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31/03/2014

Une victoire, sans euphorie

Paris, Elections municipales, Personnalités, Hidalgo, Kosciusco-MorizetCela nous a peut-être échappé – vu qu'on est resté coincé au bureau, à travailler jusqu'a minuit –, mais, a priori, dans les rues de Paris hier soir, l'annonce de la victoire de la socialiste Anne Hidalgo n'a suscité aucune euphorie. Dans notre onzième arrondissement, en tout cas, nul concert de klaxons ni mouvement de foules, et encore moins de feux d'artifice d'extase populaire. Ce qui a fameusement tranché avec la mémorable nuit qui, à Bastille, avait suivi l'élection de François Hollande à l'Elysée, il y a moins de deux ans (relire ).

Il faut dire que le petit peuple de gauche avait de quoi être KO, avec la claque magistrale qu'ont prise les socialistes dans le reste du pays.

Hier soir, la victoire de la gauche parisienne a été assez nette. Au prochain Conseil municipal de la capitale, elle disposera de vingt sièges de plus que la droite. Cette dernière n'a réussi à conquérir ni le douzième arrondissement, ni le quatorzième, qui lui étaient indispensables pour décrocher la mairie. A 500 voix près (sur 23.000 votants), elle a même failli perdre son fief du cinquième arrondissement, le Quartier latin. Elle ne l'a conservé qu'au prix d'une alliance avec le sulfureux clan Tiberi, du nom de l'ex-maire de Paris, Jean Tiberi (1995-2001). L'UMP peut néanmoins doublement se consoler. Avec la prise du neuvième (en gros, les quartiers Opéra, Cadet, Chateaudun). Et avec l'humiliation qu'elle a infligée aux socialistes dans le quatrième (Beaubourg, Saint-Paul, place des Vosges): ils n'ont conservé cet arrondissement qu'avec une misérable avance de 55 voix (sur 10.000 votants).

Mine de rien, c'est tout de même la troisième fois consécutive qu'une personnalité de droite est mise en déroute, dans la capitale. Nathalie Kosciusko-Morizet en 2014, comme Françoise de Panafieu en 2008, comme Philippe Séguin en 2001.

Rétrospectivement, il y en a un qui, ce matin, doit se dire qu'il a bien fait d'être prudent: l'ex-Premier ministre François Fillon, qui, un temps, avait pensé à briguer l'Hôtel de Ville.

28/03/2014

Une «surinterprétation» qui tombe mal

Des embouteillages d'anthologie dans une grande partie de Paris, hier. Ils coûteront encore quelques voix supplémentaires à la gauche aux élections de dimanche, si les automobilistes parisiens qui en ont fait les frais les mettent sur le compte de la municipalité sortante. Or, en l'occurrence, elle n'y était strictement pour rien.

Puisque la cause de tous ces troubles était la visite d'Etat du Président chinois. La venue de cet hôte de marque – qui a signé pour 18 milliards d'euros de contrats – , a donné lieu à la mise en place d'un dispositif de sécurité rarement vu auparavant. Comme l'intéressé logeait dans un palace des Champs-Elysées, une bonne partie de l'ouest parisien a été bouclée, et donc la circulation considérablement perturbée. Pour ne rien arranger, la RATP a complètement dysfonctionné, ce qui n'a fait qu'ajouter à la confusion générale.

La régie, en effet, a fermé au trafic une quinzaine de stations de métro, et ce pendant plusieurs heures: jusqu'en début d'après-midi, parfois. Or, la préfecture de police n'en demandait pas tant. Elle exigeait les fermetures de stations seulement pendant la demi-heure entourant le moment du passage, dans le quartier, du cortège officiel chinois. Dès lors, la responsabilité du chaos que ces fermetures ont causé aux usagers, la préfecture l'a entièrement rejetée sur la RATP. Qui aurait «surinterprété» ses consignes de sécurité.

Une partie du réseau du métro paralysée pour rien, donc. Le jour même où, pour cause d'alerte à la pollution, les Parisiens était invités à délaisser la voiture, au profit précisément des transports en commun. Encore bravo.

