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10/10/2014

Un lauréat si parisien

«J'avais marché jusqu'à la fenêtre et je regardais, en contrebas, les rails du funiculaire de Montmartre, les jardins du Sacré-Coeur et plus loin, tout Paris, avec ses lumières, ses toits, ses ombres. Dans ce dédale de rues et de boulevards, nous nous étions rencontrés un jour, Denise et moi. Itinéraires qui se croisent, parmi ceux que suivent des milliers et des milliers de gens à travers Paris, comme mille et mille petites boules d'un gigantesque billard électrique, qui se cognent parfois l'une à l'autre. Et de cela, il ne restait rien, pas même la traînée lumineuse que fait le passage d'une luciole».

Patrick Modiano dixit, dans «Rue des boutiques obscures» (Prix Goncourt 1978). Jamais sans doute un Prix Nobel de littérature n'avait récompensé un écrivain plus parisien. La capitale française, en effet, est omniprésente, dans ses livres. Le Paris de l'Occupation, bien sûr, mais aussi le Paris contemporain et quotidien. Son premier roman déjà, écrit à l'âge de 22 ans, s'intitulait «La Place de l'Etoile».

Au passage, sa désignation a dû faire grimacer le déclinologue Eric Zemmour. En effet, dans son dernier essai – qui se se vend comme des petits pains – , ce triste polémiste, plus passéiste que jamais, soutient peu ou prou que, depuis Balzac ou à peu près, la littérature française n'a plus rien produit d'intéressant ni de reconnu internationalement. Le voilà spectaculairement démenti.

 

PS: Pour ne tout de même pas terminer la semaine sur un personnage aussi rance, quelques lignes encore de Modiano.

«Nous traversâmes l'esplanade du Musée d'art moderne et nous nous assîmes sur les marches. Je voyais passer les voitures, plus bas, le long de l'avenue de New York, seul indice qu'il y eût encore de la vie. Tout était désert et figé autour de nous. Même la tour Eiffel que j'aperçois là-bas, de l'autre côté de la Seine, ressemblait à une masse de ferrailles calcinées».

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