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30/09/2014

Un homme si drôle

Comme quoi, tout arrive. Alain Juppé a beau n'avoir jamais eu la réputation d'être l'homme politique le plus comique de France, hier soir, il a néanmoins remporté le prix Humour & Politique 2014 (*). Grâce à cette répartie, il est vraie pleine de délicieuse autodérision venant de qui eut une carrière parsemée de tant de traversées du désert:«En politique, on n'est jamais fini. Regardez-moi!»

On peut d'ailleurs remarquer un changement d'attitude chez lui, depuis un petit moment. Depuis, précisément, qu'il a fait son coming-out présidentiable, à la fin août. Désormais, il prend soin de ponctuer chacune de ses interventions télévisuelles d'une petite phrase (un peu) rigolote. Histoire de bien montrer que, non, décidément, il n'est pas si austère.

Lui-même, du reste, avait un jour théorisé sur la nécessité qu'il avait de paraître moins techno, sévère, cassant, droit dans ses bottes. «C'est plus facile de sourire que de réformer. Mais puisqu'on me dit qu'il faut être aimable...», avait-il lancé. Avec un sourire un rien crispé.

 

(*) Prix dont plusieurs nominés méritent, trouve-t-on, les félicitations. Le ministre Michel Sapin, pour cette désarmante tentative de minimiser les manques gouvernementaux: «Quand on ne va pas assez loin, c'est déjà qu'on va quelque part». Son ex-collègue Arnaud Montebourg, que rien décidément n'arrête, pour son culot: «Je crois à un retour de Nicolas Sarkozy, mais menotté». Et le député UMP Henri Guaino, groupie sarkozyste, pour le comique involontaire de sa dévotion fayotte: «Si Nicolas Sarkozy n’avait pas été là, il n’y aurait plus de démocratie en France, en Europe et dans le monde».

29/09/2014

Un joli doublé

Tourisme, Social, Paris, LuxeL'info est passée assez largement inaperçue, à Paris à la fin de la semaine dernière. Vu l'abondance et la gravité de l'actualité en France par ailleurs. Il n'empêche, elle fera date, car est elle unique dans les annales du secteur économique concerné (et de son histoire sociale): celui de l'hôtellerie parisienne de grand luxe.

Vendredi, après huit jours de grève, le petit personnel du «Park Hyatt Paris-Madeleine» a obtenu gain de cause. Ces femmes de chambre, gouvernantes, équipiers et autres valets de chambre réclamaient l'alignement de leurs salaires et conditions de travail sur ceux des employés des palaces. Leur direction a fini par céder. Elle leur a octroyé une augmentation de plusieurs centaines d'euros par mois ainsi qu'une prime de fin d'année équivalente à un treizième mois. Quelques jours plus tôt, ce sont leurs collègues du «Park Hyatt Vendôme», à deux pas de la place du même nom, qui avaient eux aussi remporté des avantages similaires, et donc mis fin à leur grève. L'an dernier, déjà, à l'issue également d'un mouvement social (relire ), plusieurs de leurs revendications avaient été rencontrées.

Pour les intéressés, ces acquis sont d'autant moins négligeables que, dans le secteur hôtelier parisien, les salaires et conditions de travail sont rarement mirobolants (relire ici).

A titre d'anecdote, le dénouement de ces deux conflits sociaux.a pu être favorisé par... la «Fashion Week», en cours au même moment à Paris.

Tourisme, Social, Paris, LuxeEn effet, cet événement draine une très importante clientèle dans les hôtels de luxe, et notamment dans les «Park Hyatt». Et, parmi cette clientèle, des représentants de médias du monde entier. Sans doute, dès lors, la direction de ces établissements a-t-elle voulu éviter des situations embarrassantes en termes d'image et de communication. Comme les rencontres fortuites entre ces clients de choix et un petit personnel en train de manifester, de brandir des calicots syndicaux pas trop glamour, et de scander des slogans tout sauf feutrés («L’esclavage est fini», «Hyatt exploiteur», etc.).

26/09/2014

Une tentative d'en rire (jaune)

Les musulmans de France descendent dans la rue (ici), ce vendredi. A Paris en début d'après-midi, ainsi que dans plusieurs villes de province, des appels à manifester ayant également été lancés à Limoges, Bordeaux, Marseille, Valence ou Montpellier. Par ces cortèges, les Français musulmans diront la colère que leur inspirent les crimes perpétrés par les islamistes au Moyen-Orient. Et s'élèveront contre les amalgames et la stigmatisation qui, dernièrement, ont insinué qu'ils seraient complaisants à l'égard de ces horreurs, voire complices avec elles. Alors pourtant qu'ils les ont explicitement et fermement condamnées (, par exemple).

