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29/03/2013

Une inexorable progression

Pauvreté, Social, Santé, Art de vivre130 millions. C'est le chiffre de la semaine, et de la saison. Lors de leur campagne d'hiver, qui vient de s'achever, Les Restos du Coeur ont servi un total de 130 millions de repas, dans toute la France. Chaque jour de cet hiver, ce sont 960.000 personnes qui ont été aidées par l’association. Soit 11% de plus que l'an dernier. «Depuis l’hiver 2008 et le début de la crise, les Restos ont été amenés à soutenir 40% de personnes de plus», s'alarme l'association. Qui, durant l'hiver 2013-2014 à nouveau, devra sans doute venir en aide à encore plus de gens.

Et ainsi de suite, année après année. Un hiver après l'autre, donc, rien ne change: toujours plus de précarité, en France.

Rien ne change, si ce n'est, tout de même, une petite chose. De tous temps, c'est chez les personnes démunies qu'on trouve la plus porte prévalence de surpoids, d'obésité et des maladies associées (diabète, hypertension, etc.). Non pas, évidemment, parce qu'elles mangent davantage que les classes moyennes ou les personnes aisées. Mais parce que la nourriture de pauvres, puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom, fait plus grossir. Or, la situation a l'air d'évoluer (un peu), en la matière. Si l'on en croit une étude publiée cette semaine, relative à l'état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire, en France.

Ce document note que, dans ce domaine, «de légères améliorations ont été observées, depuis 2004-2005». Pas d'euphorie: «l’état de santé des usagers de l’aide alimentaire demeure préoccupant». Mais l'examen clinique et biologique de 422 de ces personnes a permis de constater «l’évolution favorable de certains marqueurs biologiques de l’état nutritionnel, comme la baisse de l’anémie par carence en fer».

On va prendre cela comme la petite bonne nouvelle de la semaine. Ce pays a bien besoin de bonnes nouvelles, en ce moment.

28/03/2013

Une autre évaluation, comique

300.000. C'est donc le chiffre qu'a confirmé hier la préfecture de police de Paris, relatif au nombre d'opposants au «mariage gay» ayant manifesté dimanche, dans la capitale française. Les organisateurs, eux, parlent d'1,4 million de personnes. Comme on n'est plus vraiment à quelques dizaines de milliers de manifestants près, cette traditionnelle querelle de chiffres entre autorités et organisateurs de cortèges est très lassante. Pour l'anecdote, cette autre évaluation qui circule en ce moment sur les réseaux sociaux, en Belgique aussi, et que l'on trouve, elle, beaucoup plus comique.

Car elle évalue carrément «la participation réelle du rassemblement à 1,8 millions de personnes»! Estimation basée sur des photos qui, ce jour-là, auraient été prises par «un hélicoptère de la sécurité civile» qui aurait survolé la «Manif pour tous». Et dont les images auraient ensuite été «confisquées car très révélatrices»: interceptées par la haute hiérarchie policière à la demande expresse du pouvoir politique. «La DCRI (=les services de renseignement) et l’Élysée ont les chiffres sur leur bureau», assurent les inconnus à l'origine de cette tentative de buzz viral. Qui exhortent les gens à relayer ce ragot complotiste ainsi qu'un cliché aérien qui constituerait la «preuve flagrante» de cette assertion. «Partagez massivement, envoyez vite par mail à vos contacts et aux médias ayant censuré!»

Ce midi, à la préfecture de police,on ne s'offusquait même pas de cette accusation de manipulation de l'opinion: on était plus proches d'en rire aux éclats, tant paraît astronomique une telle évaluation.

En effet, sans doute mieux vaut-il en rire.

27/03/2013

Un bilan «mi figue-mi raisin»

Education, Santé, Jeunes, Art de vivre, GastronomiePuisqu'on parlait de cuisine hier, il semble que la France ait encore des progrès à faire en ce qui concerne la qualité de la nourriture servie dans les cantines scolaires. C'est en tout cas l'avis de l'association de consommateurs UFC-Que Choisir. Qui, dans 606 communes et établissements scolaires du pays, a analysé la manière dont était respectée «l'obligation de qualité nutritionnelle» faite à ces établissements. Résultat? «Un bilan mi figue-mi raisin».

