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30/04/2013

Une métaphore?

Coïncidence piquante. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault (comme le Président François Hollande) se trouve en ce moment dans le fond du trou de l'impopularité. Avec, en gros, à peine un Français sur quatre lui faisant confiance et/ou appréciant son action à la tête du gouvernement. Lundi, du coup, l'intéressé s'est offert un bon bol d'air, au sommet.

«Avec enthousiasme», il s'est rendu dans les montagnes de l'Ariège, en région Midi-Pyrénées. Et ce Nantais y a confessé que, pour lui, «homme qui vient de la mer, la montagne a toujours représenté quelque chose de magique». Après avoir loué «les valeurs immémoriales des montagnards», parmi lesquelles il a rangé «la persévérance et le sens de l’effort», il a conclu en disant sa «hâte de revenir» dans ces sommets enneigés.

L'histoire ne dit pas si, dans un coin de sa tête, lorsqu'il tenait ces propos, le Premier ministre pensait aussi à ces sommets sondagiers desquels il a dégringolé depuis si longtemps, lui qui n'est même pas à Matignon depuis un an.

29/04/2013

Une portion toujours aussi congrue

Médias, Télévision, Radio, FemmesCela a fait peu de bruit, mais ce n'est pourtant pas anodin, trouve-t-on. A la fin de la semaine dernière, les représentants de toutes les chaînes de télé et de radio de France ont été convoqués au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), pour s'y faire remonter les bretelles. En cause, la représentation des femmes à l'antenne. Les années passant, elle continue d'être insuffisante, tant en termes de quantité que de qualité.

Quelques chiffres l'illustrent bien. Tous programmes et toutes chaînes confondus, les femmes occupent 35% du temps d'antenne en France. Alors qu'elles représentent 52% de la population – et, soit dit en passant, constituent 56% de l’audience radio-télé. C'est encore pire dans certains secteurs particuliers, comme le sport à l'antenne: 14% de femmes, seulement. Pour le CSA, ce sont des chiffres «préoccupants». D'autant que le retard des femmes sur les hommes est aussi qualitatif. En clair, elles éprouvent «des difficultés récurrentes à se voir confier un rôle majeur à l’antenne: entre 34 à 39% de femmes sont des personnages principaux, dans les programmes». Et, quand les médias audiovisuels donnent la parole à des experts, dans 80% des cas ce sont des hommes qu'ils interrogent. Or, dans ce pays, ce sont les femmes qui sont majoritaires (51%) dans la population diplômée de l'enseignement supérieur. Dès lors, le CSA a invité (ici) les opérateurs de l'audiovisuel à s'activer un peu plus: à davantage se soucier à la fois de la participation des femmes aux émissions, et de l'image des femmes que, ce faisant, leur antenne véhicule.

C'est vraiment un marronnier de la politique audiovisuelle française. Les médias, en effet, se font réprimander sur le sujet depuis plusieurs années déjà. Dès 2008, un Observatoire de la diversité avait été mis en place, avec pour objectif de suivre les efforts des télévisions et des radios dans ce domaine. Visiblement sans grand effet, près d'une demi-douzaine d'années plus tard.

26/04/2013

Un changement, pour tous

La loi sur le «mariage gay» comporte une nouveauté qui est passée assez inaperçue. Etonnamment, vu qu'elle s'applique à tous: homosexuels comme hétérosexuels. Elle concerne les noms de famille. Auparavant, en France, quand deux parents divergeaient sur le patronyme à donner à leur nouveau-né ou à un enfant adopté (Celui du père? Celui de la mère?), c’était le nom de l'homme qui était d'office donné à l'enfant. Et la femme avait juste le droit de s'écraser. En revanche, quand la loi Taubira entrera en application, ce ne sera plus le cas. En effet, quand il y aura désaccord, l'enfant aura automatiquement pour patronyme les noms de famille de ses deux parents, accolés dans l’ordre alphabétique. Dès lors, pour les couples hétérosexuels, le masculin cessera de l'emporter sur le féminin.