 

Visiblement, on n'est pas le seul à trouver effarante cette pression qui, depuis l'assassinat de mercredi a fortiori, s'exerce sur les musulmans de France. Pression pour qu'ils manifestent ostensiblement leur condamnation de ces crimes. Comme si le fait que ces Français soient musulmans les rendait d'office suspects, comme si cela faisait que, par nature, leur condamnation de cette barbarie n'allait pas forcément de soi. Ainsi, hier, un hashtag a été lancé (voir par exemple ici), sur le thème «On ne leur pas demandé de se désolidariser de».

 

En référence à d'autres faits historiques, cela donne, par exemple: «On n’a pas demandé aux chrétiens de se désolidariser du Ku Klux Klan», ou «On n’a pas demandé aux Basques de se désolidariser des actions terroristes de l’ETA». Sur le mode parodique, pour illustrer le côté débile de ce préjugé et de ce stigmate pesant sur les musulmans de France, cela donne: «On n’a pas demandé aux sandales de se désolidariser des Crocs» ou «On n’a pas demandé aux poupées de se désolidariser de Chucky».

 

Peut-être, en effet, mieux vaut-il en rire (jaune).

25/09/2014

Une macabre liste qui s'allonge

Avec l'assassinat hier soir du touriste niçois qui avait été enlevé par des islamistes en Algérie, elle commence à dramatiquement s'allonger, la macabre liste des Français ayant perdu la vie après avoir été pris en otage par des islamistes. Au mois d'avril, déjà, le groupe jihadiste Mujao avait annoncé la mort du touriste Gilberto Rodriguez Leal, qu'il avait enlevé à la fin 2012 au Mali. Et l'été dernier, c'était l'homme d'affaires Philippe Verdon qui avait été assassiné par Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi). Trois ans après la mort en détention, possiblement pour raison de santé, de l'otage Michel Germaneau, que le même Aqmi avait enlevé dans le Nord du Niger au printemps 2010.

A cela, il faut encore ajouter la mort de trois otages tués lors d'opérations manquées de libération. Denis Allex: agent des services secrets, décédé en 2013 à la suite de l'assaut donné aux islamistes somaliens des shebabs qui le détenaient depuis quatre ans. Antoine de Leocur et Vincent Delory: les deux jeunes qui, début 2011, avaient péri lors ou en marge du raid aérien mené par l'armée française contre les islamistes les ayant enlevés à Niamey. Sans oublier – même si les circonstances et le motif exacts de leur mort restent à préciser par la justice française – la jeune photographe de presse qui fut victime d'un guet-apens en République centrafricaine au mois de mai, et les deux journalistes de RFI assassinés au Nord-Mali, peu après leur enlèvement, à la fin 2013.

Mais il y a une différence entre tous ces décès tragiques et celui qui vient d'endeuiller la France. Hier soir, pour la première fois s'agissant d'un Français, cet assassinat a été sciemment mis en scène, des images ont été enregistrées sur une vidéo, et celle-ci a été diffusée dans le monde entier à des fins assumées de propagande. Ces images sont donc visibles en France aussi, et y compris par les proches de l'otage assassiné. Jamais auparavant on n'avait connu cela. Jusqu'à présent, même dans les cas les plus anciens et mémorables d'otages ayant trouvé la mort en détention (Michel Seurat par exemple: au Liban au milieu des années 80), le supplice qui leur avait été infligé n'avait pas donné lieu à la moindre image (hormis de ponctuelles preuves de vie), n'avait en tout cas jamais été mis en scène de la sorte.

D'où l'immensité du choc, à Paris et dans tout le pays.

24/09/2014

Une stigmatisation, odieuse

Immigration, Religion, International, Presse, JournalismeA longueur de journées et depuis des mois, dans tous les médias, les plus hauts responsables de l'organe représentatif du culte musulman en France ne cessent de dire et de répéter combien ils condamnent, et le plus fermement qui soit, les horreurs perpétrées par les islamistes en Irak et en Syrie. Manifestement, cela ne suffit pas.

