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26/12/2014

Un manque de mise en perspective

L'actualité de Noël assez curieusement relatée par les médias français, ces dernières vingt-quatre heures. Avec un manque évident de mise en perspective.

Ainsi, ce tohu-bohu suscité par l'initiative de la mairie (UMP) d'Angoulême (Charente). Elle a grillagé une dizaine de bancs publics, afin qu'ils ne soient plus squattés par les SDF – non, par «les dealers», assure la mairie, qui dit n'avoir rien contre les sans-logis. Cela fait bien dix ans qu'à Paris, dans une indifférence médiatique assez générale, les dispositifs anti-SDF de cet acabit se multiplient, un peu partout. Devant les magasins ou les résidences privées, ou même dans l'espace public. Pour preuve, depuis des années, la RATP profite des travaux de rénovation des stations de métro pour y supprimer systématiquement les vieilles banquettes, où s'avachissaient les SDF. Elles sont remplacées par des sièges individuels ou par des bancs munis d'accoudoirs, où donc l'on ne peut s'allonger. Jamais cela n'a fait la Une d'un JT. Mais c'est vrai que ce n'est pas Noël tous les jours.

Ainsi, aussi, tous ces reportages vus, lus et entendus depuis deux jours, consacrés aux bénévoles d'associations caritatives ayant passé la nuit de Noël auprès des plus pauvres – aux côtés des SDF, singulièrement. Très bien. Juste, journalistiquement, ces sujets auraient pu signaler au passage que, la nuit de Noël y compris, le dispositif d'hébergement d'urgence des SDF est plus que jamais totalement inopérant. Selon des chiffres récemment publiés (voir ), cet hiver par rapport à l'hiver 2013, a carrément doublé le nombre de personnes qui, à l'échelle du pays, ont téléphoné au 115, mais à qui aucune solution d'hébergement n'a pu être proposée, faute de places disponibles. Pour ce qui concerne Paris spécifiquement, les demandes non pourvues ont progressé de 43%, en un an. C'est désormais plus d'un appel à l'aide sur deux (52%) auquel il n'est pas répondu.

A longueur d'années, donc, et malgré ces attentions si médiatisées d'une soirée, ce n'est vraiment pas Noël, pour tous ces gens. Il n'aurait pas été inutile de le rappeler.

 

NB: Ceci étant dit, ce blog va faire une petite pause, pour recharger ses batteries. Il reprendra son cours normal en janvier. Bonnes fêtes de fin d'année à toutes et tous, et merci d'être passé par «Paris Libre» en 2014.

24/12/2014

Un paradoxe culinaire

art de vivre,gastronomie,folkloreUn sujet sur un mets bien de saison, pour aborder comme il se doit le réveillon. Près d'un Français sur deux (47%) serait donc favorable à l'interdiction du gavage des canards et des oies, dans la production de foie gras. C'est ce qu'a assuré, cette semaine, un sondage très médiatisé. Les femmes (56%) et les jeunes (51%) seraient même majoritairement favorables à une telle interdiction. Et près d'un sondé sur trois (29%) refuserait d’acheter du foie gras pour des raisons éthiques, liées à la souffrance animale.

Grand bien leur fasse. Sauf que...

Sauf que les résultats de ce sondage sont tout de même peu compatibles avec d'autres études sur le même thème, qui ont été publiées auparavant.

Ainsi, ces données faisant état () de ce que 63,2% des Français compteraient manger du foie gras en entrée au repas de Noël, loin devant le saumon (43,9%) ou les huîtres (33,9%). La part d'amateurs de palmipèdes monterait même à 80%, selon d'autres sources (ici). A les en croire, ce mets serait très largement considéré par la population comme «festif» (96%) et «de bon goût» (94%). Ajoutons que le leader du marché français du foie gras, le groupe Labeyrie, a tablé cette semaine sur une progression de 5% de ses ventes de ce produit. “Il semble que cette année, les Français aient décidé de ne pas se priver de foie gras”, s'est réjoui, en écho, son concurrent et n°2 du secteur, le groupe Delpeyrat.

Bref, sur ce sujet délicat du foie gras, les Français – sondeurs ou sondés – donnent l'impression de dire à peu près tout et n'importe quoi.

Cela ne devrait probablement pas leur couper l'appétit.

23/12/2014

Un rapport très inégal

En cette période de fêtes de fin d'année où les Français, comme tous les peuples de la terre, vont manger et boire plus qu'à l'accoutumée, ces données récemment publiées, qui confirment l'inégalité du rapport à l'alcool, selon la catégorie socio-professionnelle à laquelle on appartient.