27/03/2014

Une différence de traitement

Paris, Santé, Environnement, Elections municipalesLes semaines passent et rien ne change, à Paris. Ce jeudi encore, la capitale française connaît ce que le jargon technocratique dénomme «un épisode de pollution avec un possible dépassement du seuil d'information de la procédure d'information et d'alerte». En clair, l'air sera une nouvelle fois ultra-pollué, et une fois de plus par les PM10: ces satanées particules fines.

Le stationnement résidentiel est donc gratuit jusqu'à ce soir, dans la «Ville lumière». Et les poids-lourds en transit sont invités à la contourner. La circulation alternée n'a cependant pas été imposée, contrairement à il y a dix jours.

Au gouvernement, on justifie cette différence de traitement par le fait qu'une telle régulation du trafic ne se justifie que quand plusieurs journées consécutives de pollution ont été déplorées, ce qui n'est pas le cas ce jeudi. Les mauvaises langues auront néanmoins vite fait d'avoir une lecture électorale de la chose. Après la claque que le gouvernement a déjà subie dimanche, il ne va tout de même pas prendre le risque d'énerver encore un peu plus les automobilistes-électeurs, ceux venant de banlieue parisienne singulièrement. A trois jours d'un second tour qui, pour lui, pourrait bien être pire encore que le premier.

26/03/2014

Un moyen de pression

Cela tombe mal, pour France Télévisions. Moins de cinq jours avant le dénouement des élections municipales, le syndicat Force ouvrière a déposé un préavis de grève pour dimanche. Du coup, si, d'ici à la fin de la semaine, ce syndicat et la direction du groupe audiovisuel ne sont pas parvenus à s'entendre, c'est carrément la grande soirée électorale de dimanche qui pourrait ne pas pouvoir être diffusée. Le syndicat motive ce moyen de pression par son mécontentement concernant les modes de rémunération des intermittents du spectacle employés par le groupe audiovisuel.

Une soirée électorale annulée à la télévision: ce serait, sauf erreur, une grande première, en France. Dimanche dernier, plus de 8 millions de Français avaient suivi la soirée électorale du premier tour, sur les chaînes du service public.

Cela dit, au vu du taux de participation historiquement bas qui caractérise ce scrutin, on doute un peu que, en cas d'annulation de la soirée de dimanche prochain, le téléspectateur-électeur moyen s'en trouve durablement inconsolable.

25/03/2014

Un facteur aggravant?

Dimanche, au premier tour des élections municipales, plus de quatre Parisiens sur dix n'ont pas voté. C'est encore plus que la moyenne nationale d'abstention (36,45%), qui a pourtant été historiquement élevée.

A dû contribuer à cette démobilisation civique le fait que, cette année, les électeurs parisiens ont reçu très tardivement, dans leurs boîtes aux lettres, les dépliants électoraux des candidats se présentant dans leur arrondissement. Par exemple, les habitants de notre quartier du onzième ont reçu ces prospectus samedi matin . Soit vingt-quatre heures seulement avant l'ouverture des bureaux de vote. Or, qui sait, les électeurs auraient-ils eu le temps de prendre connaissance à leur aise des «professions de foi», comme on dit, des partis en lice que, peut-être, cela les aurait-il incité à davantage aller voter.

A moins que ce soit La Poste qui ait dysfonctionné, l'Etat, pour le coup, dans la capitale en tout cas, ne s'est pas acquitté au mieux de mission d'information électorale. Comme s'il avait traîné les pieds, lui qui, l'an dernier, avait vainement tenté de faire supprimer cette obligation lui incombant (relire ici).

Le ministère de l'Intérieur a beau avoir à sa tête un des membres du gouvernement les plus populaires, Manuel Valls, c'est à se demander, parfois, s'il est géré.

24/03/2014

Une progression, ici aussi

Elections municipales, ParisLe Front national a progressé à Paris y compris, hier: au premier tour des élections municipales. Certes, le parti frontiste a réalisé dans la capitale, comme le veut la tradition électorale, des scores infiniment moindres que dans le reste du pays. Et, bien sûr, il n'a nullement confirmé ces quelques sondages ineptes qui, pendant la campagne, l'avaient vu dépasser les 10% des voix, voire lui avaient promis de devenir le troisième parti de Paris. Mais tout de même, avec quelque 6% des suffrages, le FN a doublé son résultat parisien par rapport aux élections municipales de 2008 (3%).