Pour preuve, cette phrase lue dans l'édito du «Figaro» du jour: «Quand donc verra-t-on des milliers de musulmans manifester dans les rues de nos villes pour dire que l'islamisme est contre l'islam?» Phrase qui suit une autre, évoquant elle la présence en France «d'une cinquième colonne d'égorgeurs en puissance, trop souvent protégés par le silence des communautés dans lesquelles ils vivent».

Et hop, voilà donc, en quelques lignes publiées en Une d'un des quotidiens nationaux les plus lus du pays, une demi-douzaine de millions de Français musulmans peu ou prou soupçonnés de silence coupable envers l'ignominie, voire de complicité et même de sympathie avec elle.

Et cette stigmatisation collective – pas loin d ailleurs de l'incitation à la haine sur base religieuse – , ne provoque même pas plus de réactions que cela. Un vague écho dans l'une ou l'autre revue de presse matinale, puis on passe à autre chose.

Ce pays va vraiment mal.

23/09/2014

Un concours de vacheries

C'était comique, hier, de voir Alain Juppé, sourire ironique aux lèvres, se dire «sensible aux paroles aimables à (son) égard» prononcées la veille au soir, à la télé, par Nicolas Sarkozy. L'ex-Président avait eu ces mots, le concernant: «Alain Juppé, je l'ai connu quand j'avais 20 ans. C'est un partenaire, c'est un ami, c'est un compagnon, c'est quelqu'un pour qui j'ai même de l'admiration. Et j'aurai besoin de lui». Sauf que ces échanges amicaux cachent évidemment un vrai concours de vacheries.

Ainsi, ce «Je l'ai connu quand j'avais 20 ans». C'est bien sûr une façon, pour Nicolas Sarkozy, de taper sur le clou du grand âge du maire de Bordeaux (69 ans), une ancienneté qu'en privé, les sarkozystes n'arrêtent pas de dénigrer. Quand on est soi-même quasi sexagénaire et qu'on précise, comme si de rien n'était, avoir fait la connaissance de quelqu'un il y a quarante ans, cela renvoie implicitement cette personne à un âge canonique.

De même, ce «J'aurai besoin de lui» sarkozyste: derrière son vernis amical, c'est d'une grande condescendance envers Alain Juppé. En effet, cela connote une relation hiérarchique: il a besoin de lui, comme l'on a besoin d'un collaborateur ou d'un adjoint. C'est d'ailleurs bien pour cela que le Bordelais, hier, sourire crispé, a rétorqué par un plus égalitaire «Nous aurons tous besoin les uns des autres», histoire de tenter de remettre les deux rivaux sur le même pied.

En tout cas, vu comme c'est d'emblée parti entre eux deux, cela promet d'ici à la présidentielle de 2017.

22/09/2014

Un apprentissage estival bien utile

Personnalités, Culture, Littérature, SarkozyPour compléter le sujet de vendredi, le rapport de Nicolas Sarkozy avec la culture, signalons l'écho que l'intéressé a distillé à son retour de vacances, puis a bien veillé à faire circuler – comme s'il sentait lui-même qu'il avait encore un vieux problème d'image à régler, en la matière. A en croire cette indiscrétion, l'ex-Président aurait profité de sa pause estivale pour... lire Dostoïevski. Cela vous pose évidemment son homme, à la plage, de bouquiner «Les Frères Karamazov», «Le Joueur» ou «L'Idiot».

En plus, Nicolas Sarkozy aurait lu cet auteur... en anglais.

Très bien. Cela lui permettra, si d'aventure il est élu à la présidentielle de 2017, de ne pas commettre à nouveau cette mémorable bévue linguistique qui l'avait ridiculisé, le jour où il avait reçu Hillary Clinton à l'Elysée. Sur le perron du palais présidentiel, après avoir accueilli son invitée avec un baise-main, il s'était excusé auprès d'elle pour la météo maussade du jour, en lui lançant... «Sorry for the time» – alors que c'est évidemment le terme "weather" qu'il aurait dû utiliser, s'agissant du temps climatique et non temporel.

19/09/2014

Un grand «retour», un gros défi

Dans l'attente de l'officialisation du grand «retour» de Nicolas Sarkozy en politique. Retour écrit entre guillemets, puisque, dans les faits, depuis sa défaite de mai 2012, il n'avait évidemment jamais quitté la politique. Si le coming out de l'ex-Président n'intervient pas dès ce vendredi, ce devrait être fait ce week-end.

