Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

30/09/2013

Une pudibonderie médiatique, déplacée

femmes,activisme,médias,sécurité,sociétéComme chaque année (relire ici), maigre couverture médiatique, ce week-end en France, de la troisième édition de la «SlutWalk». Sans doute parce que les médias décrètent que rien que l'intitulé de ce mouvement, la «Marche des salopes», est cru au point d'être indicible.

Curieuse pudibonderie, tout de même, à l'heure où tant de programmes de ces mêmes médias dégoulinent de vulgarité – passons.

Comme ce fut le cas dans nombre de villes étrangères, cette Marche s'est tenue à Paris mais aussi dans des villes de province comme Bordeaux, Clermont-Ferrand, Lille, Lyon, Rouen, Toulouse ou Strasbourg. L'intitulé provoc' du mouvement renvoie au qualificatif qui, pas rarement, est attribué aux femmes victimes de violences sexuelles et qui se voient reprocher de les avoir favorisées par leur accoutrement ou leur comportement. A Paris, des participantes au cortège, qui a défilé jusqu'au Panthéon, arboraient parfois un short ou un soutien-gorge apparent. Sur leurs pancartes, des slogans comme «Ceci est une jupe, pas une invitation», «Non, c'est non», «Un viol n'est jamais ni consenti, ni provoqué, ni de la faute de la victime», ou «La honte doit changer de camp».

En France, «il y a encore beaucoup de progrès à faire», a témoigné une organisatrice de la manifestation. Des progrès dans l'accueil et la considération des victimes de violences sexuelles, et dans le regard porté sur elles par la société. A assez bien résumé l'ampleur des progrès encore a accomplir, le témoignage, à l'agence AFP, d'une étudiante de 23 ans ayant manifesté à Lille. Victime d'un viol, elle en a parlé à ses amis. «A l'époque, certains m'ont demandé comment j'étais habillée. J'ai expliqué que je portais un jean et un T-shirt. On m'a répondu: "Ah, dans ce cas, ce n'est pas normal"».

On aurait aimé voir genre de témoignage davantage répercuté dans les médias, ce week-end.

27/09/2013

Une idée qui a l'air de séduire

C'est un chiffre très honorable: plus de 30.000 personnes ont pris part, ces dernières semaines, à la consultation en ligne organisée pour l'Elysée, par laquelle les Français étaient invités à dire leur préférence sur la prochaine personnalité qu'ils aimeraient voir honorée par la Nation, via un transfert de ses cendres au Panthéon – on a déjà évoqué le sujet, l'autre jour (). «Les résultats de cette consultation n’ont valeur ni de référendum, ni de sondage», était-il précisé d'emblée. Mais ils «éclaireront les conclusions du rapport» qui sera rendu à François Hollande sur la question, «et, sans doute, le moment venu, la décision» du chef de l'Etat.

L'enjeu est notamment de corriger la criante inégalité qui, aujourd'hui, caractérise ce lieu d'hommage qu'est le Panthéon. Seules deux femmes y reposent: Marie Curie et Sophie Berthelot – et encore, cette dernière y figure uniquement au titre d'épouse du chimiste Marcellin Berthelot. Le grand public a l'air d'avoir été séduit par l'idée de féminiser cette institution: sur les 1.200 personnalités qu'ont proposées les internautes, des noms de femmes ont été «fréquemment cités».

Le choix de François Hollande sera annoncé le 9 octobre. Les noms des favorites qui reviennent le plus souvent restent la révolutionnaire Olympe de Gouges, la militante Louise Michel, l'écrivaine Simone de Beauvoir, ou les figures de la Résistance Germaine Tillion et Lucie Aubrac.

26/09/2013

Une fraude, indécente

Paris, Transports, Police, SociétéQue ne ferait-on pour trouver un emplacement où se garer, dans Paris – ville où, au passage, le nombre de places de stationnement a été réduit d'un tiers, en dix ans. Hier, les associations de personnes handicapées ont alerté les autorités sur l'ampleur prise par la fraude et le trafic des cartes de stationnement pour handicapés.