Bien.

Mais, pour l'anecdote, remarquez que, dans un tout autre domaine, cela continuera à ne pas être le cas. Sans que cela ait l'air de gêner quiconque.

Ainsi, des générations entières d'écoliers français ont sagement appris – et continueront probablement encore longtemps à le faire – que, selon l'expression consacrée, «le masculin l'emporte sur le féminin». Quand un adjectif, qu’il soit épithète ou attribut, doit être accordé à deux noms de genres différents. Du coup, on n'écrit pas «Les hommes et les femmes sont belles», mais «sont beaux».

La France ayant mis dix ans (par rapport à des pays comme la Belgique) pour accorder son régime matrimonial à l'évolution des moeurs, on va être réaliste et lui donner, disons, dix siècles, pour se pencher sur cette inégalité-là.

25/04/2013

Une sale ambiance, décidément

paris,société,femmes,sécurité,policeLa loi a été votée mardi, mais ce sale climat perdure, visiblement. Y compris à Paris, en plein coeur de notre quartier Bastille, pourtant censé «gay friendly». Pour illustrer cette homophobie ambiante, désormais complètement décomplexée – si tant est qu'elle ait jamais été complexée –, ce témoignage qu'on a découvert ce matin, dans notre boîte électronique. Il émane d'une jeune fille. Et relate une agression perpétrée hier soir, en face d'un bar-resto très connu du onzième arrondissement, rue Saint-Sabin.

On vous le livre tel quel. Rien à rajouter.

«Ma copine vient de se faire agresser ("Sale gouine", etc.). Elle a des bleus dans le cou, sur le coude. Elle a appelé quatre fois la police en dénonçant des propos "homophobes" et s'est fait raccrocher quatre fois au nez. Ca s'est passé devant le «Café de l'industrie» (terrasse pleine, il était 23h) et personne n'a réagi. Le mec l'a chopée par le cou et l'a jetée par terre. Une voiture de flics est passée, ils ont pris les coordonnées du mec. Elle va porter plainte demain (pas la force ce soir) et je la pousse à faire un certif médical. Je suis en train de la convaincre, mais elle me dit "A quoi bon". On peut forcément faire quelque chose chose contre ça? C'est pas possible autrement?»

24/04/2013

Un nouveau surnom

Cinq. Ils sont donc cinq, les députés qui, hier après-midi, ont appuyé sur le mauvais bouton, au moment du vote du projet de loi sur le «mariage gay». Pour la postérité, il s'agit de Marcel Bonnot, Luc Chatel, Alain Chrétien, Marianne Dubois et Henri Guaino. Ils auraient voulu voter non; ils ont voté oui. Les erreurs de scrutin parlementaire ne sont pas rares, en France comme dans d'autres pays. C'est dû au fait que, si le moment du vote est annoncé longuement à l'avance (par une sonnerie retentissant dans toute l'Assemblée nationale, actionnée par le président de séance), l'opération de vote proprement dite, elle, est très rapide. Comme le règlement de l'hémicycle permet que l'on vote, outre pour soi, au nom d'un collègue absent, pendant les quelques secondes, pas plus, que dure le scrutin, certains – et pas seulement des députés de droite, bien sûr – s'emmêlent les pinceaux: appuient sur le mauvais bouton.

Le plus cocasse est que, parmi ces étourdis, ait figuré Henri Guaino: l'ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. En effet, il est est un des plus virulents contempteurs du «mariage pour tous». Parce que ce serait trop long, on s'abstiendra d'énumérer ici ses innombrables diatribes contre une réforme qui, si on l'a bien compris, va à peu près précipiter la civilisation entière vers le cataclysme terminal.

Hier, le net et les réseaux sociaux ont, évidemment, beaucoup ri de la mésaventure électorale électronique survenue à Henri Guaino. A qui, moins d'une heure après le vote fatidique, ils ont trouvé un nouveau surnom: Henri Gayyes. Gai-no, Gay-yes.