Week-end qui, en France, est aussi celui... des Journées du patrimoine. C'est balot, les grands communicants sarkozystes n'avaient pas pensé à cette conjonction d'actualités. Or, c'est précisément un des gros défis qui attend leur mentor. Ne pas paraître fossilisé dans le patrimoine républicain. Faire en sorte que son retour ne soit pas réduit à juste de la redite d'une histoire politique qui balbutie. Essayer donc d'apporter un peu de sang neuf, voire un coup de jeune, à sa personne, à ses idées et à ses troupes. Sous peine de donner une impression, si peu emballante, de déjà-vu.

Des Journées du patrimoine qui, en plus, cette année, auront la culture pour thème. C'est piquant. Alors que, le même week-end donc, officialiserait son come-back celui qui, à l'Elysée, n'a cessé d'être brocardé comme un être particulièrement inculte – Roland Barthes confondu avec le footeux Fabien Barthez, «La princesse de Clèves» dénommée «Clévês», etc., etc. Là aussi, il ne lui sera pas inutile de donner une impression de nouveauté.

 

18/09/2014

Une analogie misérable

Journalisme, Médias, Presse, Corse, Sports, Football, Femmes, HistoirePuisqu'on évoquait le cas de journalistes ces deux derniers jours, poursuivons dans la même veine. Non pour évoquer la grande conférence de presse semestrielle de François Hollande, à partir de 17 heures ce jeudi à l'Elysée – sujet qu'il nous pardonnera de trouver un peu tarte à la crème –, mais pour relater le traitement qui a été infligé à une consœur. Cela s'est passé il y a plusieurs jours déjà, en Corse. Mais la nouvelle a mis un petit temps avant de faire du bruit en métropole, et elle continue à agiter les milieux journalistiques, dans l'île.

Samedi soir à Bastia, au stade de Furiani où avait lieu un match entre le Sporting Club local et l'équipe de Lens, plusieurs banderoles ont été déployées. L'une d'elle arborait le nom d'une consœur journaliste du quotidien «Corse Matin», suivi de ces mots: «En 45, on t'aurait tondu» (sic). Auparavant, l'intéressée avait couvert, pour son journal, le procès de quelques supporters de Bastia qui, dernièrement, ont été condamnés pour les incidents survenus en marge d'un match Bastia-OM, en août. La consœur a donc relaté cette actualité judiciaire. Samedi, cela lui a valu d'être rangée dans la catégorie des «journalistes complices d'Etat». Et d'être assimilée aux collabos de la dernière guerre, et plus particulièrement à ces Françaises tondues à la Libération pour avoir couché avec l'occupant allemand.

«On a tout à fait le droit de critiquer un article de presse, de l'estimer injuste et infondé et d'expliquer pourquoi, mais pas le droit d'écrire ce qui a été vu au stade samedi», s'est indigné le maire de Bastia, jugeant la banderole «lamentable». Le patron de la communauté urbaine d'agglomération s'est dit «scandalisé» et «écœuré». Le club lui-même s'est effaré de l'«inacceptable» analogie avec les collabos. Et la Ligue corse de foot a condamné «une banderole infamante, faisant référence à une période noire de notre histoire».

Journalisme, Médias, Presse, Corse, Sports, Football, Femmes, HistoireComble de la bassesse, le groupe de supporters «Bastia 1905», réagissant sur sa page Facebook, y a présenté «ses excuses pour la banderole qui fait actuellement polémique. En effet, il faut un "e" pour respecter l’accord»: il aurait fallu qu'y soit écrit «tondue», et non «tondu».

Misérable.

17/09/2014

Un rappel à l'ordre

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), qu'on évoquait hier, a décidément la main leste, en ce moment. En termes de rappels à l'ordre et de réprimandes adressés à la corporation journalistique. Ainsi, il vient de faire la leçon (ici) à la journaliste Caroline Fourest, à propos d'une émission qu'elle a diffusée sur France Culture en mai dernier.

L'intéressée y évoquait la guerre en Ukraine, et notamment les exactions prêtées aux séparatistes pro-russes. Elle crut bon de relater que certains paramilitaires seraient allés jusqu'à «arracher avec un couteau les globes oculaires» d'officiers ukrainiens. Le CSA a considéré que «cette information – eu égard à sa sensibilité – n’avait pas fait l’objet de vérifications préalables suffisantes». Il a enjoint Radio France à «faire preuve de davantage de vigilance et de rigueur, notamment pour des sujets sensibles d’actualité». Et a rappelé au groupe audiovisuel public les règles relatives au traitement médiatique des guerres et conflits internationaux. Elles recommandent notamment aux journalistes (relire ) de s'abstenir de présenter la violence ou la souffrance humaine de manière complaisante.

