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22/12/2014

Une vache sacrée

Economie, Tourisme, Gouvernement, EducationUne note de saison, pour bien entamer la semaine – puisque c'est celle du début des vacances scolaires. Pour remarquer que, plus que jamais, le secteur touristique est décidément la vache sacrée par excellence, dans cette France qui, pourtant, se pique de réformer à tout va.

C'était déjà très patent depuis que le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, est devenu aussi le ministre du Tourisme. Lui qui n'a que les mots «diplomatie économique» à la bouche semble avoir désormais pour préoccupation première le sort des pauvres touristes chinois privés de shopping le dimanche à Paris, les boutiques Chanel y étant fermées ce jour-là. Mais le veau d'or touristique s'impose visiblement dans l'Education aussi. Ainsi, l'autre soir, à la télévision – et hier soir encore, sur une radio – , la ministre Najat Vallaud-Belkacem a fait comme si elle avait complètement oublié la promesse d'un de ses prédécesseurs, Vincent Peillon, de réformer dès 2015 le calendrier des vacances scolaires d'été. Et, en l'occurrence, de raccourcir un peu ces vacances, tous les experts s'accordant pour juger leur longueur inadaptée aux rythmes scolaires des enfants.

Mais voilà, cela fait bien vingt ans qu'aucun gouvernement n'ose s'attaquer à ce dossier. Apeuré à l'idée de se prendre les récriminations à la fois des hôteliers et des restaurateurs, des plagistes et des campings, des chemins de fer et des compagnies aériennes, des locations de vacances ou des festivals culturels. Sans oublier le lobby des associations familiales. Et les protestations de tous les offices départementaux et régionaux du tourisme que compte l'Hexagone.

Cette frilosité, s'agissant de ce dossier, gagne d'ailleurs y compris les Vallsistes purs et durs, censés pourtant grands réformateurs devant l'éternel. Pour preuve, l'autre jour, au Parlement, le sénateur Luc Carvounas, très proche du Premier ministre, y est allé de gémissements plaintifs. Il s'est ému des «craintes légitimes» que ce sujet «délicat» et «très  sensible» suscite chez les professionnels de l’industrie du tourisme. «Il ne faut pas opposer les uns aux autres de manière démagogique», a-t-il plaidé, prônant que l'amélioration des temps scolaires des élèves se fasse «sans pénaliser la première industrie de France». Le gouvernement l'a vite rassuré, précisant avoir parfaitement «entendu les interrogations et inquiétudes des professionnels du tourisme».

Economie, Tourisme, Gouvernement, EducationL'exécutif, dès lors, va veiller à «chercher l’équilibre entre le bien-être des élèves, l’organisation de la vie familiale, et certains impératifs économiques et sociaux». Certes, officiellement, c'est toujours «l'intérêt des élèves» qui le «guide prioritairement». Car «l’école doit privilégier l’intérêt des enfants sur celui des adultes», et cela passe notamment par «une bonne adaptation du calendrier scolaire aux besoins de repos des élèves». Dans les faits, cependant, pour ménager la vache sacrée touristique, une fois encore rien ne sera fait en la matière, d'ici à l'été.

Encore bravo.

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