Côté pile: des progrès en ce qui concerne certains aliments: légumes, produits laitiers ou féculents. Et «une impressionnante montée en régime de la qualité» des repas servis à la cantine des écoles élémentaires. Côté face: la qualité n'est toujours pas au rendez-vous pour les ingrédients de menus tels que la viande rouge, le poisson, les crudités et les fruits frais. Et, autant les écoliers mangent désormais mieux, autant les collégiens et lycéens en sont souvent restés au stade de la malbouffe. «En cause, les menus avec choix, qui laissent les élèves consommer certains aliments à des fréquences très inférieures à la norme». Et le fait que, pas rarement,«la cantine traditionnelle se trouve en concurrence avec des stands de type cafétéria, fast-food ou sandwicherie, avec, en guise d’aliments, des produits fortement déséquilibrés».

Le gouvernement est donc invité à renforcer la réglementation. Par exemple, en interdisant, dans les écoles, «tout mode de restauration alternatif» aux cantines réglementées, et/ou en instaurant un «choix dirigé» quand les élèves ont la possibilité de «menus à choix multiples».

Les syndicats de lycéens, dont on doute a priori qu'ils soient d'office ravis, n'ont pas encore réagi...

26/03/2013

Un corvée, à force

Habiter à Paris et dans sa région, c'est vivre dans un univers ultra-urbanisé et donc, comme tout citadin de grande ville, être censé ouvert à la modernité. Dans certains domaines d'activités, pourtant, le Parisien ou banlieusard moyen reproduit des schémas on ne peut plus traditionnels. C'est le cas en ce qui concerne l'activité culinaire, à en croire une recherche en sciences sociales que vient de publier l'Institut français de la recherche agronomique.

Elle concerne les modalités de préparation du repas du soir, et a été réalisée auprès de 818 ménages vivant dans la région-capitale. Il en ressort que, à Paris et dans sa région tout autant qu'ailleurs, Monsieur remplace très peu fréquemment Madame aux fourneaux, après la journée de boulot: «Avec plus des deux tiers (68%) de femmes chargées de la cuisine quotidienne au sein des ménages interrogés, ces dernières occupent toujours une place centrale en cuisine».

Les femmes en cuisine, donc, à Paris aussi. Pour le plaisir des intéressées? Pas franchement. L'étude confirme que la répétition lasse, que la routine d'une tâche en soi pas désagréable au départ peut la rendre assommante, à force d'être trop fréquemment accomplie. A cet égard, le clivage hommes-femmes est frappant. Au sein des couples parisiens, les hommes qui mettent la main à la pâte «sont 8 sur 10 à déclarer aimer faire la cuisine au quotidien». En revanche, «la moitié des femmes qui cuisinent n’apprécient pas cette activité».

Elle n'en ont que plus de mérite de se la coltiner.

25/03/2013

Une vie de palace? Pas vraiment

Paris, Tourisme, Economie, Social, Belgique, FemmesA Paris, le secteur du tourisme résiste bien à la crise. En 2012, avec, selon le dernier bilan en date (ici), 29 millions d'hébergements touristiques, la «Ville lumière» a encore battu tous ses records. Ce qui n'exclut pas quelques reculs particuliers. Les visiteurs provenant de Belgique, par exemple, ont été moins nombreux, l'an dernier: -2,6% pour les arrivées (au nombre 295.000) et -3,9% pour les nuitées (637.000). Plus intéressant que ces chiffres de fréquentation: qu'en est-il des conditions de travail des quelque 52000 salariés qui, en région parisienne, sont occupés dans ce secteur touristique? Elles n'ont rien de mirobolant. C'est ce que vient de rappeler (là) l'Institut français de la statistique (Insee).

Ainsi, dans l'hôtellerie, «les salariés exercent fréquemment leur métier en horaires décalés, et perçoivent plutôt de faibles salaires». Certes, le salaire horaire net y est plus élevé que dans la restauration. Et les hôtels situés à Paris paient mieux leur personnel que les établissements situés en banlieue. Reste que, globalement, le salaire net dans l'hôtellerie en région parisienne, «quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle», «est plus faible que dans l’ensemble des (autres) secteurs (professionnels): 11,08€ de l'heure, contre 16,58€». Et c'est particulièrement vrai «pour les métiers qui nécessitent le plus de personnel, comme les employés d’étage ou les réceptionnistes». Sans oublier que, pour les métiers de plongeurs, de serveurs ou de personnels d’étage, «les contrats de travail intermittents représentent plus d’une offre sur deux à Paris». Au demeurant, dans ce secteur hôtelier, «de nombreuses embauches (41%) s’effectuent via des contrats de très courte durée, de moins de 8 heures par semaine».

Et, bien sûr, dans le tourisme comme dans tant d'autres secteurs de l'économie française, «les hommes sont mieux rémunérés que les femmes, y compris pour des métiers identiques».

Bref: pas forcément une vie de palace, pour les petites mains de ce si renommé tourisme parisien.