Ainsi – et c'est l'Institut de la Statistique (Insee) qui le dit (ici) – , les Français les plus modestes consomment davantage d'alcool (51 litres par an et par personne, en moyenne) que leurs concitoyens plus aisés (41 litres). Mais ils lui consacrent un budget moindre. C'est évidemment dû au type de boissons alcoolisées consommées. Ainsi, «30% des dépenses de boissons des ménages les plus aisés concernent les boissons alcoolisées les plus chères (champagne et autres apéritifs) contre seulement 13% pour les ménages les plus modestes». Tous les Français se rejoignent, cela dit, sur les boissons alcoolisées qu'ils préfèrent. «Le vin et le cidre sont le premier poste de dépenses de boissons alcoolisées, quel que soit le niveau de vie des ménages».

L'alcool est donc davantage consommé dans les foyers les plus modestes, où l'on se distingue également «par une consommation plus importante de boissons non alcoolisées (respectivement 10% des dépenses alimentaires, contre 7%)». Encore qu'il faille nuancer: ces ménages boivent moins d’eaux minérales que les consommateurs plus aisés, mais davantage de boissons sucrées (boissons gazeuses, jus de fruits, sirops).

Davantage de boissons sucrées, donc celles qui, globalement, font grossir. Et moins d'eau minérale, les boissons les meilleures pour la santé. Cela renvoie à une autre inégalité qui, elle, est depuis longtemps documentée (relire , par exemple). A savoir, le rapport inégal, en fonction de la catégorie socio-professionnelle, avec les affections liées à la malbouffe. A savoir, le surpoids, l'obésité et les maladies associées (diabète, hypertension, etc.), qui, s'il est encore nécessaire de le rappeler, touchent en premier lieu les populations les moins aisées.

Bons réveillons à toutes et tous, néanmoins. Avec ou sans modération, c'est selon.

22/12/2014

Une vache sacrée

Economie, Tourisme, Gouvernement, EducationUne note de saison, pour bien entamer la semaine – puisque c'est celle du début des vacances scolaires. Pour remarquer que, plus que jamais, le secteur touristique est décidément la vache sacrée par excellence, dans cette France qui, pourtant, se pique de réformer à tout va.

C'était déjà très patent depuis que le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, est devenu aussi le ministre du Tourisme. Lui qui n'a que les mots «diplomatie économique» à la bouche semble avoir désormais pour préoccupation première le sort des pauvres touristes chinois privés de shopping le dimanche à Paris, les boutiques Chanel y étant fermées ce jour-là. Mais le veau d'or touristique s'impose visiblement dans l'Education aussi. Ainsi, l'autre soir, à la télévision – et hier soir encore, sur une radio – , la ministre Najat Vallaud-Belkacem a fait comme si elle avait complètement oublié la promesse d'un de ses prédécesseurs, Vincent Peillon, de réformer dès 2015 le calendrier des vacances scolaires d'été. Et, en l'occurrence, de raccourcir un peu ces vacances, tous les experts s'accordant pour juger leur longueur inadaptée aux rythmes scolaires des enfants.

Mais voilà, cela fait bien vingt ans qu'aucun gouvernement n'ose s'attaquer à ce dossier. Apeuré à l'idée de se prendre les récriminations à la fois des hôteliers et des restaurateurs, des plagistes et des campings, des chemins de fer et des compagnies aériennes, des locations de vacances ou des festivals culturels. Sans oublier le lobby des associations familiales. Et les protestations de tous les offices départementaux et régionaux du tourisme que compte l'Hexagone.

Cette frilosité, s'agissant de ce dossier, gagne d'ailleurs y compris les Vallsistes purs et durs, censés pourtant grands réformateurs devant l'éternel. Pour preuve, l'autre jour, au Parlement, le sénateur Luc Carvounas, très proche du Premier ministre, y est allé de gémissements plaintifs. Il s'est ému des «craintes légitimes» que ce sujet «délicat» et «très  sensible» suscite chez les professionnels de l’industrie du tourisme. «Il ne faut pas opposer les uns aux autres de manière démagogique», a-t-il plaidé, prônant que l'amélioration des temps scolaires des élèves se fasse «sans pénaliser la première industrie de France». Le gouvernement l'a vite rassuré, précisant avoir parfaitement «entendu les interrogations et inquiétudes des professionnels du tourisme».

Economie, Tourisme, Gouvernement, EducationL'exécutif, dès lors, va veiller à «chercher l’équilibre entre le bien-être des élèves, l’organisation de la vie familiale, et certains impératifs économiques et sociaux». Certes, officiellement, c'est toujours «l'intérêt des élèves» qui le «guide prioritairement». Car «l’école doit privilégier l’intérêt des enfants sur celui des adultes», et cela passe notamment par «une bonne adaptation du calendrier scolaire aux besoins de repos des élèves». Dans les faits, cependant, pour ménager la vache sacrée touristique, une fois encore rien ne sera fait en la matière, d'ici à l'été.

Encore bravo.

19/12/2014

Un oubli malencontreux

Puisqu'on évoquait hier Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie n'a pas trop fait le fier, cette semaine au Parlement. Lors de son audition consacrée à son fameux projet de loi libéralisant le travail de nuit et du dimanche. Il a dû convenir, assez penaud, d'avoir commis «une erreur».

