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11/02/2014

Un scénario d'horreur

On évoquait hier le Paris de 2001 et celui de 2014. Mais qu'en sera-t-il du Paris de 2040?

«De Roissy jusqu'aux confins nord de la capitale française, s'élève un vaste bidonville, où se pressent quelque six millions d'habitants sur les vingt que compte cette mégapole». C'est une zone de non-droit, sous la coupe de bandes armées qui «se livrent régulièrement à des attaques contre les trains ou les véhicules». A l'autre extrémité de la capitale, le quartier d'affaires de La Défense n'est plus que l'ombre de lui-même. Car «les tours ont cessé d'être entretenues, à mesure que l'insécurité interdisait leur accès». En banlieue toujours, à côté d'EuroDisney, «un New Paris a été construit. Il reproduit, à l'échelle, les principaux monuments de la capitale et ses rues les plus emblématiques».

Et ce «New Paris» ne désemplit pas de touristes venus du monde entier. Car l'ancien Paris, lui, est fini. Le centre-ville, le dimanche, est «une ville morte; tout est fermé, car le travail est interdit. Ceci, outre les problèmes de sécurité, explique la fuite des touristes». Les autres jours de la semaine, pareillement, «la ville-musée est lugubre. Les rues sont à peine éclairées, conséquence d'une loi votée à l'initiative des écologistes, qui taxe très lourdement l'éclairage nocturne». Dans les grands musées de la «Ville lumière», «la sécurité des collections n'est absolument plus assurée. De très nombreux vols sont déjà intervenus». Paris n'est plus la ville de la culture, ni même celle des amoureux. Car, comme les touristes, les amants «ont déserté Paris, sous la pression de l'insécurité, des extrémistes et des fondamentalistes religieux», qui s'attaquent aux femmes dont ils jugent la tenue indécente. Du coup, le chic parisien a lui aussi vécu: les Parisiennes ne sortent plus dans la rue qu'«engoncées dans d'énormes manteaux sombres, dont la fonction est plus de les rendre invisibles que de les protéger de la pluie et du froid».

paris,personnalités,littérature,economie,histoireCe Paris imaginé en 2040, c'est celui de Nicolas Baverez. Ce très médiatique historien et économiste néo-libéral entrevoit ainsi la capitale française, dans vingt-cinq ans. Et la décrit de la sorte dans «Lettres béninoises»: la remise au goût du jour des «Lettres persanes» de Montesquieu, qu'il vient de publier chez Albin Michel.

Le portrait est sombre? Le scénario urbain est horrifique? C'est la moindre des choses. Venant du chef de file des «déclinologues». Ainsi que Dominique de Villepin, jadis, avait rebaptisé ces penseurs qui, à longueur d'essais, s'affligent d'une France qu'ils jugent en déclin tant sur les plans économique que culturel ou géopolitique.

Au moins Nicolas Baverez confirme-t-il qu'il a de la suite dans les idées. Moins attendu, il se révèle être... un très grand comique. Si l'on consent à prendre son bouquin pour une farce, tellement outrancière qu'elle en devient très cocasse.

Mieux vaut, sans doute, prendre le parti d'en rire.

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