Bien. Les auditeurs de France Culture, et le grand public en général, n'ont sans doute pas besoin d'échos aussi gore – a fortiori insuffisamment vérifiés – pour appréhender l'actualité.

16/09/2014

Une sèche mise en garde

Journalisme, Médias, Télévision, JusticeLes journalistes français abusent-ils de la caméra cachée? En tout cas, ils en usent, et pas qu'un peu. Rien que hier soir, dans le seul JT de 20 Heures de France 2, on a eu droit à trois (trois!) sujets tournés de cette manière. En abusent-ils? Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) vient d'adresser une mise en garde cinglante à la chaîne de télé D8 (groupe Canal+).

A propos d'un reportage diffusé fin mai, et intitulé «J’ai infiltré une section du Front national». Il suivait, en caméra cachée donc, un candidat du FN menant campagne pour les élections municipales. Aux yeux de la chaîne, le recours à cette technique de tournage était justifié car le parti avait refusé sa demande officielle de reportage. Le CSA, en revanche, a jugé que posaient problème à la fois la dissimulation du journaliste sous une fausse identité, l'utilisation de la caméra cachée dans des lieux et au cours de moments strictement privés, et l'apparition à l'écran de personnes insuffisamment floutées, donc parfaitement reconnaissables. Et de rappeler que «le recours aux procédés permettant de recueillir des images et des sons à l'insu des personnes filmées ou enregistrées doit être limité aux nécessités de l'information du public». Sous-entendu: cela ne peut servir à des fins de mise en scène racoleuse de l'info.

Sans aucun sous-entendu, lui, et même très frontalement, le FN, hier, réagissant à cette décision du CSA, a dénoncé «les méthodes barbouzardes», «les procédés abjects» et «le manque de déontologie» de l'émission dont question, ainsi que de la chaîne de télévision. Qu'il a accusées de pratiquer du «journalisme inféodé»: «loin de toute neutralité», de se livrer à «de la propagande politique, sous prétexte d’information». Le parti de Marine Le Pen a porté plainte, et entend bien que les juridictions pénales aillent dans le même sens que le gendarme de l'audiovisuel.

15/09/2014

Un prix à payer

25 degrés attendus aujourd'hui à Paris. Qui, décidément, en ce mois de septembre, jouit d'une météo radieuse. Il y a juste un prix à payer, pour ces beaux jours de fin d'été: la pollution atmosphérique. Ce lundi, dans la capitale française, le taux de particules fines présentes dans l'air pourrait dépasser le seuil déclenchant la procédure d'information et d'alerte de la population. Mardi dernier, déjà, cela avait été le cas.

Pas plus que la semaine dernière, pourtant, les médias ni les autorités n'évoquent beaucoup la chose: on entend peu, en ce moment, les habituelles recommandations à l'attention des personnes les plus fragiles – dissuadées de trop sortir de chez elles, pendant ces épisodes de pollution. Comme si, après ces mois de juillet et d'août où la météo fut si souvent pourrie, il y avait quelque scrupule à demander aux gens de s'abstenir de profiter, enfin, du beau temps.

12/09/2014

Un univers toujours aussi masculin

Femmes, Médias, Télévision, Radio, JournalismeCela n'a décidément pas progressé, en un an. Comme chaque année, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a fait analyser () quelle était la place occupée par les femmes dans les programmes d'information des chaînes de télé et de radio, en France. Et le bilan n'est pas plus mirobolant que celui qui avait été dressé l'an dernier, déjà très mitigé (relire ici).

Au global, de l'étude des programmes informatifs des télés et radios généralistes (TF1, France Télévisions, Canal+, RTL, Europe 1, etc.) et des chaînes d’info continue (BFM TV, iTélé, LCI), il ressort que «la présence des femmes reste marginale». Ainsi, pour les télés généralistes, si «le taux moyen des femmes intervenant à l’antenne dans les journaux de 20 heures et d’avant soirée a dépassé, en 2014, le seuil des 20%, alors qu'il était de 18,9% en 2013», «la place des femmes intervenant dans les sujets, qu’elles soient témoins ou expertes, en plateau ou en reportage, reste marginale».