En effet, l'étude d'impact accompagnant sa loi – pourtant volumineuse: elle compte plusieurs centaines de pages – est muette sur un point. On n'y trouve pas le moindre mot relatif à l'impact de cette loi sur les femmes. Or, bien plus que les hommes, elles sont les premières concernées par ce travail dominical que le gouvernement entend développer. «Rien, c'est carrément le néant!», s'est énervée la députée PS présidant la Délégation aux droits des femmes: la commission qui a pour mission d’informer, et au besoin d'alerter, le Parlement sur l'impact de la politique gouvernementale sur les droits des femmes et l’égalité hommes-femmes. «J'en suis surprise, voire fâchée!», a-t-elle lancé sans ménagement au ministre.

Cette omission est d'autant plus incompréhensible qu'en France – mais cela doit être le cas aussi dans d'autres pays –, 56% des salariés travaillant le dimanche sont des femmes. Dans les zones urbaines sensibles, une jeune femme sur cinq travaille le septième jour. Et le secteur économique du commerce, premier concerné par la Loi Macron, emploie du personnel qui est très majoritairement féminin.

Le ministre a dit ses regrets et présenté ses excuses pour cet oubli malencontreux. Il a promis de le corriger dans les plus brefs délais.

Cela paraît la moindre des choses.

18/12/2014

Une légèreté confondante

Social, Economie, International, Consommation, Gouvernement, Macron Ce serait un comble, mais, visiblement, on ne peut pas l'exclure. La France s'apprête à déréguler le travail du dimanche, notamment pour concurrencer les multinationales de l'e-commerce comme Amazon, qui réalisent un gros chiffre d'affaires dans l'Hexagone le septième jour, mais, grâce à de savants mécanismes d'optimisation fiscale, paient peu ou pas d'impôts dans ce pays. Tant qu'à faire, juge le gouvernement, mieux vaut que les Français adeptes du shopping du dimanche aillent dépenser dans des grands magasins pas virtuels qui, eux, sont fiscalement plus civiques. Pourquoi pas, sur le principe économique. Sauf que, dans les faits, cette libéralisation du travail dominical pourrait bénéficier à des grands magasins qui, comme leurs concurrents sur le net, usent et abusent de l'optimisation fiscale.

Pour preuve, la réponse à une question qui, hier à l'Assemblée nationale, a été posée au ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, par la députée de Paris Sandrine Mazetier (PS). «Avez-vous au moins la certitude que les propriétaires du Printemps Haussmann, eux, paient bien des impôts en France?». Question pas idiote. Le fameux grand magasin du Boulevard Haussmann est désormais la propriété du Qatar (*). L'an dernier, il a été racheté par un fonds d'investissements basé au Luxembourg, une coquille vide mystérieuse voire opaque, derrière laquelle on trouve probablement l'émir en personne, le cheik al-Thani, et/ou son clan.

La réponse du ministre a été d'une légèreté confondante. Sourire en coin, il a balayé l'interrogation d'un revers de la main. «Concernant le Printemps Haussmann, n'ayant pas les dernières informations, je me garderais de tenir des propos enregistrés, qui pourraient me retomber dessus. Je prends note de votre point et l'indiquerai à Christian Eckert et Michel Sapin», les ministres du Budget et des Finances.

Social, Economie, International, Consommation, Gouvernement, Macron On croit rêver. Emmanuel Macron ignore donc – puisqu'on ne va pas lui faire le procès d'intention de la dissimulation – quel est le régime fiscal du groupe Printemps et de son vaisseau-amiral, le Printemps Haussmann.

Certes, un ministre de l'Economie ne doit pas forcément être au courant de tout. Mais là, tout de même. Le groupe Printemps, ce sont 16 grands magasins, 3400 employés, et un chiffre d'affaires de plus d'1,5 milliard d'euros. Et le Printemps Haussmann, ce sont 40.000 visiteurs par jour – le double, pendant la période des fêtes de fin d'année. Ce n'est donc pas l'épicerie du coin, dont les affaires n'ont pas d'intérêt pour les gouvernants.

Encore bravo.

 

(*) Le Qatar qui, au passage, depuis l'ère Sarkozy, bénéficie en France d'une convention fiscale particulière, l'exonérant de tout impôt sur les plus-values immobilières.

17/12/2014

Une lutte renforcée

Près d'un Français sur deux utilisant les transports publics (47%) s'y sent en insécurité, souvent ou parfois. Ce blog avait évoqué le chiffre, dernièrement (relire ). Le gouvernement y a réagi, hier. A la faveur d'une réunion au sommet du Comité national de la sécurité dans les transports en commun.

La secrétaire d’Etat chargée des Droits des femmes participait à cette instance, et pour cause: les femmes (49%) se sentent moins à l'aise dans les transports publics que les hommes (44%). Dès lors, un groupe de travail spécifiquement consacré aux violences faites aux femmes et aux comportements sexistes dans les transports a été créé. Il devra «élaborer des propositions concrètes pour prévenir et lutter contre ces violences», et s'assurer d'«une large sensibilisation du public» à ce fléau.