Sans doute l'intéressé ne l'a-t-il pas volé.

23/04/2013

Un courrier, un climat

Société, Activisme, ParisJuste pour donner une idée du climat actuel, en France. En ce jour où le Parlement approuve solennellement le projet de loi sur le «mariage pour tous». C'est un courrier anonyme qu'a récemment reçu une association homosexuelle bien connue, ayant pignon sur rue à Paris. Il dit textuellement ceci – mais on a tout de même corrigé les fautes d'orthographe.

«Salut les tantouzes. Il est où, le siège de votre association de merde? Histoire de passer un soir parler tolérance avec des fils de putes de bons Français de votre genre. J'ai pas trouvé sur internet; merci de me répondre. Si je trouve sans ton aide, tu le sauras en voyant le local brûler».

Alors, bien entendu, on peut se dire que des gens dérangés, il y en a toujours eu et il y en aura toujours – en France comme ailleurs. On peut minimiser la chose, en la mettant sur le compte d'une initiative purement individuelle, absolument pas représentative du climat ambiant. Le problème, c'est que, des courriers de ce type, il y en a eu énormément, ces derniers temps. Envoyés à des personnes ou associations homosexuelles, comme à des personnalités (lire ici, par exemple).

Certains relativiseront, en rappelant qu'en 2004 déjà, le député Vert Noël Mamère avait eu droit à lui seul à... plusieurs milliers de lettres de menaces et d'insultes, après avoir marié symboliquement deux gays, dans sa mairie de Bègles (Gironde). Rien de très neuf donc, près de dix ans plus tard.

Mais c'est peut-être là le problème. Sur certains sujets, décidément, rien ou pas grand-chose ne change, en France.

22/04/2013

Un message, moins sinistre

La place de la Bastille noire de monde, hier après-midi. Plusieurs milliers de personnes, pour dénoncer les violences homophobes et revendiquer l'égalité des droits. Au même moment, deux kilomètres plus loin, à Denfert, étaient réunis, bien plus nombreux, les anti-«mariage gay». Entre les deux rassemblements antagonistes, des dizaines de cars de CRS.

Pour l'anecdote, quelques pancartes vues à Bastille. Véhiculant un message qui nous a semblé autrement moins sinistre que celui de la stigmatisation de la différence et du rejet d'autrui. «Nos familles sont plus belles que vos haines». «Kids, ados gays: vous êtes beaux, vous êtes normaux», «Hétéro solidaire».

Certes, l'humeur générale du rassemblement était à la colère, face au climat actuel – «Folle furieuse», résumait assez bien une pancarte. Et à la peur: encore deux gays tabassés en raison de leur identité, hier: à Nice, cette fois. Mais, de cette foule, où l'on a rencontré et interviewé nombre d'hétéros, se dégageait aussi comme une atmosphère de fraternité, de solidarité: être bien ensemble, se serrer les coudes, faire face. Ne pas courber l'échine. «Fières et belles», comme disait une autre pancarte.

19/04/2013

Un ersatz, en somme

Activisme, Société, FemmesQuelques mots tout de même, vu qu'on n'a pas encore eu l'occasion d'en parler, sur ces «Hommen» que l'on voit beaucoup en ce moment, dans les cortèges anti-«mariage gay» (ici ou , par exemple). Et qui seront probablement à nouveau dans les rues de Paris dimanche après-midi: jour d'une nouvelle «Manif pour tous».

Ces activistes s'inspirent donc des «Femen»: ces militantes féministes, elles pro-«mariage gay», venues d'Ukraine à l'origine, et qui ont acquis une audience et une notoriété mondiales en protestant seins nus. Copiant leur scénographie, les «Hommen» manifestent torses nus. Si l'on peut se permettre, on trouve qu'au-delà du fond de leur combat, la forme que ces «Hommen» lui ont donnée n'est vraiment qu'une pâle copie.