Selon elles, plusieurs milliers de faux documents de ce type seraient en circulation dans le pays, en ce moment. Et, bien sûr, à Paris et dans sa région singulièrement. Il s'agit soit de faux documents créés de toutes pièces, imitant les vraies cartes de stationnement, soit de vraies cartes mais qui ont été falsifiées, soit de cartes détenues indûment: par des personnes qui sont parfaitement valides. La préfecture de police de la capitale a annoncé qu'elle allait renforcer ses contrôles.

Magouiller pour, outre ne pas devoir chercher une place pendant des heures, ne pas payer l'horodateur: dans un pays où la fraude fiscale fait figure de sport national et où les automobilistes font partie des corporations vaches à lait du fisc, sans doute pas grand monde ne trouvera cela considérablement indigne. Mais, ce faisant, en utilisant frauduleusement les places de stationnement qui leur sont réservées, plonger dans la gêne les moins valides. Eux qui, déjà, peinent à longueur de journées, à cause des retards pris dans les programmes visant à assurer l'accessibilité de tous aux espaces publics.

Il y a décidément des gens qu'aucun scrupule n'arrête.

25/09/2013

Un secteur en ébullition

Encore un exemple de ce que l'on a déjà (d)écrit, dans ce blog: à Paris, le secteur du tourisme, s'il résiste bien à la crise (relire ici), se distingue souvent par des conditions de travail pas mirobolantes (relire ). Parfois, tout de même, les choses s'améliorent. C'est ce qu'il vient de se produire au «Park Hyatt Paris-Vendôme»: palace de 180 chambres situé rue de la Paix, à deux pas de la très chic place Vendôme.

Les petites-mains de cet hôtel (femmes de chambre, valets, équipiers, etc.) réclamaient une amélioration de leur sort, «très difficile». Leurs témoignages étaient sidérants. Ainsi, ces employés du room service ou des cuisines qui «font des doubles journées sans être payés». Ces pâtissiers travaillant «seize heures d’affilée, parfois sept ou dix jours d’affilée sans repos». Ou ces femmes de chambre qui ont «20 minutes pour faire une chambre, alors qu'on travaille seules – dans la plupart des palaces, les femmes de chambres sont à deux –, et si on dépasse le temps prévu, ce n’est pas payé». Le mouvement de protestation gagnait en visibilité et en médiatisation, au point de devenir un peu gênant envers la clientèle de l'élégant établissement: les slogans «L’esclavage est fini» ou «Hyatt exploiteur», scandés par des manifestants devant l'hôtel, cela jette un froid. Un accord social est donc intervenu, hier soir. Les grévistes ont obtenu une prime de fin d'année équivalente à un 13e mois, ainsi que l'abandon des contrats de travail inférieurs à 130 heures mensuelles.

Sans doute est-ce déjà cela. Ce qui n'empêche pas que, aux dernières nouvelles, la plus belle chambre du «Park Hyatt Paris-Vendôme» coûte toujours 16.000€ la nuit. Soit bien plus que ce que la femme de ménage la nettoyant chaque jour gagne, elle, en une année.

 

PS: Pour preuve que des choses se passent, dans ce secteur hôtelier: en banlieue de Paris, un autre mouvement de protestation vient lui aussi d'obtenir gain de cause. Le groupe Louvre Hôtels, propriétaire des «Campanile» et «Première classe» à Suresnes (Hauts de Seine), a promis d'améliorer les conditions de travail d'une vingtaine de femmes de chambre et de gouvernantes – qui étaient tenues de nettoyer, elles, plus de quatre chambres à l'heure.

24/09/2013

Un homme comme les autres

Paris, Personnalités, Elections municipales, Femmes, Kosciuko-Morizet, HidalgoFinalement, c'est la déclinaison à l'envers, et appliquée à la politique, du mémorable titre de ce vieux film français «L'homme est une femme comme les autres» (avec Antoine de Caunes, Elsa Zylberstein, etc.)

C'est ce qu'a conclu ce matin, en mode doux-amer, entre déception et ironie, le journaliste Guillaume Durand. L'animateur de la tranche matinale de «Radio Classique» parlait du duel féminin en cours à Paris, en vue des élections municipales de mars prochain – qu'on évoquait hier, dans ce blog. En substance, cela donnait ceci: «A droite, on caricature Anne Hidalgo en doublure amoindrie (du maire sortant, Bertrand Delanoë). A gauche, on réduit Nathalie Kosciuko-Morizet à une Marie-Antoinette ambitieuse. En fait, ce duel de femmes dont on nous promettait monts et merveilles, il ne vole pas beaucoup plus haut que si cela avait été un duel d'hommes». En politique, la femme est un homme comme les autres.

