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04/07/2013

Une certaine approximation

Léger sursaut, ce matin. En entendant, sur une radio française, ce titre tonitruant: «La Belgique sous le choc!». A priori, la formule du confrère nous paraissait approximative, voire excessive. Alors, peut-être que, à 300 kilomètres de distance, on ne se rend pas du tout compte de l'impact de l'annonce, hier, de l'abdication du roi Albert II. Mais, sauf erreur, il ne nous semble pas que le plat pays soit «sous le choc», depuis hier 18 heures. Il est sans doute surpris par la nouvelle, il s'interroge peut-être, mais il ne nous semble pas «sous le choc». Comme, par exemple, il l'avait été il y a vingt ans, le jour de juillet 1993 où la mort inopinée de Baudouin Ier avait été annoncée. Là, pour le coup, cela avait été un choc.

Une légère approximation aussi, dans les médias français depuis hier, en ce qui concerne les pouvoirs du souverain. Ainsi, au 20 Heures de France 2, David Pujadas a cru bon de corriger un quidam qui, dans un sujet «micro-trottoir» réalisé depuis la place des Palais à Bruxelles, venait de déclarer que le Roi n'avait pas fondamentalement de pouvoirs, sa parole officielle devant avoir été préalablement validée par un membre du gouvernement. Et le présentateur vespéral de France 2 d'assurer, en substance, que, non non, contrairement à ce qu'il venait d'être dit, le souverain belge a bel et bien de grands pouvoirs.

Quelques (très) rapides précisions, donc. A l'attention des lecteurs de ce blog qui viendraient de France et cafouilleraient un peu, vu l'approximation médiatique ambiante dans ce pays, sur le sujet.

En effet, en vertu de la Constitution belge (là), le Roi règne mais ne gouverne pas. Un contreseing ministériel est indispensable au moindre discours royal. Le souverain sanctionne et promulgue les lois, et ce n'est pas toujours qu'une formalité: voir l'impossibilité temporaire de régner qu'avait jadis auto-décrétée le roi Baudouin, pour ne pas devoir valider la loi dépénalisant l'IVG. C'est aussi le chef de l'Etat qui, au lendemain des élections, désigne les formateurs ou négociateurs des gouvernements – et, là, il peut, dans une certaine mesure, peser. Mais, de facto, l'essentiel du pouvoir royal nous semble plutôt résider dans le magistère d'influence, indéniable, qu'il exerce. Et dans le poids symbolique de sa fonction, l'institution royale, habituellement considérée comme le ciment de la nation, bénéficiant globalement d'une grande popularité, dans ce pays.

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