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18/12/2014

Une légèreté confondante

Social, Economie, International, Consommation, Gouvernement, Macron Ce serait un comble, mais, visiblement, on ne peut pas l'exclure. La France s'apprête à déréguler le travail du dimanche, notamment pour concurrencer les multinationales de l'e-commerce comme Amazon, qui réalisent un gros chiffre d'affaires dans l'Hexagone le septième jour, mais, grâce à de savants mécanismes d'optimisation fiscale, paient peu ou pas d'impôts dans ce pays. Tant qu'à faire, juge le gouvernement, mieux vaut que les Français adeptes du shopping du dimanche aillent dépenser dans des grands magasins pas virtuels qui, eux, sont fiscalement plus civiques. Pourquoi pas, sur le principe économique. Sauf que, dans les faits, cette libéralisation du travail dominical pourrait bénéficier à des grands magasins qui, comme leurs concurrents sur le net, usent et abusent de l'optimisation fiscale.

Pour preuve, la réponse à une question qui, hier à l'Assemblée nationale, a été posée au ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, par la députée de Paris Sandrine Mazetier (PS). «Avez-vous au moins la certitude que les propriétaires du Printemps Haussmann, eux, paient bien des impôts en France?». Question pas idiote. Le fameux grand magasin du Boulevard Haussmann est désormais la propriété du Qatar (*). L'an dernier, il a été racheté par un fonds d'investissements basé au Luxembourg, une coquille vide mystérieuse voire opaque, derrière laquelle on trouve probablement l'émir en personne, le cheik al-Thani, et/ou son clan.

La réponse du ministre a été d'une légèreté confondante. Sourire en coin, il a balayé l'interrogation d'un revers de la main. «Concernant le Printemps Haussmann, n'ayant pas les dernières informations, je me garderais de tenir des propos enregistrés, qui pourraient me retomber dessus. Je prends note de votre point et l'indiquerai à Christian Eckert et Michel Sapin», les ministres du Budget et des Finances.

Social, Economie, International, Consommation, Gouvernement, Macron On croit rêver. Emmanuel Macron ignore donc – puisqu'on ne va pas lui faire le procès d'intention de la dissimulation – quel est le régime fiscal du groupe Printemps et de son vaisseau-amiral, le Printemps Haussmann.

Certes, un ministre de l'Economie ne doit pas forcément être au courant de tout. Mais là, tout de même. Le groupe Printemps, ce sont 16 grands magasins, 3400 employés, et un chiffre d'affaires de plus d'1,5 milliard d'euros. Et le Printemps Haussmann, ce sont 40.000 visiteurs par jour – le double, pendant la période des fêtes de fin d'année. Ce n'est donc pas l'épicerie du coin, dont les affaires n'ont pas d'intérêt pour les gouvernants.

Encore bravo.

 

(*) Le Qatar qui, au passage, depuis l'ère Sarkozy, bénéficie en France d'une convention fiscale particulière, l'exonérant de tout impôt sur les plus-values immobilières.

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