Concernant cette fois l'ensemble des usagers des transports, femmes ou hommes, le gouvernement a pris note des évolutions positives en matière de délinquance, sur ce terrain: la baisse des atteintes aux personnes à des fins non crapuleuses ou des atteintes aux biens non violentes, par exemple. En revanche, il a bien dû acter la hausse des violences crapuleuses (+16%). Décision a dès lors été prise de «renforcer la lutte contre les infractions, incivilités et fraudes commises à bord des trains».

Concrètement, la réglementation va être assouplie afin de donner davantage de possibilités aux agents de sécurité d’opérer en civil. Le nombre d’infractions successives qui caractérise le délit dit de «fraude d’habitude» sera abaissé de dix à cinq. La coordination entre la police, la gendarmerie et les transporteurs sera renforcée. Et un «droit de communication» sera ouvert au bénéfice de ces opérateurs, qui facilitera l'échange d'informations entre eux et donc l’identification des fraudeurs et des fauteurs de troubles.

Rendez-vous l'an prochain, pour évaluer l'efficacité éventuelle à la fois de ces mesures sur le terrain et de leur impact sur le ressenti qu'ont les usagers de la sécurité régnant, ou non, dans les transports publics.

16/12/2014

Un intérêt assez relatif

Elections municipales, élections européennes, International, BelgiquePuisque François Hollande a évoqué hier soir le droit de vote des étrangers non-européens aux élections municipales françaises, ces chiffres qui viennent de sortir, et émanent de l'Institut de la statistique (Insee). Ils éclairent sur ce que fut la participation des ressortissants de l'Union européenne aux deux scrutins tenus en France en cette année 2014 qui s'achève: les élections municipales de mars et les européennes de mai. De ces données, l'on peut déduire que cette participation électorale des étrangers UE est finalement assez faible – même si elle progresse, au fil des ans.

Ainsi, sur les 1,2 million d'Européens résidant dans l'Hexagone, seuls 278.000 (23%) étaient inscrits pour l'élection municipale, et 245.000 (20%) pour les européennes. Près de 90% de ces électeurs européens inscrits venaient de six pays: le Portugal, le Royaume-Uni, l’Italie, la Belgique, l’Espagne et l’Allemagne. Le taux d’inscription en vue des municipales culminait pour les Danois (43%), suivis des Néerlandais (42%) et des Belges (41%). Selon l'Insee, «le fait que le vote soit obligatoire en Belgique et qu’il l’ait été jusque dans les années 1970 aux Pays-Bas pourrait expliquer les taux plus élevés pour ces deux nationalités. On observe, de même, des taux supérieurs à la moyenne pour les ressortissants du Luxembourg, pays où le vote est également obligatoire».

De façon symétrique, les Français résidant dans un pays étranger de l’UE peuvent participer à l'élection des eurodéputés de ce pays. Là aussi, à la faveur des scrutins de 2014, on est globalement resté dans le même étiage. Ainsi, sur les 473.000 Français remplissant les critères pour voter dans un autre pays de l’UE, seuls 20% étaient effectivement inscrits. Des disparités existaient toutefois, selon le pays de résidence (39% d'inscription pour les Français inscrits en Espagne, par exemple). En dehors de ces exceptions, ce taux moyen est donc, pareillement, assez faible. Il doit cependant être nuancé. Depuis 2014, en effet, les Français établis à l’étranger peuvent plus aisément qu'auparavant prendre part à l'élection européenne se déroulant dans leur propre pays, via un vote désormais autorisé dans les consulats de France.

15/12/2014

Une si longue attente

Sept ans. Il aura donc fallu sept ans pour que le Musée de l'Histoire de l'Immigration soit inauguré: ce soir, par François Hollande. Il est ouvert depuis la fin 2007, mais jamais il n'avait eu droit à la moindre consécration officielle. Avant lui, aucune autre grande institution culturelle parisienne n'avait bien sûr jamais été traitée de la sorte.

Le si long délai avant cette reconnaissance s'explique par la thématique du musée, qui entend souligner les apports des migrants à la société française. C'était le projet qu'avait lancé jadis Jacques Chirac. Mais il aboutit alors que, à l'Elysée, venait d'être élu un Nicolas Sarkozy qui mit d'emblée la barre à droite toute, sur les questions d'immigration (l'époque Eric Besson, ministre «de l'Immigration et de l'Identité nationale», etc.). Dès lors, jamais il ne voulut inaugurer ce musée. Il faut dire que le comité scientifique qui l'encadre a connu pas mal de dissensions, notamment d'ordre politique. Enfin, pendant plusieurs semaines, l'immeuble fut occupé par des centaines d'étrangers sans-papiers y revendiquant leur régularisation, ce qui acheva de le rendre définitivement infréquentable, aux yeux des gouvernants.

Sept ans plus tard, donc, ce lundi, l'institution est enfin honorée officiellement. Qui sait cela attirera-t-il l'attention du grand public sur ce musée, qui, trouve-t-on, le mérite bien.