De même, si la médiatisation des personnalités féminines a un peu progressé (20,2%, contre 17,8%), les femmes «restent tout aussi peu visibles à l’antenne Elles sont quatre fois moins présentes que les hommes, et les trois quart de ces personnalités féminines sont des politiques». En outre, «à l’inverse des hommes, elles sont totalement absentes de certains domaines comme la religion, la santé ou la société». En revanche, pour ce qui est de la répartition des sujets traités par les journalistes selon qu'ils soient masculins ou féminins, est à nouveau confirmée la vieille règle selon laquelle «les femmes restent toujours un peu plus présentes sur les sujets de société, de santé et d’éducation, moins sur les sujets concernant le sport ou les sciences et la technique» – eux traités en majorité par des journalistes hommes.

Plus que jamais, donc, les médias audiovisuels restent un univers avant tout masculin. C'est d'autant plus singulier que, dans le même temps, la profession journalistique, elle, année après année, ne cesse de se féminiser – et c'est valable aussi ailleurs qu'en France.

Ainsi, «la population des femmes journalistes est en constante augmentation depuis 2000, et a progressé dans tous les secteurs d’activité (presse, télévision, production audiovisuelle)». Parmi les détenteurs de la carte de presse en France, on compte désormais 46% de femmes et 54% d’hommes: On approche donc, tout doucement, de la parité.

Femmes, Médias, Télévision, Radio, JournalismeEn revanche, on est encore très loin de l'égalité pour ce qui concerne la répartition hommes-femmes des postes à responsabilités, dans les médias: les fonctions de direction y sont occupées à 62% par des journalistes hommes, contre 37% seulement par des femmes.

Et on ne parierait pas que le rapport 2015 du CSA sera franchement meilleur.

11/09/2014

Une indignité quotidienne

Cela ne s'arrange décidément pas, le mal-logement à Paris. Cette semaine, a comparu en justice un locataire qui était poursuivi par ses propriétaires pour quatre mois d'impayés de loyer. Il habite dans les environs du très chic parc Monceau, dans le 17e arrondissement. Rien que de très banal? A un détail, la surface de son logement: 6 m². Avec notamment une douche dans laquelle il n'y a pas d'autre solution que de se tenir accroupi. Loyer mensuel de cet espace de vie si minuscule? 410 euros.

Un expert, mandaté par la préfecture, a dûment constaté qu'un tel logement ne permettait «pas un hébergement des personnes conforme à la dignité humaine», et était même «susceptible de nuire à la santé» de ses occupants. La loi, du reste, prohibe la location d'un logement d'une surface inférieure à 9 m². Ce locataire n'en a pas moins été traîné devant le tribunal par ses propriétaires. Les magistrats se prononceront à la fin octobre.

L'an dernier déjà, à peu près à la même époque (relire ), avait comparu en justice un propriétaire ayant loué (330 euros) un logement d'une surface... d'1,56 m².

Il y a vraiment des gens que rien n'indigne.

10/09/2014

Un air de déjà-vu

Personnalités, Cinéma, Etrangers, Gouvernement, Activisme, Social, ParisDes stars de cinéma qui se mobilisent pour les sans-papiers. Cela a un côté furieusement «vintage», qui rappelera des souvenirs aux lecteurs les plus âgés de ce blog. Ceux qui n'ont pas oublié ces images mémorables de l'année 1996, quand Emmanuelle Béart avait été embarquée par les CRS expulsant les sans-papiers de l'église Saint-Bernard, dans le quartier de la Goutte d'Or.

Cela a un petit air de déjà-vu, donc, mais cela revient visiblement à la mode.

Pour preuve, hier, les membres du «Collectif des cinéastes pour les sans papiers» (voir , par exemple) ont pris fait et cause pour des travailleurs immigrés en lutte dont on avait parlé avant les vacances (relire ici): les employés des secteurs de l'onglerie et des salons de beauté afro, qui, depuis des semaines maintenant, luttent (voir , par exemple) pour leurs droits, dans le quartier Château d'Eau. Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement, des comédiens comme Mathieu Amalric, Josiane Balasko, Régis Wargnier, Jeanne Balibar ou Romain Goupil ont réclamé l'attribution de titres de séjour à ces travailleurs «victimes d'esclavage moderne» – plusieurs de ces sans-papiers ont déposé plainte contre leurs employeurs pour, outre faillite frauduleuse et travail dissimulé, traite d'êtres humains.