22/03/2013

Une ligne de défense pas forcément très habile

On se l'est dit dès hier soir, vers 23 heures. En prenant connaissance de la tonalité de certaines parmi les premières réactions de personnalités de droite, à l'annonce de la mise en examen de Nicolas Sarkozy, pour abus de faiblesse. Si d'aventure et par extraordinaire cela vous a échappé, des indices graves et concordants pèsent donc sur l'ex-Président – qui demeure, bien sûr, présumé innocent. En 2007, il aurait pu avoir abusé de la faiblesse de la milliardaire Liliane Bettencourt: en lui soutirant des fonds ayant pu frauduleusement financer sa campagne présidentielle de cette année-là.

C'est l'ultra-sarkozyste député-maire de Nice Christian Estrosi, qui, le premier hier soir, a cru bon d'utiliser cet angle de contre-attaque: il a accusé la justice de «méthodes au relent politique évident». Ce matin, plusieurs cadors de l'UMP ont poursuivi dans cette veine, sous-entendant l'existence d'une espèce de complot politique de magistrats, visant l'ex-chef d'Etat.

Ils ont évidemment parfaitement le droit de penser cela. Mais ils auraient peut-être pu/dû y réfléchir à deux fois, avant de lancer une telle charge dans tous les médias. Car cette ligne de défense est exactement la même – y compris jusqu'au recours à certains termes précis – que celle utilisée (cette semaine encore) par une autre personnalité politique ayant des soucis avec la justice, dans un autre pays. La situation de ces deux hommes, bien évidemment, n'est absolument pas comparable. Mais cette similitude de ligne de défense pourrait conduire une partie des Français à faire l'analogie entre eux deux, dans une sorte de rapide raccourci. Auquel cas, ce serait vraiment tout sauf à l'avantage de Nicolas Sarkozy.

Cette autre personnalité à laquelle on a immédiatement pensé hier soir, entendant ses arguments recyclés dans la bouche de Christian Estrosi, c'est un certain... Silvio Berlusconi. Et son éternel refrain sur les juges pourris: agissant davantage à des fins politiques que judiciaires.

21/03/2013

Un détail qui tue

Publicité, Mode, Activisme, Environnement, InternationalC'est une affiche que l'on voit énormément sur les panneaux publicitaires de Paris, en ce moment. Un «Beau mâle» posant nu et alangui sur la banquise, pour le parfum éponyme de Jean-Paul Gaultier. La créature est très photoshopée, mais elle enjolive plutôt pas mal la grisaille de la ville. A un détail près, un détail qui tue. Elle est allongée sur une dépouille d'ours blanc.

Ce qui énerve souverainement l'association environnementaliste française «Robin des Bois». «L’authenticité de ces parties d’ours polaire à usage publicitaire n’est pas garantie, mais l’image véhicule la croyance dans les vertus du charme et de la virilité des parures animales», selon elle. Or, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction vient justement de refuser de faire figurer ce plantigrade dans sa liste des espèces particulièrement en danger. Dès lors, pour l'ONG, «cette publicité est particulièrement mal venue»; «c’est du mauvais goût total et une erreur de communication».

«C’est de l’humour au 1.000ème degré», se défendraient les communicants du couturier. Mais les Robins ne trouvent pas cela drôle. Pour eux, le styliste et tous les distributeurs de son parfum «se font les promoteurs de la chasse et du commerce international d’animaux menacés d’extinction». Et le concept de masculinité mis de telle manière en avant par cette campagne de pub est d'autant plus malvenu que, s'agissant de l'ours polaire, «la chasse vise en priorité les mâles». L'assoc appelle donc au boycott de ce produit et de cette marque.

En revanche, pas d'appel de sa part au boycott de la célèbre marinière rayée Gaultier, qui fait figure d'emblème de cette griffe. Sans doute en haut lieu aurait-on trouvé un tel appel très anti-patriotique, le ministre Arnaud Montebourg s'étant réapproprié ce vêtement si hexagonal pour sa politique de promo du «made in France».

20/03/2013

Un record pas battu

Un gouvernement nommé il y a dix mois seulement, et déjà un remaniement. Puisque, hier soir, empêtré depuis des mois dans une rocambolesque affaire de détention présumée d'un compte bancaire en Suisse, Jérôme Cahuzac, qui était ministre du Budget, a fini par démissionner. Dix mois: c'est peu dire qu'il ne se sera pas éternisé, à ce maroquin. Cela dit, pour la petite histoire, une carrière ministérielle d'une telle brièveté, c'est tout sauf une première, en France. Où on a déjà connu beaucoup mieux – ou pire, c'est selon.