Comme c'était prévisible, le parti de Marine Le Pen a réalisé ses meilleurs scores parisiens dans les arrondissements les moins aisés, ceux du Nord de la ville: le 18e (6,8%), le 19e (7,9%) et le 20e (7,5%). Mais il a aussi réussi à percer dans des arrondissements de classe moyenne (comme le 13e: 7,5%), ainsi que dans le Paris «bobo» (6,8% dans le 12e).

Et les quartiers les plus chics de la «Ville lumière» ont également, et pas marginalement, voté Le Pen. Ainsi, les listes FN ont recueilli 6% tant dans le 16e arrondissement que dans le 7e (celui de l'ex-ministre Rachida Dati).

21/03/2014

Un signe patent d'agitation

Huit. On les a comptés: il y a huit points d'exclamation, dans la tribune au vitriol – au bazooka, même – que Nicolas Sarkozy publie ce matin, dans «Le Figaro». Ce fameux texte où il compare les procédés des magistrats l'ayant mis sur écoutes (dans le cadre des enquêtes judiciaires le concernant) aux agissements de la Stasi: la sinistre police politique de l'ex-Allemagne de l'Est.

Passons vite sur cette analogie, tant elle est excessive. Et indigne envers les victimes de la Stasi. Cette comparaison à l'emporte-pièce ne fait sans doute que traduire l'état de confusion et d'agitation du signataire du texte.

Un texte qui donc, sur ses quelques milliers de caractères, comprend huit points d'exclamation. Un signe de ponctuation qui, auparavant, n'était pas du tout fréquent, dans le langage écrit des hommes politiques. Ceux-ci, pour paraître posés et sereins, responsables donc, ont toujours privilégié l'assertion à l'exclamation. Les seuls à faire exception à cette règle implicite, ce sont les partis d'extrême droite et d'extrême gauche: leurs communiqués, par nature vindicatifs, ont toujours regorgé de points d'exclamation. Depuis un petit temps maintenant, l'UMP sarkozyste y a aussi un ample recours, dans sa communication. Vendredi, donc, son mentor a montré qu'il était parfaitement au diapason de cette évolution stylistique. Au risque que cela soit pris par le lecteur comme révélateur surtout du fait que, décidément, l'intéressé n'a pas changé: il peine toujours autant à se tempérer.

C'était Laurent Fabius, croit-on se souvenir, qui, lors d'une campagne présidentielle, avait dit cela, concernant Nicolas Sarkozy: «Avant de vouloir présider, il faut se présider». Par son texte, et rien que sur la forme – sans même s'occuper de son fond –, le peut-être futur candidat de la droite à la présidentielle de 2017 montre qu'en la matière, il a encore une marge de progression.

20/03/2014

Une «désinvolture outrancière»

radio,médias,humour,personnalités,internationalPuisqu'on parlait d'Europe1 hier, cette radio vient d'être sèchement rappelée à l'ordre par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). En cause, son humoriste et imitateur star: Nicolas Canteloup.

Début février, dans sa chronique quotidienne matinale «La revue de presque», avait été évoqué le génocide au Rwanda, en 1994. Le CSA a considéré que dans ce cadre, et malgré «la visée humoristique de cette émission», «certains propos ont été marqués par une désinvolture outrancière telle qu’elle pouvait être perçue comme une complaisance à l’égard d’un génocide». Le Conseil est donc «intervenu fermement» auprès de la chaîne, pour lui faire connaître sa désapprobation. Il l'a également sommée «de prendre toutes les mesures nécessaires afin que cette séquence ne soit plus mise à disposition du public sur l’ensemble de ses services, notamment sur son site internet».

Cela nous a peut-être échappé, mais on n'a pas constaté que la radio avait très amplement diffusé cette nouvelle, sur ses ondes.

C'est la deuxième fois consécutive (relire ) qu'un média français se fait sermonner pour une évocation supposément comique d'une tragédie ayant fait 800.000 morts.