La nouvelle ministre de la Culture, Fleur Pellerin, n'a, bien sûr, pas réagi. Passionnée des nouvelles technologies, elle devait probablement, au même moment, être davantage intéressée par le show médiatique mondial d'Apple.

Chacun, sans doute, se donne les priorités qu'il peut/veut.

09/09/2014

Une «expérience unique»

Cela se passe aujourd'hui et demain mercredi. Une douzaine de chefs d'entreprise effectuent une stage d'«immersion militaire», au Centre national d'entraînement commando des forces armées. Pendant deux jours, ces grands patrons vont être «placés en milieux exigeants et difficiles», et «mis en situation de dépassement de soi», se réjouit le ministère de la Défense. Objectif de l'opération? «Tester leur gestion du stress, leur résilience face à l’épreuve, leur esprit d’équipe, et leur capacité à exprimer leur leadership dans un univers méconnu». Est notamment prévu un vol en avion de chasse Alpha Jet: «expérience unique», qui «leur permettra de mettre à l’épreuve leur concentration, leur compréhension rapide de la situation et leur capacité de prise de décision». A terme, leur sera également proposé un séjour en immersion sur le porte-avions Charles de Gaulle.

Si l'on considère le monde des affaires comme un terrain de guerre et la gestion d'une entreprise comme un combat, une telle initiative, baptisée «Parcours Défense-Entrepreneurs», se défend.

Une autre optique aurait pu être que, vu les relations si souvent conflictuelles régnant dans le monde du travail – a fortiori par ces temps de crise –, ce n'est pas tant d'un stage paracommando, plein de testostérone et de kaki, dont les entrepreneurs ont besoin. Mais... de cours de yoga, d'ateliers de relaxation, et de séminaires de résolution des conflits. Histoire de détendre un peu, voire de pacifier, l'atmosphère.

08/09/2014

Un tassement, éphémère ou structurel?

Musées, Culture, Tourisme, Paris Si la saison touristique a été très moyenne à Paris – comme on l'évoquait, l'autre jour –, cet été à nouveau, les grands lieux culturels n'ont pas désempli. Les chiffres de 2014 ne sont pas encore tombés, mais, a priori, le classement des sites les plus visités ne devrait pas être bouleversé. Devrait continuer à caracoler en tête l'inévitable duo formé par Notre-Dame (14 millions de visiteurs, en 2013) et le Sacré-Coeur (10,5 millions), puis les suivre Le Louvre (9 millions), la tour Eiffel bien sûr (6), le Centre Pompidou (3) et, plus loin, le Musée d'Orsay, la Cité des sciences, l'Arc de Triomphe, et le Grand palais.

C'est au Louvre que les chiffres de 2014 seront particulièrement attendus. L'an dernier, en effet, s'il est resté le musée le plus visité au monde, il a vu sa fréquentation régresser. Son dernier rapport d'activités en date prend d'ailleurs acte de ce tassement. «La richesse des collections continue d'attirer un public nombreux aux origines très diversifiées», se contente-t-il de noter () sobrement, loin des cocoricos avec lesquels avaient été saluées les hausses de fréquentation en 2012 (+9%) et en 2011 (+6%).

A bon droit, les communicants du Louvre rappellent que, désormais, son activité «ne se limite pas aux seuls murs du Palais, mais s'étend bien au-delà». Cela renvoie notamment au Louvre-Lens, dont le succès de foule nuance largement ce bilan parisien moyen. On ajoutera que, pour les finances de toute institution culturelle, et donc pour Le Louvre aussi, le nombre total de visiteurs importe moins que le nombre d'entrées payantes.

A cet égard, il sera intéressant de voir comment, cet été, le public a réagi à la grande nouveauté qui a été introduite en avril: la suppression de la gratuité de l'accès aux collections chaque premier dimanche du mois (ici). Ces dimanches-là, les visiteurs ont-ils beaucoup moins afflué? Ou ont-ils accepté de payer? Réponse dans quelques mois.

05/09/2014

Une carrière expéditive

Il est complètement inconnu du grand public, mais peut-être réussira-t-il à compenser ce manque de notoriété par le retentissement qu'eut, hier soir, son actualité. Thomas Thévenoud. Qui, il y a neuf jours, avait été nommé secrétaire d'Etat, dans le gouvernement Valls 2. Et qui, hier donc, en a été démissionné d'autorité. Pour indélicatesses fiscales.