Pour son contenu, d'abord. On y a déjà vu l'une ou l'autre exposition thématique bien intéressante. Pour le contenant, ensuite. Le Palais de la Porte Dorée, qui l'accueille, est une splendeur de l'Art déco (notamment son bas-relief, sublime, de plus de 1000 m2). Et il a été si bien restauré qu'il fait désormais partie, à notre avis, des plus beaux édifices monumentaux de la capitale.

12/12/2014

Une réapparition

Femmes, Hommes, Art de vivreUne nouvelle très légère, une fois n'est pas coutume et pour bien terminer la semaine. Miss France 2015 ayant à peine été élue, le week-end dernier, voilà à présent le grand retour de Mister France.

Cette compétition était en sommeil depuis 2011. La voilà donc qui renaît. L'objectif est d'élire «un homme responsable, avec des projets, des idées qu'il va pouvoir faire partager. Il va pouvoir exprimer sa vision de l'avenir et être le représentant d'une génération ambitieuse, énergique et volontaire». Avis aux lecteurs de ce blog qui seraient tentés: le casting est ouvert (). Conditions pour candidater: être célibataire, de nationalité française, âgé de 18 à 35 ans et mesurer plus d'1m78. Sont également requis le sens de l'humour, le goût de l'expression en public, le fait d'avoir «une passion, des projets, un talent» ainsi que «du charme». Et, bien sûr, il convient d'être «irrésistible».

Il y a quelques semaines, un sondage () avait décrit l'homme idéal, tel que les Françaises l'imaginent. L'attention à l'autre (caractéristique plébiscitée par 46% des sondées), le sens de l'humour (28%) ainsi que la capacité d'écoute (27%) avaient été cités très largement avant les qualités liées au physique. Les termes «viril» et «sexy», par exemple, n'avaient remporté que 3% des suffrages. «Finies la virilité et l'ère du macho bling-bling, place à l'homme sensible et attentionné!», en avait déduit la Sofres. «La personnalité prime très largement le physique», s'était extasié l'institut de sondage.

Mais bien sûr. Comme si le concours Miss France venait de couronner une femme au physique complètement anecdotique, mais à la personnalité absolument éblouissante. Et comme si les votants pour ce titre de Mister France réapparaissant allaient élire un candidat à la plastique très moyenne, mais aux neurones prodigieux.

11/12/2014

Une si grande amabilité

Le groupe Canal+ adore visiblement Nicolas Sarkozy. Ou, en tout cas, il table sur sa victoire à l'élection présidentielle de 2017, et donc essaie d'emblée de se faire bien voir par lui.

Pour preuve, sa chaîne de télé D8 diffuse ce soir «Little french songs in America». Il s'agit d'un documentaire sur les coulisses de la tournée aux Etats-Unis de Carla Bruni. Nicolas Sarkozy lui-même y apparaît, bien sûr. Et, évidemment, sous un jour éminemment favorable, bien dans le ton dominant du documentaire: si aimable.

Il y a un an, déjà, la même chaîne D8 avait diffusé, en prime time, un documentaire sur le couple Sarkozy-Bruni, signé par une amie intime de l'ex-Première Dame: la réalisatrice et ex-top model Farida Khelfa. Le film – le publi-reportage, devrait-on plutôt écrire – relatait la vie quotidienne et familiale du célèbre couple. Il dégoulinait tellement de complaisance envers l'ex-Président qu'à l'époque, il avait fait beaucoup jaser.

Bis repetita, donc, ce soir. A nouveau, Canal contribue au «story-telling» sarkozyste.

Le procédé devient si voyant qu'on ne trouverait pas complètement idiot que le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) enfin se prononce sur la chose. Ces publi-reportages successifs de D8 ne doivent-ils pas être pris en compte dans le calcul du temps d'antenne consacré par cette chaîne à la droite sarkozyste?

10/12/2014

Une vigueur matinale

Personnalités, Social, Economie, GastronomieL'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, dit l'adage. Nicolas Sarkozy l'avait recyclé en boucle, quand il était à l'Elysée. Il y célébrait à longueur de journées «la France qui se lève tôt». Par opposition subliminale (à peine) aux chômeurs paressant au lit en d'interminables grasses matinées, sûrs de pouvoir bénéficier de «l'assistanat» si généreusement dispensé par l'Etat.

Le «patron des patrons», Pierre Gattaz, doit être fan de Nicolas Sarkozy. Puisque, ce matin, il a annoncé que, vendredi, il se lèverait à l'aube carrément. Ce jour-là, en effet, le président du Medef, première organisation d'employeurs française, va visiter le marché matinal de Rungis, en banlieue parisienne. C'est le plus grand marché de gros au monde. Et, de l'avis du syndicat patronal, le commerce de gros est vraiment une «filière d’excellence»: «Qualité et diversité des produits, TPE et PME travaillant ensemble, forte exposition internationale... autant d’atouts à valoriser et qui montrent que notre pays à tout pour réussir».