D'abord, ces militants-là, à l'inverse de leurs modèles féminins, manifestent le plus souvent avec le visage recouvert d'un masque. C'est parfaitement leur droit, mais cela brouille complètement à la fois le message et l'image. Une «Femen» assume son corps, le met en avant voire en danger, car l'utilise comme instrument de lutte/de médiatisation. L'«Hommen», lui, en masquant son visage, dissimule la partie de la physionomie qui permet le plus aisément d'identifier, et donc de personnaliser, un corps. Comme s'il avait honte de ce corps et/ou de l'utilisation qu'il en fait. Où est la cohérence?

Activisme, Société, FemmesEnsuite, des sociologues l'écriraient sans doute mieux que nous, mais cela paraît l'évidence que la représentation sociale et symbolique du buste féminin reste complètement différente de celle du torse masculin. Et ce, en dépit de décennies d'étés de bains de mer et de plages seins nus, en France comme ailleurs. Un homme protestant torse nu, même en ville, cela n'enfreint rien, trouve-t-on. Cela ne choque pas. Cela n'a rien de transgressif, dans ce que cela renvoie en termes de représentation du corps et de discours sur le corps.

Ce n'est donc qu'un ersatz, en somme.

18/04/2013

Un activisme, assez primaire

François Hollande à l'aéroport de Roissy ce matin, pour inspecter le dispositif de vigilance anti-terroriste. Une «visite programmée depuis longtemps», a assuré le chef de l'Etat. Mais un déplacement que n'avait pas annoncé l'hôte de Elysée. Par peur de s'y faire huer?

Les membres de l'exécutif, ces derniers temps, communiquent moins en amont qu'avant, sur leurs déplacements. Selon certains, c'est par peur d'être la cible des actions d'un collectif anti-«mariage gay» formé début avril et explicitement dédié au chahut de visites ministérielles. «Huons nos ministres», c'est son nom. «Ils veulent nos voix: ils auront nos huées!», c'est son slogan. Sur la page d'accueil de son site web, une photo qui en dit long sur ce qui, pour ces activistes, doit représenter la quintessence de l'action politique: l'enfarinage de François Hollande, par une déséquilibrée. C'était à Paris le 1er février 2012, alors que celui qui n'était que candidat à la présidentielle assistait à une manifestation, porte de Versailles.

Les huées et les jets d'oeufs. Comme l'insulte (relire ici, par exemple), c'est tout de même le degré zéro de l'expression politique. On peut remarquer que, nulle part sur leur site, ces activistes n'annoncent clairement la couleur: ne précisent qui ils sont, d'où ils viennent, et quelles sont leurs accointances politiques. Remarquer aussi que, à ce stade en tout cas, leur popularité sur la toile est limitée: seulement 744 «j'aime», et 2342 «personnes (qui) en parlent».

Ce qui est assez peu: dans un pays de plus de 60 millions d'habitants décrit par les anti-«mariage gay» comme étant entré en rébellion contre cette réforme sociétale.

17/04/2013

Une étourderie ministérielle

Gouvernement, Personnalités, Economie, Communication, Internet1,4 million. C'est le Premier ministre Jean-Marc Ayrault lui-même qui a donné le chiffre, sur une radio ce matin. Les pages du site web du gouvernement où est mis à nu le patrimoine des ministres – ce qu'on évoquait hier – ont accueilli 1,4 million de visiteurs, en 24 heures. Une telle affluence d'internautes sur un site web officiel, c'est du jamais vu dans les annales. Chacun jugera si est naturelle ou malsaine, cette curiosité du grand public pour le contenu du portefeuille de ses hauts dirigeants.

L'opération, en tout cas, a permis au moins de mettre au jour l'une ou l'autre curiosité. Ainsi, deux ministres du gouvernement – qu'on aura la charité de ne pas nommer – sont en infraction avec la loi. Et c'est l'étalage de leur patrimoine qui a permis de le constater.