19/03/2014

Une intrusion électorale

Un petit parti hétérodoxe, voire iconoclaste, qui se tape l'incruste dans les locaux d'un grand média de la place, pour une conférence de presse électorale. C'est la curiosité à laquelle on pourrait assister ce midi, à Paris. Du moins, si les vigiles de la radio Europe1 y consentent – ce qui, a priori, n'est pas gagné.

Le Parti pirate, en effet, a annoncé son intention d'investir le siège de cette station, situé dans les beaux quartiers: à deux pas du George V et des Champs-Elysées. Pour la petite formation, c'est une façon de réagir à l'occupation de ses panneaux électoraux par la radio privée. Ces derniers jours, en effet, Europe avait collé des affiches de pub en faveur de ses animateurs et émissions favoris, sur des panneaux officiels de campagne pourtant censés réservés aux affiches des candidats aux élections municipales de ces deux prochains dimanches.

Les flibustiers n'ont pas du tout apprécié ce «détournement d'espace d'expression démocratique, pour des fins publicitaires». Et espèrent que la justice sanctionnera un tel «manque de respect de la chose publique», révélateur d'un «mépris marqué pour le moment démocratique que sont les élections municipales». Et attendant, ce midi, ces pirates comptent rendre la pareille à la radio: «Puisque Europe1 s'est invité unilatéralement sur nos panneaux d'affichage, nous donnons rendez-vous à la presse dans les locaux d'Europe1 pour présenter les propositions de notre parti. Puisque Europe1 invoque l'humour et la transgression, nous partons vérifier sur place jusqu'à quel point ils savent rire. Nous ne doutons pas qu’Europe1 saura faire preuve d’ouverture et d’humour en nous accueillant dans ses locaux pour cette conférence de presse et en nous donnant accès à l’antenne».

Les auditeurs d'Europe 1 seront-ils informés en direct, par leur radio préférée, de cette action de protestation et tentative d'occupation la visant? Dans la négative, cela ferait un peu Corée du Nord. Ce qui serait piquant, venant d'un média qui est politiquement étiqueté très à droite.

18/03/2014

Un slogan, peu dans l'air du temps

Paris, Environnement, Santé, Transports, Personnalités, Kosciusko-Morizet«Un nouveau souffle» pour Paris. A en croire les myriades d'affiches qui viennent d'être placardées par les militants UMP dans notre onzième arrondissement, c'est ce que promet la candidate de la droite sarkozyste à la mairie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Le slogan a de quoi faire sourire.

En effet, le hasard de la météo printanière vient d'infliger dix jours de pollution atmosphérique d'anthologie à la «Ville lumière». Ce qui a fameusement contrasté avec ce «nouveau souffle» vanté par ces affiches. D'autant que, tout en promettant de l'air frais, l'ex-ministre de l'Environnement a fait la fine bouche devant les mesures anti-pollution. Rien qu'un «cache-misère» électoraliste, selon elle.

Tout de même, on doute un peu que NKM, dans le très hypothétique cas de figure où elle devenait maire, pousserait son «nouveau souffle» promis jusqu'à prendre séance tenante des mesures contre les véhicules ou les carburants polluants. On n'a pas le souvenir que, quand elle était au gouvernement, elle bataillait contre le diesel.

Sinon, a-t-il été précisé hier, la gratuité des transports publics parisiens (en vigueur ces derniers jours, dans le cadre des mesures anti-pollution) a coûté 4 millions d'euros par jour aux sociétés de transports. Dont 2,5 millions à la seule RATP. Ces sociétés, dès lors, comptent sur «un geste» de l'Etat, pour compenser ce manque à gagner.

Paris, Environnement, Santé, Transports, Personnalités, Kosciusko-MorizetDu coup, c'est le contribuable qui risque bien, au bout du compte, de devoir payer. A moins que ce soit l'usager lui-même, à la prochaine hausse des tarifs. Au moment de passer à la caisse, ils pourront utilement se souvenir que la RATP a vu son bénéfice net bondir de 14,3% ( à plus de 300 millions d'euros), l'an dernier.