Concrètement, le «patron des patrons» débarquera dès 5h00 du matin au «Secteur de la Marée». Puis, il enchaînera avec le «Secteur des produits carnés». Au «Pavillon de la triperie», «une démonstration de découpe de tête de veau» est d'ores et déjà prévue. Viendront ensuite le «Pavillon de la volaille et du gibier», puis les aires du marché qui sont dévolues aux produits laitiers et avicoles, aux fruits et légumes, et enfin à l'horticulture, aux fleurs coupées et à la décoration.

Personnalités, Social, Economie, GastronomieLe Medef a fixé rendez-vous à la presse à... 3h45 tapantes, pour couvrir cette visite. La viande n'étant pas du tout notre fort en général et encore moins la triperie, a fortiori au saut du lit, on hésite quelque peu à s'accréditer.

Mais on est très impressionné par la vigueur et l'appétit matinaux de ce si vénérable héraut de «la France qui se lève tôt».

09/12/2014

Un «produit toxique»

Un coup d'éclat à Paris hier, lié à un fleuron de la culture belge. La bande dessinée, en l'occurrence. Et en particulier Tintin, et le débat lancinant sur les relents racistes que d'aucuns prêtent aux premiers albums que publia Hergé chez Casterman, dans les années 30.

Au magasin FNAC du Forum des Halles, le «Groupe d’intervention contre le racisme» a mené un raid contre «Tintin au Congo». Une cinquantaine de ses militants ont, sur tous les albums de cette BD qui figuraient en rayons, apposé des stickers où l'on pouvait lire: «Produit toxique, relents racistes, peut nuire à la santé mentale». Le fait que cette action militante survienne à ce moment de l'année ne doit bien sûr rien au hasard: il s'agit de toucher le plus de consommateurs possibles, en cette période de fêtes «où l’on vend le plus d’albums pour la jeunesse».

Depuis deux ans, les anti-«Tintin au Congo» français réclament aux éditions Casterman et à la société Moulinsart qu'elles insèrent dans cette BD un encart avertissant les lecteurs de son caractère «raciste et colonialiste». Leur requête s'est toujours heurtée à un mur. Les éditeurs de Tintin basent leur refus sur une décision de la justice belge, qui, en 2012, a débouté un étudiant congolais porteur de la même demande. Au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, en revanche, les albums «Tintin au Congo» sont vendus précédés d'une préface ou accompagnés d'un bandeau avertissant les lecteurs du contexte historique et idéologique particulier de l'époque où ils ont été créés.

A moins que, par extraordinaire, cela nous ait échappé, la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, n'a pas réagi à cette action, ni à cette requête. Elle se tait même dans toutes les langues. Evidemment, s'agissant en France d'un sujet bien trop brûlant pour permettre des postures politiques consensuelles.

08/12/2014

Un tour de vis annoncé

Transports, Sécurité, PoliceC'est ce qui s'appelle faire preuve de réactivité. Une semaine après la publication de chiffres montrant l'incivilité des cyclistes, à Paris comme ailleurs – ce blog les avait évoqués: ici –, voilà que des mesures sont d'ores et déjà envisagées, destinées à serrer la vis. Elles pourraient même être annoncées dès la fin de la réunion, ce lundi matin, du Conseil national de la sécurité routière (CNSR).

Ainsi, l'on pourrait étendre aux agglomérations «le principe d'amendes minorées adaptées aux cyclistes». Aujourd'hui, théoriquement, les infractions au Code de la route commises à vélo sont passibles d'un PV allant de 11€ (pour une infraction de première classe) à 135€ (infraction de quatrième classe). Dans les faits, cependant, les pandores verbalisent très rarement les cyclistes. Demain, si la réforme est adoptée, neuf infractions à vélo parmi les plus graves (sens interdits ignorés, feux rouges et stops grillés, conduite tout en téléphonant, etc.) seraient sanctionnées par une amende dont le montant serait divisé par deux. Pourquoi? Parce qu'une expérimentation de ce dispositif menée à Strasbourg depuis 2012 a montré que diminuer les montants des amendes dont les cyclistes sont passibles, cela ôte visiblement des remords aux policiers pour verbaliser ce type d'usagers. Pour preuve, dans la capitale alsacienne, plus de 833 PV ont été dressés à des cyclistes, depuis le début de cette expérimentation. Et, dans le même temps, l'on y a constaté une baisse de 38% des accidents de vélo.

Ce matin, la décision pourrait également être prise de lancer une grande «campagne de sensibilisation au respect de la règle», à vélo. L'on pourrait aussi acter que les caméras de video-surveillance en ville puissent désormais être utilisées pour avérer des infractions commises avec ce type de moyen de transport. Enfin, dans les agglomérations, le port du casque à vélo pourrait dorénavant être systématiquement conseillé, sans pour autant être rendu obligatoire.