C'est aussi cela, l'égalité hommes-femmes. Les deux genres au même niveau. Ni plus, ni moins. Donc ni moins, bien sûr. Mais ni forcément plus. Car, outre qu'elles sont femmes, Anne Hidalgo et Nathalie Kosciuko-Morizet sont surtout des professionnelles de la politique. Et donc, à ce titre, elles reproduisent tous les codes de ce métier, y compris, parfois, les moins glorieux: attaques ad hominem (si l'on ose dire), petites phrases ne volant pas très haut, etc.

Du reste, si l'on peut se permettre, exiger l'exemplarité totale de deux femmes pour la seule raison de leur appartenance à ce genre, cela paraît pour le moins sexiste, non?

23/09/2013

Une cible, si facile

Elle présente son programme ce lundi: Anne Hidalgo, la candidate socialiste à la mairie de Paris, pour les élections municipales de mars prochain. La dauphine du maire sortant, Bertrand Delanoë, doit d'autant plus marquer le coup qu'elle n'est plus loin d'être talonnée par sa rivale UMP: Nathalie Kosciuko-Morizet, porte-parole du candidat Nicolas Sarkozy à la dernière élection présidentielle.

L'autre jour, la candidate de la droite a fait grand bruit avec cette petite phrase: «Les Roms harcèlent beaucoup les Parisiens». Hier soir encore, lors d'une émission politique à la radio, l'ex-ministre a longuement tapé sur le clou de ces «bandes» d'immigrés qui «dépouillent» les habitants de la capitale et les touristes de passage ici.

Du coup, au saut du lit ce matin, passant une fois encore devant toute une famille Rom (avec femme, enfants et bébés) en train de se réveiller – entre crottes de chiens et vapeurs de pots d'échappement – après une nuit passée sur le trottoir du boulevard, on se demandait si cette communauté avait vraiment besoin d'un stigmate de plus, d'un opprobre supplémentaire, qui plus est si lourdement appuyé.

20/09/2013

Une forme de solidarité, commode

Paris, Economie, Social, PauvretéC'est l'innovation sociale de la semaine, à Paris. Une grande enseigne de supermarchés a lancé l'opération caritative baptisée «L'Arrondi». Le principe est simple. Le client volontaire, au moment de passer en caisse, demande que sa note soit arrondie à l'euro supérieur, et les centimes de différence sont reversés par le magasin à une association caritative. Vous sortez donc du Franprix avec une note, disons, de 12€49 mais vous avez payé 13€, les 51 centimes restants étant allés au Secours populaire ou à la Croix Rouge.

C'est une entreprise d'économie sociale (ici) qui a développé cela, sur base d'exemples dans des pays étrangers. A Paris, l'expérience, lancée dans plusieurs supermarchés à titre de test, a l'air de très bien marcher. «Des centimes plus des centimes, à force, cela peut faire des millions qui vont être dirigés vers des associations qui touchent directement les Français», a commenté le ministre de l'Economie solidaire, Benoît Hamon, qui soutient l'initiative.

Pourquoi pas. Quelques centimes donnés en vitesse à des assocs au moment du passage en caisse, c'est assurément le degré zéro de l'engagement caritatif, mais, en effet, ça ne peux pas faire de mal. Accessoirement, cette forme de solidarité déculpabilisera les nombreux Parisiens qui, n'en pouvant plus d'être sollicités à longueur de journées, ont fini par ne plus donner de «petite pièce», selon l'expression consacrée, aux quêteurs: SDF, musiciens de métro, etc.

Juste, comme le remarquait l'autre jour un client lambda de supermarché, interrogé dans le cadre d'un «micro-trottoir» pour une télé, cet «Arrondi», l'enseigne de distribution pourrait le faire elle-même. Ou, au minimum, le faire elle aussi: en accompagnement de ses clients qui y ont recours. Cela multiplierait les montants récoltés. Sans pour autant mettre financièrement sur la paille les grands groupes de supermarchés. Mais sans doute ne faut-il pas trop en demander.