17/03/2014

Une profession exemptée

Des rues spectaculairement calmes, dans Paris ce matin. On se croirait un dimanche, tant la circulation y est peu dense. C'est dû, bien sûr, à l'imposition de la circulation alternée, pour cause de pollution. Seules les plaques minéralogiques impaires sont autorisées. La mesure, qui vaut aussi pour la proche banlieue, a déjà eu pour effet de réduire le nombre de kilomètres de bouchons et de ralentissements constatés aux entrées de la capitale: 80 kilomètres seulement, contre quelque 130 habituellement.

700 policiers sont mobilisés pour verbaliser (22€) les contrevenants. Ils ont reçu des consignes de «discernement». Ce matin, en ville, on a aperçu pas mal de voitures ou de deux-roues avec des plaques paires: en gros, un véhicule sur trois ou quatre qu'on a croisés. Peut-être leurs conducteurs n'ont-ils pas tous été verbalisés. En effet, de nombreuses exceptions et dérogations à cette règle de circulation sont prévues. Elles bénéficient par exemple (outre, bien sûr, aux transports publics, aux policiers, pompiers ou ambulanciers, aux véhicules chargés d'enlever les immondices, etc.) aux chauffeurs-livreurs, aux taxis, aux dépanneurs, etc.

Tiens, la presse et les livreurs de presse font partie de ces professions exemptées. Dès lors, les journalistes couvrant cette journée de circulation particulière – une première en France, depuis 1997 – pourront le faire en se déplaçant avec des voitures ou motos de presse immatriculées paires.

Pas sûr que ce régime de faveur soit apprécié du tout-venant. Qui a déjà si tendance à ranger la corporation journalistique parmi les élites privilégiées et les puissants. Qu'il est de si bon ton de détester, en ce moment.

14/03/2014

Un état très perfectible

Institutions, Justice, Paris, PatrimoineDans l'attente, au Palais de Justice de Paris, ce vendredi. Vraisemblablement pour une bonne partie de la journée, voire de la soirée – mais pas de la nuit, on l'espère. Puisque doit tomber, à une heure indéterminée, le verdict du procès du premier Rwandais jugé en France pour complicité de génocide et de crimes contre l'humanité. La Cour d'assises s'est retirée à 10 heures, pour délibérer.

C'est très anecdotique par rapport à l'enjeu de ce procès historique, mais ce fut néanmoins assez parlant d'aller et venir dans ce Palais de justice, tout au long des six semaines d'audiences qu'a durées ce procès. En effet, si l'on considère que l'état de ce noble bâtiment parisien est représentatif de la condition dans laquelle se trouve l'institution judiciaire française, on se rend compte qu'elle a des progrès à faire.

Certes, la vitrine est belle. Avec leurs dorures et leur marbre, elles en imposent, la cour d'honneur du Palais et les grandes galeries de l'édifice – ainsi, cette «Galerie marchande» qui fait face à l'entrée, dont l'intitulé nous a toujours fait sourire. En revanche, quand on s'éloigne un peu des lieux de passage les plus fréquentés, cela devient vite moins glorieux.

Institutions, Justice, Paris, PatrimoineDes bâtiments préfabriqués hideux, juste à côté de la vénérable Sainte Chapelle. Des murs léprosés, rongés par humidité. Des fenêtres qui sont maintenues fermées grâce à du papier inséré dans leurs vieilles jointures, pour les caler. Du matériel informatique ou de bureau (photocopieuses, etc.) et du mobilier déclassés qui traînent dans les couloirs, en attente d'un hypothétique enlèvement pour la déchetterie. Des cendriers et des poubelles qui débordent. Des machines à café ou distributeurs automatiques de boissons qui oublient de rendre la monnaie. Des vieux tags sur les murs, qu'on ne prend même plus la peine d'effacer. Des papiers gras, des cannettes et des mégots par terre, pas rarement. Des toilettes où règne parfois une odeur repoussante, et dont les portes ne ferment plus à clef depuis longtemps.

Dans l'une de ces toilettes, les murs sont maculés d'un grand tag, rageur. «PLUTOT TAGUEUR QUE PROCUREUR!», proclame-t-il, en lettres capitales. Tel un crachat envoyé à la face de l'institution: ces WC sont situés juste à côté des chambres correctionnelles où, chaque jour, sont jugés et sanctionnés les incivilités et autres petits délits urbains, dont les tags ou les graffitis.