Ainsi, à Bercy toujours et en 1995 déjà, une personnalité politique avait connu un parcours ministériel encore plus éphémère: quatre mois. C'était l'ultra-libéral Alain Madelin. Numéro trois du gouvernement Juppé (1995-1997), il avait été limogé sans ménagement, après de tonitruantes déclarations sur les «avantages acquis» et «mauvaises habitudes» des fonctionnaires, et sur les RMIstes qui, sans travailler, gagnent plus que les smicards.

Mais ce n'est pas lui qui détient le record de brièveté ministérielle de ce dernier quart de siècle. Il échoit au Pr Léon Schwartzenberg. Fin juin 1988, il avait été nommé ministre délégué chargé de la Santé, au sein du gouvernement Rocard (1988-1991). Il restera ministre très exactement... neuf jours: fut renvoyé après ses propos très libertaires, jugés intempestifs, sur les drogues notamment.

Comparé à ce duo, Jérôme Cahuzac a donc eu, avec ses dix mois passés au gouvernement, une longévité ministérielle que l'on pourrait qualifier d'exceptionnelle...

19/03/2013

Une délinquance ordinaire

Société, Art de vivre, JusticeSe souvenir, en regardant un JT de 20 Heures, qu'on est un délinquant ordinaire. C'était hier soir. Quand, retour du boulot, on se faisait le replay de tous les JT de la journée: comme tous les soirs, pour s'assurer qu'on n'avait pas loupé d'actualités. Au 20 Heures de TF1, en l'occurrence, figurait un sujet a priori très anodin: consacré aux Français et à l'institution de la pause-déjeuner. On savait déjà, de longue date, qu'à cet égard, on n'était pas du tout dans la norme: hormis peut-être deux ou trois fois l'an (la veille de Noël ou au mois d'août, quand l'actu est en veilleuse), on n'a vraiment pas le temps pour cela. Ce dont on s'est souvenu, grâce à ce JT, c'est que, en zappant cette pause, on était en infraction avec le Code du travail.

Hier soir, TF1 parlait d'un repos minimum obligatoire de 45 minutes. Ce matin, ce n'est pas exactement ce qu'on a trouvé et lu (ici), dans ledit Code: il parle d'«un temps de pause d'une durée minimale de vingt minutes», «dès que le temps de travail quotidien atteint six heures». Mais peu importe le nombre de minutes: légalement, donc, en France, tout travailleur est tenu de faire une pause, à la mi-journée. On ne manquera pas de signaler cela aux innombrables autres délinquants ordinaires que l'on connaît: travailleurs qui ne demanderaient pas mieux que de ce faire, mais qui n'en ont vraiment pas la possibilité matérielle.

Sinon, autre chiffre cité par TF1: la durée moyenne de la pause-déjeuner des Français s'est effondrée. Elle est passé d'1h38 il y a vingt ans à 22 minutes à présent.

Le ministre Arnaud Montebourg aurait dû le signaler, dans la réponse qu'il fit, l'autre jour, au PDG de la firme américaine Titan. Qui avait caricaturé les travailleurs français comme étant juste bons à travailler pendant trois heures par jour.

18/03/2013

Un appel, qui a été entendu

Un peu de culture, pour bien commencer la semaine. Il y a un petit temps (relire ici), on avait évoqué dans ce blog un appel à dons que Le Louvre avait lancé aux particuliers. Pour réunir 800.000€, aux fins d'acquérir deux statuettes en ivoire – une oeuvre (visible) «d'une beauté exceptionnelle» – datant du Moyen-Age. Les résultats de cet appel à dons viennent d'être communiqués.

Et une fois de plus, le mécénat privé a été au rendez-vous. Les deux statuettes, en effet, ont pu être acquises. Ce qui permet au musée d'enfin compléter l’ensemble sculpté auquel elles appartenaient, et qu'il exposait, incomplet, depuis 1896. Cette «Descente de Croix» reconstituée 700 ans après avoir été sculptée est présentée comme un «joyau du XIIIème siècle». «Oeuvre majeure de l'art médiéval», c'est «le seul groupe sculpté complet de cette période parvenu jusqu’à nous dans un tel état de conservation». Il a donc été élevé au rang de «Trésor National» – l'enjeu de la campagne relevait aussi «de la sauvegarde du patrimoine national».

Très exactement 3571 donateurs privés ont pris part à cette collecte de fonds. En ces temps de crise, que des particuliers en si grand nombre contribuent financièrement à cette cause culturelle n'est, en soi, pas inintéressant. Cela dit, le mécénat de tous ces amateurs d'art n'a pas permis à lui seul de récolter les 800.000€. La société des Amis du Louvre a donc été mise à contribution, et une grande compagnie d'assurance (très active dans le domaine de l'assurance des oeuvres d'art...) a signé un gros chèque. L'obole de ces deux grands mécènes a représenté 65% du coût de l'acquisition.