En effet, ces éminences ont chacune deux livrets A, détenus dans deux établissements bancaires différents. Or, s'agissant de ces livrets d'épargne réglementés, de tels doublons sont désormais strictement interdits – c'est expliqué par exemple ici. Dès lors, si on leur applique la loi, ces ministres étourdis devraient être sanctionnés: se voir infliger une amende fiscale égale à 2% de l'encours du livret surnuméraire. Voire, en cas de fraude aggravée (des doublons de plusieurs produits d'épargne réglementés), être contraints de rembourser tous les intérêts indument accumulés.

Le montant du manque à gagner que cette rectification représenterait pour ces deux membres du gouvernement serait ensuite, bien sûr, défalqué de leur déclaration de patrimoine...

16/04/2013

Une suspicion, particulière et générale

Hier soir, bien sûr, les réseaux sociaux et le net ont fait leurs choux gras de la mise à nu (patrimoniale) des ministres. Dont les avoirs sont désormais consultables (ici), et jusque dans le moindre détail, par le Français moyen. Parmi les étrangetés ayant excité ces curieux, la situation bancaire de Manuel Valls. En effet, en date du 11 avril 2013, le ministre de l'Intérieur déclarait disposer en tout et pour tout de ... 108,71€ sur son compte bancaire personnel, à la BNP Paribas. Du coup, comme son compte épargne n'est crédité que de 16,96€, tout ce petit monde s'est demandé comment il allait faire pour terminer son mois sans tomber en découvert bancaire.

Un cran plus loin, sur une télé hier soir, une hiérarque UMP, mi-goguenarde mi-fielleuse, a jugé cela très suspect. Si on l'a bien comprise, elle a sous-entendu que soit le ministre n'avait pas déclaré tous ses avoirs bancaires, soit carrément il vivait au crochet de son entourage – qui aurait moins de problèmes de fins de mois que lui. Cette dernière supputation, sans doute cette UMPiste l'a-t-elle forgée à la lecture du descriptif du patrimoine immobilier du ministre. Y figure l'appartement (44 m²) qu'il occupe avec sa conjointe dans notre quartier de Paris-Bastille. Appartement acheté par le couple en 2010, qui est sous le régime de la société civile immobilière, mais SCI dont le ministre ne détient... qu'une seule et unique des 100 parts.

On n'en a pas fini, sans doute, avec les suspicions et insinuations de cet acabit. Concernant ce ministre, mais probablement aussi d'autres. Pas fini non plus avec le soupçon général pesant dans l'opinion à propos des politiques. Que 55% des Français jugent «pour la plupart corrompus», selon un récent sondage.

15/04/2013

Un ascenseur social

Arts, Culture, Musées, Personnalités, Social On n'est pas encore au stade où un ancien chauffeur de bus devient chef de l'Etat, comme au Vénézuela. Il n'empêche, c'est un bel exemple de réussite. Qui montre que, parfois en France, il fonctionne tout de même encore bien, cet ascenseur social que l'on décrit depuis des lustres comme étant irrémédiablement en panne.

Ce lundi, Le Louvre voit son nouveau président entrer en fonctions. Et celui qui va diriger le plus grand musée du monde et gérer les 2200 membres de son personnel est un fils d'immigrés espagnols né il y a 49 ans dans un milieu très modeste. La mère de Jean-Luc Martinez, c'est son nom, était concierge d'immeuble, et son père facteur à La Poste. Il a passé toute sa jeunesse de l'autre côté du périph': en banlieue. Ce week-end, dans une interview, il a raconté une anecdote remontant aux années 90, alors qu'il était jeune prof d'histoire-géo à Montreuil. «J'ai emmené mes élèves au Louvre. Comme moi, c'était la première fois qu'ils venaient à Paris. Pourtant, il y a une ligne de métro, mais, quand vous habitez Montreuil, vous ne descendez pas en bas».

Se souvenant de ses origines, dans une sorte de renvoi d'ascenseur ici pour le coup très salutaire, le nouveau patron du Louvre a fixé parmi les priorités de son mandat non pas les projets somptuaires, mais le renforcement de l'accessibilité sociale de ce musée.

