ne pas accorder l’égalité des droits, ne pas reconnaître la liberté, cela revient à dire aux Français: "Qu’attendez-vous pour jouer aux fous contre la vie stupide et bête qui vous est faite"!»

Soucieux de ne pas allonger encore un peu plus des débats qui, déjà, n'en finissent pas, le président de l'Assemblée a alors clos cette petite discussion littéraire, remerciant l'UMP d'avoir «permis la rencontre de la justice et de la poésie». Et les députés ont repris leurs travaux parlementaires, autrement plus austères.

07/02/2013

Un «grand Las Vegas», bientôt?

Société, Etrangers, Tourisme, InternationalOn l'écrivait dans ce blog, l'autre jour: quand, dans les années 70, la responsabilité parentale sur les enfants fut étendue à la mère (et plus seulement au père), à l'Assemblée nationale, sur les bancs de la droite, certains assurèrent que cette réforme allait avoir des «effets graves», voire précipiter «la dissolution de la famille». Il n'en a rien été. Dans quelques décennies, il faudra voir si s'est concrétisée, ou pas, une autre menace sociétale que la droite française brandit, en 2013 cette fois. Celle d'une France transformée en... «grand Las Vegas du mariage»: victime d'un incontrôlable «tourisme matrimonial» international.

C'est ce que certains députés UMP disent craindre, à propos d'un des volets du projet de loi ouvrant à tous le mariage et l'adoption. Il permet le mariage en France des homosexuels résidant dans des pays où cette orientation est interdite et réprimée. Pour des députés sarkozystes, cela risque de soumettre l'Hexagone à des «flux migratoires» ingérables: «La France ne peut pas accueillir tous les fiancés du monde».

«Spéculations sans aucun intérêt», a balayé la ministre de la Justice, Christiane Taubira. «Mais de quoi avez-vous peur?», ont rugi des députés de gauche. Peur «de hordes de fiancés qui viendraient nous envahir? De cortèges de voitures enrubannées en train de klaxonner à nos frontières, en attendant de se précipiter dans nos salles de mariage? Soyons raisonnables!» Et d'accuser les sarkozystes de «discours réellement très inquiétants»: «Pendant cinq ans, vous avez sans cesse invoqué les flux migratoires et la peur des immigrés. A la peur de l’étranger, vous ajoutez maintenant la peur de l’homosexuel étranger!», s'est étranglée la députée et ex-ministre communiste Marie-George Buffet. Pour qui la droite ferait mieux de trouver «formidable que la France, à travers cette loi, donne à voir au monde entier sa conception de la liberté et de l’égalité: montre que l’on peut vivre autrement que dans la répression et le harcèlement des homosexuels».

«Angélisme!», a hurlé la droite. Qui n'en démord pas: le pire (nuptial) est à venir.

L'avenir le dira. Ou pas. On verra.

06/02/2013

Un climat tendu, un mot malvenu

Les médias français ont fait grand cas, hier soir, d'un fou rire de la ministre Christiane Taubira, lors du débat, à l'Assemblée nationale, sur le projet d'ouverture à tous du mariage et de l'adoption. Il ne faudrait pas croire, pour autant, que cette discussion parlementaire se passe dans un climat détendu. Par rarement, elle est émaillée d'incidents. On en a encore eu une illustration ce week-end.

Quand un député UMP, opposé donc à cette réforme, n'a rien trouvé de mieux que d'entamer une de ses interventions par ces mots: «Je fais partie des Français normaux, et ils sont aujourd’hui très inquiets». Immédiatement, ce fut le tollé. «Normal? Ca veut dire quoi?», «Scandaleux!», ont hurlé des députés socialistes. «Lorsqu’on se présente comme un citoyen ou un homme normal dans un débat tel que celui-ci, cela signifie-t-il qu’il y en a un certain nombre qui sont anormaux? Le sous-entendre est inacceptable!» Ce à quoi, sur les bancs sarkozystes, on a réagi de la sorte: «Et le Président normal?» Allusion à la façon dont, au printemps, François Hollande, alors candidat à l'Elysée, avait, un temps, présenté le style présidentiel qui serait le sien, s'il était élu.

Ledit député UMP n'en a pas moins fini par se corriger: «Je suis un député classique, si cela vous convient mieux. C’est-à-dire un député normal. Et, comme nombre d’autres Français, je fais partie de ceux qui sont inquiets aujourd’hui».

"Normal". D'un point de vue lexical, il n'y a rien à redire à l'utilisation de ce mot si on le prend dans son acception qui est relative à la norme: à un comportement majoritaire, donc. En revanche, évidemment, il est une autre acception du terme "normal" qui pose problème, quand on emploie ce mot dans un tel débat. L'acception que notre «Robert» définit comme suit: «Qui n'est affecté d'aucune modification pathologique».

Dès lors, clairement, parler de «Français normaux», dans un tel contexte, est très malvenu. Au minimum.

05/02/2013

Une opposante de choc

Personnalités, Histoire, Société, Jospin, TaubiraCes derniers jours, elle a mené une offensive médiatique en règle (ici, ou, par exemple) contre le projet de loi ouvrant l'adoption à tous les couples – dont l'Assemblée est en train de débattre. La philosophe Sylviane Agacinski. Qui, si par extraordinaire cela vous avait échappé, n'est autre, à la ville, que l'épouse de l'ex-Premier ministre socialiste Lionel Jospin ( (1997-2002).

