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02/05/2013

Un «honneur livré aux chiens»

Histoire, Parti socialiste, Personnalités, Mitterrand, Lang, Presse, MédiasD'un Premier ministre à l'autre. Mais, là, de façon pas du tout légère, à l'inverse de la précédente note sur Jean-Marc Ayrault. Puisque, hier soir, à 22h15 très exactement, la France a commémoré les 20 ans de la disparition de Pierre Bérégovoy: le 1er mai 1993.

Au-delà des thèses complotistes qui ont toujours circulé, mais n'ont jamais été avérées, la version officielle veut que l'ex-chef du gouvernement ait succombé lors de son transfert en hélicoptère à l'hôpital militaire parisien du Val de Grâce. Après s'être suicidé d'une balle en pleine tête, tirée avec l'arme de service du policier chargé de sa sécurité. Pour les lecteurs les plus jeunes, à l'époque, ce suicide avait traumatisé le pays. Et avait inspiré au Président Mitterrand une épitaphe mémorable: «Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme et finalement sa vie». Visés: ceux qui mettaient en doute la probité de l'ex-Premier ministre, sur base de la révélation du «Canard Enchaîné» selon laquelle il avait bénéficié d'un prêt sans intérêt (mais déclaré chez un notaire) de la part d'un proche du chef de l'Etat.

Vingt ans plus tard, l'examen de conscience à propos de ce drame se poursuit visiblement, dans la propre famille politique de Pierre Bérégovoy. Témoin, cet aveu de l'ex-ministre Jack Lang, hier sur une télé: «Le comportement de la plupart des socialistes à ce moment-là, à l'égard de Pierre Bérégovoy, n'a pas été à la hauteur».

C'est, vraiment, le moins que l'on puisse dire.

Histoire, Parti socialiste, Personnalités, Mitterrand, Lang, Presse, MédiasA l'époque, nul n'ignorait que l'intéressé était très dépressif. Officiellement, parce que son affaire de prêt le minait, et parce que ce scandale avait contribué à infliger une Bérézina historique au PS, aux élections législatives du printemps 1993: moins de 60 sièges à l'Assemblée (qui en compte 577). En son for intérieur, Pierre Bérégovoy était aussi extrêmement affecté par l'attitude de ses «camarades» à son égard. Les hiérarques socialistes le fuyaient, gênés par le scandale et/ou rendus furieux par la déroute électorale. Du jour au lendemain au sein de son parti, et y compris auprès de ceux qu'il croyait être ses amis, Pierre Bérégovoy avait dégringolé du statut de chef de la majorité à celui de pestiféré.

Peu de temps avant sa mort, d'ailleurs, si l'on en croit certains mémorialistes de la Vème République, l'ex-Premier ministre tenta à plusieurs reprises d'avoir François Mitterrand au téléphone. En vain. Jamais le Président ne prit ses appels, ni ne les lui retourna.

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