19/09/2013

Une économie pas forcément judicieuse

Visiblement, c'est un des sujets d'énervement de la semaine, chez les politiques. Témoin, ce matin encore, sur une radio, l'écologiste Daniel Cohn-Bendit s'est tant emporté sur la chose qu'après quelques secondes, on a dû zapper: trop pénibles de grand matin, les braillements. Cela concerne un projet d'économie budgétaire que pourrait faire le gouvernement – à la recherche du moindre centime d'euro, comme chacun sait.

Le budget 2014, en cours d'élaboration, pourrait décider d'économiser une bonne vingtaine de millions d'euros en supprimant, lors des campagnes électorales, l'envoi postal, à tous les électeurs, des dépliants présentant les programmes des candidats. Leurs «professions de foi», comme on dit en France, ne seraient consultables que sur le net. Ce nouveau régime pourrait être d'application dès les élections européennes prévues l'an prochain.

Outre qu'il doit tout de même encore y avoir, dans l'Hexagone, des gens qui n'ont pas l'internet, ce n'est pas trop malin comme piste d'économie, trouve-t-on. Et a fortiori pour ce scrutin précis.

Les élections européennes, par tradition, désintéressent complètement les Français. Ces scrutins battent donc à chaque fois des records d'abstention (quasi 60%, au scrutin de 2009). Le fait, pour l'électeur moyen, de ne même plus recevoir de propagande électorale dans sa boîte aux lettres risque de réduire encore un peu plus le taux de participation. En plus, ces européennes de 2014 précisément s'annoncent comme très particulières. Les Français ont l'habitude de se servir de ce scrutin – dont ils se fichent assez des conséquences – comme d'un vote-défouloir. Or, vu le climat politique ambiant, il ne serait pas étonnant que, cette fois, ils profitent de cette élection pour faire un triomphe aux europhobes: lepénistes, ultra-souverainistes, etc. Du coup, ne pas amener chez les gens une littérature ayant un regard moins caricatural sur l'Europe n'est peut-être pas la meilleure idée qui soit.

18/09/2013

Un démantèlement (pour le moment)

Paris, Tourisme, Sécurité, PoliceLes touristes visitant Paris peuvent se détendre un peu. Ces derniers temps, avaient défrayé la chronique sécuritaire les agissements de bandes de malandrins, pickpockets et autres voleurs à la tire écumant les hauts lieux touristiques de la «Ville lumière»: Le Louvre, la Tour Eiffel, le Château de Versailles, Notre-Dame, les Champs, etc. Les agents du Louvre avaient même arrêté le travail pendant une journée, pour réclamer une plus grande présence policière à leurs côtés. Les choses seraient-elles désormais réglées? Hier après-midi, en tout cas, la préfecture de police a annoncé avoir démantelé un gang de «faux touristes, vrais voleurs».

Dixit les autorités, ces détrousseurs «étaient vêtus comme des touristes». En tongs, on ne sait pas, mais en tout cas «bien habillés» – la préfecture, visiblement, n'a pas remarqué le nombre de touristes débraillés dans les rues de la capitale, cet été. Munis souvent d'appareils photo, pour ne pas attirer les soupçons toujours ils «s’acquittaient des droits d’entrée de l’établissement» où ils sévissaient. Assez jeunes (de 21 à 35 ans), ils avaient «un mode opératoire bien rodé»: agissaient «toujours en groupe, ciblaient les personnes d’origine asiatique réputées détenir de fortes sommes d’argent et les dépouillaient à leur insu». Illustration du caractère florissant de leur petit business: ils «pouvaient gagner jusqu’à 2000€ par jour, se déplaçaient en taxi et vivaient en hôtel».

Cocorico policier, donc. Un peu imprudent? Au train où se forment, se déforment et se reforment ce genre de bandes, à la vitesse avec laquelle l'une succède à l'autre dès que cette dernière a été démantelée, il ne faudrait tout de même pas trop s'étonner de revoir, dans quelques mois, des pickpockets sévir au Louvre ou à Versailles.

17/09/2013

Un si piètre niveau

Cet après-midi, le Parlement français adopte définitivement la grande loi sur la transparence et la moralisation de la vie publique, séquelle de l'«affaire Cahuzac»: ce ministre socialiste déchu au printemps, pour détention de comptes bancaires non-déclarés à l'étranger. Le débat parlementaire sur ce texte n'a pas toujours volé très haut.