Qui, si cela vous intéresse, sera présentée au grand public à partir du 18 avril – dans la section de l'aile Richelieu du musée qui est consacrée aux objets d'art.

15/03/2013

Une affolante inégalité

Femmes, Social, SantéPuisque il y a une semaine jour pour jour, c'était la Journée des droits des femmes, ces données qui nous ont fait tomber de notre chaise, hier. Découvertes dans le dernier bulletin d'information de l'Agence pour l'amélioration des conditions de travail (Anact). Elles montrent une fois de plus, si besoin en était, que dans ce «pays des droits de l'homme» que s'enorgueillit d'être la France, il y a encore du chemin à faire en ce qui concerne les droits des femmes.

Cela se résume en trois chiffres, chaque fois déclinés au masculin et au féminin, et portant tous sur la période 2001-2011. L'évolution du nombre de maladies professionnelles, sur ces dix années: +92% pour les hommes, +180% pour les femmes. Le nombre d'accidents de travail: -20% pour les hommes, +27% pour les femmes. Le nombre d'accidents sur le trajet du travail: -0,1% pour les hommes, +28% pour les femmes.

«Tensions liées aux temps de travail, risques non visibles, pénibilités, violences sexistes: ce sont des problèmes de santé ou de mal-être (au travail) qui font émerger les questions très enfouies du genre», en déduit-on – et c'est le moins que l'on puisse faire – à l'Anact. Où l'on estime qu'avec de tels chiffres, qui «donnent le tournis», «on ne peut plus nier les différences et inégalités de santé au travail, entre hommes et femmes».

Cela découle notamment de ce qui est encore fréquemment la répartition des rôles, dans l'entreprise. «Aux femmes, les postes souvent pénibles et répétitifs, émotionnellement exigeants, aux horaires atypiques, précaires. Aux femmes, le déficit de perspectives d'évolution, qui génère de l'usure professionnelle. Aux femmes, les difficultés d'articulation des temps, compte tenu de la charge de la maison et des enfants, qui leur reste majoritairement dévolue». Et, «pour peu qu'elles soient en situation de famille monoparentale, les choses s'aggravent encore».

Au boulot, donc: il y a du pain sur la planche, pour améliorer cela.

11:34 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : femmes, social, santé

14/03/2013

Un mot maintenu, finalement

Le mot "race" restera, pour l'instant en tout cas, dans la Constitution française. Où il apparaît aussi bien dans le corps du texte que dans ses préambules: «Tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés», «La France forme avec les peuples d'outre-mer une Union fondée sur l'égalité des droits et des devoirs, sans distinction de race ni de religion». Ce terme y sera maintenu, puisque, cela a été confirmé hier, François Hollande ne soumettra pas au Congrès de Versailles la proposition de révision constitutionnelle qui aurait ôté ce mot de la Constitution, un engagement qu'il avait pourtant pris pendant sa campagne présidentielle.

Tout comme l'octroi du droit de vote aux élections municipales pour les étrangers non-européens, ce projet de modification ne fait pas partie «des réformes susceptibles de recueillir une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés au Congrès», a justifié le communiqué officiel diffusé à l'issue du Conseil des ministres, hier.

La droite est ravie de ce renoncement. Pendant la campagne présidentielle, les sarkozystes, les lepénistes et les polémistes de tout poil (Eric Zemmour, etc.) avaient vilipendé «le politiquement correct» de ce projet de François Hollande. «Le ridicule dépasse les bornes», avait raillé Nicolas Sarkozy en personne.

L'opposition est aux anges, mais c'est la consternation, voire l'abattement, au sein des organisations antiracistes, et y compris chez certains ministres – ainsi, George Pau-Langevin a ouvertement dit sa déception, hier. Pour ces opposants au mot "race" (ici, par exemple), ce concept est «historiquement périmé et scientifiquement inopérant». En plus, outre qu'«'il a été introduit dans la législation française en 1939, puis installé par les lois antisémites du régime de Vichy», il «a servi de support aux discours qui ont précédé les pires actes criminels» du siècle passé.

Hier, tentant de les amadouer, la porte-parole du gouvernement a assuré que ce projet de réforme restait «un engagement symbolique et attendu», engagement qui, a-t-elle sous-entendu, finira par être concrétisé: en temps utile.

On verra cela, d'ici à 2017. On le verra, ou pas?

