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30/10/2014

Une humiliation judiciaire

Justice, Transports, Métro, ArtsC'est une gifle judiciaire qui a été assénée à la RATP, hier. Le tribunal correctionnel de Paris a purement et simplement annulé les poursuites que la régie des transports parisiens avait intentées à un artiste de rue avec lequel elle est en conflit. Les juristes de la RATP avaient si mal ficelé le dossier, en termes de procédure, que les magistrats ont carrément décrété la nullité totale de leur citation.

Le justiciable en question était Thoma Vuille, un artiste-graffeur franco-suisse âgé de 37 ans. Alias «M. Chat». Depuis la fin des années 90, il dissémine son gros chat jaune et hilare (inspiré du «grinning cat» d'«Alice au pays des Merveilles») un peu partout dans l'environnement urbain. Il a acquis une notoriété internationale lorsque, en 2004, le grand cinéaste Chris Marker a consacré un «street movie» («Chats perchés») à cet artiste ainsi qu'à son personnage. Depuis, Thoma Vuille expose dans des galeries jusqu'à New York ou Hong Kong. Ce qui lui vaut d'être régulièrement dénigré par nombre de street artists, qui le jugent complètement récupéré par le système (commercial).

Mercredi, il était donc traîné en justice par la RATP. Sur la base de la loi punissant « le fait de tracer des inscriptions, signes ou dessins sans autorisation préalable sur des façades, véhicules, voies publiques ou mobilier urbain». Auparavant, il avait refusé de payer les 1.800 euros d'amende que lui réclamait la RATP. L'objet du délit? Une dizaine de têtes de matous qu'il avait dessinées en mai dernier, sur les murs de la station de métro «Châtelet-Les Halles» en cours de rénovation. «Une blague», pour «faire sourire les usagers du métro». Une intervention éphémère, présentée comme recouvrant avantageusement «des murs gris tristes» qui, de toute façon, étaient sur le point d'être recouverts de carrelage. «Je ne suis pas quelqu'un de malveillant: je respecte les gens et les lieux où je peins», s'était-il justifié. «J'ai juste humanisé un lieu, un couloir de transit complètement gris, juste mis de la couleur. Les gens qui disent que mon graffiti est sale ne prennent jamais le métro».

Justice, Transports, Métro, ArtsLa RATP n'a rien voulu entendre. Comme elle l'a fait – mais là, sans succès – avec «M. Chat», elle dépose systématiquement plainte contre X, pour dégradation, chaque fois qu'elle découvre des interventions de ce type. Plainte «sans appréciation de la qualité artistique des actes concernés». Et que ces interventions plaisent au public, ou non; dans ce dossier, 20.000 personnes ont signé une pétition en ligne de soutien à Thoma Vuille.

La société de transports consacre chaque année un budget de 20 millions d'euros – ce qui n'est tout de même pas rien – à la traque et au nettoyage des tags et autres interventions commis dans son réseau, puis à la remise en état de ses installations.

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