Ainsi, la semaine dernière, quand le député FN et ex-avocat Gilbert Collard – un fort en gueule – est monté à la tribune. Après avoir raillé une «prestidigidation» («Vous transformez une faillite morale –l’affaire Cahuzac– en une entreprise de moralisation. Chapeau! Cela vous permet, une fois encore, de nous faire la leçon alors que vous êtes dans le camp du fautif!»), il s'est référé à l'«affaire Strauss-Kahn»: «J’en arrive à me demander si, dans le cas où un député aurait déclenché un incendie, vous n’auriez pas fait voter une loi exigeant la présence d’extincteurs chez chaque député. Ou encore, dans le cas où Dominique Strauss-Kahn aurait encore été député, si vous n’auriez pas fait voter une loi de moralisation de la vie sexuelle imposant aux députés de sexe masculin d’absorber régulièrement des doses de bromure».

Tollé dans l'hémicycle. «C’est affligeant!», «Lamentable!», «On est à l’Assemblée nationale, ici, enfin!», a-t-on hurlé, sur les bancs socialistes. Plus calmement, le ministre des Relations avec le Parlement a renvoyé les lepénistes à leurs propres expériences peu reluisantes, dans les mairies qu'ils eurent à gérer: «Il me semble que ce qui s’est passé lorsque vos amis ont eu la gestion de quelques collectivités locales aurait dû vous amener à être un peu plus mesuré dans vos leçons de vertu». Ce à quoi Gilbert Collard a répondu par une nouvelle allusion à DSK: «On n’a violé personne!»

Jusqu'au bout, donc, l'outrance. Il nous coûte de risquer de donner l'impression de défendre l'homme du Sofitel, mais, que l'on sache, à ce stade, Dominique Strauss-Kahn n'a été ni jugé, ni, et encore moins, reconnu coupable de viol, que ce soit à New York, à Paris ou à Lille.

16/09/2013

Une prise de guerre

Personnalités, Télévision, HumourSon nom ne dit rien aux moins de trente ans, mais c'est tout de même une belle prise de guerre, pour Marine Le Pen. Ce week-end, à son université d'été, le Front national a ostensiblement mis en valeur la présence de l'humoriste et imitateur Jean Roucas. Star de la télé dans les années 80, il était de la bande du «Bébête show», qui représentait les hommes politiques en marionnettes d'animaux affublées de noms mémorables: la grenouille Kermitterrand, l'ours Barzy, etc. A l'époque, ce programme télé connaissait un succès phénoménal.

«Je n'ai pas voté Marine Le Pen en 2012, mais la prochaine fois je le ferai. C'est tardif, mais je me réveille», a notamment déclaré Jean Roucas.

Tardif, en effet: ce coming out lepéniste. Et qui, rétrospectivement, donne comme une autre dimension à la tonalité qui était celle du «Bébête show»: très moqueuse envers la classe politique, que ce programme tournait continuellement en dérision.

13/09/2013

Un lieu symbolique du pouvoir

On fait une exception en haut lieu, ce week-end. En temps normal, les jardins du Palais de l’Elysée sont interdits d'accès au grand public, dispositif de vigilance antiterroriste oblige (relire ici). Demain et dimanche, toutefois, ils seront ouverts, dans le cadre des Journées du patrimoine.

Au palais présidentiel, seront notamment visibles «une Berliet C2 et une Rochet-Schneider type 9000 Torpédo, très proches des véhicules utilisés par le Président Poincaré en 1913 (premières voitures officielles d’un Président de la République)», ainsi que la Citroën DS 5 hybride qu'utilisa François Hollande le jour de son investiture: pour sa mémorable remontée des Champs sous la pluie. En outre, dans la cour d’honneur du palais, les visiteurs auront la possibilité de se faire prendre en photo par les photographes officiels de la Présidence.

C'est peu dire qu'ils ne vont pas chômer, ces fonctionnaires. En effet, avec l'l'Hôtel de Matignon, ce lieu si symbolique du pouvoir français qu'est l'Elysée figure chaque année en tête du palmarès des endroits les plus visités des Journées du Patrimoine. Dès lors, ce week-end, tous ceux que rebutent à la fois la grande foule et les heures d'attente dans des queues interminables se rabattront, plus sagement, sur une visite virtuelle de l'endroit: ici.