13/03/2013

«Une charge nationale»

Personnalités, Humour, HollandeFrançois Hollande n'est pas le moins drôle des hommes politiques français – on l'a déjà écrit (ici, notamment). Il l'a encore montré hier. Dans la campagne bourguignonne, où il était de passage.

Le chef de l'Etat était en train de discourir sur les problèmes du moment: nationaux et locaux. Et insistait notamment sur la nécessité, en milieu rural, d'éradiquer la tuberculose bovine. «Et éradiquer le blaireau!», lui a alors lancé un habitant du coin. Le blaireau: l'animal qui dévaste les cultures, bien sûr. Et non ceux que, en langage familier, l'on surnomme de la sorte: les beaufs, ou les bourrins. «Oui les blaireaux aussi... Mais ça, il n'y a pas qu'ici... C'est une charge nationale!», a rétorqué le Président, suscitant les rires de l'assemblée. Au moins aussi cocasse que ce trait d'esprit est le très court instant (visible ici, par exemple) pendant lequel François Hollande a hésité avant de poursuivre sa répartie. Une ou deux secondes pendant lesquelles il a sans doute pensé à ce que la droite dirait à nouveau de lui («M. Petites blagues», etc.) s'il se laissait une fois de plus aller à son penchant naturel. Puis, le Président n'a pu s'en empêcher, et a lâché sa petite plaisanterie.

L'histoire ne dit pas s'il avait à l'esprit l'un ou l'autre «blaireau» en particulier, qu'il conviendrait selon lui d'«éradiquer» de la classe politique.

12/03/2013

Une fatalité, visiblement

68.000 foyers privés d'électricité. Des centaines d'automobilistes bloqués sur la route, qui ont été forcés d'y passer la nuit. Des TGV, des RER et des bus pour une bonne partie à l'arrêt. Un réseau routier complètement saturé. Les services de déneigement débordés. Le trafic aérien perturbé. Les transports scolaires suspendus. Comme à chaque «offensive hivernale», comme on dit, une bonne partie de la France est en pleine pagaille, ce mardi.

Météo France, pourtant, il y a plusieurs jours déjà, avait prévenu de cette brusque détérioration du climat, survenant à moins de dix jours du printemps. Et, depuis, n'a cessé de renouveler ses bulletins d'alerte, qui ont été amplement médiatisés. Manifestement, cela n'a pas permis aux autorités de prendre toutes les mesures nécessaires, pour éviter que, ce matin, un bon tiers du territoire national connaisse un chaos assez généralisé. On imagine qu'il faut en déduire que pareille galère relève de la fatalité.

Plutôt que de s'en étonner une énième fois (relire ici ou ), on profite de l'occasion pour saluer ces centaines voire milliers de personnes qui, pendant toute la nuit d'hier et sans doute une bonne partie de la journée aujourd'hui, dans des conditions de travail difficiles, ne ménagent pas leurs efforts, pour tenter d'apporter un peu de réconfort: électriciens, secouristes, pompiers, cheminots, agents des routes, des communes ou des préfectures, et l'on en passe. Leur rendre hommage, d'autant que ce sont eux probablement qui, sur le terrain, et même s'ils ne sont responsables de rien, doivent se coltiner toutes les récriminations des Français dans le pétrin. Légitimement énervés par cette nouvelle et gigantesque démonstration d'inefficacité de l'Etat – immuable et inévitable semble-t-il, hiver après hiver.

11/03/2013

Une grandeur

Personnalités, Hollande Une anecdote sans doute très futile aujourd'hui, mais allons-y vu qu'elle nous a fait sourire, ce matin. Ce matin, au saut du lit – et c'est le cas de le dire. Car cet écho, entendu ce matin sur une radio, concerne un détail relatif à la nuit que va passer François Hollande, ce lundi.

Le Président découche, ce soir. A Dijon, où il inaugure des visites d'immersion de 48 heures en province, sur lesquelles il compte pour redresser un peu sa popularité. A Dijon, le chef de l'Etat passera la nuit à la préfecture. Qui avait hébergé jadis Charles de Gaulle, lors d'un de ses déplacements de terrain l'ayant amené dans cette ville. A donc été resorti des réserves de l'hôtel préfectoral le lit dans lequel avait dormi le grand Charles, à l'époque. Et qui avait été confectionné tout spécialement pour lui, et pour cause: vu la grande taille qui était celle du général. Ledit lit présidentiel dijonnais a... 2m50 de long.

François Hollande pourra vraiment s'y étendre de tout son long, lui qui n'est pas beaucoup plus grand que son prédécesseur Nicolas Sarkozy. L'histoire ne dit pas si l'hôte de l'Elysée y fera des rêves de grandeur.