Les traumatismes crâniens représentent 70% des blessures graves des cyclistes. Rien qu'à Paris pendant les sept premiers mois de l'année, 450 cyclistes ont été blessés dans un accident de la circulation. Soit une hausse de 9% par rapport à la même période de l'an dernier.

05/12/2014

Une si belle découverte

Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et même une belle histoire, qui a été rendue publique cette semaine.

Elle a pour cadre, non Paris, mais Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais. Dans les fonds anciens de la bibliothèque de cette municipalité, on a retrouvé, par le plus grand des hasards, une édition originale... de William Shakespeare. Une édition rarissime, même, puisqu'elle est datée de 1623.

Littérature, Culture, International L'ouvrage a été authentifié par d'éminents spécialistes de l'auteur. Il est intitulé «Mr. William Shakespeare, comedies, histories and tragedies: First Folio: published according to the original copies». Il contient 36 pièces, qui furent imprimées sept ans après la mort du dramaturge. Il s'agit d'un «first folio», or les manuscrits de ce type sont considérés comme des références. En France, jusqu'à présent, il n'en existait qu'un seul exemplaire, conservé à la Bibliothèque nationale.

Originellement, cette pièce rare provient de la bibliothèque d'un collège de Saint-Omer, qui, à la Renaissance, accueillait des étudiants anglais. Elle a été redécouverte fortuitement, à l'occasion de recherches effectuées en vue de la préparation d'une exposition consacrée à l'histoire des relations entre la région de Calais et l'Angleterre.

L'autre jour, le porte-parole du quai d'Orsay – qui a assez peu l'occasion de s'exprimer sur des questions de littérature et de culture – a salué cette belle découverte. «Au-delà de son intérêt scientifique, (cet ouvrage) témoigne de la richesse des liens historiques entre la France et le Royaume-Uni», s'est-il félicité.

04/12/2014

Un lifting bien nécessaire

Cela fait très longtemps qu'à Paris l'on parlait de ce chantier, mais c'est hier seulement qu'il a été officiellement confirmé. Il ne sera pas mince, puisqu'il engloutira la bagatelle de 192 millions d'euros de budget, et s'étalera sur 27 mois. Et il concernera un des édifices les plus emblématiques de la "Ville lumière", connu même dans le monde entier.

A savoir, la Grande Arche de la Défense. Qui, vingt-cinq ans après son inauguration, a mal vieilli. Cela fait plusieurs années déjà que son toit est inaccessible, à cause d'un accident survenu dans un des ascenseurs y menant. Les dalles de marbre qui décorent l'extérieur de l'édifice sont branlantes. Certains de leurs éléments se décrochent même, parfois – on en a été témoin, la dernière fois qu'on a pique-niqué d'un sandwich, sur l'esplanade... – , ce qui a nécessité la pose de filets de sécurité. Sans parler de l'amiante qu'on trouve dans le bâtiment. Enfin, ce colosse est particulièrement énergivore et donc pas du tout environnementalement correct. Alors que, paradoxe, il héberge notamment une partie des services... du ministère de l'Ecologie.

Bref, la Grande Arche va être complètement remise à neuf, et l'on promet même monts et merveilles: la création d’une promenade "Entre ciel et Terre" sur son toit, etc. (voire ).

Au passage, l'ampleur des moyens qu'il faut consacrer à ce chantier confirme que, décidément, on n'a jamais fini de payer la facture des grands travaux parisiens de l'ère Mitterrand. Ce qu'avait déjà montré le dépérissement pitoyable, toutes ces dernières années, de l'Opéra Bastille. Qui lui aussi a terriblement mal vieilli, et dont le chantier de rénovation (relire ici ou ) a coûté un fameux paquet de millions.

03/12/2014

Une petite musique

personnalités,institutions,musique,hollande,internationalOn aura décidément tout vu à l'Elysée, sous François Hollande. Tout vu et même tout entendu, en l'occurrence.

Hier soir, en effet, dans les salons du palais présidentiel, le prestigieux orchestre de la Garde républicaine a carrément joué... du ABBA. Les valeureux militaires mélomanes y sont notamment allés d'un «Fernando» endiablé, qui, paraît-il, restera dans les annales des soirées élyséennes. C'était à l'occasion du dîner d'Etat donné en l'honneur du roi Carl XVI Gustaf et de la reine Silvia, en visite cette semaine en France. Le dîner a réuni quelque 200 convives, qui donc ont festoyé en se trémoussant (un peu) sur ABBA.

Cela change fameusement par rapport aux notes d'Albéniz, le célèbre pianiste et compositeur espagnol, qui, il y a sept ans, avaient retenti dans le palais présidentiel. Lors de la cérémonie d'investiture du prédécesseur de François Hollande, un Nicolas Sarkozy à l'époque époux de Cécilia Attias, arrière-petite fille d'Isaak Albéniz.

La Garde républicaine jouant du ABBA à un dîner d'Etat: on imagine sans peine la moue des déclinologues et autres contempteurs de François Hollande. Sans doute auraient-il préféré qu'en lieu et place du groupe kitsch-pop des années 70, l'Elysée opte pour les vocalises de la grande mezzo-soprano suédoise Anne Sofie von Otter.