Bien.

12/04/2013

Une rue Maggie, ou une rue Bobby?

L'idée (là) émane d'un conseiller UMP de Paris: donner à une rue de la capitale le nom de l'ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher, décédée lundi. Que l'on sache, aucun des candidats sarkozystes à la mairie n'a repris la chose à son compte. Et pour cause. Pas sûr que l'électorat bobo parisien soit très fan de l'icône de l'ultra-libéralisme. Pas sûr, dès lors, que ce sont les initiatives de cet acabit qui permettront à la droite de ravir la mairie aux socialistes, lors des élections municipales de l'an prochain.

Les élus parisiens, en tout cas, débattront de la chose lors du prochain conseil municipal, les 22 et 23 avril. Déjà, une proposition alternative a vu le jour, au Parti communiste. Lui suggère de baptiser plutôt une rue de Paris au nom de Bobby Sands. Ce membre de l'IRA qui, en 1981, était mort à la suite de sa grève de la faim, la «Dame de fer» ayant toujours refusé de lui concéder le statut de prisonnier politique.

Une rue Maggie, ou une rue Bobby, à Paris? On se réjouit de voir de quel côté va pencher le maire, Bertrand Delanoë. On ne jurerait de rien. Lui qui, en 2006, avait donné le nom du pape Jean-Paul II au parvis de la cathédrale Notre-Dame. Ce qui l'avait durablement coupé d'une bonne partie de la mouvance de gauche radicale. Et avait créé (relire ici) un fameux tumulte, dans la capitale.

11/04/2013

Un journal hué

Presse, Médias, SociétéLes oreilles de Natalie Nougayrède ont dû siffler hier, vers 20h30. Quand la nouvelle patronne du «Monde» – dont on parlait (ici) l'autre jour – ainsi que son journal ont été copieusement sifflés et hués. Par les quelque 5000 personnes qui, sur la place de l'Hôtel de Ville de Paris, s'étaient rassemblées pour dénoncer le climat croissant d'homophobie, dans ce pays. Or, le même jour, le quotidien a cru bon de publier une pleine page de pub des anti-«mariage pour tous», pub sommant les sénateurs (qui examinent le texte en ce moment) de voter contre la réforme.

Une page entière de pub à la gloire des Frigide Barjot & Co. Alors que «Le Monde», que l'on sache, n'est pas contre le «mariage gay». Alors que, probablement, la majorité de ses lecteurs (plutôt de centre-gauche) sont favorables à ce projet de loi. Et alors qu'un des trois co-actionnaires principaux de ce journal, l'homme d'affaires Pierre Bergé, est une des figures de proue (et mécènes) du camp pro-«mariage gay». Hier, d'ailleurs, dans un tweet ulcéré, l'intéressé a prévenu que les choses n'en resteraient pas là. Cela risque donc de chauffer ce jeudi, au sein de la rédaction et de la hiérarchie du grand quotidien.

A noter que ces huées à l'encontre du «Monde» ne sont pas mentionnées dans le reportage de la journaliste qui, hier soir, a couvert ce rassemblement pour ce journal. Pas plus que «Le Monde» n'a répercuté, à moins que cela nous ait échappé, la colère de son propre co-propriétaire à son encontre.

Sans doute a-t-elle ses limites, cette transparence tant évoquée dans la classe politico-médiatique, en ce moment.

10/04/2013

Un si joli mot

Après le bon mot d'hier, un joli mot aujourd'hui. Car, oui, les actualités les plus pénibles donnent parfois lieu aux mots les plus jolis. C'est ce qu'on s'est dit en entendant, l'autre jour, l'avocat du ministre déchu Jérôme Cahuzac. Qui commentait les allégations de médias, ce week-end, selon lesquelles son client aurait tenté d'exfiltrer 15 millions d'euros en Suisse et, en plus, aurait produit un faux pour les 600.000 euros dont il a avoué la fraude.