08/03/2013

Une spécificité, ou pas?

«J'ai davantage été choisie pour mes compétences de journaliste que pour mon statut de femme». C'est, en substance, ce que n'a cessé de dire et de répéter, ces derniers jours, Natalie Nougayrède: la nouvelle directrice du «Monde». Ce qu'elle n'a cessé de répéter, en réponse à ces journalistes qui, en l'interviewant, en arrivaient tous invariablement à l'interroger sur le fait qu'elle est la première femme, en France, à prendre la tête d'un grand quotidien national – si l'on excepte sa consoeur Dominique Quinio, de «La Croix», mais ce n'est pas faire injure à ce journal catholique que d'estimer qu'il ne joue pas vraiment dans la même catégorie.

Y a-t-il une manière spécifique de faire du journalisme quand on est une femme? Y a-t-il un regard journalistique qui soit typiquement féminin? Et qui donnerait une valeur ajoutée au journalisme? Ou être journaliste, homme ou femme, est-ce d'abord et avant tout être journaliste, au-delà du sexe/du genre? Est-ce sexiste de (se) poser ces questions? C'est ce que Natalie Nougayrède semble penser.

Si elle a raison, le journalisme différerait donc de la politique. Puisqu'on entend si souvent dire, en France comme ailleurs, que la politique faite par les femmes se distinguerait de celle des hommes. Les femmes politiques seraient plus concrètes, plus à l'écoute des gens, moins brutales (l'ex-ministre Christine Lagarde ironisa sur le niveau selon elle exagéré de testostérone, en haute politique), voire meilleures gestionnaires (Ségolène Royal l'a assuré, cette semaine).

On verra à l'usage, en tout cas, si «Le Monde», sous l'égide de sa nouvelle patronne, se féminise, ou pas: dans ses choix rédactionnels, son approche journalistique, sa vision de l'actu. Ce sera intéressant à suivre.

 

PS: En attendant, puisque c'est aujourd'hui le 8 mars, remarquons que beaucoup de femmes figurent parmi les journalistes que les médias français, depuis la mi-janvier, envoient au Mali, pour couvrir la guerre qui s'y déroule. Tout comme, auparavant, nombre de consoeurs avaient couvert sur place les révolutions du «Printemps arabe». Certaines, d'ailleurs, l'ont payé chèrement: non pas en tant que journalistes, là, mais bel et bien en tant que femmes.

07/03/2013

Un vieux cliché à nouveau écorné

Femmes, Transports, Sécurité, ParisCe n'est pas la première fois que de tels chiffres sortent (relire ici), mais pourquoi pas les évoquer, en cette veille du 8 mars. Puisqu'ils tordent à nouveau le cou à un cliché sexiste. Non, définitivement non, les femmes ne conduisent pas forcément plus mal que les hommes. On en a encore eu la preuve l'an dernier, à Paris.

Ville où, d'après les propres chiffres de la préfecture de police, qu'elle a communiqués hier, très exactement 1.542 femmes ont été responsables d’accidents de la route, en 2012. Contre 4.787 hommes. Ce qui nous fait un ratio 75%-25%, défavorable aux mâles.

Sans doute est-il difficile d'en déduire que, d'office, les Parisiennes conduisent mieux que les Parisiens. En effet, le nombre plus élevé d'accidents causés par les hommes dans la capitale peut aussi découler du fait qu'on y dénombrerait davantage de conducteurs que de conductrices. Il n'empêche, certains indicateurs en disent long. Ainsi, toujours dixit la préfecture de police, «l’analyse de l’accidentologie 2012 met en lumière un écart encore plus grand entre hommes et femmes quant aux causes principales d’accidents: pour la vitesse 72% contre 28%, pour l’alcool 89% contre 11%, et pour les stupéfiants 91% contre 9%».

Voilà, en tout cas, un argumentaire tout trouvé: la prochaine fois qu'on se farcira des quolibets masculins éculés, moquant la prétendue inaptitude, voire dangerosité, des femmes au volant.

06/03/2013

Une précarité qui s'installe

Sombre tableau, décidément, à l'approche de la Journée internationale des droits des femmes, vendredi. Le Conseil économique et social vient, très utilement, de le rappeler (ici): dans la cinquième puissance économique mondiale qu'est la France, les années passent mais ce sont encore et toujours les femmes qui restent les principales victimes de la précarité.

Elles constituent près des trois quarts des effectifs à la fois des travailleurs qui sont classés comme pauvres (3,7 millions de gens, au total) et/ou sont considérés comme étant en sous-emploi (1,5 million). Huit travailleurs à temps partiel sur dix sont des femmes, alors que, dans 31% des cas, ce temps partiel n'est pas choisi mais subi par elles. On estime qu'au total dans ce pays, 4,7 millions de femmes (sur)vivent sous le seuil de pauvreté – dont le montant, pour rappel, est de 964€ par mois, pour une personne seule.