Auquel cas, cela aurait permis à François Hollande de vanter, au passage, le «made in France». Puisqu'un des derniers disques de l'artiste, intitulé précisément «Douce France», rend hommage à la mélodie et à la chanson tricolores, de Saint-Saëns à Debussy en passant par Barbara, Ferré, Trénet ou Moustaki.

Mais sans doute aucun haut communicant de l'Elysée n'y avait-il pensé.

02/12/2014

Un texte dangereux?

La fin de l'après-midi et la soirée pourraient être chaudes, ce mardi à Paris. Quelques heures après le vote, par les députés, de la résolution invitant l'exécutif à reconnaître la Palestine. Au moins 130 pays dans le monde ont déjà approuvé un tel texte, mais la chose prend une dimension particulière en France. Et pour cause: l'Hexagone accueille à la fois la population de confession musulmane la plus nombreuse d'Europe, et la troisième plus importante communauté juive au monde (après Israël et les Etats-Unis).

Selon certaines sources, le vote des députés pourrait être rapidement suivi par des rassemblements inopinés – donc interdits, car pas déclarés préalablement aux autorités. Ces attroupements seraient notamment le fait d'organisations de jeunesse sionistes ultras (Ligue de défense juive, Betar, etc.). La semaine dernière, déjà, à l'appel notamment de ces groupuscules, une manifestation tendue s'était déroulée à proximité du Parlement. Drapeaux israéliens noués autour du cou, les manifestants avaient brandi des pancartes hostiles à «une résolution qui encourage les terroristes». Plusieurs journalistes et photographes, pris à partie, insultés et menacés par des manifestants, avaient été contraints de quitter les lieux. Le même jour, dans le camp adverse cette fois, un rassemblement s'était tenu en faveur d'«un Etat palestinien dans tous ses droits». «Palestine vivra, Palestine vaincra», «Nous sommes tous des Palestiniens», avaient scandé les manifestants.

Ce texte va «jeter de l'huile sur le feu» entre les communautés, en France même: c'est le cri d'alarme qu'a lancé, ce matin, un dirigeant d'une association de lutte contre l'antisémitisme. Cela a aussi fait partie des arguments qu'ont dit et répété les opposants au texte, lors du débat parlementaire. Cet après-midi, les députés n'en approuveront pas moins la résolution, et très largement. Il faudra donc rester attentif à ses éventuelles répercussions sur le terrain, et notamment sur le terrain parisien. En effet, dans certains quartiers de la capitale française (du côté du 19e arrondissement, par exemple), les relations intercommunautaires sont déjà extrêmement tendues.

01/12/2014

Une obligation permanente de «mesure»

Télévision, Médias, JournalismeElles continuent décidément de faire débat, les règles qui obligent les télés françaises à traiter dignement y compris les actualités les plus dramatiques et macabres: les actes et faits de guerre, et, plus globalement tout ce qui a trait à la souffrance humaine. Pour preuve, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) vient à nouveau d'intervenir à deux reprises sur la question. Il s'agit encore et toujours de cette charte qu'on a déjà évoquée dans ce blog (relire ici ou , par exemple). Elle interdit notamment aux télés de «présenter de manière manifestement complaisante la violence ou la souffrance humaine», et leur impose de faire preuve de «mesure» lorsqu’elles diffusent des images «concernant une victime ou une personne en situation de péril ou de détresse».

Cela oblige souvent les chaînes à recourir au floutage. Ce que n'a pas totalement fait, cet été, I>Télé. A l'occasion d'un reportage sur la Syrie, elle a diffusé des images non floutées de cadavres de soldats, gisant au sol. Ce qui lui a valu une plainte. Le CSA a cependant dédouané la chaîne. Car les visages des victimes, eux, étaient bel et bien floutés, un avertissement sur le caractère choquant de la séquence avait été préalablement adressé aux téléspectateurs, la diffusion était «justifiée par les nécessités de l’information», et les journalistes avaient «fait preuve de réserve s’agissant de l’authenticité des images diffusées». Le plaignant, dès lors, a été débouté.

En revanche, le «gendarme de l'audiovisuel» a été plus nuancé s'agissant d'une séquence relative à un fait divers diffusée dans le magazine «Enquête exclusive», sur M6. Elle montrait les derniers instants d'une jeune touriste en vacances à l'île de La Réunion, victime d'un grave accident de canyoning. Ses proches avaient saisi le CSA, «profondément meurtris» d'avoir vu, à la télé, l'agonie de l'intéressée. M6 n'a pas été rappelée à l'ordre, car elle avait correctement flouté le visage de la victime. Néanmoins, «comprenant le désarroi que la diffusion de cette séquence a suscité chez les plaignants», le CSA a fait en sorte que la séquence ne soit plus jamais rediffusée, et qu'elle soit même retirée de l’offre de programmes disponibles en télévision de rattrapage.