12/09/2013

Un manquement, si manifeste

Médias, Radio, Journalisme, CommunicationLa décision remonte à fin juillet, mais elle vient seulement d'être rendue publique. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a adressé une mise en demeure assez sèche à «Radio Courtoisie»: la sulfureuse «radio libre du pays réel et de la francophonie». La radio préférée du Front national est réprimandée pour avoir manqué à plusieurs de ses obligations déontologiques: «le respect du pluralisme des courants de pensée et d’opinion», «l’obligation de ne pas encourager les comportements discriminatoires», la promotion des «valeurs d’intégration et de solidarité qui sont celles de la République», et «la nécessité d’assurer la maîtrise de l’antenne».

En cause, une émission diffusée en mai dernier. A l'antenne, l'animateur d'un débat avait jugé le «mariage pour tous» «abject», «contre-nature», et attentatoire aux fondements de l’identité nationale française. Il avait ensuite assimilé cette union à l’islam, présenté comme «dangereux et radicalement incompatible» avec les valeurs de la République. Aucun des invités présents en plateau n'avait réagi ni exprimé la moindre opinion contraire ou plus nuancée.

Dans l'arsenal juridique du CSA, la mise en demeure sanctionne un média jugé responsable d'«atteinte caractérisée» à ses obligations. C'est le deuxième degré d'intervention de cet organisme, après l'envoi d'un simple courrier de rappel à l'ordre. Le CSA adresse une dizaine de mises en demeure chaque année, en moyenne. Lorsqu'elles ne sont pas suivies d'effets et que sont réitérés les manquements graves qu'elles visent, le média fautif s'expose à des sanctions.

«Radio Courtoisie» n'en est pas à son premier rappel à l'ordre. Elle qui, depuis plus de vingt ans (elle est née en 1987), déverse à longueur de journées sur les ondes son fiel haineux. Rebaptisé «pensée libre, authentique, attachée à la patrie et aux traditions», «oasis de santé morale dans un désert de désinformation et d’intoxication intellectuelle»: «résistance française aux poisons de la décadence».

Pénible.

11/09/2013

Une insécurité, en toute saison

Puisqu'on en est au bilan de l'été, celui de l'incivilité routière en région parisienne n'est, lui, pas glorieux.

Ainsi, dans le «Bilan des chassés croisés des vacances d’été» établi par la préfecture de police de Paris, on lit que très exactement 13.718 infractions – ce qui n'est tout de même pas rien – ont été verbalisées dans l'agglomération au cours des dix week-ends entre fin juin et début septembre. L'été étant par excellence la saison de l'apéro, rien d'étonnant sans doute à ce que les conduites en état d'ébriété n'aient pas manqué, dans la capitale et sa banlieue: 283 ont été constatées, dont 120 délictuelles. Et 1.432 excès de vitesse ont été verbalisés, dont 58 de plus de 50 km/h.

Visiblement, les chauffards et délinquants routiers ne prennent pas de vacances, à Paris et dans sa ragion – mais probablement est-ce valable aussi dans le reste du pays.

10/09/2013

Un été assez exceptionnel (confirmé)

environnement, météo, sécurité On l'écrivait dès le jour de rentrée de ce blog (relire ici): cet été 2013 avait des chances de rester dans les annales comme ayant été exceptionnel en matière de feux de forêt – pourtant un grand classique de la saison. Voilà que c'est à présent confirmé.

Selon les chiffres de la Sécurité civile (arrêtés début septembre), seuls 1.050 hectares de forêt ont brûlé en zone Méditerranée, cet été. A titre de comparaison, la moyenne de ces dix dernières années dépassait les 10.000 hectares partis en fumée chaque été. Jamais la France n'avait aussi peu brûlé depuis que, il y a quarante ans, ont été mises en place les données statistiques relatives aux surfaces boisées, de garrigue ou de maquis détruites par les flammes.

Les autorités, c'est de bonne guerre, y voient surtout l'effet de leurs politiques de prévention et de répression. Mais les conditions météorologiques qu'on a connues cet été expliquent sans doute au moins autant ce bon bilan. Ont permis d'éviter que cela brûle trop, à la fois la grosse pluviosité ayant caractérisé le printemps, la rareté de longs épisodes estivaux de grands vents (mistral, tramontane, etc.), et la fréquence de gros orages ayant ré-humidifié la végétation chaque fois que, après de fortes périodes de chaleur, sa sécheresse commençait à devenir alarmante.