13/03/2014

Une mesure, pas convaincante

La «Ville lumière» n'arrête pas, depuis dix jours, d'accumuler les journées d'alerte rouge à la pollution atmosphérique. Aussi, la mairie de Paris a décidé () de rendre Vélib' gratuit, ces jeudi et vendredi. «On laisse la voiture au garage et on prend le Vélib’ pour faire respirer Paris!», recommande la mairie.

Pourquoi pas? A deux réserves près.

D'une part, cela paraît tout de même paradoxal, voire curieux, d'inciter les gens à faire du vélo, en ces jours d'ultra-pollution lors desquels les activités physiques en extérieur sont déconseillées – et pas seulement aux personnes sensibles, allergiques ou immuno-déprimées. Cherchez la logique.

D'autre part, il est clair que ce genre de mesures ne mangent pas de pain, ne vont pas très loin, et ne règleront, à elles seules, strictement rien. Sans même évoquer ce qui reste tabou (l'interdiction de circulation des vieux véhicules diesel, ou la circulation automobile alternée), il aurait déjà été un peu plus franc du collier de rendre gratuits, ces jours-ci, outre Vélib' ou Autolib', l'ensemble des transports publics. Mais cela coûte bien sûr autrement plus cher, en termes de manque à gagner financier

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Actualisation

ALERTE INFO 17h06 Jeudi 13 mars

Pollution aux particules fines: les transports en commun seront gratuits en Ile-de-France de vendredi à dimanche

La région veut pousser les automobilistes à délaisser leur voiture durant le pic de pollution. Les transports en commun seront gratuits en Ile-de-France, du vendredi 14 au dimanche 16 mars, annonce le Syndicat des transports en Ile-de-France (Stif), jeudi.

12/03/2014

Un gadget, dérisoire

Elections municipales, Personnalités, Hidalgo, TechnologiesEn marge des «affaires d'Etat» qui plongent la classe politico-médiatique dans l'effervescence, la campagne pour les élections municipales de la fin du mois poursuit son petit train-train. Complètement décalée par rapport à ces agitations, et sans visiblement passionner les foules.

Aussi, les candidats tentent comme ils peuvent de capter l'attention de l'électeur moyen, au besoin avec des gadgets improbables.

Ainsi, cet «AnneStagram» () qu'Anne Hidalgo, la candidate socialiste à la mairie de Paris, vient de lancer. «Plus fort qu'Instagram, l'application AnneStagram est désormais disponible pour votre smartphone Android!», a exulté son équipe de campagne, très fière d'avoir trouvé cette forme «fun et décalée» de propagande politique. «La première application pour smartphone de la campagne permet de poser virtuellement en photo avec Anne Hidalgo, de personnaliser un message de soutien, ou de prendre ses amis en photo avec un bandeau de soutien. Ces messages peuvent ensuite être partagés sur les réseaux sociaux!» Et les sympathisants socialistes d'êtres houspillés: «Diffusez un maximum, pour mobiliser vos amis, votre famille, et vos followers!»

En découvrant cela, on a ressenti le même agacement que celui éprouvé dimanche soir, à l'écoute d'un passage de l'intervention de l'intéressée à une grande émission politique radio-télé. Parmi ses arguments, elle s'extasiait que la météo du jour ait été aussi radieuse, rappelait aux électeurs que c'était grâce aux socialistes qu'ils avaient pu profiter d'une journée de flâneries au soleil sur les voies sur berges débarrassées de leur trafic automobile, et mettait en garde contre, en cas de victoire de la droite, la remise en cause de cette «merveilleuse» invention.

En entendant cela, on s'est dit qu'on avait dû louper un épisode. Vu qu'on en était resté au fait que ce que le Parisien moyen trouverait «merveilleux», c'est surtout d'avoir un boulot, un logement pas trop cher, une ville propre et sûre, un air moins perpétuellement pollué, des places en crèche, des emplacements de stationnement, et des transports publics fonctionnant bien. Tout le reste (faire joujou avec le smartphone, se balader au soleil le long de la Seine, etc.) passe après, et n'est que très accessoire. Voire si dérisoire.

