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21/10/2013

Un mot qui fâche

A propos de cette «affaire Leonarda» qui agite la France depuis bientôt une semaine – du nom de cette jeune fille sans-papiers, expulsée vers le Kosovo –, ces subtilités lexicales qui, si elles ne concernent que la forme, en disent long, trouve-t-on.

Ainsi, cette tournure de phrase particulière utilisée par François Hollande, samedi: «Si elle en fait la demande et veut poursuivre sa scolarité en France, un accueil lui sera réservé». Le chef de l'Etat se serait exprimé en langage courant qu'il aurait dit quelque chose du genre: «Elle sera accueillie en France», ou «La France l'accueillera». Non. Les communicants de l'Elysée ont sans doute jugé que ces dernières tournures étaient trop connotées affectivement – comme quand on se fait une joie d'accueillir un visiteur, etc. La jeune Leonarda a donc eu droit à une formule beaucoup plus désincarnée, comme administrative et donc abstraite, dénotée de la moindre connotation affective: «Un accueil lui sera réservé». On a déjà vu invitation plus cordiale, bristol plus chaleureux.

Mais ce n'est rien par rapport aux circonvolutions des dirigeants pour ne jamais, au grand jamais, devoir utiliser le grand mot qui fâche: le terme "expulsion". De longue date, la France n'expulse plus les sans-papiers. En langage administratif, les clandestins ont longtemps été «refoulés», voire, plus rarement, «renvoyés» dans leurs pays d'origine. Sous Nicolas Sarkozy, l'on parlait de «reconduites à la frontière». Comme quand on reconduit une personne après avoir passé une chouette soirée avec elle. A présent, sous François Hollande, on parle d'«éloignement» des sans-papiers. Comme quand un souci se dissipe, un tracas s'égare.

On pourrait appeler cela de la couardise lexicale.

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