A part cela, «Le 8 mars, c’est toute l’année». Tel est l'intitulé de la grande soirée qui, autour de cette Journée des femmes, se tiendra demain soir à Paris, en présence de quantité de personnalités et de François Hollande y compris. «C'est toute l'année», comme on entend dire, les jours festifs, Noël, la St-Valentin, la Fête des grands-mères, ou peu importe: ce devrait être «tous les jours». Mais là, en l'occurrence, au vu de pareils chiffres, pas sûr que les femmes françaises auront énormément de raisons de faire la fête, vendredi.

05/03/2013

Une grande et belle cause

Société, Education, Langue française, Culture, Gouvernement, MédiasL'info est passée complètement inaperçue. Et c'est bien dommage, trouve-t-on. Depuis quelques jours, la France a une «Grande cause nationale». Ce label, en effet, vient d'être attribué par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Concrètement, il permet par exemple à des associations de diffuser gratuitement, sur les chaînes de radio-télé publiques, des campagnes de sensibilisation, appels à dons, etc. Le label «Grande Cause Nationale pour 2013» a été décerné à la lutte contre l’illettrisme.

On évalue à 2,5 millions le nombre d'adultes qui, en France aujourd'hui, sont illettrés. A savoir, des personnes qui ont été scolarisées mais qui, malgré tout, ne maîtrisent pas assez la lecture, l'écriture et le calcul pour être autonomes dans des situations de la vie courante. 2,5 millions de personnes, cela fait 7% de la population. Ce taux monte à 18% si, au-delà de cet illettrisme au sens strict, on englobe les personnes qui éprouvent de «graves ou fortes difficultés» quotidiennes dans au moins un des quatre domaines que sont la lecture, la compréhension, l'écriture et le calcul.

Quelque 9% des 18-25 ans sont considérés comme illettrés. Ce n'est pas rien, dans un pays dont le Président a, pour rappel, fixé deux priorités majeures à son quinquennat: la jeunesse et l'éducation.

Société, Education, Langue française, Culture, Gouvernement, Médias«L’illettrisme est un obstacle dans toutes les sphères de la vie familiale, citoyenne et professionnelle», a estimé le chef du gouvernement. Qui a émis le souhait que «chacun puisse acquérir les compétences fondamentales nécessaires pour accéder au savoir, à la culture, à l’emploi, à la formation professionnelle, et pour participer pleinement à la vie démocratique».

Y contribuerait déjà le fait que, tout au long de l'année 2013, les médias français daignent accorder à ce sujet de fond une place plus importante que les si maigres entrefilets ou brèves qu'ils lui ont consacrés, ces derniers jours. A peine quelques secondes d'attention à 2,5 millions de personnes, dans le tumulte en permanence hystérisé de l'actualité.

04/03/2013

Un âge, désormais dit

L'armée française change son fusil d'épaule, si l'on ose dire, dans sa communication relative aux pertes qu'elle subit au Mali. Hier dimanche, pour la première fois, la Défense a communiqué l'âge du troisième soldat français qui vient de perdre la vie dans ce pays, depuis que la France y combat. Alors que, jusqu'à présent, systématiquement, cet élément d'information n'était pas porté à la connaissance de l'opinion (relire ici, par exemple). Ce caporal mort au front était donc «âgé de 26 ans seulement», a précisé le ministre de la Défense.

Bien. Au moins, désormais, les choses sont claires.

N'était-on pas le seul journaliste mal à l'aise avec le manque de transparence qui était de rigueur en la matière, avant dimanche? Hier, en tout cas, on a remarqué que tous les médias français ont chaque fois mentionné l'âge de l'intéressé, quand ils ont évoqué son sort.

Transparence toujours, en ce qui concerne cette fois les circonstances de ce décès. La communication officielle est restée sobre: elle a uniquement informé que ce jeune homme avait été «mortellement touché par un tir ennemi, lors des combats menés dans le massif de l’Adrar, au nord du Mali». Mais certains médias ont jugé bon d'en dire plus. «Il a été tué d'une balle reçue en pleine tête», a-t-on ainsi entendu, sur une radio.

La transparence doit-elle aller jusque là? Jusqu'à donner de telles précisions au grand public? De tels détails: aussi physiques, aussi visuellement parlants? Ou, dans ce cas, ne bascule-t-on pas du registre de l'information à celui de l'impudeur, du macabre, du sensationnalisme?