11/03/2014

Un triptyque, inhabituel

Aimer. Boire. Chanter. Hier soir, tel a été le programme, plutôt sympa, de François Hollande. Non pas que des photos volées aient abouti chez «Closer», montrant le Président en train de se livrer à ces trois activités. Plus sagement, le chef de l'Etat s'est rendu à l'«UGC-Normandie», le grand ciné des Champs-Elysées. Où il a assisté à la projection en avant-première d'«Aimer, boire et chanter»: le dernier film d'Alain Resnais, le cinéaste français récemment décédé.

C'était sans doute, pour lui, une occasion de se rattraper et de s'associer à l'hommage national au grand homme, alors qu'il n'avait pu assister à ses funérailles, le matin même. En effet, au moment où elles se déroulaient, à l'église St-Vincent de Paul, dans le dixième arrondissement de Paris, le chef de l'Etat, lui, était en province. Dans le Lot, à Cahors, il assistait aux obsèques de l'ancien ministre Maurice Faure. Il avait donc chargé son chef de gouvernement, Jean-Marc Ayrault, de le représenter aux funérailles du cinéaste.

Aimer, boire, chanter. La romance, les libations, les ritournelles. L'espace d'une soirée, cela a dû fameusement changer François Hollande. De ce qui est son triptyque habituel: l'impopularité, les vaches maigres de la rigueur budgétaire, la complainte de l'austérité.

10/03/2014

Un éternel malaimé

Paris, Transports, Histoire, Tourisme, International, Economie Sans tambours ni trompettes, l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle vient de fêter son quarantième anniversaire. En effet, c'est le 8 mars 1974 qu'il avait été inauguré.

Quarante ans plus tard, Roissy-CDG, ce n'est vraiment pas rien, en termes de masse. Quelque 62 millions de passagers accueillis chaque année, le deuxième aéroport le plus fréquenté d'Europe (après Londres-Heathrow), le septième au monde, 150 compagnies aériennes l'utilisant, 116 mouvements d'avions chaque heure, deux avions par minute aux heures de pointe, 100.000 emplois directs et indirects.

Indéniable succès quantitatif, donc. Et... énorme problème qualitatif. Ce blog a plusieurs fois eu l'occasion de l'écrire, ces dernières années (relire ici, ou ): Roissy-CDG fait partie des aéroports les plus détestés et décriés, dans le monde entier.

Mais, a-t-on vu, lu et entendu de toutes parts, dans les médias ces derniers jours, les nouvelles infrastructures inaugurées à l'occasion de ce quarantième anniversaire sont vraiment impeccables.

On se réjouit de découvrir cela, en partant en vacances cet été – mais cela paraît encore si loin.

07/03/2014

Un changement, pas maintenant

«Le printemps, c'est maintenant». C'est la «Une», extatique, du quotidien «Le Parisien», ce matin.

De manière journalistiquement moins creuse, il aurait pu, à la place, titrer: «La pollution, c'est maintenant». Puisque, dans la «Ville lumière», ce vendredi est le troisième jour consécutif où sont dépassés les seuils d'alerte à la pollution atmosphérique. Pollution aux particules fines et pollution au dioxyde d'azote.

En la matière, donc, les quinquennats ont beau passer et les majorités changer, le changement, ce n'est pas maintenant.

06/03/2014

«Une forme inquiétante d'abandon»

Social, Pauvreté, Economie80% des maires de France considèrent que, ces dernières années, la pauvreté et l’exclusion se sont étendues, dans leur commune. En 2008, ils n'étaient que 51% de cet avis. Six ans plus tard, ce constat d’une progression de la pauvreté et de l'exclusion est généralisé, quelle que soit la taille de la municipalité concernée. C'est ce qu'il ressort d'un sondage TNS-Sofres publié cette semaine. Il a été réalisé pour le Secours catholique, qui lance une campagne baptisée «Ne laissons pas disparaître la fraternité». 

Plus de neuf maires sur dix (91%) considèrent qu'au cours de leur mandat, ils se sont bougés pour renforcer le lien social dans leur commune. Pour l'ONG, cela «montre que le lien social reste une priorité pour les maires, et donc que la bataille pour la fraternité n’est pas perdue».

C'est une façon positive et optimiste de voir les choses.