Cela dit, l'été n'est pas encore tout à fait fini. En ce mois de septembre, c'est particulièrement vers la Corse que se tournent les regards des services d'incendie. Qui le faisaient remarquer, ce week-end: «La végétation y est très sèche, et le risque est aujourd'hui plus élevé qu'en juillet-août».

09/09/2013

Une grande muette, plus que jamais

Le Congrès américain se réunit à partir de ce lundi, avec, à l'ordre du jour de ses débats, une éventuelle intervention en Syrie. S'agissant de la France, quelles sont les forces armées qu'elle a prépositionnées, en vue de cette possible opération? Quelle est la dimension maximale que ce dispositif pourrait prendre? Combien d'hommes, de navires et d'appareils sont mobilisés? Quel est, jusqu'à présent, le coût de ces préparatifs militaires, pour le budget français?

Autant de questions que les médias pourraient légitimement se poser, et poser au ministère français de la Défense. A fortiori ce lundi. Et bien non.

Pour preuve: lors de son dernier briefing de presse, fin de la semaine dernière, le porte-parole de ce ministère a fait preuve d'une très martiale concision. En trois secondes à peine, il a fait le tour de la question. Cela a donné: «La réponse à toute question sur le dispositif opérationnel est qu’aucune indication ne peut être donnée».

Au moins cela a le mérite d'être clair.

06/09/2013

Une mesure insuffisante

paris,social,culture,musées,artsUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Mais, en l'occurrence, pas une bonne nouvelle. Puisqu'il s'agit du constat d'échec d'une des grandes mesures qui étaient censées à accroître l'accès à la culture: la gratuité des musées.

Concernant les quatorze musées de la ville de Paris, cette gratuité est de mise depuis 2001. Or, selon de premières fuites dans des médias, un rapport de chambre régionale de la Cour des comptes qui est attendu en octobre démontre que la composition sociologique du public se rendant au musée n'a pas fondamentalement évolué. Les cadres et représentants des professions intellectuelles (55%) , ainsi que les personnes ayant fait des études supérieures (75%) restent ultra-majoritaires. Les visiteurs à bas revenus et les moins de 25 ans, eux, se rendent toujours aussi peu au musée.

La mairie a réagi au quart de tour (ici), assurant mordicus que «les professions et catégories sociales inférieures et moyennes (fréquentant les musées municipaux) représentaient 42% des visiteurs en 2009, contre 31,4% pour les musées nationaux situés à Paris». Et, pour contester le manque allégué d'attractivité des musées parisiens, elle a brandi les chiffres de leur fréquentation: 1,4 million de visiteurs des collections permanentes en 2012, contre 400.000 en 2001. Dans les couloirs de l'Hôtel de Ville, néanmoins, nul ne disconvient qu'il reste des efforts à faire pour rendre les musées municipaux «plus vivants, plus attirants, plus pédagogiques», la suppression de la barrière tarifaire ne suffisant pas à attirer en masse de nouveaux publics.

Voyons les choses positivement; donc ne nous arrêtons pas à ce constat d'échec: au moins ce sera un très beau chantier que pourra lancer, dès son élection, le nouveau maire de Paris, qui sera issu des élections municipales de mars prochain.

05/09/2013

Un énorme business, mine de rien

Passant par hasard sous la tour Eiffel, hier, on a pu le constater, de visu. En dépit des communiqués triomphaux qu'envoie régulièrement aux médias la préfecture de police de Paris, les vendeurs à la sauvette sont loin d'avoir disparu de ce quartier. Ils veillent à y être (un peu) plus discrets qu'auparavant, mais continuent de solliciter les foules incessantes et innombrables de touristes, avec leurs cartes postales, souvenirs, verroteries, colifichets et autres bricoles.

Des bricoles qu'ils vendent quelques euros à peine, et qui probablement ne leur rapportent pas plus à la journée, mais qui sont au coeur d'un business qui, lui, brasse des sommes faramineuses. Cet été, un coup de filet policier a donné une idée du poids de ce secteur économique informel.