Pour la défense de l'ex-ministre, bien sûr, tout cela n'est qu'inventions, inepties, sornettes, balivernes, sottises. Carabistouilles, en somme: pour reprendre un de ces vieux mots en désuétude pour la survie desquels Bernard Pivot se mobilisa, il y a quelques années.

Mais l'avocat Jean Veil, lui, pour qualifier ces dires, parla de «calembredaines». Un mot que l'on trouve ravissant. Qui ne date pas d'hier: 1798, selon notre «Robert». Et désigne des propos vains et extravagants.

Vivement de nouvelles révélations concernant Jérôme Cahuzac. Que son avocat puisse les dénigrer en utilisant un terme encore plus ancien (1534), et nous plaisant tout aussi bien: qu'il puisse dénoncer des «coquecigrues».

09/04/2013

Une double comparaison

Personnalités, Mitterrand, International, Histoire, Femmes«Elle a les yeux de Caligula, mais la bouche de Marilyn Monroe».

C'est donc ce que disait François Mitterrand de Margaret Thatcher. Si l'on en croit Elisabeth Guigou. Qui, avant de devenir ministre de Lionel Jospin, avait été conseillère du Président, à l'Elysée. Et qui, hier, s'est taillée un franc succès dans tous les médias de France, en rappelant ce bon mot qu'avait eu l'ancien chef d'Etat français à propos du Premier ministre britannique.

Les yeux de Caligula: pourquoi pas.

Des yeux qui ont tout de même pleuré deux fois en présence de l'hôte de l'Elysée, selon les souvenirs que Jacques Attali a narrés hier soir, sur une radio (ici). Des pleurs «quand François Mitterrand l'a fait céder sur le montant du chèque qu'elle demandait pour rester dans l'Europe, alors qu'elle avait dit qu'elle ne cèderait jamais». Puis «après son départ du pouvoir, quand elle me disait l'émotion qu'elle avait eue lorsqu'un samedi matin, j'avais traduit en direct au téléphone l'appel de François Mitterrand lui annonçant le soutien de la France dans l'affaire des Malouines».

Personnalités, Mitterrand, International, Histoire, FemmesMais la bouche... de Marilyn Monroe? Là, on l'avoue, depuis qu'on a entendu cette comparaison-là, on ne voit pas: la bouche de la star américaine nous semble autrement plus lippue que celle de la Dame de fer.

Mais comme François Mitterrand avait une notoire expertise des femmes, on ne se permettra pas de remettre en cause le bien-fondé de sa comparaison – et donc on vous laisse juges.

08/04/2013

Une apparition

François Hollande l'a confirmé, ce matin: un projet de loi va être présenté pour renforcer l'interdiction du port de signes religieux ostensibles. Jusqu'à présent, foulards musulmans, turbans sikhs ou autres kippas juives n'étaient prohibés que dans les services publics au sens strict. Bientôt, ils pourraient l'être également dans les établissements ou associations privés mais remplissant des missions de service public: les crèches privées, par exemple

En attendant, depuis 2011 en France, le port du voile intégral musulman (niqab, etc.) est censé interdit sur la voie publique en général. On s'en est souvenu samedi. Quand, en fin d'après midi, dans notre métro, à une station de la ligne 8 en plein Paris, est montée dans la rame une jeune femme habillée de la sorte. Couverte de la tête aux pieds, seuls les yeux visibles. Au vu des paquets qu'elle portait, elle venait de faire les boutiques. En la voyant entrer, on s'est dit que, peut-être, l'intéressée allait se prendre des remarques hostiles des usagers. Rien. Pas un mot. A peine quelques regards. Les gens ont fait comme si de rien n'était, le voyage s'est poursuivi sans encombres.

Et, le métro étant une fois de plus épouvantablement bondé, ses voyageurs collés-serrés à touche-touche, on n'a pu faire autrement qu'apercevoir ce que, sous notre nez – au propre, pas au figuré –, cette femme en noir textotait, sur son Blackberry dernier cri: «J'ai acheté une petite robe courte».