Ministre pendant neuf jours. C'est, pour le moins, une carrière gouvernementale expéditive.

Ce n'est toutefois pas une première, contrairement à l'impression que pourrait donner l'agitation médiatique autour de son cas, depuis hier. En 1988, le Pr Léon Schwartzenberg était, lui aussi, resté en tout et pour tout neuf jours ministre délégué à la Santé du gouvernement Rocard 1. Il en avait été viré après avoir tenu des propos publics sur l'euthanasie ou la toxicomanie jugés trop libertaires en haut lieu. Précédemment, en 1974, Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui était hostile aux essais nucléaires dans le Pacifique, n'était resté que treize jours ministre des Réformes du gouvernement Chirac.

Trente ou quarante ans plus tard, le destin ministériel, même si bref, de ces deux hommes n'a pas été oublié. En revanche, on ne parierait pas qu'en 2044 ou 2054, quiconque se souviendra encore de ce M. Thévenoud.

04/09/2014

Une excellente affaire, probablement

Personnalités, Littérature, Economie100.000€? 250.000? 400.000? Ils sont multiples et contradictoires, les échos circulant sur le montant de l'à valoir qu'a touché Valérie Trierweiler, en guise d'avance sur les recettes de son fameux bouquin. De même, plusieurs chiffres sont cités, concernant le pourcentage du produit des ventes qui lui reviendra, au titre de droits d'auteur. L'éditeur et l'intéressée ne communiquant pas – ce qui est parfaitement leur droit – on en est réduit aux supputations. Malgré leur inévitable lot d'imprécision, elles permettent de déduire que ce coup littéraire sera probablement une excellente affaire financière, pour son auteure.

Le livre est vendu 20€. Il a été tiré à 200.000 exemplaires. Certes, rien ne dit qu'il s'en vendra autant: l'an dernier, le bouquin de Cecilia Attias ex-Sarkozy ne dépassa pas les 55.000 exemplaires vendus. Habituellement, n'importe quel quidam négociant un contrat avec un éditeur doit se contenter de droits situés sous la barre des 10% du produit des ventes, avec, souvent, une gradation à mesure que celles-ci augmentent. Par exemple: 6% des recettes pour les 10.000 premiers exemplaires vendus, 7% de 10.000 à 20.000, 8% au dessus des 20.000, et ainsi de suite. Selon les chiffres circulant, l'ex de François Hollande, elle, a négocié des droits dépassant largement les 10%, voire atteignant les 15%.

Dès lors, si l'on s'en tient à la fourchette basse, 100.000 exemplaires vendus et des droits à 10%, à raison de 20€ le livre, cela lui rapporterait 200.000€. Ce qui n'est tout de même pas rien.

Du coup, ceci (l'appât du gain) explique-t-il cela (le bouquin)? On vous laisse juges.

03/09/2014

Un paradoxe ou l'autre

Déjà quasiment plus de «Paris Match» à la librairie du coin, ce matin. Alors qu'il n'était même pas 9h30. Idem au kiosque d'à côté, où la pile était déjà fameusement entamée. Tout indique donc que les Français vont se ruer sur l'hebdomadaire, qui publie les bonnes feuilles du livre que Valérie Trierweiler fait paraître demain, consacré à sa liaison avec François Hollande. Nul doute que cet ouvrage lui-même se vendra comme des petits pains. Tout comme, en janvier, il s'était écoulé plus de 600.000 exemplaires de l'édition du magazine «Closer» ayant publié les fameuses photos volées du Président et de la comédienne Julie Gayet.

Dans le même temps, et malgré ce succès public, les Français continueront probablement, dans les sondages et les médias, à prétendre avec aplomb que, non non, la vie privée de leur Président, et celle des personnalités en général, ne les intéresse pas.

Mais un autre paradoxe est au moins aussi saisissant. Ce déballage sur les secrets d'alcôve d'une liaison amoureuse est commis par la même personne qui, il n'y a pas si longtemps, a intenté des procès – et les a gagnés – pour atteinte à l'intimité de sa vie privée. Alors, certes, sur le principe, chacun a certainement le droit d'écrire sur sa vie, de coucher ses états d'âme sur papier, et de tenter de donner une portée littéraire à une romance. Mais, en l'occurrence, dans ce cas précis, force est de constater que la cohérence de la démarche n'est pas très aisée à cerner.