C'était à la mi-juillet, dans un quartier du Haut-Marais. Les forces de l'ordre ont mis au jour un magasin clandestin qui approvisionnait les vendeurs à la sauvette «d’objets souvenirs à l’effigie de la tour Eiffel». Chaque jour, une centaine de personnes venaient se fournir dans ce commerce, sans bien sûr établir de factures d’achat. Selon la préfecture, l’activité du magasin liée à ce trafic, qui était totalement dissimulée, permettait «de générer des profits occultes de plus de 500.000€ par an». Les perquisitions effectuées rien que dans un seul des entrepôts dépendant de ce commerce clandestin ont permis de saisir... 60 tonnes (60 tonnes!) d'articles de fantaisie de cet acabit, destinés aux touristes. Et 155.585€ en billets de banque, sans oublier 20.000€ en pièces de monnaie.

Un gros business, comme on le disait.

04/09/2013

Une communication hasardeuse

Langue française, Personnalités, Médias, CommunicationQuand la vitesse d'utilisation des nouveaux médias amène à faire des erreurs nuisant complètement au sens du message communiqué. L'association «Les Amis de Nicolas Sarkozy», le fan club de l'ancien Président, vient d'en faire l'amère expérience.

C'était l'autre jour, en plein «live-tweet» – comme on dit en bon français – d'un des discours prononcés à l'occasion des festivités de rentrée de ce mouvement. Quand un de ses communicants a envoyé ce tweet à la ponctuation si malencontreuse: «Ils veulent casser tout ce que Nicolas Sarkozy a fait au détriment des Français». Ce qui aurait dû être tweeté est évidemment: «Ils veulent casser tout ce que Nicolas Sarkozy a fait, au détriment des Français». Une seule virgule vous manque, et voilà un fâcheux contresens. Les réseaux sociaux ont beaucoup ri, paraît-il, de ce pataquès.

Début août, déjà, un tweet bourré de fautes d'orthographe, de syntaxe et de ponctuation avait fait jaser, venant lui de la ministre de Culture Aurélie Filippetti. Son français approximatif avait d'autant plus surpris que l'intéressée est agrégée en lettres. La ministre avait tenté de se tirer de ce mauvais pas avec un tweet rejetant la faute sur son cabinet: «Merci à tous les amoureux de la langue française de leur vigilance vis-à-vis de mes collaborateurs». Mais ce message lui-même, à son tour, avait été pas mal décrié sur les réseaux sociaux, bon nombre de gens trouvant la défausse un peu minable.

Rien décidément n'est jamais simple, en communication. A fortiori lorsqu'on prend le risque de vouloir qu'elle se déroule en permanence et en temps réel: sans donc avoir vraiment pris le temps de réfléchir à la forme du message communiqué, voire à son fond.

03/09/2013

Un mot très malheureux

Un mot très malheureux dans la bouche de l'ex-ministre sarkozyste Bruno Le Maire: hier soir, sur une télé. Alors qu'il disait son hostilité à l'entrée en guerre de la France en Syrie, à ce stade et dans ces conditions. Pour montrer que sa position ne relevait ni de l'anti-hollandisme primaire, ni du pacifisme de principe, il rappelait qu'en début d'année, il avait soutenu «Serval»: l'envoi des troupes françaises au Mali. Mais là selon lui, à l'inverse des bombardements annoncés de la Syrie, il s'agissait d'«une belle opération».

La guerre est «belle», donc. La fleur au fusil, en somme. Comme ce concept de «guerre propre», de «guerre zéro mort» qui avait été inventé il y a quelques années. On doute que partagent ce point de vue les familles des soldats français qui furent tués au Mali. Sans parler des civils de ce pays qui laissèrent la vie dans cette guerre – car cela se saurait si «Serval» avait été la première opération militaire de l'Histoire dépourvue du moindre dégât collatéral.

Passe encore que l'on évalue, froidement, un engagement militaire à la seule aune de son efficacité – et là, effectivement, à ce stade en tout cas, «Serval» semble couronnée de succès: des islamistes mis en déroute, une élection présidentielle réussie, etc. A la limite, également, la guerre peut parfois, hélas, avoir une certaine légitimité. Mais associer, si légèrement, les notions de conflit armé et de beauté, non. Et c'est d'autant plus effarant dans la bouche d'un ancien ministre.

La guerre n'est jamais belle.