05/04/2013

Une cruauté/créativité

Personnalités, Humour, Médias, InternetUn peu d'humour, pour bien terminer la semaine. Dont l'actualité française principale a évidemment été reprise, détournée et parodiée, sitôt qu'elle est survenue: sur le net, et dans les réseaux sociaux. On veut bien sûr parler de l'«affaire Cahuzac».

Le ministre déchu de François Hollande, en aveu d'évasion fiscale, a visiblement beaucoup inspiré les plaisantins. Ces derniers jours, on a vu son visage apparaître dans des fausses pubs détournant des campagnes en faveur, par exemple, d'une eau minérale («Cahuzac, source d'emmerdes») ou d'une banque privée en ligne («Mon banquier, c'est moi»). On son image être recyclée dans des pastiches d'affiches de films de cinéma. Des films venant de sortir en salles: ainsi, le biopic du braqueur-convoyeur de fonds Tony Musulin, désormais réalisé par Renaud Van Ruymbeke, un des deux juges instruisant le dossier Cahuzac. Ou des films cultes du septième art français – voir ce détournement du fameux «L'Aveu», de Costa Gavras. Le gros défoulement, donc.

Les gens sont cruels, tout de même. Ou créatifs, c'est selon.

04/04/2013

Un autre aveu, au passage

Il faudrait savoir. François Hollande dixit (ici) hier, à propos de son ministre déchu Jérôme Cahuzac: «Il a quitté le gouvernement, à ma demande». Le même François Hollande le 19 mars dernier ( et ), soit le jour du départ de l'intéressé: «Le président de la République a mis fin aux fonctions de M. Jérôme Cahuzac, à sa demande», et salue «la décision qu’il a prise de remettre sa démission».

En quinze jours, donc, le discours de l'Elysée concernant ce départ gouvernemental a complètement changé: la démission d'abord prétendument volontaire est devenue ensuite officiellement imposée.

Mais sans doute ne s'agit-il que d'un détail, personne à Paris n'ayant évidemment jamais cru à cette fiction (à... ce mensonge?) selon laquelle Jérôme Cahuzac avait quitté ses fonctions de son plein gré.

03/04/2013

Un sourire, consternant

Personnalités, Médias, Justice Ce sourire de Jérôme Cahuzac aux caméras, hier après-midi. Alors que l'ex-ministre du Budget venait d'être mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale, sortait du bureau de son avocat, et allait faire ses spectaculaires aveux au pays entier: oui, il détient bien un compte bancaire non-déclaré à l'étranger.

Sourire télégénique absolument sidérant, venant d'un homme se disant lui-même «dévasté par le remords». Sans doute y a-t-il deux façons de décrypter ce sourire complètement incongru.

La première n'est pas encore trop accablante pour l'intéressé. Ce n'était qu'un rictus mécanique. Une espèce de réflexe de Pavlov, en somme, comme l'ont toutes ces personnalités qui sont habituées à vivre dans un monde où l'image domine, et donc sont conditionnées par l'habitude de sans cesse veiller au paraître. Dans ce cas de figure, Jérôme Cahuzac ne pensait pas à mal, en souriant hier devant les caméras. Il n'a pas réfléchi plus loin que le bout de son nez ce faisant, et doit maintenant s'en mordre les doigts.

La deuxième lecture est autrement plus affligeante, pour l'ex-ministre. Et c'est évidemment celle qui a primé hier pendant toute la soirée, dans les médias français. C'était le sourire de l'insolence, un sourire plein de morgue. Le «sourire d'une arrogance de fanfaron», comme on l'a entendu sur une télé. Le sourire d'un homme qui, en fait et malgré ses mots, n'était «pas vraiment accablé». Un sourire qui, donc, «donne une image dévastatrice» de l'individu voire, dans l'esprit d'une certaine opinion toujours prompte aux raccourcis, de la classe politique en général.

On vous laisse juges.