Il est vrai que, pour garder le moral, mieux vaut ne pas s'étendre sur deux autres constats faits (là) par l'association.

social,pauvreté,economieD'une part, la plupart du temps, les actions anti-pauvreté des maires ne sont que «ponctuelles ou ciblées», et non précédées par une réelle «analyse des besoins sociaux» locaux. D'autre part, il y a «une disparité très forte, selon les communes, dans la prise en compte des pauvretés et leur traitement». En clair? Souvent «les communes riches sont moins investies contre la précarité». Elles pratiquent «une forme inquiétante d’abandon» de la gestion des «personnes pauvres en errance»: à savoir, les pauvres qui n'ont pas d'attache géographique particulière (demandeurs d’asile, migrants, etc.). La gestion de cette exclusion-là, ces communes aisées la relèguent aux «municipalités déjà les plus en prise avec la misère».

C'est lamentable. Mais sans doute n'est-ce pas propre à la France.

05/03/2014

Une «comédie humaine»

Nicolas Sarkozy a donc bel et bien été enregistré à son insu. Par celui qui, à l'Elysée, était son haut conseiller idéologique: le sulfureux Patrick Buisson. La révélation du contenu (pas mirobolant, à ce stade) des premiers de ces enregistrements suscite évidemment une agitation médiatico-politique considérable. Mais, comme toujours, le buzz a la mémoire courte. En effet, en matière de hauts conseillers qui déballent (ou balancent, comme on veut), existe un fameux précédent. Qui remonte à plus de vingt ans.

Personnalités, Institutions, Histoire, Sarkozy, Mitterrand, LittératureQuand, en 1993, Jacques Attali avait entamé la publication de ses «Verbatim». Par cette démarche, ce haut conseiller de François Mitterrand entendait relater «aussi honnêtement mais aussi crûment que possible, les faits, les impressions, les dialogues» des «épisodes singuliers de la comédie humaine», au plus haut sommet de l'Etat. A l'époque, ce récit non-autorisé «de réussites et d’erreurs, de mesquineries et de grandeurs» avait ulcéré les piliers de la Mitterrandie (les Fabius, Lang, Mauroy, Badinter, etc.). Le Président lui-même avait dit son courroux. En deux phrases mémorables, il avait raillé «le guillemet facile» de l'auteur, et le fait qu'il était «peut-être plus soucieux du nombre de ses lecteurs que de vérité historique».

Néanmoins, la série des «Verbatim» avait connu un grand succès de librairie. Au point que, habituelle rançon de la gloire, un pastiche avait vu le jour. «Aboitim, neuf années dans les secrets de François Mitterrand», c'était son titre. Et son auteur, anonyme, avait choisi Baltique pour pseudonyme: le nom du labrador du Président.

A l'inverse de la chronique des années Sarkozy par Patrick Buisson, ce récit-là, au moins, était marrant.

04/03/2014

Un début laborieux

On ne dira pas que c'est mal parti, parce qu'il ne faut jamais préjuger de rien. Mais enfin, cela paraît tout de même être un début assez laborieux. Alors que la France pourrait envisager une éventuelle candidature de Paris à l'organisation des Jeux olympiques d'été de 2024, seul un Français sur deux se dit partant pour un tel projet.

A en croire un sondage paru ce matin, seule une courte majorité de Français (51,9%) est favorable à une telle candidature, à laquelle 48,1% des sondés s'opposent. Pour 55% de ces répondants, ce serait «un luxe que la France ne peut pas se permettre, par ces temps de crise». Le soutien populaire accompagnant une candidature faisant partie des critères sur lesquels le CIO se base pour départager les villes en lice, Paris a encore, on va dire, une marge de progression.

Ce sondage survient au lendemain de la visite effectuée à Londres par une délégation de haut niveau, menée par la ministre des Sports. Elle s'est longuement entretenue avec ceux qui, en Grande-Bretagne, avaient porté et fait aboutir la candidature de Londres pour l'organisation des derniers JO d'été en date. A noter que le ton de ces visiteurs français d'hier était volontiers à l'humilité. Alors que, à l'inverse, dans sa rivalité face à la capitale britannique, Paris avait échoué notamment à cause de l'arrogance qui avait été reprochée au Comité Paris 2012, qui, à l'époque, portait ce projet.