Du coup, évidemment, son hostilité ne manque pas de sel, s'agissant d'une réforme portée par le PS. Et son activisme aux côtés de la droite commence visiblement à en agacer certains, au gouvernement.

On l'a bien vu ce week-end. Après que Sylviane Agacinski eut dénoncé une récente circulaire de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, un document qui, selon elle comme pour la droite, ouvre la porte à la légalisation, en France, de la gestation pour autrui (les mères porteuses) – ce que le gouvernement dément. «Elle a le droit de faire les analyses qu’elle veut», a maugréé la ministre Taubira, à l'Assemblée. «C’est une éminente philosophe, mais il est certain que, sur les questions de droit, il lui faut probablement procéder à quelques vérifications...»

Entendant cela, le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, s'est esclaffé: Je me doute que vous avez un petit passif avec la famille Jospin depuis 2002...», a-t-il lancé à Christiane Taubira. C'est une allusion à sa candidature à l'élection présidentielle de 2002. Elle y avait remporté 660.000 voix. Or, Lionel Jospin n'avait été devancé que de 195.000 suffrages par Jean-Marie Le Pen. Du coup, les jospinistes lui ont toujours attribué une part de responsabilité dans la non-qualification du socialiste pour le second tour, le 21 avril 2002.

C'était il y a plus de dix ans. Malgré ce laps de temps, certaines plaies ne seraient-elles pas encore totalement cicatrisées, au sein de la gauche française?

04/02/2013

Un présent un rien encombrant

La petite phrase la plus farce du week-end, elle a été signée François Hollande – qui n'est décidément pas le moins drôle des hommes politiques français. C'était à son arrivée au Mali, samedi. La délégation présidentielle était accueillie en grandes pompes sur le tarmac de l'aéroport. Et se voyait offrir, en guise de présent de bienvenue: un... dromadaire. «Je l'utiliserai autant que je le pourrai comme moyen de transport (à Paris), mais...», lâcha alors François Hollande, hilare. Sa boutade, dite d'un ton aussi aimable que taquin, fit illico éclater de rire les officiels maliens. Le déplacement présidentiel commençait donc bien, et il allait se dérouler à merveille pour le chef d'Etat français.

L'histoire ne dit pas si les services de l'Elysée ont réussi à trouver une place pour l'animal dans la soute de l'avion présidentiel. Auquel cas, il coulera des jours heureux à la ménagerie du Jardin des Plantes, à Paris: où ont déjà abouti nombre de cadeaux présidentiels de cet acabit.

Plus vraisemblablement, et de manière plus pratique, l'entourage de François Hollande a pu aussi, sitôt après avoir reçu cet encombrant présent, avoir chargé les services de l'ambassade de France au Mali de lui trouver, dans ce pays, une famille et un lieu d'accueil plus appropriés. Où il pourra servir de «moyen de transport» plus aisément tout de même qu'à Paris.

01/02/2013

Une «vie hors du commun»

armée,défense,jeunes,international,publicité,communication«Bonjour, je suis le caporal Dupont. En quoi puis-je vous aider?» Ce vendredi, cela fait trois semaines jour pour jour que la France est entrée en guerre: au Mali – où, a-t-il été annoncé ce matin, François Hollande se rendra samedi. Alors que cette opération est en cours, l'armée française mène une vaste campagne de recrutement. Via notamment les services d'une petite figurine baptisée caporal Dupont, qui, sur le site web dédié, répond très cordialement à toutes nos questions.

L'armée, qui espère recruter 10.000 personnes, cible surtout les jeunes «à la recherche d'une vie professionnelle pleine de sens et hors du commun». Sa campagne «valorise l’épanouissement personnel – pour moi – tout en mettant en avant la double dimension du sens et de l’utilité de l’engagement comme soldat: pour mes camarades, pour ma famille, pour mes amis, pour mes concitoyens, pour la collectivité, pour la France – pour les autres».

Cela change de la dernière campagne, qui avait fait pas mal de bruit (relire notamment ici). «On ne peut pas parler aux jeunes comme avant», selon le général Benoît Royal, responsable du recrutement à l'armée de terre. «Le slogan "Devenez vous-même", utilisé lors de la précédente campagne, est devenu "Pour moi, pour les autres: s'engager". La quête de sens ajoutée à la promesse d'épanouissement personnel. Car les jeunes d'aujourd'hui veulent être utiles, et le métier de militaire par essence est un métier de service».

Armée, Défense, Jeunes, International, Publicité, CommunicationDes jeunes qui – un certain prince britannique en premier – sont très imprégnés par la culture et les codes des jeux vidéo, guerriers notamment. Une motivation supplémentaire pour postuler? «Ce sont les jeux vidéo qui s'inspirent de nous, pas l'inverse», a répondu le général Royal au «Figaro» qui, l'autre jour, lui a posé la question. Pour le militaire, pas de doute: «La guerre n'est pas un jeu».

Tiens, à propos, on n'a plus aucune nouvelle de la procédure disciplinaire qu'avait annoncée l'armée, récemment. Contre ce soldat français servant au Mali, qui n'avait rien trouvé de mieux que de s'y faire photographier affublé d'un masque sorti du jeu vidéo, très belliqueux, «Call of duty».